L'invité de Bourdin Direct : François Ruffin - 14/01
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Vous écoutez RMC. C'est Bourdin Direct, Jean-Jacques Bourdin. François Ruffin, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous, député de la France Insoumise, de la Somme, François Ruffin. Regardons le bilan du Covid. D'hier, les dernières 24 heures, 1564 morts en Grande-Bretagne. En Allemagne, 1244 morts, 232 décès en France à l'hôpital ces dernières 24 heures. Et puis ce variant, le variant anglais, le variant sud-africain, maintenant un variant brésilien qui nous menace. Aujourd'hui, des décisions seront prises. Alors, il y a débat. Est-ce qu'il faut instaurer un couvre-feu à 18 heures dans toute la France ? Ou est-ce qu'il faut reconfinir ? Vous avez un avis sur la question ou pas ?
Je veux dire que j'éprouve comme les Français, j'imagine, un sentiment d'usure entre le confinement, le déconfinement, le redéconfinement, peut-être le re-reconfinement. Enfin, il y a un couvre-feu à 20 heures, couvre-feu à 18 heures, une fatigue générale qui s'installe et qui pèse sur les âmes.
Mais est-ce qu'il y a une autre solution ? Qu'est-ce que vous feriez ? Que feriez-vous ?
D'abord, il y a une solution médicale qui apparaît. Oui, ça, on va y revenir. Possiblement. Donc ça, c'est la première chose. Mais je pense qu'on demande aux politiques de se transformer en instance sanitaire et que ce n'est pas notre rôle. Mais il faut bien que nos politiques décident, François Ruffin. Moi, ce que je souhaiterais, c'est simplement, et je le réclame depuis maintenant des mois et des mois et des mois, c'est que ça ne soit pas en attendant le président de la République, qu'est-ce qui va tomber des lèvres du président de la République le 20 janvier, qu'on sache à quelle sauce on va être confiné ou pas.
C'est que ça puisse être décidé beaucoup plus collectivement, discuter beaucoup plus collectivement. J'avais demandé une convention citoyenne sur le coronavirus. C'est-à-dire quoi ? Est-ce qu'il faut rouvrir ou pas les amphis, par exemple, aujourd'hui ? Je ne veux pas en décider tout seul. Mais par contre, je pense qu'il faut un débat. Un débat avec les universités, un débat avec les étudiants. Qu'est-ce qu'il faut faire des cinémas ? Je pense qu'il faut un débat avec les salles de distribution, il faut un débat avec tout ça. Et oui, mais là, depuis...
Est-ce que nous sommes dans le temps du débat, François Ruffin ? Vous savez... Il y a des décisions urgentes à prendre face à l'évolution de l'épidémie. Ce sont les médecins qui le disent.
Ça fait un an qu'on nous dit qu'il y a des décisions urgentes à prendre et qu'on est toujours dans l'urgence. Et du coup... Mais on est dans l'urgence. Du coup, on se refuse à penser ensemble. Et c'est un choix qu'on a à faire pour l'avenir. Parce que, M. Bourdin, là vous avez fait la liste de tous les variants qu'on a. En même temps, on a la grippe aviaire. Ce n'est pas un phénomène du hasard. C'est-à-dire que, malheureusement, je crains, compte tenu du réchauffement climatique, compte tenu de la catastrophe environnementale qui est en cours, qu'on est à vivre avec des crises régulières.
La question est, du coup, dans ce cadre-là, est-ce que, par souci d'efficacité, il faut se débarrasser de la démocratie ? Ou est-ce qu'on pense qu'au contraire, la démocratie va être un outil efficace pour lutter contre le pays ?
Est-ce qu'il n'y a pas les deux possibles ? C'est-à-dire, des décisions urgentes qui doivent être prises, et parallèlement, l'ouverture de débats citoyens autour des grandes questions sanitaires ou environnementales.
