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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 26 août 2026 10 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sport

Premier roman : "Abdallah Superstar", un conte électro entre la France et Djibouti

Au micro : Julie Gacon Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Questions et réponses

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  • 0:41OuverteRéponse directe

    Bonjour Iman Ahmed. Merci d'avoir lu pour nous un extrait de votre roman, Abdallah Superstar.

  • 0:55OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vos yeux voient ? Qu'est-ce que vos oreilles entendent ?

  • 1:15OuverteRéponse directe

    Et votre père, quel rôle joue-t-il ?

  • 1:51OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que l'informatique a apporté à votre père ?

  • 2:38OuverteRéponse directe

    Il ne vous en avait jamais parlé de cette activité-là ?

  • 3:22OuverteRéponse directe

    Quand il est arrivé à Poitiers avec vous, il a refait sa vie et n'a plus jamais parlé de sa vie d'avant ?

Temps de parole

  • Invité61 %
  • Présentateur39 %

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0:00
Présentateur

France Culture D'été, Julie Gacon

0:06
Invité

Ce synthé crache et je sens revenir un pays. Un pays qui n'est ni Rimbaud, ni les putes, ni l'odeur de corps calciné. Dans le synthé qui tourne désormais en boucle dans ma tête, reviennent d'autres drames et d'autres joies, des souvenirs de Djibouti qui m'appartiennent.

0:41
Présentateur

Bonjour Iman Ahmed. Bonjour Julie Gacon. Merci d'avoir lu pour nous un extrait de votre roman, votre tout premier roman, qui paraît aujourd'hui même chez Actes Sud, Abdallah Superstar. Vous racontez comment, avec beaucoup de poésie et votre monde à vous qui est immense, Iman Ahmed, vous racontez comment, deux ans après la mort de votre père, vous retrouvez son compte YouTube et des vidéos que vous n'aviez jamais vues. Qu'est-ce que vos yeux voient ? Qu'est-ce que vos oreilles entendent ?

1:06
Invité

Il voit des clips de concerts, des enregistrements de studios, des images de shows à Djibouti dans les années 90.

1:15
Présentateur

Un groupe mythique de pop djiboutienne dont la superstar se nomme Abdallah, lit. Ce groupe s'appelle Dinkara. Et votre père, quel rôle joue-t-il ? Lui, dans ce groupe, il n'est pas musicien, il filme.

1:27
Invité

Il est du côté de ceux qui font l'ingénierie de cette musique. Donc tous ces métiers un peu, parfois cachés d'ailleurs, mais qui sont ceux qui y croient énormément, qui aiment l'informatique, qui sont passionnés par le tournant un peu technique qui se passe dans ces années-là. Et donc il est ingénieur du son, il filme aussi, et il travaille sur l'émergence de cette musique pop djiboutienne.

1:51
Présentateur

Votre père a aimé la technique et l'informatique, et c'est l'informatique qui l'aime aussi, puisque ce sont les algorithmes qui vont en rapporter votre père, comme une marée haute.

1:59
Invité

Exactement, ça fait partie un peu des moments où un peu malgré soi, et malgré un peu le courant naturel des choses, on trouve un moment, le courage ou le momentum pour ouvrir un compte YouTube, donc ouvrir sa chaîne YouTube après son décès. Donc c'est un moment que je compare souvent avec l'inactivité des volcans, c'est-à-dire qu'un compte YouTube, c'est jamais mort, c'est souvent inactif après le décès de quelqu'un, et en l'occurrence, c'est à travers cette chaîne, après son décès, que je retrouve cette vie-là.

2:34
Présentateur

Votre père est mort, mais il occupe des gigas aux Etats-Unis. Iman Ahmed, vous étiez petite quand vous avez quitté Djibouti avec vos parents, vous aviez 6 ans, il ne vous en avait jamais parlé de cette activité-là, de la place qu'il avait, lui, dans la musique pop djiboutienne des années 90 ?

