Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRMC· 25 septembre 2024 21 min

🔴 DIRECT - L'intégrale de l'interview d’Olivier Faure, premier secrétaire du PS, député de Seine-...

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il s'agit d'un ressortissant marocain déjà connu des services de justice. Il avait été condamné en 2021 à une peine de 7 ans de prison pour viol, le viol d'une jeune femme de 23 ans. Depuis, il était sous le coup d'une OQTF, une obligation de quitter le territoire français qui n'avait pas été appliqué, y compris pour des ratés administratifs. Quand vous voyez ça, quelle est votre première réaction Olivier Faure ?

0:28
Olivier Faure

La première réaction, c'est d'abord évidemment une réaction de douleur partagée avec une famille à qui nous devons des réponses. Cette jeune femme de 19 ans est morte alors même que ce drame aurait pu être évité. Et donc l'évidence, c'est que nous devons maintenant chercher à comprendre ce qui a dysfonctionné. Parce qu'il y a au moins deux sujets d'incompréhension aujourd'hui. Le premier, c'est pourquoi est-ce que ce jeune homme est sorti de prison, alors même qu'il était évidemment sujet à expulsion.

Et que donc, au lieu de prévoir, d'anticiper sa sortie, d'anticiper le fait qu'il doit être renvoyé immédiatement au Maroc dès sa libération de prison, eh bien il est d'abord passé par un centre de rétention administrative. Et là, dans ce centre de rétention, pour des raisons que pour l'instant nous ignorons, il est sorti alors même que le délai de rétention n'était pas achevé et qu'il pouvait encore y rester.

1:24
Présentateur

– C'est un juge qui a décidé de le libérer plus tôt.

1:27
Olivier Faure

– C'est un juge qui a décidé pour des raisons qu'on ignore. Peut-être avait-il de bonnes raisons pour cela, je n'en sais rien. Simplement, il y a eu deux moments pendant lesquels, en fait, en réalité, on aurait pu ajuster et faire en sorte qu'il n'y ait pas de moment de latence entre le moment où il est dans la rue, enfin le moment où plus exactement il est enfermé,

1:45
Présentateur

– Il est sorti de prison.

1:46
Olivier Faure

– Et le moment où il est renvoyé dans son pays d'origine.

1:48
Présentateur

– Ce moment-là, je vais reprendre la chronologie des faits, il entre sur le territoire français à 17 ans, en passant par l'Espagne, il rentre d'ailleurs avec un visa de tourisme, il commet assez vite le viol, il est arrêté, il est condamné, il effectue cinq ans de prison, et en effet, quand vous dites qu'il y a un flottement, c'est que l'OQTF n'est prononcé que deux jours avant la date de sortie de sa prison, ce qui ensuite implique qu'il passe par la case rétention, qu'à chaque fois, il faille demander à un juge s'il peut rester en rétention, que parallèlement, on fasse la demande de laisser passer consulaire auprès du Maroc, c'est-à-dire son pays d'origine.

Et là, il y a plusieurs ratés, vous le dites, il y a un problème d'anticipation, pourquoi cette demande de laisser passer n'est pas prononcée trois mois avant la sortie, pour avoir le temps de la récupérer, et que directement à sa sortie, il reparte. Et puis, il y a un autre raté, qui paraît d'une terrible culpabilité là, qui est aussi que la demande, elle n'est pas sortie du bon service. Donc, le laisser passer, le Maroc dit, on va vous le donner, mais on ne peut pas vous le donner à ce service-là, ce n'est pas la préfecture qui va le demander, c'est un autre juge.

Un certain nombre de ratés, est-ce que vous estimez qu'aujourd'hui, ça n'est pas à l'image d'un flottement sur ces questions-là en France ?

3:08
Olivier Faure

Je ne veux pas généraliser, la justice fait son travail. Et malheureusement, il y a parfois, comme dans toutes les administrations, comme dans toutes les activités humaines, des erreurs qui sont malheureusement parfois fatales. Mais là, évidemment, le vrai sujet pour moi, c'est que quand on a quelqu'un qui est en détention, qui est un individu dont on peut penser qu'il est une menace pour la société française, eh bien, on ne devrait pas avoir à le libérer avant même qu'on ait l'assurance qu'il pourra repartir.

