Stéphane Troussel : "Cet accord permet au PS de se resituer clairement à gauche"
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Questions et réponses
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- 1:35OuverteRéponse directe
Est-ce que les mots d'Emmanuel Macron sur le social, l'environnement et l'économie vous semblent crédibles ?
- 3:01OuverteRéponse directe
Si Macron nommait un ancien LR comme Premier ministre, ce serait un signal ?
- 4:35OuverteRéponse directe
Quelle attitude adopter face à Poutine et à la guerre en Ukraine ?
- 6:06RelanceRéponse directe
L'accord à gauche ne fait-il pas du PS la variable d'ajustement de la France insoumise ?
- 8:20RelanceRéponse directe
Que répondent les critiques internes au PS comme Bernard Cazeneuve ou François Hollande sur cet accord ?
- 11:03RelanceRéponse directe
Cette alliance ne provoque-t-elle pas la quasi-disparition du PS ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:16Invité politiqueFait
« Il a commencé le précédent par la suppression de l'ISF et la baisse de 5 euros des APL. »
- 2:29Invité politiqueFait
« C'est tout de même la retraite à 65 ans et le travail forcé pour les allocataires du RSA. »
- 7:45Invité politiqueChiffre
« les cinq personnes les plus riches, qui possèdent plus que 40% de la population. »
- 9:22Invité politiqueFait
« le CICE, les aides aux entreprises sans aucune contrepartie en matière de salaire, d'emploi ou de conditions de travail »
- 30:10Invité politiqueChiffre
« plus de 4 millions de personnes dans notre pays qui sont mal logées »
- 31:05Invité politiqueChiffre
« ce gouvernement au cours du quinquennat écoulé ponctionne 15 milliards sur les politiques du logement »
- 32:42InvitéChiffre
« un tiers des maternités ont fermé en 20 ans »
Temps de parole
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Bonjour, soyez les bienvenus dans Politique. Nous sommes ensemble jusqu'à 13h30, le premier tour des élections législatives. C'est dans moins d'un mois maintenant, le 12 juin. Nous allons évidemment en parler. Comme chaque samedi, je serai rejoint dans un instant par Nora Hamadi et l'historien Nicolas Rousselier. Mon invité aujourd'hui est le président socialiste du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel. Bonjour. Bonjour. Stéphane Troussel, depuis 2012, depuis 10 ans, vous êtes donc à la tête du département de Seine-Saint-Denis, le cinquième département de France le plus peuplé, l'un des plus jeunes, l'un des plus dynamiques, mais aussi l'un des plus pauvres du pays.
Votre engagement politique, vous l'avez toujours vécu au Parti socialiste. Vous êtes d'ailleurs membre du bureau national du PS et vous avez longtemps prôné l'union des gauches. Je pense que nous allons en reparler. Je voudrais qu'on commence par évoquer ce second quinquennat qui débute aujourd'hui même pour Emmanuel Macron. Visiblement, il va falloir patienter encore un peu avant de connaître le nom de son futur Premier ministre ou de sa future Première ministre. Quand Emmanuel Macron dit que le chef du gouvernement devrait être attaché à la question sociale, à la question environnementale et à la question productive, est-ce que ça vous paraît un bon signal ou pas ?
Quand on a un peu d'expérience politique, on sait que parfois, malheureusement, derrière les mots, il y a surtout des actes. Et donc, moi, j'aborde surtout le début de ce nouveau quinquennat avec à la fois beaucoup de gravité, mais quand même sans beaucoup d'illusions sur justement ce qui pourrait être l'action d'Emmanuel Macron à partir de maintenant, compte tenu de l'action qui a été la sienne au cours de ce premier quinquennat. Alors, on verra bien, mais je ne vais pas seulement me satisfaire de mots.
Compte tenu de la gravité de la situation du pays, notamment en matière d'injustice et d'inégalité, je ne peux pas oublier qu'il a commencé le précédent par la suppression de l'ISF et la baisse de 5 euros des APL. Et compte tenu de ce qu'il nous annonce, s'il y a deux sujets qu'il a mis en avant pendant sa campagne, c'est tout de même la retraite à 65 ans et le travail forcé pour les allocataires du RSA. Donc, j'attends de voir. Mais je l'aborde aussi avec beaucoup d'espoir et de combativité, compte tenu justement de ce que la gauche a décidé de faire en se rassemblant et en répondant ainsi aux attentes de ses électeurs.
