"Si on filmait les classes, personne ne nous croirait" : un prof raconte 20 ans de banlieue
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir choisi ce titre 'Blanc cassé' et quel est l'objectif de votre ouvrage ?
- 0:43OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous entendez par 'décennie de la chute' dans votre livre ?
- 2:08OuverteRéponse directe
Quels sont les facteurs qui rendent la situation dans ces collèges inquiétante ?
- 3:35OuverteRéponse directe
Vous évoquez le hashtag 'pas de vague' et une forme d'omerta. Pourquoi cette absence de parole ?
- 4:15OuverteRéponse directe
Comment l'Éducation nationale réagit-elle face à ces problèmes selon vous ?
- 5:40OuverteRéponse directe
Pourquoi avoir choisi de raconter cette réalité à travers un enfant de 12 ans ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:56Fait
« je suis sous le coup d'une procédure bâillon une procédure judiciaire »
- 16:00Fait
« certaines choses qui auparavant étaient juste insinuées sont devenues normales »
Temps de parole
- ?100 %
≈ 0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Et pour ce nouvel entretien, chers auditeurs, nous accueillons avec plaisir Bruno Gaillard dans notre studio. Bonjour monsieur. Bonjour, tout le plaisir est pour moi. Alors, vous êtes enseignant et écrivain et aujourd'hui, vous allez nous parler de votre dernier ouvrage Blanc cassé aux éditions donc de la nouvelle librairie qui raconte l'histoire et bien d'un jeune homme qui s'appelle Nico qui a 12 ans et qui est scolarisé dans un collège de banlieue parisienne et puis en juxtaposition, si j'ose dire, vous parlez également de la vie de Benoît donc un enseignant qui enseigne enseigne pardon dans ce même collège.
Alors Bruno Gaillard, est-ce que vous pouvez tout d'abord nous expliquer pourquoi vous avez fait le choix de rédiger cet ouvrage et surtout ce titre qui est assez évocateur Blanc cassé. Bien écoutez plus de deux décennies donc d'enseignement essentiellement dans dans dans des établissements on va dire de réseau d'éducation prioritaire ou assimilé comme je le décris dans dans le livre, il y a beaucoup d'établissements qui ne sont pas classés en réseau d'éducation prioritaire pour tout un tas de raisons qu'on pourrait développer des raisons administratives donc ils n'ont pas les moyens mais ils en ont toutes les caractéristiques.
Donc plus de deux décennies d'enseignement et au cours de ces deux décennies comme je le décris dans le livre une décennie en particulier que je que j'appelle la décennie de la chute où les où les où les choses je constate que les choses empirent mais à une vitesse avec un vecteur extrêmement inquiétant rendant la vie de tout le monde extrêmement difficile et et donc dans cette décennie c'est quand même 10 ans c'est quand même beaucoup même dans même dans une carrière je je je sens confusément qu'à un moment il va falloir que je parle. Hmm hmm. Je sens confusément qu'à un moment il va falloir que [toux][raclement de gorge] que je témoigne. que je lance l'alerte.
Euh le titre euh ce n'était pas le titre initial du projet euh le le le titre de de du livre euh le titre initial du projet était était assez mauvais, très long pour être honnête. Et euh et nous l'avons je l'ai trouvé euh il me semble bien résumer effectivement la situation qui est décrite dans le livre à la fois pour le professeur donc euh Benoît euh le personnage du professeur et le personnage de de Nico. Alors vous avez dit justement que au sein euh de ce collège donc qui se situe en banlieue parisienne hein euh les choses empirent avec un vecteur inquiétant, vecteur inquiétant, qu'est-ce que ça ?
Alors le vecteur inquiétant euh déjà c'est c'est c'est c'est ça c'est c'est évidemment multifactoriel hein euh la décivilisation euh de toute évidence, la l'écrasement du du du niveau scolaire hmm hmm euh le management toxique qui a été relevé par par beaucoup de ah araignée du matin. Ah oui, il y a une araignée dans le [rires] studio bon. J'envoie une équipe. C'est la nature. C'est la nature, c'est ça. Et euh voilà tout à fait.
Et euh donc je disais oui euh au niveau du du du vecteur de d'aggravation euh des des différents des différents facteurs qui rendent la vie extrêmement difficile à la fois pour les professeurs et pour les élèves euh il y a au sein de ça je dirais principalement euh ce ce que l'on a appelé à une époque le le hashtag pas de vague. Alors après que ce soit devenu une sorte de mème le hashtag pas de vague, c'est-à-dire le fait de ne pas parler, une forme de soyons très clairs, une forme d'omerta sur les sur les sur les différents problèmes.
