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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 7 septembre 2022 8 minComplaisantFond programmatiqueÉconomie & entreprises

Inflation : "les prix des produits manufacturés et alimentaires devraient continuer à monter", selon Jean-Luc Tavernier, directeur général d'Insee

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:06OuverteRéponse directe

    Les prix vont-ils continuer à augmenter ?

  • 0:25OuverteRéponse directe

    Est-ce que cela signifie que les prix ont fini de s'emballer ?

  • 0:51RelanceRéponse directe

    Donc, ça veut dire que la hausse des prix n'est pas terminée ?

  • 1:36FerméeRéponse directe

    À combien précisément ?

  • 2:06OuverteRéponse directe

    Alors, justement, la sécheresse de cet été, est-ce qu'elle va alimenter l'inflation des produits alimentaires cet hiver ?

  • 2:49OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui est inédit ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:35InvitéFait
    « les prix des produits manufacturés, les prix des produits alimentaires vont continuer à monter graduellement un petit peu »
  • 0:47InvitéFait
    « les hausses de prix des matières premières, des prix de production en amont, sont tellement fortes qu'elles ne sont pas toutes passées au niveau du commerce de détail »
  • 1:37InvitéChiffre
    « À 6,5%. »
  • 1:42InvitéChiffre
    « On prévoyait entre 6,5 et 7 dans la dernière note de conjoncture que nous avions publiée au mois de juin. »
  • 2:00InvitéChiffre
    « 6,5 au total, malgré les prix des produits alimentaires qui, eux, seront autour de 7-8%. »
  • 4:05InvitéFait
    « le pouvoir d'achat a fortement baissé »
  • 4:12InvitéChiffre
    « En gros, il a baissé de 3% au cours des deux premiers trimestres de l'année 2022. »
  • 5:00InvitéChiffre
    « Ce que nous prévoyons, c'est en gros 0% pour le pouvoir d'achat des ménages. »
  • 5:27InvitéChiffre
    « la hausse, la composante énergie aurait été deux fois plus forte sans l'ensemble de ces mesures »
  • 5:32InvitéChiffre
    « Et donc, c'est une affaire de 2,5-3% d'inflation évité grâce à ces mesures »

Temps de parole

  • Invité78 %
  • Présentateur22 %

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0:01
Présentateur

Bienvenue dans l'invité éco sur France Info. Les prix vont-ils continuer à augmenter ? Questions posées ce soir à Jean-Luc Tavernier. Bonsoir.

0:12
Invité

Bonsoir.

0:13
Présentateur

Vous êtes directeur général de l'INSEE. Le chiffre que l'on surveille comme le lait sur le feu, c'est évidemment celui de la hausse des prix. Au mois d'août, l'inflation est repassée sous la barre des 6%. Est-ce que cela signifie que les prix ont fini de s'emballer ?

0:29
Invité

Non, non. Alors, c'est plus compliqué que ça, évidemment. Ça dépend de beaucoup de paramètres. Ce qui est à peu près certain, c'est que les prix des produits manufacturés, les prix des produits alimentaires vont continuer à monter graduellement un petit peu parce que les hausses de prix des matières premières, des prix de production en amont, sont tellement fortes qu'elles ne sont pas toutes passées au niveau du commerce de détail.

0:51
Présentateur

Donc, ça veut dire que la hausse des prix n'est pas terminée ?

0:52
Invité

Sur ces produits-là. Sur l'alimentaire ? Voilà. La grande inconnue, bien sûr, c'est la hausse des prix d'énergie qui dépend de tant de facteurs géopolitiques, ce n'est pas besoin inutile de le rappeler, qui dépend aussi des mesures que prennent les pouvoirs publics. On est sous le coup d'un bouclier tarifaire, on est sous le coup, au mois de septembre, d'un accroissement de la hausse des remises à la pompe. Donc, c'est tout l'avenir de la hausse des prix du pétrole, du gaz, et de l'électricité et des mesures, de la manière dont les mesures vont évoluer dans le futur en 2023, est une incertitude telle que... Non, je...

1:27
Présentateur

Je ne peux pas vous prononcer. En tout cas...

1:29
Invité

Je vous tromperais en disant que je suis sûr qu'on est à un pic d'inflation. Et du reste, on prévoit plutôt une inflation encore un petit peu plus élevée en fin d'année qu'elle ne l'est aujourd'hui.

1:36
Présentateur

À combien précisément ?