2:49
Invité

Je le dis à un moment dans le roman, c'est que je me méfie un peu du mot découverte, parce qu'en effet, cette enquête-là, elle commence avec la découverte de la chaîne YouTube, entre-temps, il s'est passé 6 ans, j'avais 25 ans, maintenant j'en ai 31, donc entre-temps aussi, j'ai pu voir que cette histoire-là, elle était devant mes yeux presque toute ma vie, je pense juste que vu que c'était un peu l'histoire d'une perte, il a fallu suffisamment de décantation, de digestion, pour en faire un roman, et puis aussi pour comprendre ce qu'il ne m'avait pas tout à fait transmis.

3:22
Présentateur

Quand il est arrivé à Poitiers avec vous, il a refait sa vie et n'a plus jamais parlé de sa vie d'avant, de cette musique-là.

3:31
Invité

De la musique électronique,

3:40
Présentateur

avec des synthétiseurs, des boîtes à rythme, qui charrient aussi des rythmes traditionnels, et toute une culture musicale de la corne de l'Afrique. Imanameth, qu'est-ce que vous apprenez d'abord du pays de votre père, qui est aussi votre pays ?

3:52
Invité

Je pense que ce que j'apprends à ce moment-là, c'est aussi mon regard sur le pays. Je crois que quand je tape au début Djibouti, sur Google, etc., bien que j'ai vécu là-bas, que j'ai passé mes premières années à Djibouti, je découvre qu'on parle de ce pays en disant que c'est un pays à peine sorti du Moyen-Âge, au moment où il prend son indépendance. Et donc en fait, je crois que ce qui me submerge, et aussi ce qui me fascine, c'est toute la modernité. Parce qu'il s'agit vraiment de ça, dans les récits autour de Djibouti, on s'est souvent présenté comme un pays anti-moderne, comme un pays suffocant, avec un imaginaire un peu militaire et colonial.

Et je découvre que c'est un pays où il y a un âge d'or musical qui se passe. Je suis passée, moi, complètement à côté, alors même que j'habitais dans le studio.

4:37
Présentateur

Djibouti est un pays qu'on connaît mal, on sait les bases militaires éventuellement, mais des bases militaires ne font pas un pays, ne font pas une nation. Je viens d'un pays qu'ils ont découpé, écrivez-vous, une partie de risque dont personne ne se lasse encore. La base chinoise a ses propres supermarchés, la base japonaise, ses cinémas, la base américaine, son terrain de sport, le camp français, sa médiathèque, une juxtaposition de réalités, de militaires qui ne partagent pas de géographie, qui attendent que le temps passe. Comment vous aviez envie de raconter ce pays ?

5:04
Invité

J'avais envie de le raconter comme un conte. C'est-à-dire qu'à un moment, je me suis souvent posé la question, au moment de l'enquête, de « est-ce que je ne suis pas en train de me raconter des histoires ? » Et je crois que quand j'ai décidé d'en faire un roman, donc d'ajouter un peu de fiction, un peu de jouer aussi dedans, de jouer avec une caméra, de jouer avec des images, avec mes propres représentations et celles des autres, je me suis dit, en fait, Djibouti aussi a le droit à la fiction. Et il y a soudain plein de choses qui sont apparues sur la géographie du pays, sur plein de choses que mon père recréait aussi dans son appartement de Poitiers.

Donc j'ai voulu accepter la part de fiction, en disant que je vais quitternapper un peu l'imaginaire de Djibouti et le raconter à ma manière.

5:47
Présentateur

Votre écriture a aussi des allures de montage vidéo. Vous faites avec les mots et les phrases un travail assez semblable, peut-être à celui que faisait votre père avec ses clips de musique, ses images et ce son. Vous y parlez aussi de deuil. Et Iman Ahmed, il se trouve qu'il y a quelques jours dans ce studio, nous avons reçu Valérie Donzeli pour parler d'un film où elle joue une femme qui vient de perdre son père, qui doit vider la maison, qui s'approprie les objets et en quelque sorte des natures mortes joyeuses qu'elle prend en photo avec un argentique. Vous, vous empilez des cartons. Est-ce que vous pouvez nous lire un extrait de votre livre ?