Après que ce soit devenu une espèce de de mème donc de hashtag [toux][raclement de gorge] comme on le dit euh on aurait pu penser que une certaine parole ou certaines paroles au pluriel se libéreraient et puis bah moi j'ai constaté qu'en fait de ça bah on avait parlé du hashtag pas de vague mais des vagues il y en avait toujours pas.
Effectivement alors vous avez parlé justement de ce hashtag enfin de ce mot dièse pas de vague également de cette omerta alors on le sait hein aujourd'hui les cas pleuvent dans les dans ces dans ces collèges prioritaires il y a effectivement des choses qui se passent qui sont assez inquiétantes pour ne pas dire pour ne pas dire dramatiques et on voit en fait manifestement que l'éducation nationale et bien ne ne daigne pas lever le petit doigt vous lorsque vous étiez enseignant également à travers la vie de de toujours.
Voilà que vous l'êtes toujours et à travers la vie de votre personnage qui est le professeur comment vous est-ce que vous avez senti la manière dont l'éducation nationale se préoccupait de ces ? Est-ce que finalement ils ont quand même réussi à faire des choses ou alors est-ce que c'est complètement passé ?
Alors je fais très attention aux mots que j'emploie en particulier parce que je sais que que que beaucoup de gens me me regardent dans dans dans l'objectif de de me nuire je je le sais parce [raclement de gorge] que je suis voilà ma situation est judiciariser je suis on suspecte largement avec mon avocat que je suis sous le coup d'une procédure bâillon une procédure judiciaire donc je fais très attention à ce que je dis. Comment comment l'institution ?
Bah l'institution agit toujours de la de la même manière c'est-à-dire qu'elle va elle va communiquer sur le fait qu'elle agit hein elle va créer l'école de ci l'école de ça l'école de la réussite l'école de la confiance hein on connaît tous les toutes les 50 nuances d'écoles hein bien entendu qui sont juste bon bah des des effets d'annonce dans 99 % des effets d'annonce politique et une hotline et puis pour le reste je dirais que elle peut elle peut emballer sa sa manière de s'adresser au à la personne en souffrance que ce soit l'enseignant que ce soit le personnel administratif que ce soit tous les personnels d'ailleurs qui rentrent en ligne de compte euh euh euh [grognement] dans un collège parce qu'il y a pas que les enseignants, il y a le personnel administratif, il y a aussi euh les dames de ménage, les dames de la cantine qui qui parfois sont en très très grande souffrance aussi, les AED donc ce sont les anciens noms évidemment les surveillants.
[grognement] Euh et donc on va emballer le fait de ne rien faire. Hmm hmm. C'est c'est euh c'est euh ça va être la principale euh ça va être la principale réaction et la deuxième réaction, ça va être bah effectivement donc un management par la terreur et entre autres un management par la terreur pour s'assurer que ceux dont on veut qu'ils ne parlent pas, professeurs, élèves, autre personnel, effectivement ne parlent pas, soient effectivement terrorisés par la situation.
Alors justement, vous avez parlé de ces élèves donc votre personnage un petit peu principal, euh le fameux euh Nico qui est défini comme un petit blanc au sein de de votre de votre ouvrage, euh on parle quand même d'un sujet extrêmement euh extrêmement sérieux et hélas bien trop présent en France aujourd'hui notamment euh dans ces quartiers euh de banlieue. Euh pourquoi vous fait avez-vous fait le choix euh de raconter cette réalité à travers les yeux d'un enfant qui paraît tout innocent comme un enfant de 12 ans ?
Bah tout simplement parce que Nico euh j'ai vécu avec lui enfin j'ai pas vécu avec lui mais j'ai [rires] vécu face à lui de l'autre côté du bureau, j'ai vécu face à lui pendant 20 ans.
Et vous savez euh on parle en psychologie de la la souffrance vicariante donc euh le fait de souffrir de voir l'autre souffrir et cette souffrance vicariante, je l'ai connue euh dès le début de ma carrière dans ces dans ces collèges de de de de banlieue euh euh et dans ces collèges on va dire difficiles soit avec directement avec effectivement l'appellation réseau d'éducation prioritaire euh renforcée, sensible violence soit sans l'appellation comme je viens de le dire parce qu'il y en a beaucoup qui n'ont pas l'appellation mais qui ont les mêmes caractéristiques.