1:37
Invité

À 6,5%. En dessous de 7 ? Ce qu'on prévoit. On prévoyait entre 6,5 et 7 dans la dernière note de conjoncture que nous avions publiée au mois de juin. Il se trouve que les prix du pétrole sont un peu plus bas, qui a eu, comme on le voit, une remise des prix un peu plus fortes à la pompe aussi. Et donc, globalement, un peu moins de hausse de prix d'énergie, jusqu'à l'horizon de la fin de l'année 2022 encore. Et donc, 6,5 au total, malgré les prix des produits alimentaires qui, eux, seront autour de 7-8%.

2:06
Présentateur

Alors, justement, la sécheresse de cet été, est-ce qu'elle va alimenter l'inflation des produits alimentaires cet hiver ?

2:12
Invité

Oui, sans doute. Alors, vous savez, nous, économistes, il faut qu'on soit virologue, il faut qu'on soit crémlinologue, il faut qu'on soit météorologue, il faut qu'on soit aussi spécialiste de l'agriculture. C'est un peu tôt pour le dire. Et les productions qui ont le plus souffert, c'est les productions d'été, comme on dit, maïs, betterave, tournesol, ce n'est pas celles qui rentrent en premier lieu, au premier chef, dans la production, dans les indices de prix de nos produits frais. Mais bon, sans doute, il y aura aussi un petit effet de la sécheresse, oui.

2:42
Présentateur

Alors, ces difficultés qui sont liées à l'offre, elles atteignent des niveaux inédits, écrit l'INSEE dans sa note de conjoncture qui est publiée aujourd'hui. Qu'est-ce qui est inédit ? C'est la conjonction des facteurs qui explique une production qui est bien en dessous de la demande ?

2:55
Invité

Alors, ce qui est inédit, c'est le fait que, quand on demande aux entreprises, dans l'industrie manufacturière, mais aussi dans les services, est-ce que vous êtes plus contraint par des difficultés de demande ou des difficultés d'offre ? Traditionnellement, en France, on a été très longtemps, on a vécu sous un régime d'insuffisance de demande. Les entreprises n'étaient pas contraintes par l'offre, ni par les difficultés de recrutement, ni par les difficultés d'approvisionnement. Et ce qui est inédit depuis quelques trimestres, maintenant, c'est la hausse très forte des difficultés de recrutement. On les a connues avant le Covid, elles avaient refluées, elles sont remontées.

3:22
Présentateur

Et ça, vous mesurez ces difficultés de recrutement statistiquement ?

3:28
Invité

On a des difficultés de recrutement, c'est vrai dans le bâtiment, c'est vrai dans beaucoup de secteurs industriels, c'est vrai dans certains secteurs des services aussi. Et c'est pour ça qu'on ne produit pas suffisamment. Ça fait longtemps, dès 2018-2019, on voyait des tensions très fortes. Sur les chauffeurs routiers. Donc ça, c'est la première source de tension sur l'offre qui est assez inédite. Et la seconde qui l'est complètement, ce sont les difficultés d'approvisionnement qui, elles, ont précédé la sortie de Covid, les problèmes de chaînes de valeur, etc., de difficultés dans les chaînes de valeur. Et puis qui ont été accrues, bien sûr, par la guerre en Ukraine.

3:58
Présentateur

Donc des prix qui augmentent, qu'en est-il du pouvoir d'achat des ménages de l'autre côté ?

4:02
Invité

Alors le pouvoir d'achat a fortement baissé. On avait prévenu de ça. Et je pense que c'est assez... Dans les comptes que nous avons publiés, ça se confirme. En gros, il a baissé de 3% au cours des deux premiers trimestres de l'année 2022. Donc c'est beaucoup, c'est sensible et c'est perceptible. Et il remonte. On s'attendait à ce profil. Baisse au début d'année, remontée en hausse d'année.

4:24
Présentateur

Parce que les prix augmentent plus vite que les salaires ?

4:26
Invité

Parce que les prix auront plus évolué en début d'année qu'ils n'évolueront en fin d'année tant qu'on est sous le coup de ces boucliers. Parce qu'aussi, il y a certaines mesures en faveur des revenus qui s'appliquent là, qui vont s'appliquer en fin d'année. La baisse de la redevance, la nouvelle baisse de la taxe d'habitation pour ceux qui en payent encore, l'augmentation de la prime dite Macron, etc.

4:50
Présentateur

Donc ça veut dire qu'au final, en 2022, le pouvoir d'achat des ménages, il augmente, il baisse, il stagne.