Et donc, effectivement, l'OQTF, le laisser passer consulaire qu'on devait récupérer auprès des autorités marocaines, devait déjà, en réalité, être récupéré avant même de le libérer ou de le mettre en rétention, où les délais, là, sont en fait circonscrits dans le temps. Et donc, il y avait la bonne logique, c'est de dire, tant que nous n'avons pas l'OQTF, tant que nous n'avons pas le laisser passer consulaire, – On ne le fait pas sortir de prison. – On le garde en prison.

4:01
Présentateur

– Olivier Faure, le laxisme de la justice n'existe pas. Voilà les premiers mots du nouveau ministre de la Justice. Est-ce que vous partagez ce constat-là ?

4:09
Olivier Faure

– Oui, bien sûr, je partage ce constat. Tout y a de la justice, mais la réalité, c'est qu'elle fait avec des moyens qui sont, certes, améliorés, mais qui sont encore très indigents par rapport à la tâche immense qui relève de leur fonction. Et donc, il y a aujourd'hui des magistrats, des greffiers, des gens qui sont personnels de justice et qui font travailler admirablement. Et ce serait trop simple que de s'essuyer les pieds sur une administration qui fait le travail, mais qui le fait avec des moyens qui sont malheureusement réduits.

4:37
Présentateur

– Ce matin, j'avais la magistrate Béatrice Brugère, qui était mon invitée sur RMC, qui parlait aussi d'une sorte d'auto-censure de la part des juges à prononcer moins de peines de prison. Et une fois que les peines de prison sont prononcées, 40% en réalité n'aboutissent jamais à la case prison, mais sont appliquées, certes, mais appliquées sous d'autres formes, des bracelets électroniques, le pointage. Est-ce que ça, vous vous dites, on peut garder 40% qui ne sont pas appliqués comme tels ?

5:07
Olivier Faure

– Il y a forcément des volontés d'alternative à la prison, parce que la prison n'est pas la solution pour tous les délits. Il y a des tas de délits qui ne justifient pas forcément une incarcération. Et on a aussi un problème tout simple à gérer, c'est qu'il faut aussi admettre le fait qu'on ne peut pas mettre tout le monde en prison pour des raisons qui sont liées au nombre de places.

5:26
Présentateur

– Mais sur la question de l'application des peines, quand vous entendez Bruno Retailleau, le nouveau ministre de l'Intérieur, qui dit lundi soir, il y a désormais en France, je cite, un droit à l'inapplication des peines.

5:38
Olivier Faure

– C'est faux, ce n'est pas un droit à l'inapplication, c'est-à-dire qu'il y a des peines qui peuvent être traduites sous d'autres formes que la prison, et qui sont parfois même une meilleure source de réinsertion de celui qui a commis le délit. Mais évidemment, il faut réserver la prison à tous les individus qui sont dangereux et qui sont en réalité une menace pour les Françaises et les Français. Et donc la délinquance en col blanc, Nicolas Sarkozy n'a pas fait de prison, il est resté dehors avec un bracelet électronique. Est-ce qu'on avait besoin de l'incarcérer ? Peut-être qu'il y a des gens qui considèrent que la punition aurait dû être exercée dans cette...

6:10
Intervenant

– Vous considérez qu'il n'avait pas besoin d'aller à la case prison ?

6:12
Olivier Faure

– La réalité, c'est que l'aménagement de sa peine n'était pas absolument discutable. Il y avait quelque chose d'assez logique au fait qu'il puisse le faire avec un bracelet électronique. Même si on peut se dire, mais pourquoi est-ce qu'un délinquant en col blanc ne fait pas de la prison comme quelqu'un qui...

6:27
Présentateur

– C'est la question peut-être de la dangerosité immédiate.

6:29
Olivier Faure

– C'est la dangerosité qui doit guider effectivement les magistrats. Et je pense que c'est la raison pour laquelle il y a une part des peines aujourd'hui qui ne sont pas appliquées directement sous forme d'incarcération, mais qui le sont sous la forme de bracelet, sous la forme d'assignation en résidence, comme vous avez pu le dire.

6:43
Présentateur

– Le Premier ministre, c'est Michel Barnier, mais ça aurait pu être Lucie Castet. Vous l'espériez, vous l'espérez d'ailleurs encore. Lucie Castet, candidate du nouveau Front populaire pour le poste de Premier ministre. Elle était l'invité de BFM TV hier soir. Je voudrais que vous écoutiez ce qu'elle a dit sur la régularisation de tous les sans-papiers.