Et donc oui, j'ai été dans [raclement de gorge] cette souffrance vicariante par rapport à à ce petit Nico que que j'ai rencontré bah malheureusement des tonnes de fois et euh je crois que à à tous les à tous les moments peut-être pas au tout début de ma carrière parce que bon bah j'étais dans dans dans le dans dans le flou du du du début d'une carrière bien entendu mais mais dès que dès que je suis vraiment rentré dans la carrière, je pense que je je je savais inexorable le moment où j'allais devoir témoigner de ce que j'avais vu parce que je pense que la plupart des gens ne sont pas c'est une image que j'utilise souvent avec mes amis.
Si on mettait une une une caméra dans dans dans toutes les classes de France, je sais pas du tout ce que je souhaite je sais qu'il y en a certains qui le souhaitent mais c'est pas du tout ce que je souhaite parce que ce serait très étrange et en plus de ça ça pourrait donner du matériel à des gens qui qui s'en serviraient et qui le détourneraient à des fins absolument immondes. Donc on ne peut pas filmer les enfants mais si on mettait une caméra imaginons dans dans dans un dans un monde fantasmé dans lequel on mettrait une caméra, on verrait tout ce qui se passe dans une classe, les gens ne le croiraient pas. Les gens ne le croiraient pas.
Pas tout bien entendu, pas tout pas chaque minute pas chaque seconde. Jamais tout jamais jamais jamais tout le monde jamais personne jamais chaque seconde mais il y a énormément de choses que les gens ne croiraient pas. Et quand ils emmènent leurs enfants à l'école quand ils sont en particulier quand ils emmènent leurs enfants au collège, qu'est-ce que je connais ils ne pensent pas que s'il y avait effectivement une caméra qui qui filme ce ce qui se passe, ils verraient ce genre de choses.
Ils ne le pensent pas aussi parce que les enfants bien entendu on le sait, il y a beaucoup de choses qu'ils ne retranscrivent pas déjà soit parce qu'ils n'ont pas les mots soit parce que soit parce que les choses sont passées se sont un peu effacées dans leur souvenir et ne retranscrivent pas forcément la violence de ce qu'ils ont vécu au cours de leur journée de cours. Alors effectivement vous l'avez dit si les gens ne se rendent pas compte de ce qu'il s'y passe et bien vous enfin de professeur dans dans ce genre de collège, vous avez vécu les choses, vous les retranscrirez très bien dans votre dans votre dans votre ouvrage.
Euh jusqu'où en fait on peut considérer que votre ouvrage est un livre autobiographique parce que finalement c'est un petit peu ce qu'on ce qu'on ce qu'on ressent dans votre dans votre ouvrage, on on peut s'identifier aussi à vous en tant que blanc encore plus, voir ce petit enfant à ce petit enfant Nico et surtout ma question c'était de savoir à partir de quel moment quel moment vous a fait un petit peu vous a poussé à véritablement communiquer sur les choses qui se sont passées durant votre votre carrière d'enseignant. Est-ce qu'il y a eu un moment particulier qui vous a dit bon OK là il faut que je parle.
Alors sur le côté sur le côté biographie si j'ai si j'ai utilisé la forme romancée, c'est pour différentes raisons mais c'est aussi pour me distancer, c'est-à-dire pour pour ne pas voilà Benoît c'est Benoît Benoît ce n'est pas Bruno Gaillard. Évidence Benoît c'est c'est c'est c'est c'est un c'est un c'est un autre personnage. Déjà ça ça crée ça ça ça permet une distance et puis ça permet aussi moi je suis en tant qu'écrivain j'ai j'ai une tendance à être romancier et non pas écrivain de de de témoignage documentaire et j'avais besoin de faire rentrer une poétique aussi pour créer de de l'identification parce que je voulais créer de l'identification.
Est-ce qu'il y a un moment clé à partir duquel je je me dis je voilà je dois rentrer dans le témoignage. Je vais peut-être vous surprendre mais il n'y a il n'y a pas véritablement de de de de cliquer. Il y a il y a pas de de de switch on switch off je suis prof d'anglais. Voilà il y a il y a il y a 10 ans pendant lesquels je me dis à un moment ça un moment je je je vais craquer. À un moment je ne vais pas craquer mais à un moment je vais devoir dire ce que j'ai vu parce que c'est trop grave parce que les gens méritent de de de de de savoir même plus que méritent de savoir ont besoin de savoir.
