Face à Face : Louis Boyard - 14/06
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, face à face. Apolline de Malherbe. Il est 8h33 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Louis Boyard. Bonjour. Vous êtes député La France Insoumise du Val-de-Marne. Vous menez une véritable bataille contre l'amiante. On va y revenir. Vous voulez aussi le porte-parole de la jeunesse. Vous avez lancé un certain nombre de mouvements. Vous êtes très suivi par les lycéens, les étudiants. Je voudrais d'abord parler de ce qu'il s'est passé il y a deux jours dans l'Assemblée nationale. Ce moment de discussion de la motion de censure. Alors que la Première Ministre, Elisabeth Borne, s'exprimait. Vous vous êtes exprimé aussi. Je voudrais qu'on écoute et qu'on regarde.
Qu'est-ce qui vous a pris ?
Je suis comme tous les Français. Je suis en colère. Au moment où la Première Ministre prenait la parole, comme ça a toujours été à l'Assemblée nationale, il y avait du bruit. La Présidente de l'Assemblée nationale nous demande de nous taire. Et je lui réponds, on ne se taira pas tant qu'on n'aura pas le droit de voter sur la réforme des retraites. Et je lui dis trois fois, comme le disent l'ultra-majorité des Français. Puis alors la Présidente de l'Assemblée nationale se met à me faire une leçon de morale.
Et je lui réponds que je n'ai pas de leçon à recevoir d'un agent de l'Elysée, ce qu'est la Présidente de l'Assemblée nationale, puisqu'elle a empêché les députés de voter sur la réforme des retraites, en sachant très bien que si on l'a voté, on abrogerait cette réforme. Donc j'ai fait mon travail de député, qui est celui d'exprimer la colère du pays.
Là vous le dites très calmement. On le voit bien, non seulement on l'entend, mais on le voit aussi dans votre attitude. Vous êtes avachis dans le fauteuil, vous criez un peu fort. Honnêtement, vous étiez dans votre état normal ?
Bien sûr que oui. Attendez, vous n'aviez pas vu, vous n'aviez pas fumé. C'est une drôle des questions que vous me posez. Vous avez rarement vu des gens en colère.
D'abord, je trouve que toutes les questions, je trouve que... Non, ce n'est pas juste de la colère, parce qu'il y a de la colère qui pourrait... Vous auriez pu limite vous mettre debout, vous auriez pu... Mais vous êtes... En effet, vous l'avez vu, l'attitude, elle est ostensible cette attitude.
Je peux reconnaître quelque chose, peut-être que mon dos n'était pas assez droit. Mais en revanche, la colère, elle, aucun souci sur ce sujet. Donc, je maintiens tout ce que j'ai dit. On ne se taira que lorsqu'on aura le droit de voter. Et on n'a pas de le choix à recevoir de la part d'un agent de l'Elysée.
Agent de l'Elysée, elle n'a pas du tout apprécié, effectivement, Yaël Moine-Pivet. Elle a d'ailleurs, elle le dit, on l'entend, pris à votre endroit une sanction qui pourrait aller jusqu'à une amende. Vous redoutez quoi que ce soit ?
Moi, je ne redoute absolument rien du tout. Vous savez, moi, j'ai été élu pour m'opposer. J'ai été élu pour porter les colères du pays. Et c'est ce que j'ai fait.
Vous pourriez être privé d'un quart de votre salaire.
Eh bien, tant pis, je continuerai. Ça veut dire que je peux encore me faire sanctionner encore trois fois pour répéter la même chose qu'on continue à de répéter. On ne se taira pas, donc on n'aura pas le droit de voter la réforme des retraites.
Mais quand je parle de votre attitude, c'est aussi parce que pendant longtemps, on a reproché, notamment, plutôt, alors, moins aux jeunes qu'aux vieux sénateurs dont on a parfois caricaturé l'attitude, au Sénat en disant qu'ils cuivaient leur déjeuner. Vous vous souvenez bien sûr de ce genre d'idées. Mais est-ce qu'il n'y a pas une dignité à avoir quand on est à l'Assemblée ?