Mais vous voyez, le problème, c'est que, moi, ça fait depuis l'automne que je réclame. Et je ne suis pas seul. Vous savez, Jean-François Delfraissy avait demandé que le débat soit beaucoup plus ouvert. La Commission nationale des droits de l'homme, la défenseur des droits. Il y a un certain nombre d'instances qui se sont exprimées et qui disent, ça ne peut plus durer comme ça. Mais là, que feriez-vous ? Je ne sais pas ce que je ferai. Je n'ai pas de tout. Vous ne savez pas. Qui c'est, d'ailleurs ? Alors, il y a un conseil scientifique. Je regrette une absence, moi, dans le conseil scientifique. Allez-y.
D'abord, la décision politique ne doit pas être entièrement laissée entre les mains des scientifiques. Mais je regrette que, dans le conseil scientifique, il n'y ait pas un seul expert en santé mentale. Il n'y a pas un seul épidémiologiste de la santé mentale. Il n'y a pas un psychologue. Il n'y a pas un psychiatre. Il n'y a rien de tout ça. Or, aujourd'hui, quand on voit les statistiques, qu'un tiers des jeunes se disent en dépression, 50% sont inquiets pour leur santé mentale et on est à 20% des Français qui sont en dépression, je pense que la santé mentale, elle doit aussi être prise en compte, en plus du reste. Par ailleurs, il faut penser dans la durée.
Je vous l'ai dit, on va avoir des crises à affronter. Et cette crise-là, il est bien possible qu'elle dure. Donc, on ne peut pas être seulement pour qu'est-ce qu'on fait dans la semaine prochaine. Mais comment on va vivre avec ça ? Comment on va penser ensemble ? Peut-être encore pour ce printemps, pour cet été, pour cet automne. Donc, les deux. On agit à court terme et on agit à moyen terme et long terme. Sauf que depuis un an qu'on est dedans, on n'agit pas du tout à moyen et à long terme. Et je vais vous dire, de toute façon, vous connaissez le point commun entre stratégie et Macronie ? Ça rime. C'est le seul point commun. Sinon, pour le reste, c'est un oxymore.
C'est-à-dire qu'il n'y a pas de pensée stratégique de qu'est-ce qu'on va faire pour les tests, qu'est-ce qu'on va faire pour les masques, qu'est-ce qu'on va faire pour les vaccins, qu'est-ce qu'on va faire pour penser la crise qui risque de durer. Non, on est dans une espèce d'urgence permanente. Et il faut tout s'adapter en permanence du jour au lendemain. Quand vous pensez qu'à la mi-décembre, en off, on dit aux salles de cinéma, au théâtre, et à tout le monde de la culture, c'est bon, vous allez rouvrir. Et que deux jours plus tard, le président de la République dit non, vous ne rouvrez pas. Comment on peut comprendre ça ? Et tout est géré de cette manière-là.
Donc à un moment, on ne peut pas se contenter de gérer l'extrêmement court terme. Il faut penser le moyen terme. Il faut se dire que malheureusement, cette crise, et sans doute, je le crains, ce n'est pas que je le souhaite, mais ces crises, pour des raisons environnementales, climatiques et tout ça, on va avoir à vivre avec. Et donc, il faut organiser la société pour qu'on ne se débarrasse pas de la démocratie.
Bien, la vaccination, on ne juge pas un match de 90 minutes à la deuxième seconde, c'est ce que disait hier Jean Castex à l'Assemblée Nationale. Vous êtes très critique sur la vaccination, François Ruffin ? Sur l'organisation, sur les lenteurs de départ, sur la vaccination aujourd'hui, on en est à 247 000, je crois, à la France est vaccinée. Est-ce que c'est la vitesse qui compte là, aujourd'hui ?