Vous savez j'ai fait récemment comme comme tous les les écrivains quand ils sortent un livre donc c'était la semaine dernière, j'ai fait mon service presse c'est-à-dire que j'ai j'ai dédicacé un certain nombre de d'ouvrages entre autres certains que j'ai envoyé chez vous et j'ai fait le bon la même dédicace pour beaucoup de gens évidemment et et j'ai j'ai dédicacé cher le prénom, ce blanc cassé, donc le titre de mon livre, pour ses vertus réparatrices. Réparatrices. Je pense qu'il y a quelque chose à réparer dans la situation. Voilà. Et ça, ça fait euh ça ça ça ça ça fait disons ça fait 10 ans que ça germe en moi, hein. C'est Il y a pas véritablement un événement.
Ou alors s'il devait y avoir un événement, il y en aurait tellement que j'espère que vous avez une heure devant vous. Justement, ces vertus réparatrices, comme vous les comme vous les présentez, selon vous, qu'est-ce qui pourrait les ? Finalement, politiquement, qui pourrait les incarner selon ? Euh enfin voilà, qu'est-ce que qu'est-ce que vous ? Qu'est-ce que vous préconisez, pardon, vous en tant que comme de métier comme surtout qui a vécu ce genre de ? Alors, politiquement déjà, j'ai j'ai j'ai pris le parti, c'est le cas de le dire, de de de de ne pas trop euh me prononcer pour une raison très simple, c'est que je veux que ce livre reste ce livre et non pas un livre de militant.
Je pense que toutes les personnes qui vont qui vont le lire, nombreuses, je l'espère bien entendu, euh comprendront que je n'aurais pas une tendance lourde à voter pour la France insoumise. Ouais. Je pense que ce sera évident.
Mais je ne veux pas me prononcer en disant voilà euh je la solution viendrait de tel parti, de tel parti, de telle façon de concevoir l'éducation qui ressemblerait tellement au programme de tel parti que évidemment on se dirait "Ah oui, d'accord, il roule pour." Euh je préfère que le roman reste un roman, c'est c'est d'ailleurs aussi pour ça que j'ai j'ai utilisé la la la forme romancée euh parce que je je pense aussi que euh en élargissant, à la fois politiquement et en élargissant de manière romanesque, euh j'espère pouvoir toucher plus de de de de lecteurs au niveau de l'émotion, au niveau de l'identification, parce que je pense qu'on a besoin aussi de l'émotion.
On a pas besoin que on a pas besoin que de la partie euh vraiment euh analytique, intellectuelle de notre cerveau. Quand on est face à quelque chose, une situation aussi grave, on a aussi besoin de notre émotion, de s'identifier pour avoir véritablement euh envie que les choses changent. Oui. Alors, justement, vous parlez de vous parlez de l'émotion. Vous avez euh vu au sein de ces années euh un certain communautarisme, on imagine, euh Oui. euh grandir au sein de au sein de ce ce collège. Vous, comment est-ce que vous le racontez dans votre ? Et surtout, vous, comment est-ce que vous l'avez vécu euh ? [raclement de gorge] Déjà, je vous reprends juste sur un mot.
Pas ce collège, ces collèges, hein. Le le le livre est un agrégat de de plusieurs établissements, sept en tout, hein. Dans les Alors, parce qu'il y a eu des périodes, bien entendu, j'étais TZR en début de de carrière, hein, comme tout le monde. Donc, j'ai j'ai j'ai été sur sept établissements de type collège en tout dans ma carrière. Donc, ces collèges, en fait, hein, c'est pas un collège en particulier. Donc, euh votre question, redites-moi la la la la seconde partie de votre question, excusez-moi. Non, je vous vous posais une question, justement, sur le communautarisme au sein de ces collèges que vous avez vu donc dans ces collèges.
Déjà, dans ces collèges, effectivement, le communautarisme, voilà, effectivement, il va il va il va se il va se il va s'exprimer de manière assez différente en fonction des quartiers, en fonction de de la composition démographique des quartiers. Il dans certains endroits, il va être ouvert, il va être extrême. Et dans certains cas, il va être brutal. À la fois contre l'institution et puis évidemment contre tous les les enfants qui, pour une raison ou pour une autre, parfois même de mêmes raisons, euh sont [grognement] assimilés à "Tu ne fais pas partie de la communauté." Puisqu'on parle de communautarisme. Euh comment je l'ai vu ?