Je suis tout à fait d'accord. Il y a une dignité à avoir quand on est à l'Assemblée nationale et arriver tout souriant à la tribune dans son costard trois pièces pour expliquer que les Français vont travailler deux ans de plus sans qu'il y ait de vote ni dans le peuple ni chez les Français. Oui, moi, ça me choque. J'aimerais qu'on arrête un petit peu de regarder la forme et qu'on s'intéresse un peu au fond.
Vous jouez aussi de la forme, vous le savez. Vous connaissez par cœur notre époque. Vous en maniez admirablement les outils. Vous connaissez TikTok et les réseaux sociaux mieux que personne. Donc, vous en jouez.
Mais évidemment, on est ici pour incarner une colère. Et c'est sain d'incarner la colère dans le pays. Et je considère que c'est notre rôle. Mais c'est marginal à côté de ce qu'on fait, ce qui occupe la majorité de nos journées, c'est-à-dire faire des propositions. Et notamment proposer d'abroger la réforme des retraites. Les Français, en soi, notre attitude à l'Assemblée nationale, ce n'est pas leur sujet tant qu'on vote les bonnes lois. Et aujourd'hui, les personnes qui ont la prétention d'être les représentants les plus dignes sont les plus indignes. Parce que ce sont ceux qui votent les mauvaises lois et qui d'ailleurs ne les votent même pas puisqu'ils interdisent les députés de voter.
C'est ça le sujet dont on a envie de parler.
Et vous prolongerez cette attitude et vous ne serez pas intimidé par quelques sanctions que ce soit ?
Certainement pas. On ne se taira pas tant qu'on n'aura pas le droit de voter la réforme des retraites.
Louis Boyard, il y a beaucoup de choses dont je voudrais qu'on parle ensemble. Et notamment de l'amiante. Parce que l'amiante, vous en avez fait votre combat. Vous dites que c'est une bombe sanitaire qui vient d'exploser parce que depuis plusieurs semaines, vous êtes associé à une grande enquête sur la présence d'amiante dans les écoles. Il y aurait de l'amiante dans un certain nombre d'écoles. Une école sur trois dans le pays. Ça veut dire qu'un élève sur trois en France serait exposé d'une manière ou d'une autre. A l'amiante, ça a été votre cas ?
Alors moi-même, je viens d'un lycée qui était amianté. On nous disait, ne vous inquiétez pas, il n'y a pas d'amiante, il n'y a pas de risque. Jusqu'à ce que de l'amiante tombe dans une salle de classe. L'amiante, quand vous la respirez et une seule fibre suffit, vous pouvez attraper différents cancers, cancer des ovaires, du larynx, des poumons, mésotélium, et ça arrive 30 ou 40 ans plus tard. Quand je parle d'une bombe sanitaire, c'est parce que les établissements scolaires, notamment, ont été construits dans les années 60-70, avec de l'amiante qui a été interdite en 97. Problème, ces établissements sont en train de s'effondrer sur eux-mêmes.
Je ne vais pas apprendre aux Français la qualité des écoles publiques, et notamment l'état indigne dans lesquels étudient les enfants. Mais il y a de l'amiante dans ces salles de classe. Cette enquête révèle que dans 8 classes sur 10 qui avaient été testées, il y avait de l'amiante dans la salle de classe. Alors j'ai interrogé le ministre, et je lui ai demandé... Le ministre de l'Éducation nationale hier, Pat Ndiaye. Je lui ai demandé, mais qu'est-ce que vous allez faire ? Et puis, encore une fois, la même chose. L'OMERTA, ils ne font rien. On a besoin d'organiser...
OMERTA, c'est-à-dire que vous voulez dire que sciemment, il ne veut pas que ça se cache ?
