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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 27 mai 2022 7 minComplaisantActualité / polémiqueCulture, médias & sportJustice

Vincent Michel : "Le marché des antiquités est très lucratif, il attire les trafiquants"

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Chapitres

Questions et réponses

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  • 0:00OuverteRéponse directe

    Comment lutter contre le trafic d'œuvres d'art et de biens culturels ?

  • 0:04OuverteRéponse directe

    Est-ce que dans les musées, on trouve régulièrement des œuvres qui ont été volées ?

  • 1:22OuverteRéponse directe

    Mais c'est quoi exactement la différence entre un bien volé et un bien pillé ?

  • 2:24OuverteRéponse directe

    Comment ça se passe quand un musée achète une œuvre entre l'épilleur d'un côté et le musée de l'autre ?

  • 3:16OuverteRéponse directe

    Donc un musée peut se retrouver à son insu avec une œuvre pillée ?

  • 3:39OuverteRéponse directe

    Il pèse combien ce marché ? On a une idée des sommes qui sont brassées chaque année ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:59InvitéFait
    « Il y a deux catégories d'objets. Il y a les objets volés et les objets pillés. »
  • 1:14InvitéFait
    « Face à un bien pillé, c'est beaucoup plus délicat. »
  • 1:30InvitéFait
    « Un objet volé, c'est un objet qui est soustrait d'une collection publique ou privée. »
  • 3:55InvitéChiffre
    « Le marché légal, en 2017, on avait un chiffre d'affaires de 63,7 milliards de dollars. »
  • 4:30InvitéFait
    « Ça intéresse de la petite délinquance au groupe terroriste. »
  • 6:34InvitéFait
    « Avec la nouvelle réglementation de 2016, on va contrôler ce qui rentre dans notre pays. »

Temps de parole

  • Invité73 %
  • Présentateur27 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Comment lutter contre le trafic d'œuvres d'art et de biens culturels ? L'ancien patron du Louvre, Jean-Luc Martinez, vient d'être mis en examen, soupçonné d'avoir acheté des antiquités égyptiennes à la provenance douteuse, afin de les exposer au Louvre Abu Dhabi. Des œuvres qui pourraient avoir été pillées lors du chaos du printemps arabe, de faux certificats auraient été réalisés. Bonjour Vincent Michel. Bonjour. Vous êtes archéologue, professeur à l'université de Poitiers, expert dans la lutte contre le trafic de biens culturels, et à ce titre, vous intervenez notamment à l'École nationale des douanes. Alors il ne s'agit pas évidemment de préjuger de la culpabilité de ce monsieur Martinez.

Ce que j'ai envie de savoir d'abord, c'est si ce qu'on lui reproche est fréquent, est-ce que dans les musées, on trouve régulièrement comme ça des œuvres qui ont été volées ?

0:45
Invité

Des choses qui ont été volées, non. Mais ça peut arriver. Vous savez, c'est très difficile de lutter contre le trafic de biens culturels. Il y a deux catégories d'objets. Il y a les objets volés et les objets pillés. Alors c'est sûr que, comme vous dites, les objets volés ont une traçabilité, parce que ça vient d'un inventaire, ça vient d'une collection, ça vient d'une collection privée ou publique. Et tôt ou tard, lorsqu'ils réapparaissent, effectivement, on retrouve en fait cette traçabilité. La grande difficulté, et c'est vrai qu'on est tous effectivement conscients de ce problème, c'est que face à un bien pillé, c'est beaucoup plus délicat.

1:22
Présentateur

Mais c'est quoi exactement la différence entre un bien volé et un bien pillé ? Volé, c'est dans un établissement qui existe, et pillé, c'est autre chose ?

1:29
Invité

Voilà, c'est ça. Un objet volé, c'est un objet qui est soustrait d'une collection publique ou privée. Donc il y a une traçabilité, il a été inventorié, il a été numéroté, il a été photographié. Le problème qui se pose maintenant, ce sont les objets pillés. Ce sont des objets qui proviennent de fouilles clandestines, qui sont soustraits comme ça du sol d'une façon totalement anonyme, et sur lesquels on va gréver en fait une histoire à pédigrer. Quelque chose qui est forcément crédible. Parce que bien évidemment, vous ne pouvez pas vendre un objet, vendre un objet pillé du Yémen, du Dirac ou de Syrie.

Et c'est là où justement les trafiquants sont très opérationnels, puisqu'ils vont créer en fait une seconde histoire, pour éviter justement, pour donner une origine légitime, apparemment respectable, en rendant crédible en fait par exemple, une acquisition ancienne, avec tout un lot en fait de faux certificats, d'authenticité, qui peut être assez facilement obtenu.

2:24
Présentateur

Comment ça se passe quand un musée achète une œuvre entre l'épilleur d'un côté et le musée de l'autre ? J'imagine qu'il y a tout un tas d'intermédiaires, il n'y a pas des vérifications régulièrement, aux différents stades ? Entre les experts, les maisons de vente, les choses comme ça ?

2:37
Invité

Oui, heureusement, dans 99,9% il n'y a aucun lien entre le trafiquant et le musée, fort heureusement. Mais parfois, bien évidemment, comme tout un chacun, maintenant vous savez, lutter contre le trafic, c'est aussi difficile que de lutter contre les autres trafics. Même si à la différence en fait du trafic de drogue, il existe un trafic illicite et un marché légal. Et vous voyez, la distinction entre le marché légal et le marché illégal est assez délicat en fait. Et les trafiquants vont tout faire pour justement faire en sorte qu'on ne puisse plus retenir, revenir à l'origine en fait de ce bien, c'est-à-dire une origine illicite, un trafic.