6:18
Invité

On ferme le dernier carton, on dit parfait. On rend les clés à l'office HLM, on dit parfait. Toute sa vie que je connaissais par cœur et que j'avais mise en carton. Qui appellerait ça aimer, mettre en boîte ? Avant il y avait un paysage, maintenant c'était des monticules marrons tenus en ordre par du craft. Des affaires devenues nécessairement cubiques. Protégés par un peu de mousse et de journaux froissés. La conservation prend un sens particulier. On voudrait que rien ne se dégrade. Avant il y avait lui, son appartement et toutes ces choses. Maintenant c'était une ère surprotégée, l'avis de mon père. Une réserve naturelle à laquelle on n'accédait plus.

6:56
Présentateur

Et le soleil qui continue à se lever tous les jours, Iman Ahmed, ça c'est le deuil tel que vous le racontez, la surprise de voir que le soleil continue à se lever tous les jours. Qu'est-ce que vous vous demandez quand votre rétine imprime les images que votre père a filmées ? Vous regardez ce qu'il a regardé, vous entendez sa voix, parfois s'adresser aux gens qui sont devant sa caméra. Or c'est une voix que vous connaissiez mal parce qu'il a eu un très grave accident, un AVC, et il est devenu aphasique. Donc vous entendez une voix que vous ne connaissiez pas.

il avait reconstitué aussi un lac de sel dans votre salon à Poitiers et vous racontez cette scène où vous êtes avec lui presque dans ce lac de sel qui contient dix fois plus de sel que l'eau de la mer rouge. C'est au tout début de votre roman et c'est une scène qui est fascinante.

7:42
Invité

Eh bien, je crois qu'à ce moment-là, en fait, en écrivant ce roman, je comprends aussi tout le merveilleux qu'il y a dans sa vie d'après.

C'est-à-dire que l'idée, ce n'est pas du tout d'écrire forcément un livre nostalgique, c'est plutôt de comprendre un peu comment aujourd'hui, grâce à YouTube, qui me semble être magique, il y a un matériau numérique que je trouve à la fois difficile parce qu'évidemment, c'est très dur de se confronter à une voix qu'on n'a pas forcément entendue telle qu'elle auparavant, de comprendre que tout ce qu'il avait surmonté, réapprendre à marcher, réapprendre à parler, et que tout ça arrive par YouTube, il y a une forme de délicatesse dans ça parce que YouTube, c'est un lieu public, c'est un lieu vivant, c'est-à-dire des archives familiales, mais il a décidé de mettre en ligne tout ça.

Et dans ce cas-là, je vois des commentaires d'autres personnes, je vois parfois le nombre de vues qui bouge et ça a rendu cette découverte assez excitante et moins difficile.

8:42
Présentateur

Et une découverte aussi en allant sur place, en parlant à des gens qui l'ont connu, vous retournerez au lac à salle avec vos cousines, vous y verrez un homme marcher, ramasser des blocs de sel pour les tailler, ses doigts sont mangés par le sel et vous vous direz, cet homme sculpte un lac qui le sculpte.

8:57
Invité

Vous avez encore un peu de sel sur les mains ? J'ai encore un peu de sel sur les mains. Je pense que justement, en écrivant ce roman, j'ai vu qu'il y a des matériaux, il y a des mouvements physiques qui étaient là, un peu partout dans cette enfance-là et jusqu'à présent aujourd'hui. et je crois que justement, cette géologie-là, ces images, ce lac, enfin on dirait que Djibouti existe pour écrire des romans et c'est dingue.

9:21
Présentateur

Et c'est quand vous êtes à Djibouti que vous savez que vous êtes de là-bas, de Djibouti, parce que vous avez demandé une carte d'identité djiboutienne, les démarches sont très longues, mais ce qui vous donne la certitude que vous êtes d'ici, c'est le fait de reconnaître la voix d'Abdallah qui sort d'une radio à l'intérieur d'un bar de plage. Merci beaucoup, Iman Ahmed, Abdallah Superstar, votre premier roman paré chez Actes Sud.