Je pense que le ministre est dans une passivité criminelle. Parce que, en refusant de faire les prélèvements, en refusant de faire les travaux, parce que ça coûte trop cher, c'est ça la vérité. Au niveau où ils sont en train de dire que ça coûte trop cher, parce que le ministre dit que c'est aux mairies de s'occuper de reconstruire les écoles. Mais il sait pertinemment que les mairies n'ont pas les moyens de reconstruire les écoles. On a besoin d'avoir un fonds public de l'amiante qui reconstruise ces écoles. Déjà qu'ils les reconstruisent pour protéger rapidement les élèves, mais aussi parce qu'on a besoin de faire une rénovation thermique des bâtiments.
Des sources de financement, j'en ai plusieurs, mais...
Alors attendez, on va revenir sur tout ce que vous dites, et sur la manière dont on pourrait trouver une solution en effet, et une solution en urgence pour ces enfants, s'ils sont effectivement exposés à de l'amiante. Vous dites passivité criminelle, c'est très fort.
Oui, je le pense sincèrement. Je viens d'une école dans laquelle on nous disait, ne vous inquiétez pas, vous pouvez retourner en cours, vous ne risquez rien. Alors qu'on risquait quelque chose ? On a aujourd'hui ce qui permet de mesurer... C'était en quelle année ? Il y a un morceau de plafond qui s'est détaché ? C'est ça, il y a un faux plafond qui tombe dans la salle de classe, il y avait de l'amiante à l'intérieur. La région me disait pendant le cours, et la région disait, ne vous inquiétez pas, vous pouvez y retourner. Mais parce que ça coûte tellement cher de reconstruire une école, et on ne parle pas d'une école, on parle de dizaines de milliers d'écoles qu'il faut reconstruire.
Parce que l'amiante est un matériau qui se dégrade avec le temps, et les écoles se dégradent elles aussi avec le temps. Donc plus le temps passe, plus il y a des chances d'avoir de l'amiante dans les salles de classe. C'est ça le scandale sanitaire dont on est en train de parler.
Donc vous demandez quoi ? Vous demandez à ce qu'il y ait d'abord une étude qui puisse précisément dire l'état du risque auquel sont exposées les enfants ?
Tout à fait, je demande plusieurs étapes. Déjà premièrement, organiser des prélèvements dans toutes les écoles qui sont amiantées. Ces prélèvements ne doivent pas se faire avec un système à pompe. Globalement, il y a un système...
C'est quoi un système à pompe ?
En gros, c'est une pompe qu'on met dans une salle de classe et qui pompe l'air. Le problème, c'est que quand vous pompez l'air dans une classe vide, donc avec peu d'air qui circule, vous avez tout le temps un résultat de zéro. C'est ça qui est utilisé pour nous faire retourner dans les salles de classe. Nous, on demande à ce que soit reconnu légalement un procédé avec une lingette, un procédé qui est reconnu aux Etats-Unis. Vous passez une lingette sur la table, vous savez s'il y a de l'amiante ou pas. Une fois qu'on a identifié les salles de classe dans lesquelles il y a de l'amiante...
Qui refuse que ce soit fait comme ça ?
Le ministère de l'éducation nationale.
Refuse ? Vous leur dites, il y a deux manières de tester la présence d'amiante dans les classes. Il y a une manière qui est visiblement une pompe. Il y a une manière qui semble plus efficace avec la lingette. Ils vous disent non ?
Sur la lingette, ils ne se sont pas encore prononcés. Parce qu'on n'a pas de débat sur le sujet.
Ils n'ont pas si amandie non quand même.
Ils n'ont pas si amandie non à la lingette. En revanche, ce à quoi ils disent non, c'est d'avoir une planification nationale par rapport au scandale amiante ? Et là, ils disent non. Là, ils disent, c'est aux mairies, c'est aux régions, c'est au département de son occupé, en sachant qu'ils n'ont pas l'argent. Mais parce que, de toute façon, les collectivités n'ont pas les moyens de gérer le problème. Elles ont déjà plus de sous. Donc, on a besoin que l'État organise les choses.
Ça fait combien, cette grande recherche nationale ?