Je pense qu'il y a eu une erreur de départ. D'abord, la première chose, c'est, moi, je souhaite un vaccin français. Oui, je sais. Avec une technologie française. Pourquoi on ne l'a pas ? Il faut l'expliquer aux Français. Pourquoi on n'a pas eu ça ? Parce qu'on a un outil en France pour le faire, qui est Sanofi. Qu'a fait Sanofi depuis une décennie ? Sanofi a cassé son outil industriel. On avait 11 centres de recherche en France. À la fin de l'année, il en restera 3. Sanofi a divisé par 2 le nombre de ses chercheurs. C'est le premier scandale. On a cassé un outil industriel, on a cassé un outil sanitaire.
Mais ça s'est fait avec la complaisance, avec la complicité du gouvernement depuis 3 ans. Avec d'abord des fonds, on verse du crédit impôt recherche à Sanofi, qui détruit la recherche. On verse du crédit emploi à Sanofi, qui détruit l'emploi. Mais avec aussi des mesures symboliques. Sanofi, qui est invité à occuper les salons de l'Elysée, le président de Sanofi, qui est co-commandeur de la Légion d'honneur par Emmanuel Macron. Et il faut dire pourquoi. Pourquoi il y a cette complaisance ? À la fois, j'étais venu pour parler de la dépakine sur Sanofi, sur le scandale de Mourinx, où on rejette dans l'atmosphère 180... Ou sur là, ce qui va concerner tous les Français, M. Bourdin.
Ce qui va concerner tous les Français. Pourquoi on n'a pas de vaccin en France ? Parce qu'on a laissé casser Sanofi. Et pourquoi ?
Peut-être s'est-on trompé chez Sanofi. Peut-être s'est-on trompé parce qu'on n'a pas travaillé sur l'ARN messager, et parce qu'on travaille sur des technologies plus éprouvées. C'est vrai aussi pour Pasteur.
C'est vrai aussi pour Pasteur, François Ruffin. Pourquoi on s'est planté chez Sanofi ? Parce qu'on ne peut pas casser un outil industriel pendant une décennie, casser sa recherche, et espérer que parce qu'on va mettre 200 millions d'euros sur la table, créer un centre de recherche en dernière minute, il y ait une renaissance. Et donc, ils ont commis une série d'erreurs qui fait que nous n'avons pas de vaccin français. Et je pense que c'est une erreur...
L'erreur, c'est peut-être un choix, tout simplement. Non, non, on le sait. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Sanofi ou Pasteur vont proposer un vaccin à la fin de l'année 2021, qui sera beaucoup moins cher, et qui permettra de vacciner des pays pauvres, François Ruffin.
Moi, la honte que j'éprouve, M. Bourdin, parce que moi, je serais très fier qu'aujourd'hui, la France ait un vaccin, qu'on en ait assez pour les Français, qu'on ne soit pas à gérer la pénurie, parce que s'il se produit aujourd'hui... Vous défendez l'ARN messager, le vaccin ARN messager. Premièrement, je vous dis, je termine sur pourquoi on n'a pas de vaccin Sanofi. Parce qu'on a laissé casser Sanofi. Pourquoi ? Parce que la Macronie et Sanofi sont liés. Parce que Serge Weinberg, le président de Sanofi, est celui qui a fait rentrer Emmanuel Macron chez Rothschild en lui disant « enrichissez-vous ».
Et que cette complicité au sommet de l'État, j'accuse, oui, cette complicité au sommet de l'État fait qu'il n'y a pas eu de regard sur la politique de Sanofi ces dernières années. Qu'on a laissé casser un outil industriel, qu'on a laissé casser un outil sanitaire. Et moi, je vais demander une commission d'enquête là-dessus, à l'Assemblée nationale. Je vais demander qu'on enquête... Commission d'enquête sur quoi ? Sur pourquoi on n'a pas de vaccin français et pourquoi on a laissé casser le principal outil sanitaire de l'industrie pharmaceutique depuis une décennie dans ce pays.