3:16
Présentateur

Donc un musée peut se retrouver à son insu avec une œuvre pillée ?

3:19
Invité

Tout à fait, tout à fait. Alors, c'est de plus en plus rare. C'est vrai qu'à chaque fois, ce sont des affaires qui sont assez symptomatiques, des risques qui sont encourus justement par les musées, mais aussi par n'importe quel collectionneur. Parce que ce qu'il faut bien comprendre, c'est que c'est un marché éminemment lucratif. Il pèse combien ce marché ? Forcément, ça attire les trafiquants.

3:43
Présentateur

Il pèse combien ce marché ? On a une idée des sommes qui sont brassées chaque année ?

3:46
Invité

Alors, en fait, on ne sait pas parce que c'est un marché qui est un marché souterrain, mais il est vraisemblablement à la hauteur du marché légal. Le marché légal, en 2017, on avait un chiffre d'affaires de 63,7 milliards de dollars. Donc vous imaginez que forcément, le marché illégal va forcément être à la proportion du marché légal. Il y a de l'argent à se faire. C'est ça, en fait, le message qui est clair. Donc qu'on trafique des stupes, qu'on trafique des armes, qu'on trafique des êtres humains, des médicaments, en fait, le moteur est le même. C'est l'argent.

4:21
Présentateur

Et est-ce que les réseaux sont les mêmes ? Est-ce que le trafic de biens culturels, ça intéresse la grande criminalité, les mafias, les trafics en drogue ? Ou est-ce que ce sont des réseaux à part ?

4:30
Invité

Alors, c'est toute la difficulté, en fait, de ce trafic, parce que ça intéresse de la petite délinquance au groupe terroriste. C'est vraiment une criminalité polymorphe, puisque vous pouvez très bien, bien évidemment, incriminer, c'est une vraie délinquance, les détecteurs de métaux qui s'adonnent le dimanche, mais comme Daesh, dont on sait qu'il a une partie, une partie, effectivement, de son financement, provenait du trafic illicite des biens culturels.

4:56
Présentateur

Et comment s'organise alors la lutte contre ce trafic ? Est-ce qu'il existe des structures, une coopération à l'échelle internationale, ou ça se passe au niveau de chaque pays ?

5:03
Invité

Non, c'est vrai qu'il y a vraiment une prise de conscience. C'est vrai qu'en fait, il faut comprendre que tout ça, c'est récent. Et que l'homme a besoin, effectivement, d'une prise de conscience. La prise de conscience, elle date de ces années 2001, vous voyez, on est vraiment... enfin, 2011, pardon, avec les printemps arabes, puis l'accélérateur, avec 2014-2015, avec ces prises de conscience que Daesh détruisait, justement, des antiquités, mais aussi trafiquait, et c'était les mêmes qui commettaient les attentats. Et là, on a une prise de conscience.

5:33
Présentateur

Attendez, ce qui est récent, c'est la lutte ou c'est le pillage ?

5:37
Invité

Non, c'est la lutte. Le pillage, il est vieux comme le monde, j'imagine. Voilà, le pillage, il est vieux comme le monde. On peut remonter au butin de guerre, on peut remonter, effectivement, la Révolution française, on peut remonter à beaucoup de conflits. L'idée, c'est justement de détruire, comment dirais-je, le patrimoine de l'autre. Et on voit exactement les mêmes choses, par exemple, en Ukraine, où le patrimoine est détruit, pillé, déplacé. C'est exactement les mêmes.

6:00
Présentateur

Alors, revenons-en à la lutte, parce qu'il ne nous reste plus beaucoup de temps. Moi, j'aimerais savoir comment on fait pour lutter et avec quels moyens ?

6:06
Invité

Alors, en France, on dispose, en fait, d'organes étatiques bien particuliers. Donc, nous avons l'OCBC, l'Office Centrale de Lutte contre le Trafic Démaculturel, qui est un organe bicéphale, donc gendarme et police. Et puis, nous avons les douanes, qui est vraiment la police des marchandises, qui contrôle à l'importation, l'exportation et à la circulation. Et puis, j'ai envie de dire, il y a le service des musées de France, qui va vérifier systématiquement toutes les licences d'exportation. On protège notre patrimoine, mais maintenant, avec la nouvelle réglementation de 2016, on va contrôler ce qui rentre dans notre pays. Et là, bien évidemment, il vaut beaucoup plus de monde.

Mais, j'ai envie de dire, la sensibilisation, elle est totale. C'est vrai qu'on peut compter sur les archéologues, comme d'alerte aussi. On peut compter sur les magistrats, qu'on essaie de former de plus en plus. L'idée, c'est qu'on puisse dire, voilà, derrière une antiquité, peut se cacher une infraction. Ne soyons pas complices, faisons attention à cela.

7:02
Présentateur

Merci, Vincent Michel. Merci beaucoup pour vos explications. Je rappelle que vous êtes archéologue, professeur à l'Université de Poitiers et donc expert dans la lutte contre le trafic de biens culturels. Vous étiez l'invité du 5-7. France Inter