7:02
Intervenant

– Moi, ce que je dis sur l'immigration, c'est qu'on a manifestement un problème d'accueil. – Non, non, ma question c'est, est-ce que vous étiez pour la régularisation de tous les sans-papiers ? – Je suis pour une régularisation des sans-papiers, oui. – De tous les sans-papiers ? – Il faut que je regarde davantage, mais plutôt favorable à ça, oui. – C'est-à-dire tous les sans-papiers ou seulement ceux qui travaillent ? – Tous les sans-papiers. – D'accord, donc même ceux qui ne travaillent pas ?

7:21
Olivier Faure

– Oui. Vous êtes d'accord avec ça ? – Non, je ne suis pas d'accord avec cette position, qui n'est pas la nôtre. Notre position est de dire qu'il faut en finir avec une forme d'hypocrisie, avec ces femmes et ces hommes qui font tenir le pays debout, qui travaillent, qui sont dans des conditions souvent d'exploitation, et ceux-là doivent être régularisés. Et c'est à cela que je me tiens, c'est-à-dire qu'on ne peut pas avoir cette façon de… ce travail dissimulé qui permet à des employeurs, en réalité, d'exploiter de la main-d'œuvre à moindre coût, et ça, ce n'est pas possible. Et donc ceux-là, il faut les régulariser.

Pour les autres, quand ils sont rentrés irrégulièrement sur le territoire, qu'ils s'y maintiennent, la logique, c'est qu'on les fasse repartir dans leur pays d'origine.

8:07
Intervenant

– Donc vous n'êtes pas d'accord avec Lucie Gasset ? Elle est toujours votre candidate ?

8:09
Olivier Faure

– Ça peut arriver.

8:10
Intervenant

– Mais est-ce qu'elle est toujours votre candidate pour Matignon d'ailleurs ?

8:12
Olivier Faure

– Je suis d'accord avec ce qu'a dit Lucie Gasset. Elle a dit qu'elle restait disponible pour la fonction, qu'elle ne voulait pas imposer son nom comme une espèce d'absolu, et je pense que nous n'en sommes pas là aujourd'hui. Notre problème aujourd'hui, c'est de faire face à un gouvernement…

8:24
Intervenant

– Est-ce que vous n'êtes pas planté en allant chercher quelqu'un qui n'avait pas forcément d'expérience, ni politique, ni… Non, vous ne vous dites pas qu'on s'est planté.

8:33
Olivier Faure

– Mais l'expérience politique, vous en avez, j'en ai. La politique, ce n'est pas un métier. La politique, c'est une fonction, et c'est la possibilité pour des gens qui veulent passer d'un stade où ils sont simples citoyens, à un stade où ils ne sont pas de choix pour la politique. – Mais là, ce n'est pas seulement la question peut-être

8:48
Intervenant

de l'expérience politique, c'est aussi le fait que vous avez été chercher

8:52
Présentateur

quelqu'un qui est sorti un peu du chapeau, sans que ce soit quelqu'un qui soit issu, ni de vos rangs, ni véritablement des autres.

8:57
Olivier Faure

– Il n'y avait pas de chapeau. Il y avait simplement la volonté de dire que le Front populaire ne s'incarne pas simplement dans des formations politiques, mais aussi dans des gens qui se sont engagés différemment. Lucie Casté était connue pour avoir notamment travaillé beaucoup sur les services publics, avoir été à la tête d'une organisation qui s'intéresse très directement à cela, nos services publics. – De défense des services publics. – Exactement. Et donc, elle était l'incarnation aussi de cette volonté de notre part d'élargir le Front populaire, la société civile dite organisée.

9:24
Présentateur

– Elle était ou elle est encore ? Ma question, c'est est-ce qu'elle est prête ? Est-ce que vous estimez qu'elle est prête ? Est-ce que vous demandez toujours, si possible, et si le gouvernement Barnier ne durait pas, à ce que ce soit Lucie Casté qui soit nommée ?

9:37
Olivier Faure

– Pour moi, elle est légitime à occuper cette fonction. Maintenant, quand la question se posera, nous reverrons entre nous la façon dont on s'organise.

9:45
Intervenant

– Vous pourriez rebattre les cartes et re-réfléchir à cette question-là ?

9:48
Olivier Faure

– Mais je m'en tiens à ce qu'a dit Lucie Casté elle-même, qui a dit qu'elle était disponible. – Non mais elle, elle est disponible.

9:53
Présentateur

Ma question, c'est est-ce que vous, vous souhaitez que ce soit elle la Première ministre ?