J'estime qu'on serait entre 4 à 5 milliards. Malheureusement, je n'ai pas encore les chiffres.
Là, ce ne serait pas pour...
Par an pendant 10 ans. Ah, pour remplacer tous les espaces américains. C'est un chiffre qui est donné par les syndicats. Mais on a besoin de savoir concrètement les choses. C'est pourquoi je demande, parce que le gouvernement ne fera rien. Donc là, c'est notre rôle de député que d'agir. Je demande à la présidente de l'Assemblée nationale d'accepter la demande de commission d'enquête que je vais déposer. Et si jamais ce n'était pas le cas, elle se rendrait de la même passivité criminelle que le ministre de l'Éducation nationale. Non, mais on n'est pas ici pour être copains. On est ici pour améliorer la vie des gens. Et notamment sauver les enfants.
Ce que je veux dire, c'est qu'à un moment aussi, il faut travailler en bonne intelligence.
Et c'est tout ce que je demande.
Là, vous avez besoin d'elle. Hier, vous disiez que c'était une agente de l'Élysée.
Écoutez, oui, c'est une agente de l'Élysée qui écrase la démocratie à l'Assemblée nationale. Alors, j'envoie directement mon message à Emmanuel Macron, dans la mesure où c'est lui qui décide de tout en Macronie. Monsieur le Président de la République, êtes-vous favorable à ce qu'il y ait une commission à l'Assemblée nationale qui étudie les questions d'Amiande ? Parce que le gouvernement ne fera rien. Parce que ça coûte trop cher à ses yeux.
Une fois que cette audite globale serait acceptée et que l'on puisse voir, effectivement, quels sont les besoins, qui financerait ces milliards dont il est question pour refaire ces collégiens ?
Il y a plusieurs sources de financement. Déjà, on pourrait parler du service national universel. Vous avez un service national universel qui coûterait 3 à 4 milliards. On pourrait dire plus de service national universel, plan de rélovation des bâtiments.
Donc ça prendrait la place du SNU ?
Oui, pourquoi pas ? On pourrait prendre l'argent du SNU et s'en servir pour éviter le scandale Amiant. Pourquoi ? Parce que... Écoutez, les jeunes, ils ont faim, ils galèrent à trouver un emploi et on va atteindre les 3,8 degrés d'ici 2100. Je pense que la priorité, ce n'est pas au service national universel, c'est de gérer les problématiques Amiant, les problématiques de précarité des jeunes et les questions de réchauffement climatique. C'est une question de priorité. Et en plus, nous, on ne le ferait pas comme ça.
C'est quoi ? C'est le côté ordre, armé, uniforme ?
Aujourd'hui, l'école, elle ne sert plus à faire de la formation de citoyennes et de citoyens. Ils considèrent que l'école, c'est uniquement une machine à faire un tri social pour savoir qui ira dans les facs où vont les très riches, qui ira dans les facs où vont les très pauvres, qui ira tout simplement pas dans des études et dans un emploi précaire. Comment ?
Si vous l'enleviez du SNU, est-ce que cette problématique, cette manière aussi de former des citoyens, vous la remettriez à l'école ?
La formation citoyenne, elle ne se fait pas à 6h du matin, en garde à vous sous un drapeau. La formation citoyenne, elle se fait par exemple en ayant des cours d'éducation moraux et civiques beaucoup plus souvent, en laissant du temps dans l'emploi du temps pour que les enfants puissent s'engager dans des associations, à l'école. Voilà nous ce qu'on propose, une formation citoyenne à l'école.
Vous prenez l'argent du SNU ?
Oui.
D'accord ? Donc ça, c'est déjà une partie. Est-ce qu'il y a d'autres moyens de financement ?
Vous auriez par exemple la question d'un impôt sur la fortune.
Dès qu'on a besoin d'argent, on sort l'impôt sur la fortune.
Parce qu'il faut bien chercher l'argent où il y en a aujourd'hui. D'où l'argent est concentré dans une immense...