Bien. Alors, aujourd'hui, on a deux vaccins utilisés en France. ARN messager, les deux vaccins. C'est une technique que Sanofi, effectivement, n'a pas choisie. Pourquoi ? Nous verrons ce que dit la commission d'enquête, François Ruffin. Mais vous, vous, vous allez vous faire vacciner quand vous pourrez, quand ce sera votre tour, sans hésiter. Est-ce que vous avez des réticences ?
Je l'ai dit de toute façon, et je l'ai dit depuis le début, moi, je ne me ferai vacciner non pas pour moi parce qu'au fond, il faut un peu dédramatiser. Le taux de morbidité du Covid-19 n'est pas énorme. Et à mon âge, compte tenu du fait que je ne suis pas une population à risque, il est assez faible. Donc, je ne flippe pas pour moi-même. En revanche, je le ferai éventuellement pour protéger mes proches, pour protéger les gens que je croise. Et oui, et pour aider celles et ceux qui soignent. Aussi, François Ruffin. Mais vous voyez, c'est... Pour éviter que les hôpitaux ne soient pleins.
Il me semble qu'en étant député, on n'est pas exactement en première ligne comme profession à risque, que je ne suis pas dans un âge à risque non plus. Donc, la priorité, pas de me faire vacciner. Aujourd'hui, ma position est simple, pour moi, sur le vaccin. Ceux qui veulent se faire vacciner doivent le pouvoir. Ceux qui ne le veulent pas, il n'y a pas urgence à entamer un travail de conviction, à amener une croisade contre le complotisme.
Vous défendez la vaccination ?
Oui, bien sûr. Je suis vacciné sur un certain nombre d'autres maladies. Je ne remets pas ça en cause. Mais je dis juste qu'il ne faut pas consacrer... L'énergie du gouvernement a été consacrée à quoi ? Plutôt qu'à mettre en place une chaîne logistique valable, plutôt qu'à se préparer à diffuser le vaccin dans toute la France, ils ont consacré leur énergie à de la rhétorique et à de l'idéologie à une croisade contre le complotisme et l'obscurantisme. Ce n'est pas le sujet. Aujourd'hui, il y a plus de 30 millions de personnes qui sont prêtes à se faire vacciner dans le pays. Et on a 500 000 doses par semaine, apparemment. Et ces 500 000 doses, on ne les consomme même pas.
Donc, voilà, le fossé, il est là. On les consomme maintenant.
On ne les a pas consommés jusque-là. Non, on ne les consomme toujours pas. Mais qui est-ce qui doit acheter les vaccins ? Qui doit acheter les vaccins ? L'État, parce que les régions se proposent. L'État, les régions, les départements, les maires, les entreprises, je ne sais pas qui.
Il y a un État dans ce pays. L'État, il doit acheter les vaccins. Tout à fait, aujourd'hui, le problème, c'est la production de vaccins et la part qui peut revenir à la France. Puisqu'on est dépendant des vaccins américains, on fait appel à des conseillers de stratégie américaine pour la campagne de vaccination. Et on est dépendant de vaccins américains. Donc, voilà, on est placé dans cet État de dépendance. On a perdu notre souveraineté pharmaceutique. Donc, comme le dit la France insoumise, on doit acheter des vaccins aux Russes, aux Chinois, à Cuba. Non, mais là, moi, il y a un vaccin qui a été...
Enfin, il y a deux vaccins, trois vaccins, qui ont été homologués sur le plan français, qui ont passé un certain nombre de tests au niveau européen. Les autres ne les ont pas passés pour l'instant. Donc, qu'on ne les achète pas, quoi. Qu'on leur donne l'occasion de les passer, de les tester.
Et puis, ensuite, on verra. Bien. Sanofi, on en a parlé, mais BioNTech, Pfizer, Moderna... Pourquoi est-ce que ça vous choque que ces vaccins viennent des États-Unis ? Pourquoi ?
