Tempêtes, inondations : le pire est à venir ? - C dans l’air l’invité - 28.01.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
C'est neuf ? ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. La France est touchée par des crues exceptionnelles après le passage de la tempête Herminia. Après l'Ille-et-Vilaine, 2 autres départements font l'objet d'une vigilance rouge pour risque de crues: le Morbihan et la Loire-Atlantique. 4 autres départements de l'Ouest sont en vigilance orange: le Calvados, l'Orne, la Mayenne et le Maine-et-Loire.
On en parle avec G.Musquet. Bonsoir.
Vous êtes spécialiste de la prévention des catastrophes naturelles. Commençons avec ces images que vous avez peut-être déjà vues. En Ille-et-Vilaine, les cours d'eau sont sortis de leur lit.
C'est la Seiche et la Vilaine. On distribue des parpaings, de sacs de sable aux habitants. Qu'est-il en train de se passer?
Ce sont des mesures qu'on peut encore prendre pour protéger sa maison? - G.Musquet: On a des niveaux d'eau qui batteent des records depuis pratiquement 80 ans sur un mois de janvier.
Cette succession de pluies, de dépressions qui arrivent, qui ramènent du vent et de la pluie, ce sont des phénomènes où les parpaings semblent dérisoires. Ca peut aider, quand on est à la limite de la ligne d'inondation, mais une fois qu'on a plusieurs mètres...
A la limite, pour créer un passage, surélever des passages, ça peut aider. Pour le reste... - C.Roux: Le phénomène, ces 2 fleuves qui sont sortis de leur lit...
Il n'a jamais autant plu à Rennes depuis 1944. Quand on a un maximum de pluie sur une zone donnée, avec zéro dénivelé, forcément, ça se termine par ces images, avec des sols déjà gavés d'eau? - G.Musquet: Complètement.
On a déjà eu un certain nombre de phénomènes depuis l'année dernière. Les nappes phréatiques sont à un haut niveau. Depuis près d'un an, on a accumulé.
On n'a pas eu un été très sec. Cette 1re dépression a amené de l'eau, puis Herminia, puis Ivo par la suite...
On attend un cumul de précipitations sur un endroit donné extrêmement important. - C.Roux: Lorsqu'on dit, pour l'Ille-et-Vilaine, vigilance rouge, ça veut dire quoi? - G.Musquet: Ces vigilances ont été créées pour éviter des morts et des blessés, des destructions de biens.
C'est pour qu'on puisse avoir un signal fort pour les citoyens, les collectivités, les médecins, pour dire qu'on est face à un phénomène important. - C.Roux: Pour dire qu'il faut évacuer, monter les frigos? - G.Musquet: Tout dépend des aléas.
Sur les inondations, on est en sécurité chez soi, sauf quand les autorités demandent d'évacuer. - C.Roux: Ce qui a été le cas pour 600 personnes. - G.Musquet: On estime qu'on ne pourra pas assurer la sécurité d'autant de personnes et qu'il faut les mettre à l'abri dans des lieux sûrs, au chaud. - C.Roux: On peut faire passer des conseils pour les gens qui nous regardent, qui sont peut-être parfois soumis aux vigilances rouges.
Les élus locaux, en Ille-et-Vilaine, disent: "Même si vous avez un gros 4x4, ne passez pas, même si les routes sont barrées. Ca comporte de nombreux risques." - G.Musquet: C'est le faux sentiment de sécurité de la voiture.
Quelques centimètres suffisent pour emporter le véhicule, le faire flotter. Même quand il n'est pas emporté, il peut flotter. C'est très compliqué d'ouvrir.
Il faut savoir nager. Il y a des débris, des barrages naturels qui vont se former à partir de branchages et de débris. Ca permet aux collectivités de s'organiser pour le ramassage des enfants, pour l'école.
Ce sont des moyens pour éviter des morts et des blessés, qui tiennent compte de notre histoire. On a eu des morts, dans les décennies précédentes. Ces morts et ces blessés sont évitables. - C.Roux: Ca monte doucement, il y a cette idée qu'il n'y a pas de vagues qui déferlent.
Ca donne l'idée que c'est géré, qu'on va passer en voiture ou traverser à pied, avec parfois des plaques d'égout qui volent. C'est là que c'est dangereux. - G.Musquet: Tout à fait.
Le risque, c'est de perdre sa voiture. Il faut laisser son véhicule et ne pas l'engager. Il ne faut pas se mettre en danger.
Ne mettez pas en danger les personnes qui viendront vous porter secours. - C.Roux: Le chef du pôle prévention et de gestion de crise dit: "C'est possible qu'on atteigne la crue historique de 1970 à Redon.