Ou un impôt vert, par exemple. D'autres vont vous dire que...
Mais comme je vous le dis, il faut aller chercher l'argent là où il y en a. Et ça fait des dizaines et des dizaines d'années qu'on n'arrête pas de faire des exonérations pour des milliardaires, pour des grandes entreprises. Si jamais on veut répondre à toutes les urgences du pays, il va falloir aller chercher l'argent là-bas. D'autant qu'Emmanuel Macron vient encore de leur donner 20 milliards il n'y a pas longtemps. Mais on a envie de faire les choses de manière transpartisane. J'ai envie de discuter avec les autres députés et dire, venez, on prend toutes les questions sur la table.
Il y en a qui vous ont dit être sensibles à cette question et être prêts à travailler avec vous.
Mais oui, il y en a plein parce qu'on est tous concernés. Partout en France, il y a des écoles amiantées et il y a des enfants qui sont potentiellement en danger. Et le gouvernement n'agit pas. Alors c'est notre rôle de députés que de contrôler le gouvernement et de faire en sorte qu'il agisse. Donc j'appelle tous les députés à venir me rejoindre au sein de cette commission d'enquête pour qu'on trouve ensemble les solutions et qu'on essaie de rénover ces écoles et de protéger les enfants.
Je voudrais qu'on parle réindustrialisation, je voudrais qu'on parle écologie aussi. Vous avez vu cette action des militants écologistes dans des maraîchages près de Nantes qui ont arraché des pieds de Salah, des pieds de Muguet. Vous vous approuvez ?
Je n'ai pas regardé cette affaire dans les détails. En revanche, il y a une colère, mais une colère saine. On voit les images pour ceux qui nous regardent
sur BFM TV.
Il y a une colère saine de personnes qui sont en train, et j'en fais partie, de personnes qui regardent l'avenir et qui se disent mais 3,8 degrés en 2100 ? Les conséquences de tout ça, c'est quoi ?
Mais est-ce que ça peut être fait sans aucune limite ? Là, c'est les soulèvements de la terre. Ils sont venus, il y a quand même des maraîchers qui travaillent, qui travaillent notamment, et c'est l'une des zones de ces champs qui ont été arrachées, qui travaillaient notamment sur des salades qui n'auraient pas besoin d'eau et qui n'auraient pas besoin d'engrais. Est-ce que arracher par principe des cultures expérimentales, ça vous paraît la bonne manière ?
Au niveau du drame dans lequel on est en train de dire, mais c'est rien à côté de l'indécence des véritables responsables du dérèglement climatique.
Mais alors, si vous renvoyez les indécences et vous contre les autres ? Oui, on va se renvoyer
les uns et les autres. Vous avez une poignée de milliardaires.
Donc, il y a des indécences qui sont acceptables parce qu'il y en a d'autres qui ne sont pas acceptables.
Parce qu'il y a une indécence qui va peut-être mener la civilisation à sa fin. Voilà, c'est quoi la vérité ? C'est des expérimentations,
et notamment pour que ces cultures utilisent moins d'eau. Vous avez une poignée
de milliardaires qui choisissent comment est-ce qu'on organise la production, comment est-ce qu'on répartit la production. Les gens vivent dans la pauvreté, on continue de polluer pour que ces gens s'en mettent plein les fouilles. Vous avez des personnes qui regardent... Si ces milliardaires,
comme vous dites, découvrent des plantations, des cultures qui sont meilleures pour l'environnement. En l'occurrence, cette recherche, elle permettait normalement de pouvoir travailler sur des salades qui utilisent moins d'eau, moins d'engrais et pas de pesticides. Est-ce que le simple fait que ce soit des milliardaires qui, éventuellement, les financent, font que vous n'accepterez pas ces cultures ?
Je ne crois pas que Jeff Bezos soit un philanthrope. Et je ne crois pas que ces milliardaires en aient quelque chose à faire du dérèglement climatique. Non, ce n'est pas ma question. C'est ce que vous avez dit.
