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interviewBFMTV· 29 juillet 2025 11 min

État de Palestine, droits de douane, Russie... L'interview en intégralité de Jean-Noël Barrot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Nous sommes en direct avec le ministre français des Affaires étrangères. Bonsoir Jean-Noël Barraud, merci d'être avec nous. Tout d'abord une première question, une première réaction officielle de la France à cette annonce du Premier ministre britannique qui envisage donc une reconnaissance d'un État palestinien.

0:20
Jean-noël Barrot

Le Royaume-Uni se joue à l'élan créé par la France, par la décision capitale du Président de la République. Et ce faisant, il contribue à enrayer un cycle infini de violences, à recréer les possibilités d'une paix durable. C'est ce que nous cherchions à provoquer. Nous sommes très satisfaits d'avoir obtenu ce résultat.

0:41
Présentateur

Jean-Noël Barraud, une question de Thierry Arnaud, éditorialiste international BFM TV.

0:45
Invité

Bonsoir Monsieur le ministre. Vous avez expliqué que vous attendiez de cette conférence qui se déroule depuis deux jours à New York, non seulement un élan diplomatique, mais également des résultats concrets. Quels résultats concrets pouvez-vous nous annoncer ce soir ?

1:04
Jean-noël Barrot

Nous avons atteint et dépassé les objectifs que nous nous étions fixés. D'abord parce que, je viens de le dire, nous avons créé un élan avec la décision qui vient d'être annoncée du Royaume-Uni d'envisager la reconnaissance de l'État de Palestine et d'autres pays en boîte le pas. Et d'autre part parce que nous avons obtenu, de la part des pays arabes, pour la première fois, des engagements très forts.

La dénonciation des crimes du Hamas, l'appel à son désarmement, à son exclusion de toute forme de participation à l'avenir de Gaza et de la Palestine, mais aussi leur aspiration à établir des relations normales avec Israël et de s'insérer aux côtés d'Israël et du futur État de Palestine dans une organisation régionale. Bref, nous avons sauvé une perspective politique, la perspective des deux États qui étaient en danger de mort.

2:00
Présentateur

Mais une conférence, M. le ministre, sans les États-Unis, sans Israël, ça sert à quoi ?

2:09
Jean-noël Barrot

Les États-Unis mènent actuellement des efforts que nous saluons et que nous soutenons pour obtenir un cessez-le-feu à Gaza, la libération de tous les otages du Hamas. Mais il est illusoire de penser pouvoir obtenir un cessez-le-feu durable sans que ne soient dessinés les contours de l'après-guerre à Gaza, sans que ne soit dessiné un horizon politique. Et c'est ce à quoi cette conférence historique aura contribué, créer les conditions d'un avenir, d'une solution politique pour l'après-guerre à Gaza. Par ailleurs, les États-Unis, lors du premier mandat de Donald Trump, avaient, avec les accords d'Abraham, commencé à créer les conditions d'une organisation régionale pacifique.

Eh bien, avec les engagements qui ont été pris par la France, par le Royaume-Uni, par d'autres pays, par les pays arabes, l'Arabie saoudite au premier rang, eh bien, nous créons les conditions pour que les États-Unis, le moment venu, puissent réamorcer cette logique des accords d'Abraham. Mais en attendant qu'ils le fassent, l'inaction n'était pas une option.

3:10
Invité

Les largages d'aliments, de médicaments et de biens de première nécessité ont repris dans le ciel de la bande de Gaza depuis quelques jours maintenant. La France, vous l'avez annoncé, va y participer à son tour. Deux questions à ce sujet. Quand, combien, comment d'abord sur ces largages ? Et puis, toutes les ONG sont d'accord pour dire que, évidemment, c'est très largement insuffisant d'approvisionner la bande de Gaza par les airs. Quand espérez-vous concrètement une véritable ouverture des points terrestres et une véritable reprise à l'échelle nécessaire des livraisons de ces biens alimentaires, de ces médicaments, de ces biens de première nécessité dans la bande de Gaza ?

3:53
Jean-noël Barrot

Nous organiserons à partir de vendredi, en lien étroit avec les autorités jordaniennes, 4 vols emportant 10 tonnes de vivres chacun dans la bande de Gaza. Comme vous l'avez dit, la voie aérienne est utile, mais elle n'est pas suffisante. Je rappelle que 52 tonnes de fret humanitaire français sont aujourd'hui bloquées à El Arish, à quelques kilomètres de la bande de Gaza. Il est donc indispensable que les autorités israéliennes consentent enfin à réouvrir les accès terrestres à la bande de Gaza de manière suffisamment significative pour alléger les souffrances atroces des populations civiles sur place.

C'est dans cet esprit que l'Union européenne s'est réunie aujourd'hui à Bruxelles pour envisager des mesures restrictives à l'encontre du gouvernement d'Israël, tant que ce dernier n'aura pas répondu aux exigences qui ont été exprimées depuis des mois maintenant par l'Union européenne. L'ouverture des accès de l'aide humanitaire, le versement des 2 milliards d'euros qui sont dus par le gouvernement israélien à l'autorité palestinienne, l'abandon des projets funestes de colonisation, en particulier le projet E1 qui menace de couper en deux la Cisjordanie et donc de porter un coup fatal à l'existence sur le plan territorial du futur État de Palestine.