9:56
Olivier Faure

– Moi, je considère que Lucie Casté a été parfaite dans l'exécution de sa mission, qu'elle a été non seulement à la fois une porte-parole de ce que nous portons en collectif. – Est-ce que sa mission est terminée en fait ?

10:11
Intervenant

C'est ça ma question, vous en parlez au passé.

10:12
Olivier Faure

– Pour l'instant, je tiens compte d'une situation qui a changé. La situation, c'est que nous avons un Premier ministre qui a été nommé et que pour l'instant, la question de savoir si nous sommes appelés à gouverner est une question qui n'est pas encore d'actualité. quand elle le sera, nous aurons à nouveau à nous prononcer et nous dirons à ce moment-là qui doit être Premier ministre.

10:31
Présentateur

– Une question toujours sur la question de l'immigration. Il y a des gouvernements socialistes en Allemagne, au Danemark et en Grande-Bretagne qui tous les trois décident, à l'inverse précisément de cette déclaration de Lucie Casté, de renforcer les frontières qui veulent une beaucoup plus grande fermeté face à l'immigration. Quel regard vous portez sur ces gouvernements qui sont socialistes, qui se revendiquent de gauche et qui ont cette position qui est plutôt à l'inverse de la vôtre ?

10:54
Olivier Faure

– Elle n'est pas à l'inverse de la nôtre.

10:56
Présentateur

– Vous n'avez jamais demandé le renfort des frontières ?

11:00
Olivier Faure

– Écoutez, le renfort des frontières, la réalité c'est que c'est les frontières extérieures qui doivent être surveillées et que revenir en arrière sur la libre circulation des personnes dans l'Union européenne, ça n'est pas forcément un très bon signal. On peut le comprendre, on peut considérer qu'il y a besoin, en fait, dans un certain moment, de renforcer ces contrôles et ça a déjà été le cas en France, au moment notamment de la Covid, etc. Bon, maintenant, la question qui nous est posée, elle est plus large.

Si vous voulez en terminer, enfin terminer ce ne sera jamais le cas, mais enfin si vous voulez diminuer les flux migratoires, la question ce n'est pas de traiter les effets, mais de traiter les causes. Et les causes, chacun les connaît. La réalité, c'est que tout le monde sait que si les gens franchissent les frontières, s'ils le font parfois au péril de leur vie, ils le font parce qu'ils fuient une situation. Et c'est ces situations-là qu'il faut en réalité corriger. Est-ce qu'on lutte avec eux contre le réchauffement climatique ? Est-ce qu'on fait en sorte de stabiliser des situations géopolitiques qui sont parfois extrêmement confuses, pour ne pas dire meurtrières ?

Et comment est-ce qu'on fait pour tout simplement organiser un juste échange entre ces pays et les nôtres, parce qu'on ne peut pas à la fois piller les ressources dans ces pays et en même temps s'étonner que les gens ne pouvant pas vivre dans leur pays d'origine cherchent à le fuir pour venir vers un destin qu'ils pensent être plus favorable en venant vers l'Europe ?

12:20
Présentateur

Olivier Forgerais, quand on vienne sur cette journée politique hier, acte 1, le matin, le ministre de l'économie dit, je parlerai à tous les groupes, sauf le RN, qui n'est pas dans l'arc républicain. Acte 2, il y a Marine Le Pen qui dit, quand j'entends Antoine Armand dire que sa porte est fermée au RN alors que le budget arrive, je pense que le Premier ministre doit aller expliquer à ses ministres la philosophie de son gouvernement. Il semblerait que certains n'aient pas encore totalement compris. Acte 3, Michel Barnier recadre officiellement le ministre de l'économie et on apprend qu'il a également appelé Marine Le Pen pour lui dire qu'effectivement son groupe serait bien consulté.

Acte 4, communiqué de Bercy, le ministre fait amende honorable. et explique qu'il recevra bien tout le monde. Qui gouverne ?

13:08
Olivier Faure

Michel Barnier gouverne sous la tutelle de l'extrême droite. C'est simple, c'est clair. Et si on avait un doute, maintenant, il est en fait levé. La réalité, c'est qu'il dépend de Marine Le Pen et que malheureusement, il est en train de faire des choix qui aussi vont être des gages donnés à l'extrême droite. Et on voit bien que sur l'aide médicale d'État, par exemple, qui revient en discussion jour après jour dans la bouche de toutes celles et ceux qui soutiennent ce gouvernement, c'est un gage donné à l'extrême droite. C'est une façon de dire, écoutez, vous n'êtes pas OK au gouvernement, mais nous avons besoin de votre soutien sans participation.