On est clairement dans des crues centennales." Ecoutons un habitant de Guipry-Messac. - Je n'ai jamais vu ça.
Pourtant, je suis propriétaire depuis plus de 25 ans. On a monté au maximum, mais tout est dans l'eau. Il y a encore des choses qui pourraient être sauvées, mais si ça ne monte plus. - Ca fait mal.
On n'a jamais vu ça. Si on s'en sort comme ça, ce sera bien. - La journée de demain qui est annoncée pourra nous créer beaucoup de problèmes. - C.Roux: Il dit que c'est la journée de demain qui va leur poser problème.
Ils sont déjà dans une situation difficile, avec ce sentiment d'avoir tout perdu. Le pire est à venir? - G.Musquet: Tout à fait.
On a encore des pluies attendues aujourd'hui et demain, avec une autre dépression qui s'annonce. Ce qu'il faut bien avoir en tête sur ce phénomène, c'est qu'il faut se tenir informé et permettre aux collectivités de s'organiser au mieux pour recueillir les habitants. On a des détresses psychologiques dont il faut tenir compte.
Des biens sont perdus. Il faut se souvenir de la fatigue des habitants du Pas-de-Calais de l'année dernière, d'élus pris à partie. Tout ça a un impact sur la santé mentale des populations. - C.Roux: On va parler tout de suite de ce choc.
Je voudrais citer la Loire-Atlantique. On parlait de la tempête Ivo qui arrive. Elle pourrait frapper la Loire-Atlantique, la Bretagne.
C'est là qu'il faut craindre le plus cette nouvelle tempête qui arrive? En Loire-Atlantique, il y a encore des évacuations d'établissements scolaires, qui sont fermés. 1000 foyers sont privés d'électricité. - G.Musquet: C'est tout l'enjeu, d'arriver à articuler les moyens, les effectifs dont la Sécurité civile dispose, face à l'enjeu de la population.
Ce sont les écoles, les réseaux d'électricité, les routes...
Il faut trouver une articulation pour que tout le monde puisse passer à travers ces aléas et qu'on puisse passer à la reconstruction. - C.Roux: Ivo, c'est des rafales à 130 km/h, encore des fortes pluies attendues, notamment en Bretagne.
Vous passez ce message de prévention. On a l'impression qu'il pleut depuis 2 ans. - G.Musquet: On passe d'un extrême.
C'est ce qu'on répète régulièrement. C'est une des caractéristiques du réchauffement climatique. On verra en quoi le réchauffement climatique a accentué ou pas ces événements.
Ce qui est certain, c'est qu'on passera d'épisodes très secs à des épisodes très pluvieux. - C.Roux: Les images qu'on voit, on a l'impression que c'est les images qu'on a vues dans le Pas-de-Calais il y a un an. - G.Musquet: Ca fait un an et demi qu'on est dans une alternance de départements qui sont frappés les uns après les autres.
Il faut que l'on arrive...
C'est le rôle des médias, des écoles, des élus...
Il faut qu'on ait une pérennité de l'action publique pour gérer, qu'on soit d'accord ou pas sur le réchauffement climatique, les éléments qui arrivent. - C.Roux: Quand on voit ces images, avec des zones, qui sont des champs de culture et des villes très bétonnées, ça veut dire quoi, se préparer?
On a encore le temps de préparer une surface agricole ou nos villes? - G.Musquet: On est un pays riche, qui a beaucoup théorisé sur ces questions.
Des météorologues, des climatologues, des océanographes travaillent et permettent d'anticiper ce qui nous attend. Il faut avoir en tête que des collectivités françaises...
Je prends le cas du village de Miquelon, qui est pour moi un exemple parfait. Des élus et l'Etat se mobilisent au chevet des habitants pour les aider à déménager le village. - C.Roux: C'est radical.
On parlait d'adaptation, vous nous parlez de déménagements. - G.Musquet: Les assureurs ne vous suivront pas.
Les banques ne vous suivront pas. Il faut, économiquement et socialement, proposer une solution. - C.Roux: Quand vous entendez qu'au niveau national, certains peuvent détricoter la loi zéro artificialisation nette, qui prévoit d'établir ces règles du jeu en 2050, que dites-vous? - G.Musquet: Qu'on va aller dans un mur, à un moment.
C'est toute mon inquiétude. Il va falloir que les élus prennent leurs responsabilités et que les habitants votent pour des élus qui les protègent. C'est l'enjeu de la prochaine décennie. - C.Roux: Pourtant, plus personne ne parle d'écologie.
François-noël Buffet