[soupir] C'est toujours pareil, c'est c'est malheureusement le l'affreux syndrome de la grenouille, hein. 2 degrés par 2 degrés, la la grenouille ne saute pas de la casserole parce qu'elle ne se rend pas compte qu'elle est en train de bouillir. Euh Alors, on pourrait dire que c'est contradictoire avec mon concept développé dans le livre de la décennie de la chute où effectivement pendant 10 ans peut-être disons dans dans cette décennie au lieu de 2 degrés par 2 degrés, c'est passé de 4 degrés à à 4 degrés effectivement la grenouille a senti qu'il se passait quelque chose dans la casserole. Le communautarisme, il est prégnant. Il est prégnant, il est constant.
Et comment j'ai pu le vivre moi en tant que en tant qu'enseignant, il y a il y a il y a des choses sur lesquelles je je je ne peux pas parler pour le moment pour les raisons que j'ai évoqué car je suis vraiment de manière extrêmement précise les les les les conseils de mon avocat sujet. Ce que je peux dire c'est que certaines choses qui auparavant étaient juste insinuées sont devenues normales. Hmm hmm. Certaines choses qui étaient cachées sont devenues insinuées et cetera et cetera et cetera et cetera et cetera. Tout simplement parce qu'à un moment on n'a pas su dire on n'a pas on n'a pas su mettre le stop. Oui.
Donc si on ne sait pas mettre le stop à un enfant Hannah Arendt disait "Chaque nouvelle génération d'enfants est une horde de barbares que l'on se doit de civiliser." Et c'est vrai pour tous les enfants de toutes les communautés. [grognement] Et si on ne sait pas mettre le stop, il y a pas civilisation. Il y a juste des barbares qui poursuivent dans dans dans dans leur envie de de détruire ce que l'on leur a désigné comme étant euh de mauvaise qualité, comme étant peut-être péché, comme étant voilà. Alors justement, vous avez parlé de cette normalisation au sein de de de ces collèges. Est-ce que enfin pour vous à quoi ceci est ?
Est-ce qu'on peut considérer peut-être que tout est lié ou en tout cas en partie lié peut-être à un rapport de force démographique, à un abandon par exemple des des supérieurs hiérarchiques pour ces élèves blancs qui sont manifestement humiliés parce qu'ils ont le malheur d'être blancs, voilà. Enfin, selon vous, d'où vient véritablement cette normalisation, sous quels ? Alors les deux, bien entendu, hein.
Euh je je je l'exprime dans le livre de manière assez claire sur sur la question euh la la question du du nombre, c'est-à-dire la question du fait que bah le le petit blanc, le Nico de mon livre, euh sa sa situation singulière et sa souffrance singulière, c'est qu'il est minoritaire ethniquement et qu'on lui fait ressentir. Et qu'on lui fait ressentir, parce que s'il était minoritaire ethniquement à un endroit où tout le monde serait absolument bienveillant avec lui, euh ce livre n'existerait pas, bien entendu.
Quant au supérieur, bah de toute évidence, euh la la hiérarchie, si vous voulez, euh le pas de vague, c'est-à-dire le carriérisme, on regarde la mutation, on regarde le fait de ne de de ne pas passer dans les médias. Alors donc forcément là la la ce que je suis en train de faire, je je franchis le Rubicon, c'est l'horreur, hein, pour pour pour la hiérarchie de l'Éducation nationale, c'est l'horreur, hein. C'est c'est évident. Euh et je le sais. Je voilà, je je je le fais en conscience, bien entendu.
Et vraiment je le fais en conscience, c'est-à-dire au sens où euh je pense que c'est aussi euh l'honneur de de certains profs euh par moment de de se poser dans la euh situation de lanceur d'alerte. Alors dans votre postface, donc à la fin de votre roman, euh vous expliquez que votre livre pourra être taxé euh de roman d'extrême droite. Vous savez, voilà, cette fameuse récupération politique qui est euh sans cesse en fait mentionnée dès lors qu'on dénonce un petit peu les ravages de l'immigration. Vous, qu'est-ce que vous avez à répondre à ces ? Bah ce que j'ai à répondre, c'est lisez le lisez effectivement cette cette postface.