Simplement parce que... Parce que ça montre la faiblesse française ? Oui, évidemment. Ça nous place, un, dans une situation de dépendance. On nous a dit qu'il fallait retrouver notre souveraineté. La première des souverainetés qu'on aimerait avoir, c'est une souveraineté sur notre santé. C'est une souveraineté sur la capacité à produire des médicaments. Vous savez, quand j'étais déjà en printemps dernier, il y avait un problème sur les hypnotiques, le sédatif et tout ça. Ça veut dire quoi, très concrètement, M. Bourdin ? Ça veut dire que dans les hôpitaux en France, il y a des gens qui sont morts dans la souffrance.
Parce que les médecins ont dû restreindre les doses, voire ne pas avoir de médicaments pour diminuer la souffrance. J'interroge la ministre de l'Industrie en lui disant « Est-ce que vous pouvez nous dire ce qu'il y en est ? Est-ce qu'il y a des chaînes de production d'hypnotique qui sont rapatriées en France ? Est-ce qu'on augmente la production ? Dites-nous ce qu'il en est. » Elle me dit « Je pense qu'on peut faire confiance à Sanofi. » Non. Non, moi, je ne fais pas confiance à Sanofi. Je ne fais pas confiance à Sanofi pour autre chose que faire du profit. Je ne fais pas confiance à Sanofi et aux autres pour répondre aux besoins essentiels en matière de santé de la population française.
Je vois que vous êtes mesuré sur les vaccins. Il faut dire que vous n'avez pas vécu dans le Jura. Donc, vous n'êtes pas un spécialiste des vaccins. Non, je dis ça comme ça. C'est une petite parenthèse. Dites-moi, prendre rendez-vous grâce à des plateformes privées sur Internet pour être vacciné, par exemple Doctolib, ça vous choque ou pas ?
Moi, ce qui me choque, c'est qu'aujourd'hui, on soit incapable d'avoir l'outil à temps. J'entends, parce que j'assiste à des comités de vaccination, moi, j'entends que quand on a mis en place le serveur pour que les médecins, les professionnels de santé depuis 50 ans puissent se faire vacciner, la plateforme, elle a sauté. Et que simplement, il n'y a plus pu y avoir de prise de rendez-vous. Voilà.
42 millions des Français utilisent Doctolib. Donc, ça n'a rien de choquant qu'on puisse prendre rendez-vous sur Doctolib. Non, parce que j'ai entendu certains de vos collègues.
Aujourd'hui, moi, je veux vous dire la solution que je préconise, je le redis, pour ceux qui veulent se faire vacciner. Et il faut que, y compris dans les EHPAD et partout, il y ait un consentement qui soit donné au vaccin individuellement et qu'on ne force pas la main. On ne supprime pas le consentement. Non, pas du tout. Certains pensent à le supprimer. Non, non, non, non, c'est tout sauf ça. Il faut qu'il y ait un consentement au vaccin. Il faut qu'on ne force pas la main, y compris aux personnes âgées pour se faire vacciner, y compris aux soignants et qu'on ne mette pas en balance le fait qu'ils sont plutôt volontaires. Donc, bon, voilà. Mais moi, ma solution, je vis dans un coin.
On est à la campagne. J'ai 80 communes sur mon coin. Les personnes âgées qui ont plus de 75 ans, vous croyez qu'elles vont faire 20, 30 kilomètres pour aller se faire vacciner ? Non. Des équipes mobiles ? Oui, il faut des équipes mobiles. Ils vont aller les voir. Il faut que de salle des fêtes en salle des fêtes, par demi-journée, il y ait des papiers qui soient passés dans les boîte aux lettres, parce que je suis sûr que les maires seront favorables à ça, pour dire, ben voilà, il y a la vaccination, elle va être possible pour vous, chez vous, à Francières, par exemple, à une commune de chez moi,
le vendredi matin. Il y aura des cellules régionales de pilotage de la vaccination, c'est ce qu'a promis hier le gouvernement. Nous verrons bien comment ça fonctionne. Mais ça peut fonctionner, peut-être. Je ne sais pas. Parce que ce sont les régions qui vont aussi gérer cela. D'accord. Ils vont, ils vont, ils vont.