4:58
Invité

Au final, en moyen annuel, c'est encore de la prévision. Ce que nous prévoyons, c'est en gros 0% pour le pouvoir d'achat des ménages. Comme il y a un peu de démographie, qu'il y a un peu de hausse du nombre d'habitants, du nombre de ménages, des ménages plus petits, sur le ressenti, c'est plutôt une petite baisse.

5:10
Présentateur

C'est une petite baisse. Mais est-ce que la situation aurait été pire sans toutes les mesures d'aide gouvernementale que vous avez citées, boucliers tarifaires notamment, ristournes à la pompe, etc.

5:21
Invité

Oui, bien entendu. Alors ça, nous l'avons publié, nous l'avons chiffré, nous avons fait une publication la semaine dernière pour dire qu'en gros, la hausse, la composante énergie aurait été deux fois plus forte sans l'ensemble de ces mesures. Et donc, c'est une affaire de 2,5-3% d'inflation évité grâce à ces mesures qui justifient qu'on ait... Parce que c'est des mesures qui étaient plutôt plus rapides et plus fortes que dans d'autres pays. Alors, ça veut dire aussi qu'elles coûtent plus cher aux finances publiques, évidemment. Il y a no free lunch, vous savez, comme on dit, en économie, il n'y a pas de repas gratuit.

Mais ça justifie, ça explique qu'on ait moins d'inflation que la moyenne de la zone européenne, de la zone euro et de l'Union européenne.

6:01
Présentateur

Alors, quelles conséquences sur la consommation, sachant qu'on le sait, la consommation est un des moteurs de la croissance française ?

6:07
Invité

Alors, la consommation répond bien sûr à ces évolutions de pouvoir d'achat, mais pas que. On a eu, en dépit de ces baisses de pouvoir d'achat du début d'année, on a eu une bonne résistance et même des hausses de consommation dans certains services. Pourquoi ? Parce que sortie du Covid, sortie des mesures de restriction, donc retour à meilleure fortune, des dépenses d'hôtels, de restaurants, de tourisme, de déplacements, de spectacles, etc. Alors, ça se voit très bien et le taux d'épargne a baissé. Il était resté très haut puisqu'il y avait une partie de la consommation qui ne pouvait pas être faite.

Donc ça, on est revenu à un niveau de taux d'épargne plus normal et on a eu une consommation qui n'a pas suivi la forte baisse du pouvoir d'achat en début d'année. On aura l'effet un peu inverse dans la deuxième partie de l'année. Le pouvoir d'achat va remonter du fait des mesures dont je parlais et on pense que la consommation ne suivra pas dans la même proportion. La consommation va résister et que le taux d'épargne remonte un petit peu.

7:05
Présentateur

Et la croissance, pour terminer, puisque c'est important, Jean-Luc Tavernier, la croissance, elle sera de combien finalement en 2022 ?

7:11
Invité

La croissance sera, selon nos prévisions, avec beaucoup de modestie parce qu'évidemment, comme vous l'imaginez, la période est pleine d'incertitudes qui échappe un peu au raisonnement économique. C'est des insultes sur des hypothèses, notamment géopolitiques. Nous, ce que nous prévoyons aujourd'hui, c'est une très faible croissance au troisième trimestre, 0,2, mais une petite croissance, et 0 au quatrième trimestre. 0, c'est aussi un petit peu la marque de l'incertitude qu'on a. C'est-à-dire que ça peut tourner bien comme ça peut tourner moins bien et ça dépendra notamment de la manière dont ça se passera sur les marchés de l'énergie, les marchés du gaz. Est-ce qu'on aura des pénuries ?

Est-ce que l'hiver sera plus ou moins froid ? Je ne veux pas vous développer tout ça.

7:52
Présentateur

Et donc, pas de récession en 2022. Et ce sera le mot de la fin, Jean-Luc Tavernier.

7:57
Invité

Je ne vous jurerai pas, mais ce n'est pas ce que nous prévoyons. Ce n'est pas, au regard de toutes les institutes qu'on a, ce n'est pas si mal. C'est grâce aux réponses des enquêtes de conjoncture des entreprises qui sont assez résistantes que nous sommes amenés à dire, oui, le scénario le plus programme n'est pas la récession.

8:14
Présentateur

Merci beaucoup, Jean-Luc Tavernier, directeur général de l'INSEE, invité Éco de France Info ce soir.