Euh cette postface, je pense qu'elle est elle est elle est elle est elle est claire à sa à sa manière. Elle Excusez-moi. Non non, allez-y. Je pense que cette postface, elle est elle est claire à sa manière, c'est-à-dire que euh on me diaboliseras, on me traitera euh d'extrême si, d'extrême ça et cela glissera sur moi comme les gouttes d'eau sur le canard, parce que je sais que si euh la grande machine euh s'attaque à moi de manière extrêmement brutale, c'est tout simplement parce qu'elle saura que ce que j'écris et ce que je dis, c'est la vérité, il n'y a qu'elle qui blesse.
[musique]
Ligne droite. Et l'entretien reprend avec vous, Maryse Cozelle. Oui, Bruno Attal au sein de votre ouvrage, vous parlez notamment de ce qu'on pourrait appeler l'assimilation à l'envers. Voilà, ce qu'il y a on le sait malheureusement beaucoup lieu dans ce genre dans ce genre de de banlieue et dans ce genre également de collège, on imagine. Vous dites, je cite afin de rappeler aux rares petits blancs qui par défiante ou par mimétisme auraient la mauvaise idée de tenter de reproduire les codes de leurs camarades ne portent un pas la marque de l'infamie. Qu'est-ce que ça veut ? Alors, plusieurs choses.
Déjà, l'assimilation à l'envers ce sera ce sera un des thèmes principaux de la préquelle, donc de Blanc cassé que je suis en train d'écrire, Blanc cassé zéro. On a une exclu. Voilà, c'est une exclu et c'est vrai, c'est vraiment une exclu. Et l'assimilation à l'envers, elle a elle a plusieurs elle a plusieurs formes. La première forme, c'est ce ce sont les les les enfants qui se cherchent des origines, on le connaît. François Busquet que j'ai eu le plaisir et l'honneur de rencontrer suite à à la publication donc de Blanc cassé, en parle aussi. On se cherche des origines, on a honte de n'avoir comme seule origine que la marque infamante du du français ce Oui.
Voilà, et là après on sait on sait tous les termes qui vont avec, hein. Il y a une époque, c'était alors c'est vrai que c'est plus à la mode maintenant, mais moi j'ai connu l'époque où la grande mode c'était le babtou fragile. Oui. Sous-entendu le le babtou, donc le blanc, était forcément fragile. Je ne sais pas ce qui dans la génétique faisait qu'on pouvait considérer qu'il était forcément fragile.
Et l'autre l'autre assimilation à l'envers, eh bien c'est c'est l'assimilation des règles de de ces collèges en particulier, c'est-à-dire que ce Ce pas euh aux aux enfants difficiles, aux enfants violents, aux enfants perturbateurs et aux enfants harceleurs de se sentir l'obligation de s'assimiler aux valeurs de l'école de la République, non. C'est aux C'est aux C'est aux enfants qui sont donc dans cette dans dans cette minorité ou ces minorités ethniques, puisque je le précise bien dans le livre évidemment, euh les les Asiatiques euh sont sont logés exactement à la même enseigne, c'est à eux de s'assimiler aux règles.
C'est-à-dire que comme je le dis dans le livre, il y a les règles qui sont dans le carnet de correspondance, ça ce sont les règles officielles du collège, ? Mais les règles officielles du collège en d'une certaine manière, tout le monde s'en fiche et puis c'est pas c'est pas celles-là qui vont vous empêcher de vous faire taper dessus dans les couloirs. Et par contre, comprendre les règles du quartier, les règles de de de de de la communauté et puis les règles qui s'appliquent à vous parce que vous êtes en minorité euh ethniquement et que donc cela fait de vous une proie de de de tous les harcèlements potentiellement, alors à ce moment-là, ça, effectivement, il faut que vous les assimiliez.
Donc c'est effectivement une assimilation à l'envers. Effectivement, et on peut aussi euh s'interroger sur le rôle des parents dans ce genre de de configuration. À la fin de votre ouvrage, eh bien la mère de Nico euh intervient euh dans euh eh bien dans dans votre dans votre livre, un petit peu pour clôturer la scène, si j'ose dire. Euh voilà, vous, pourquoi l'avez-vous choisi déjà euh Enfin, pourquoi avez-vous choisi de la faire intervenir à ce moment-là de de votre ? Pourquoi cette scène ? Et euh et surtout euh ben euh pour Oui, pourquoi avoir avoir voulu finir avec elle, tout ?