D'accord. Je veux dire, stratégie, qu'est-ce que c'est que la stratégie ? C'est de penser avec des coups d'avance.
Bien. François Ruffin, avec des coups d'avance avec un virus qui mute, c'est un peu difficile. François Ruffin, il y a une priorité sur les jeunes. Vous en parliez tout à l'heure. Est-ce que vous défendez ardemment ? Demain, je reçois Bruno Le Maire, le ministre de l'économie. Je lui en parlerai. Est-ce que vous défendez ardemment le RSA aux moins de 25 ans ? Entre 18 et 25 ans.
C'est l'idéal pour personne de vivre avec les minimas sociaux. Non.
580 euros, le RSA, je le rappelle.
C'est l'idéal pour personne. Oui. Maintenant, il faut voir quelle est la situation de la jeunesse. C'est un taux de pauvreté qui est quatre fois supérieur aux personnes âgées, dans la durée. Et qui a encore augmenté avec la crise de Covid, qui a fait perdre des petits boulots aux jeunes, aux étudiants, et ainsi de suite. Donc, on est dans cette situation. Et évidemment, j'ai déposé des amendements, moi, dans l'hémicycle, à l'automne, pour dire, il faut que le RSA... Ce que je ne comprends pas.
On peut même, provisoirement, non ?
Oui. À l'automne, à l'air et à l'air et ça,
tant que la crise est là.
Tout à fait. Mais moi, je pense qu'il y a une question de principe. Comment ça se fait que la majorité politique est à 18 ans ? On peut voter. Comment ça se fait que la majorité pénale est à 18 ans ? On peut aller en prison. Et que la majorité sociale n'est pas à 18 ans ? Et là, on ne peut pas toucher le minimum. Il y a une question de principe. Et moi, je vais vous dire, c'est dans les temps de crise que la France peut se grandir. C'est après la guerre 39-45, on le sait, qu'ont été mises en place les retraites. Les retraites qui ont permis de quoi ?
De passer de la solidarité familiale, parce que quand on était vieux, on mourait dans la pauvreté ou au crochet de ses enfants dans les classes populaires, à une solidarité sociale. Ça a été efficace. Qu'est-ce qui s'est passé ? En 20 ans, grâce à cette mesure, les retraites, on a fait passer, alors que le taux de pauvreté était supérieur depuis des millénaires chez les personnes âgées, et le reste de la population, s'est passé en dessous dans les années 70. Et je pense qu'il faut avoir le même mouvement aujourd'hui. Il faut avoir le même mouvement, quand je l'ai dit, le taux de pauvreté des jeunes est quatre fois supérieur à celui des personnes âgées.
Il faut avoir le même mouvement, c'est-à-dire passer d'une solidarité familiale, parce que dans nos familles, on peut avoir les moyens d'aider ses enfants, et tout le monde le fait, mais passer de cette solidarité familiale à une solidarité sociale, à une solidarité nationale. Et je pense que c'est en temps de crise qu'on pense des choses comme ça et qu'on avance sur des choses comme ça.
Bien, je voudrais terminer avec ce qui s'est passé autour de Donald Trump et de son compte. De ses comptes, pas de son compte, de ses comptes. Je sais que vous avez protesté. Vous avez protesté. D'ailleurs, Cédric O, qui est secrétaire d'État chargé du numérique, est comme vous. J'ai vu la réaction. La fermeture du compte Trump par Twitter me paraît scandaleuse. Doit-on déléguer notre liberté d'expression au géant de la Silicon Valley ? Ça, c'est le mien. C'est pas celui-ci. C'est le vôtre. Mais enfin, il dit à peu près la même chose. Angela Merkel aussi, il s'est positionné. Un journal américain de gauche qui s'appelle The Nation s'est positionné.