Ah, mais il y a des milliards.
Écoutez, je vais être très clair. Je ne rentrerai pas dans ce jeu. Vous avez des gens... Mais ce n'est pas moi qui dénise en place. Vous avez des gens qui ont mon âge qui, aujourd'hui, se posent la question de savoir s'ils vont avoir des enfants. Vous avez des gens qui ont mon âge qui ne sont pas capables de se projeter dans un monde dans 30 ou 40 ans parce qu'ils ne savent pas de quoi il est fait et il est angoissant. Mais vous voyez, on parle de la même chose. Non, on ne parle pas de la même chose.
On ne parle pas de la même chose. Là, ce sont des maraîchers qui, précisément, ont ces questions-là à l'esprit et qui décident de tenter de tester des cultures qui permettraient d'utiliser moins d'eau, encore une fois, moins d'eau, moins d'engrais, moins de pesticides. Et vous avez des militants qui, eux, décident d'arracher par principe ces cultures parce qu'elles sont expérimentales. Est-ce qu'il n'y a pas
un problème d'idéologie ? Si jamais les maraîchers étaient en train de faire une expérimentation contre le dérèglement climatique, j'ai envie de dire tant mieux. Et je m'interroge pourquoi ces militants auraient fait ça. Et je ne crois pas qu'ils y seraient allés.
Est-ce que toutes ces actions vous paraissent par principe acceptables ?
Je pense qu'il y a un parallèle qui n'est pas acceptable entre des militants qui sont en train d'essayer d'alerter par rapport à ce qui est en train de se passer du côté du dérèglement climatique et dont on parle pendant des jours et Pouyanné qui mène un projet climaticide en Ouganda, on laisse passer. La question du siècle c'est de savoir qui choisit les richesses que l'on produit et comment est-ce qu'on les répartit. Et aujourd'hui, ce n'est pas un pouvoir qui est entre les mains du peuple. Résultat, on va arriver à 3,8 degrés en 2100.
Donc, il y a des personnes qui se disent l'avenir, il me fait peur et j'ai envie de me battre parce que je n'ai pas envie de laisser ces gens nous bousiller la vie. Je ne serai jamais contre eux.
Et à court terme, quand vous voyez par exemple qu'il y a des projets comme ça avait été le cas dans les Alpes-Maritimes, il y avait Mandelieu-Lanapoule où il y avait 100 emplois qui ont finalement été supprimés et qui devaient être développés parce que l'île artificielle de Canua Island a été abandonnée. L'État était plutôt favorable mais il y a eu une grande pression des écologistes. Est-ce que dans le choix entre emplois et écologie, à court terme, vous choisirez toujours l'écologie ?
Quand on regarde, les deux sont liés. Et d'ailleurs, on voit que le capitalisme et le néolibéralisme ont supprimé les emplois. C'est eux qui sont responsables de la désindustrialisation du pays. Si jamais vous voulez faire une planification écologique, avoir un pays qui puisse être durable, alors vous avez besoin de tout relocaliser. Vous avez besoin de centaines de milliers d'emplois dans le ferroviaire. On a besoin de 100 000 professeurs de plus, 100 000 soignants de plus. On a besoin de gens dans les usines pour pouvoir fabriquer localement les produits. Écologie et emploi sont liés. Macronisme et emploi, ça n'a rien à voir.
Ce n'était pas une question délocalisable puisque c'était du tourisme et c'était local.
D'accord. Mais moi, je vous donne des exemples de centaines de milliers d'emplois qui peuvent être créés, y compris dans l'agriculture. Dans le programme L'Avenir en commun, on explique qu'on a besoin de 300 000 agriculteurs de plus si jamais vous voulez avoir une agriculture qui est durable. Le seul moyen qu'on a de pouvoir remettre tout le monde au boulot, de pouvoir vivre dignement de son travail, c'est la planification écologique.