Alors, je suis je suis je suis ravi que vous vous me posez cette question parce que c'est pour moi la scène la la plus importante du livre, c'est celle qui justifie tout. Je l'ai je l'ai dit dans dans un dans dans un entretien euh à la revue à la revue Éléments, un entretien écrit pour le coup. Et pour moi, elle justifie tout, elle justifie euh à la fois tous les efforts que j'ai fait pour pour écrire ce livre parce que c'est c'est c'est c'est toujours un c'est toujours un travail. Bien sûr. Et puis ça, c'est dur émotionnellement, c'est dur d'écrire ce que j'ai écrit, bien sûr.
[soupir] Elle justifie tout euh parce que elle ouvre finalement sur euh elle ouvre sur une note d'espoir, cette scène finale. Hum, je rappelle aussi au travers de cette scène puisque c'est la mère de Nico qui qui redresse la tête face à l'institution qui qui broie euh l'institution qui qui détruit euh son fils et son quartier euh qui laisse les choses aller à vau-l'eau, c'est c'est la mère qui relève la tête. Le père finalement est dans une position un petit peu plus euh euh classique de père et puis finalement il est il est il est étonné mais je pense qu'on qu'on comprend dans la scène qu'il est étonné et qu'il est à la fois fier de voir sa femme qui relève la tête.
Et on constate que dans beaucoup de pays ce sont effectivement les mères et on constate aussi quand il y a des des des euh des faits divers extrêmement graves que ce sont les mères qui témoignent. Je pense qu'on a énormément besoin des des des mères. Je pense qu'on a évidemment évidemment un grand besoin de pères et de paternité mais faute euh pas faute de mieux mais dans la situation dans laquelle on a énormément besoin de ce témoignage des mères, que ce soit dans le cadre effectivement euh de de des faits divers extrêmement graves liés au narcotrafic ou autres et aussi dans le cadre euh des souffrances au niveau scolaire.
Alors justement euh vous euh donc vous l'avez dit, vous avez terminé avec euh ce cette fameuse scène finale avec avec la maman. On a on a un peu l'impression qu'à travers donc cette scène, vous cherchez peut-être à toucher ces parents qui eux aussi pourraient être concernés par des cas euh similaires à celui Tout à fait. à celui de de Nico. Il y a une recherche d'identification en fait à travers vos plusieurs personnages. Tout à fait. Une recherche d'identification en particulier dans cette scène-là puisque c'est une c'est une mère qui euh qui qui on la voit hein dans le reste du roman à d'autres à d'autres moments bien entendu.
On la voit, elle est elle est affaiblie par différents éléments de la vie mais je ne vais pas vous divulgâcher euh la totalité du livre parce que bon voilà. Et euh on la voit on la voit affaiblie, on imagine qu'elle restera un personnage très secondaire et puis finalement, on se rend compte que elle est un des personnages principaux justement avec cette scène finale et j'ai effectivement l'espoir d'une forte identification avec ce personnage de la mère qui relève la tête face à cette face à cette CPE.
Alors ça tombe effectivement c'est c'est c'est une CPE qui qui qui qui reçoit la famille de Nico et elle relève la tête face à l'institution et c'est c'est voilà, c'est la c'est cette cette métaphore du du petit David qui se dresse face au grand Goliath. D'ailleurs, je suis je je me sens une forte identification avec cette cette mère parce qu'en écrivant Blanc que je suis un petit David qui relève la tête face à un gros Goliath et je sais que ce gros Goliath va va vouloir me faire énormément de mal. Mais comme je l'ai dit dans un dans un autre article, je viens avec une bien méchante fronde. Effectivement. Bon ben écoutez Bruno j'allais dire Bruno cassé, voilà.
Non, [rires] Bruno Gaillard Bruno Gaillard Gaillard. Pardon. Alors Bruno Gaillard, merci beaucoup d'être venu à notre antenne ce matin pour parler de votre ouvrage Blanc cassé, je le remonte à la caméra disponible aux éditions de la nouvelle librairie. Nul doute que nous vous réinviterons pour parler de ce fléau qui est le racisme anti-blanc au sein de ces au sein de ces collèges. On imagine que vous avez encore plein d'anecdotes que vous avez notamment rédigé dans cet ouvrage à nous faire parvenir et là c'est J'ai huit tomes. J'ai huit tomes. Bon ben voilà, le temps le temps a filé donc c'est ainsi mais à très bientôt sur Radio Courtoisie. Merci beaucoup.