Mais c'est une entreprise privée.
Non, alors... En plus, c'est le compte privé de Donald Trump qui a été supprimé.
Écoutez, c'est une entreprise privée, mais il faut voir que, d'abord... Est-on obligé d'aller sur Twitter ? Je vais vous dire comme responsable politique, et je le regrette, mais aujourd'hui, si vous n'êtes pas sur Facebook, si vous n'êtes pas sur Twitter, vous n'existez pas. Dans les GAFA. Donc les GAFA amènent le monde. Non, mais nous avons une dépendance à l'égard des GAFA. Politique. Mais pourquoi ? Démocratique. Parce que... Parce que nous l'acceptons ? C'est ainsi que se passe la vie politique. Et je le regrette, je le déplore, mais c'est ainsi. Ce qui se passe... D'abord, même dans le privé, on ne fait pas ce qu'on veut.
Quand il y a une entreprise privée, il y a des règles qui se posent à l'intérieur sur les 35 heures, sur les règles d'hygiène, et ainsi de suite. Quand on est là, non pas dans la situation d'un média, mais d'un réseau. Le réseau, même si c'est délégué à Veolia, Veolia ne peut pas décider d'un seul coup de venir vous couper l'eau, de venir vous couper le gaz, de venir vous couper l'électricité. Et c'est ce qui se passe avec Twitter et compagnie. Ce ne sont pas simplement des médias, ce sont des réseaux. Et d'un seul coup, ils décident de couper. Alors, moi, je n'ai aucune sympathie pour Donald Trump. Je ne me suis jamais prétendu son ami.
Mais... Et qu'y pensez-vous ?
Je veux dire, Emmanuel Macron, dans ses relations avec Donald Trump, a dépassé le cadre simplement de l'allier à une alliance avec les Etats-Unis, à une relation personnelle d'amitié, puisque c'est ainsi qu'il l'a présenté. Je ne me suis jamais senti l'ami de Donald Trump. Je ne soutiens pas du tout sa tentative de coup d'État. Mais, en revanche, je pense qu'il faut faire attention pour l'avenir. Parce que si on laisse les coups des franches, ce sont les Etats...
Qui doit réguler ? Alors, comment doit-on faire ? Ce sont les Etats qui doivent décider de la suspension d'un compte ? C'est le peuple. Comme ça se passe en Chine ? C'est le peuple. Ou comme ça se passe en Ouganda ? C'est le peuple. Actuellement, pour la présidentielle ? C'est le peuple. C'est le peuple.
C'est-à-dire, c'est le peuple. C'est-à-dire, c'est le peuple à travers sa justice. Les représentants du peuple. C'est le peuple à travers sa justice. C'est-à-dire que, si on décide de fermer tous les comptes Twitter, ça doit être une décision de justice. Ça doit être une décision, éventuellement, puisque là, c'est une décision politique, de dire, voilà, il est devenu dangereux pour l'Amérique. Ça doit être une décision des représentants du peuple. Mais ça ne peut pas être le privé qui décide de la mort politique et de la mort numérique d'individus. Et je le pose comme préal parce que, vous savez, on ne défend pas les libertés que quand ce sont nos amis qui en souffrent.
On défend les libertés aussi quand ce sont nos adversaires. parce qu'un jour, ça finira par tous nous retomber dessus.
Bien, avec cette crise, je sens que vous ne serez pas candidat à la présidentielle.
Non, je l'ai dit. Vous ne serez pas, c'est fini maintenant. Il y a assez de monde sur la ligne de départ. Donc, on peut se passer d'une candidature supplémentaire à gauche.
Bien, merci. 8h55. Merci François Ruffin d'être venu nous voir sur RMC et BFM TV. Merci à vous, M. Bourneur. Merci.
François Ruffin