Il y a aussi ces médicaments qui vont être produits de nouveau en France, 25 dès les prochaines semaines. C'est ce qu'a annoncé Emmanuel Macron hier. Est-ce que ça, vous vous en félicitez ?
Je pense que c'est toujours bien de relocaliser. Je pense que c'est toujours bien d'avoir la souveraineté, particulièrement sur des produits comme ceux-là. Nous, nous plaidons pour un pôle public du médicament. C'est-à-dire que de la recherche à la production à la distribution, ce soit la France qui en est le monopole. Et sur plus que 25 médicaments.
Sur la jeunesse, vous êtes concurrencée sur ce terrain de la jeunesse puisque Elisabeth Borne, et c'est une information de France Info et de BFM TV ce matin, s'apprête à annoncer la semaine prochaine la possibilité de passer le permis de conduire dès l'âge de 17 ans. C'est bien ?
C'est plutôt une bonne chose. Encore faudrait-il que les jeunes aient les moyens de pouvoir se prendre un permis de conduire. Il y a les deux tiers des Français qui vivent avec moins de 200 euros par mois. Un tiers des Français avec moins de 100 euros par mois. Beaucoup d'entre eux, c'est des jeunes. Ils n'ont pas les moyens. Écoutez, c'est assez accessoire quand on voit la quantité d'autres problèmes. L'inflation des diplômes. Tous ces jeunes qui se retrouvent à être en CDD, en intérim, dans des emplois précaires.
Mais attendez, si on reste un instant quand même sur cette question du permis de conduire, pouvoir abaisser l'âge du permis de conduire à 17 ans, ça vous paraît une bonne chose ?
Oui, ça me paraît être une bonne chose. En revanche, ce n'est pas de la concurrence parce que les jeunes, ils n'ont pas besoin... Ce n'est pas ça qui va répondre à leurs besoins immédiats.
Et l'idée éventuellement que ce permis soit gratuit quand vous parlez du prix du permis, ça veut dire quoi ? Ça aussi, ça pourrait faire partie... Le SNI ne va pas suffire à tout financer, mais...
Je pense qu'on aurait intérêt à avoir un permis de conduire gratuit parce que pour beaucoup de jeunes, le permis de conduire, il est tout simplement inaccessible en raison de son prix. Et que beaucoup de jeunes sont dépendants de la voiture, particulièrement dans les zones rurales. Et la question, est-ce qu'on veut un permis de conduire gratuit ou est-ce qu'on veut juste que les jeunes, ils aient les moyens de pouvoir se payer les choses comme tout le monde ? Parce que c'est ça le sujet, c'est qu'aujourd'hui, l'ultra majorité des jeunes, ils vivent tous sous le seuil de pauvreté parce que le système est organisé de telle manière que quand vous êtes jeune, vous dépendez de votre famille.
Mais déjà que les familles en France ont du mal à subvenir à leurs propres besoins, alors imaginez aider les jeunes.
Mais Louis Boyard, est-ce que vous seriez favorable à l'idée que, je ne sais pas, entre 17 et 20 ans, si vous passez votre permis, c'est gratuit ?
Je suis favorable à cela. Pour beaucoup de jeunes, le permis de conduire n'est pas une option. C'est un outil de service. Sinon, vous ne pouvez pas aller faire les courses, vous ne pouvez pas aller travailler, vous ne pouvez pas aller voir les amis.
Tant qu'il n'y a pas d'autre option.
Oui, et il y a des jeunes qui sont dépendants. Après, ensuite, se pose la question de savoir comment est-ce qu'on fait pour rendre ça durable d'un point de vue écologique. Et quand vous avez des personnes qui sont en train de dire « Oui, il faut supprimer les voitures, mais il faut rendre ça acceptable pour les gens qui le vivent concrètement. » Et c'est ça, faire de la planification écologique.
Louis Boyard, merci d'avoir répondu à mes questions ce matin. Vous êtes député La France Insoumise du Val-de-Marne. Il est 8h52 et vous êtes bien sur AMCB FM TV.
Louis Boyard