On ne va pas jouer ici au jeu des pronostics sur le nom du futur chef du gouvernement, mais si Emmanuel Macron allait chercher, par exemple, un ancien ou une ancienne LR, est-ce que ce serait un signal qu'on pourrait interpréter, évidemment, rapidement ?
Compte tenu des parcours des uns et des autres, compte tenu justement surtout de l'action qui a été celle d'Emmanuel Macron et celle qu'il semble vouloir engager à partir de maintenant, Très honnêtement, il y a visiblement des responsables politiques depuis quelques années qui se soucient peu de ce qui a été leur parcours, ce qu'ont été leurs engagements. C'est d'ailleurs, de mon point de vue, ce qui peut contribuer à affaiblir notre démocratie, le sentiment que peuvent avoir nos concitoyens vis-à-vis des responsables politiques.
Enfin, comment des hommes et des femmes qui, par le passé, se sont combattus, parfois avec des mots très durs, peuvent aujourd'hui faire comme si, finalement, ils pouvaient travailler ensemble sans difficulté ? Il y a un moment où ils ne disaient pas la vérité. C'était hier ou c'est maintenant. Mais donc, peu importe, j'ai envie de dire, ce qui, surtout compte tenu à la fois des institutions de la Ve République et de l'attitude qu'a le Président de la République actuelle, une gestion très verticale du pouvoir, on sait bien que c'est lui qui donnera le la.
On va venir aux législatives dans un instant. Juste une question d'actualité. Ce second quinquennat débute alors que la guerre en Ukraine approche quasiment les trois mois. Hier, le président ukrainien Zelensky reprochait à Emmanuel Macron d'être prêt à des compromis avec Vladimir Poutine dans le cadre d'éventuelles ou futures négociations. Quelle attitude faut-il, à votre avis, adopter face à Poutine et plus largement dans ce conflit ?
Moi, je considère que la France et l'Union Européenne doivent être aux côtés de l'Ukraine, aux côtés du peuple ukrainien, y compris en allant loin, dans l'accompagnement et la capacité du pays et de ce peuple à résister, à défendre sa souveraineté et sa liberté.
C'est-à-dire en livrant encore plus d'armes ?
En tout cas, pour lui permettre de résister à l'agression russe et à ce despotisme agressif vis-à-vis de ce pays, vis-à-vis de ce peuple, mais à l'évidence aussi, avec cette volonté clairement affirmée de Poutine de détendre sa sphère d'influence vis-à-vis d'un certain nombre de pays. Donc, pour comprendre, compte tenu des souffrances, des violences, des crimes de guerre vécus en Ukraine, que le président ukrainien interpelle le président Macron sur l'utilité, le bien-fondé de ses contacts avec Vladimir Poutine. Alors, en même temps, il faut maintenir une forme de dialogue, même pendant des périodes de conflits et de guerres. Mais il faut à chaque fois se poser la question de son utilité.
Alors, venons-en à ces législatifs qui se tiendront les 12 et 19 juin. Nous sommes quelques jours après cet accord conclu à gauche, cette nouvelle alliance populaire, écologique et sociale que vous avez défendue et soutenue. Mais est-ce que pour reprendre la petite musique qu'on entend chez plusieurs éléphants du PS, le PS n'est pas en train de se faire manger tout cru par la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon ?
Je ne le crois pas. Encore une fois, moi, je considère qu'avec cet accord historique, nous répondons aux attentes, aux exigences des électeurs de gauche qui se désespéraient de cette gauche la plus bête du monde et qui, par cette théorie à laquelle je n'ai jamais cru, des gauches irréconciliables, s'empêchaient de répondre à la fois à cette attente, mais surtout aux réalités vécues par ceux que nous devons, nous voulons défendre en priorité, c'est-à-dire les catégories populaires et la jeunesse de ce pays. Et donc, moi, je ne suis pas devenu en une nuit, au lendemain de ce vote du Conseil National du Parti Socialiste, insoumis.