Et donc, nous allons vous donner au fur et à mesure des réponses aux questions que vous vous posez, aux questions, aux revendications que vous avez posées dans le débat public. Et alors même qu'on sait que, par exemple, l'aide médicale d'État, sa suppression est une folie, une folie à la fraîche.

13:59
Intervenant

Les médecins, d'ailleurs, ils sont opposés.

14:01
Olivier Faure

Les médecins, ils sont opposés dans leur immense majorité. C'est même une folie sur le plan budgétaire, pour des raisons qui sont assez simples à comprendre. Quand vous prenez quelqu'un au début de sa pathologie, ça ne coûte rien, ou très peu. Mais quand vous le prenez, quand sa santé s'est beaucoup dégradée...

14:16
Présentateur

Quand il ne s'agit plus que d'une urgence, en effet, comme...

14:19
Olivier Faure

Une urgence, et bien effectivement, au moment de l'urgence, on sait que les coûts sont démultipliés. Et donc, c'est une aberration sur le plan sanitaire. Donc, pour vous, la réforme de l'AME, dont tu as parlé très vite... Je ne parle même pas du plan éthique, qui est une trahison nécessairement d'hypocrate.

14:32
Présentateur

Le fait que le ministre de l'Intérieur en ait très vite parlé, en disant qu'en effet, il allait la réformer, d'ailleurs par ordonnance ou par décret, sans avoir à passer par la loi, la transformer donc d'AME en aide médicale d'urgence, pour vous, c'est pour montrer au RN qu'on est d'accord avec eux ?

14:49
Olivier Faure

Ah ben, c'est un gage donné, effectivement. C'est une façon de leur dire, écoutez, on est cousins, donc on ne va quand même pas s'aper dessus. Et il y a évidemment une porosité idéologique manifeste entre aujourd'hui la droite qui est au pouvoir et l'extrême droite.

15:03
Présentateur

Et de l'autre côté, il y a aussi un certain nombre de signaux qui vous sont envoyés à vous, la gauche, notamment la question des impôts, les impôts sur les plus riches, l'éventuelle option d'un retour de l'ISF, la fin d'un certain nombre d'aides aux entreprises. Est-ce que cet aspect-là, pour le coup, vous le validez ?

15:19
Olivier Faure

Je veux voir ce dont on parle. Mais effectivement, s'il y a des pas qui vont dans le bon sens, je les voterai. Évidemment que si on rétablit l'impôt sur la fortune, que l'on fait en sorte d'abroger la flat tax, qu'on fait en sorte que les super profits soient taxés à la bonne hauteur, qu'on fasse en sorte que les transactions financières, qui sont parfois, enfin qui ne sont pas parfois, qui sont une espèce de monstruosité, quand on a des mouvements qui se font dans la journée et qui permettent de procurer des revenus incroyables à des gens qui ne produisent rien, effectivement, oui, là, je pourrais accepter.

Si Michel Barnier applique le programme du Fonds populaire, je l'applaudirais, mais je pense qu'on en est encore assez loin. Et ce que j'aimerais, c'est que, puisqu'on a parlé de la tutelle de l'extrême droite, c'est que ceux dont on a dit qu'ils étaient la gauche de la Macronie, qu'ils se réveillent. – Vous les appelez à quoi ?

– Je vois que le ministre de l'Économie et des Finances, plutôt que de maintenir sa position, a choisi de plier, de mettre un genou à terre et d'accepter, en fait, les oucas de Marine Le Pen et donc de préserver sa place au gouvernement plutôt que de dire, écoutez, j'ai dit quelque chose qui me paraît simple, l'extrême droite n'est pas dans l'arc républicain et donc, non, je ne négocierai pas avec l'extrême droite.

16:31
Présentateur

– Donc ceux qui se disaient de gauche au sein de la Macronie, dont même un Gabriel Attal pourrait être, vous leur dites quoi ? Vous leur dites, sortez du groupe Macronie ?

16:41
Olivier Faure

– Vous faites vos choix, votez la censure quand elle sera déposée, faites en sorte de faire comprendre à ce gouvernement qu'il n'ait pas la possibilité de se mettre dans les roues de l'extrême droite.

16:52
Présentateur

– Il y en a déjà une, il y en a déjà une, qui l'a dit, c'est Stella Dupont, députée macroniste, qui a dit qu'elle envisageait de voter la censure.