5:24
Présentateur

Une question d'actualité, M. le ministre, concernant l'accord commercial avec les États-Unis. Vous allez recevoir demain à Bercy avec votre collègue ministre de l'Économie, les filières concernées. Qu'est-ce que vous pouvez faire concrètement après cet accord qui est intervenu dimanche entre l'Union européenne et le président américain ?

5:46
Jean-noël Barrot

Je l'ai dit à mes interlocuteurs américains ici à New York, les droits de douane sont un impôt sur les classes moyennes et notamment les classes moyennes américaines. Et l'unilatéralisme en matière commerciale nous appauvrira de part et d'autre de l'Atlantique. S'agissant des discussions qui ont lieu, elles devront être réajustées pour tenir compte évidemment de l'excédent considérable du commerce entre les États-Unis et l'Europe en matière de services numériques ou de services financiers. Il faudra parvenir à un accord qui puisse être équilibré.

6:29
Invité

À l'occasion de son voyage en Écosse, le président américain Donald Trump a annoncé qu'il raccourcissait à 10 à 12 jours à partir d'aujourd'hui l'ultimatum lancé à la Russie, c'est-à-dire la date à partir de laquelle s'appliqueront à la Russie et aux pays qui lui achètent du pétrole une série de sanctions et de tarifs douaniers de 100%. Est-ce que vous vous réjouissez de cette évolution de la position américaine et dans l'hypothèse que tout le monde considère comme acquise qu'il n'y aura pas d'accord de paix d'ici là ? Il vous confie dans le fait que ces sanctions seront mises à exécution et qu'elles auront un effet positif sur la suite de ce conflit.

7:08
Jean-noël Barrot

Je salue la position prise par le président Trump. Je ne suis pas surpris puisqu'il suffit de se pencher sur ce qui s'est passé en Ukraine la nuit dernière encore avec un déluge de fer, de feu qui a fait plusieurs dizaines de morts en Ukraine pour s'apercevoir que Vladimir Poutine n'a aucune intention de cesser le feu, aucune intention de négocier une paix durable en Ukraine. Il faut donc l'y contraindre. C'est ce que nous avons décidé de faire il y a deux semaines au niveau européen en adoptant le paquet de sanctions le plus lourd depuis 2022 qui pour la première fois s'attache à asphyxier les ressources pétrolières bénéficiant à la Russie en provenance de pays tiers.

Je souhaite que le président Trump puisse, dans 12 jours, constatant que Vladimir Poutine poursuit sa guerre meurtrière et coloniale en Ukraine, emboîter le pas de l'Union européenne et appliquer à son tour des sanctions massives seules susceptibles d'alourdir suffisamment le coup de la guerre pour Vladimir Poutine afin qu'il change de position et qu'il consente enfin à un cessez-le-feu.

8:24
Présentateur

Merci, merci beaucoup Jean-Noël Barraud d'être intervenu en direct depuis New York sur BFM TV alors que se referme ce sommet à l'ONU sur une solution à deux États pour le Proche-Orient. Claude Blanche-Maison, vous êtes avec nous sur ce plateau. On vient d'entendre le ministre sur la situation notamment en Ukraine. Il a dit espérer que des sanctions américaines viennent renforcer les sanctions déjà prises au niveau européen. Est-ce que c'est un scénario qui vous semble plausible peut-être dans une dizaine de jours si effectivement il n'y a pas d'avancée sur le front militaire ?

9:00
Invité

Oui, il a fait allusion à la complémentarité entre l'approche européenne et l'approche américaine. Dans les deux cas, il s'agit d'assécher les ressources financières pour le budget de la guerre de M. Poutine provenant des exportations de pétrole. Alors effectivement, le 18e paquet de sanctions adopté à Bruxelles dont le ministre a parlé fait que la flotte fantôme qui sert aux Russes à exporter ce pétrole en toute illégalité, et bien les navires de cette flotte fantôme ne peuvent plus faire escale dans les ports de l'Union européenne et sont dans le fond poursuivis par les ensembles des États membres de l'Union européenne.

C'est une façon d'assécher la ressource pour le budget russe qui provient de ces exportations frauduleuses de pétrole. Et effectivement, les droits de douane importants que le président Trump mettra probablement en œuvre le 12e jour de la durée qu'il a fixée, et bien aboutiront au même résultat, parce que la Chine et l'Inde, qui sont des acheteurs importants de pétrole, la prise d'ailleurs cassée, probablement réfléchiront à deux fois et feront tout pour éviter de subir ces sanctions secondaires de la part du gouvernement américain. Donc il y a une complémentarité et je crois une bonne coordination.

L'autre élément étant bien entendu le volet actif, c'est-à-dire fournir des armes défensives et offensives à l'Ukraine pour lui permettre de se défendre.

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