16:59
Olivier Faure

– J'espère que cet exemple-là sera suivi et que ça ne s'arrêtera pas au niveau de l'intention, mais qu'on aura bien un moment, un mouvement qui permettra à ce gouvernement de comprendre qu'il n'est pas autorisé à franchir la ligne jaune et en réalité à trahir le message du scrutin du 7 juillet. Parce que la réalité de tout ça, c'est que si nous n'avons pas extrait notre pouvoir, c'est parce qu'il y a eu un front républicain que le Front populaire a initié. Et donc non seulement le Front populaire n'a pas été appelé à gouverner, mais en plus maintenant c'est le Front républicain qui est trahi.

Mais comprenez que ça fait beaucoup et qu'il y a là une forme de trahison, du scrutin, du souverain qui est le peuple français.

17:41
Présentateur

– Olivier Faure, vous pourriez permettre que dès la semaine prochaine, la réforme des retraites soit abrogée. Le RN dépose une proposition de loi dans sa niche parlementaire, comme on dit, pour abroger purement et simplement la réforme des retraites. Il suffirait que vous la votiez pour que les Français soient soulagés de cette loi dont vous ne voulez plus. Pourquoi vous ne le faites pas ?

18:01
Olivier Faure

– La semaine prochaine, c'est le 31 octobre, et par ailleurs c'est faux. Parce que la réalité, c'est que ce que dit le projet, la proposition de l'extrême droite est une proposition qui n'ira nulle part. – Pourquoi n'ira nulle part ? – Parce que d'abord, ils n'ont pas la possibilité d'assumer la navette, parce qu'ils n'ont pas de groupe parlementaire au Sénat, et donc ils n'ont pas institutionnellement la possibilité d'avancer.

18:26
Présentateur

– Mais si vous, si tout le groupe NFP se mettait avec le RN pour décider de l'abrogation des retraites, on est bien d'accord que vous pourriez, vous en auriez les moyens.

18:34
Olivier Faure

– Je vais y venir, mais la première façon d'abroger la réforme des retraites, c'est déjà de censurer un gouvernement qui, lui, a pour mission de la maintenir. Et donc, si Marine Le Pen était vraiment fidèle à ce qu'elle dit, alors elle voterait la censure, il ne soutiendrait pas ce gouvernement. Parce que ce gouvernement, qu'est-ce qu'il va faire ? Il va mettre en œuvre la réforme des retraites, et il va la mettre en œuvre dès les prochains projets de loi, notamment le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, qui comprend des mesures d'application de cette réforme des retraites.

Donc si elle était logique, elle dirait, ok, je veux bloquer cette réforme des retraites, et donc je vote la censure. Ce qu'elle ne fait pas. Ensuite, je l'ai dit, il y a des raisons institutionnelles. Et puis ensuite, il y a d'autres possibilités de le faire. Nous, nous allons déposer des amendements sur le PLFSS.

19:23
Présentateur

– En fait, vous demandez au RN de voter votre abrogation de la retraite, mais vous refusez de voter la sienne.

19:30
Olivier Faure

– Mais d'abord, il y a une imposture, parce que le RN, il a tout dit et son contraire. Il n'a pas été dans la rue quand nous nous sommes battus contre la réforme des retraites. Au Parlement, il était extrêmement discret. Et pendant la campagne législative, pardon, mais Jordan Bardella lui-même prenait la retraite à 66 ans. Et donc, on voit bien que là, il y a une forme de va-et-vient constant de l'extrême droite qui ne sait pas très bien sur quel pied danser, ou plus exactement, elle sait très bien quel est son pied d'appui.

Et puis, il y a ensuite la communication qu'elle fait, dans cette espèce de, en même temps, je soutiens le gouvernement, et en même temps, je fais semblant de ne pas le soutenir. Eh bien, ce que nous ferons, c'est qu'à la fois, nous déposerons des amendements sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, dans un premier temps.

Si ça ne fonctionnait pas, il y aura une niche parlementaire qui aura lieu le 28 novembre, qui sera une niche parlementaire dans laquelle les formations du Front populaire, grâce à la niche de l'EFI, mettront, en fait, à leur tour, une proposition d'abrogation, et qui, elle, pourra aller jusqu'au bout, puisque nous aurons ensuite une niche parlementaire au Sénat, avec le groupe socialiste. On a fait tout le chemin avec vous.

20:38
Présentateur

Merci Olivier Faure.