Le temps, y compris, disons-le, de la confrontation idéologique au sein de la gauche, il a lieu et il aura lieu sur la manière dont nous devons exercer les responsabilités, le rythme des réformes, le calendrier. Je note d'ailleurs que Jean-Luc Mélenchon lui-même a employé l'expression désormais de radicalité tenable, crédible. Donc, bien évidemment que si on veut changer concrètement la vie des gens, il faut être à la fois ambitieux et sérieux, parce que sans ambition, rien n'est possible, et sans sérieux, rien n'est crédible. Mais je crois que face à la situation vécue, ces injustices, ces inégalités, il était temps que la gauche se rassemble.
Enfin, quand même, il y a cinq personnes dans notre pays, les cinq personnes les plus riches, qui possèdent plus que 40% de la population. Ce n'est pas tenable. Ce n'est pas tenable dans ce pays qui croit à l'égalité, qui a la passion de l'égalité, qui, avec la République et la République sociale, ce n'est pas tenable, cette situation. Donc, oui, il était temps que la gauche, eh bien, dise que ce qui la rassemble, c'est plus fort.
Mais qu'est-ce que ça dit de votre parti, le Parti Socialiste, dont vous êtes toujours adhérent, quand des figures comme Bernard Cazeneuve claquent la porte du parti, quand François Hollande dit que cette nouvelle alliance ne peut pas être une source d'espérance, quand, finalement, le PS n'a pu négocier que 70 circonscriptions ?
Il y a plusieurs choses dans votre question. D'abord, moi, je considère que cet accord, il a un mérite. C'est qu'il permet aux socialistes, aux partis socialistes, de se resituer clairement dans un camp, celui de la gauche. Parce que, disons-le, ces dernières années, les cinq ans écoulés, mais le quinquennat de François Hollande avait, allez, pour le moins, fait douter un certain nombre de nos électeurs, pour ne pas dire les avait fait nous considérer comme ayant renoncé, voire parfois trahi, un certain nombre de nos valeurs ou de nos engagements. Avec, par exemple, la loi travail ou d'autres projets-là ?
Exactement, la loi travail, le débat nauséabond sur la déchéance de nationalité, le fait de choisir cette politique de l'offre, le pacte de responsabilité, le CICE, les aides aux entreprises sans aucune contrepartie en matière de salaire, d'emploi ou de conditions de travail, tout ça avait profondément heurté nos électeurs. D'ailleurs, ils nous l'ont fait savoir dès 2014.
De manière assez spectaculaire.
Depuis 2014, à chaque élection, donc pendant le quinquennat de François Hollande, nous avons perdu systématiquement toutes les élections municipales, sénatoriales, départementales et régionales, jusqu'à cet échec au moment de l'élection présidentielle de 2017. J'ai du respect pour un certain nombre de personnalités qui s'expriment. Je pense à Bernard Cazeneuve. Mais enfin, pour d'autres qui sont de retour aujourd'hui, mais qu'ont-ils fait durant les cinq dernières années pendant lesquelles, là, ils avaient totalement disparu après nous avoir laissé un parti socialiste exsangue et rincé par l'exercice du pouvoir. J'ai ma petite, comment dirais-je, explication.
C'est qu'ils savent bien que, quels que soient les débats que nous pouvons avoir sur cet accord et sur ce qu'il va permettre à la gauche et au parti socialiste, ils savent que maintenant, la reconstruction de la gauche, elle commence, de fait. Tout simplement parce que, face à Emmanuel Macron, son projet libéral est de droite, et de droite, avec la quasi-disparition d'LR totalement absorbée par le pouvoir macroniste, avec, face à l'extrême droite qui ne peut pas représenter une alternative, le seul projet alternatif au projet libéral d'Emmanuel Macron, c'est désormais la gauche. Justement parce qu'elle s'est regroupée.
Mais est-ce que cette alliance ne provoque pas aussi la quasi-disparition, pour reprendre vos termes, du PS ?
Mais je ne crois pas. Parce que moi, je sens aujourd'hui de la fierté retrouvée. Je sens des militants, des sympathisants, des électeurs de gauche qui nous disent « Enfin, enfin, la gauche et les socialistes sont de retour. Enfin, vous choisissez le rassemblement et l'union. » Et d'ailleurs, ce que nous faisons aujourd'hui au niveau national, c'est exactement ce que nous avons fait la plupart du temps dans nos collectivités locales pour les conserver ou les gagner.
C'est-à-dire que quand nous conservons, même quand j'élargis ma majorité au département de la Seine-Saint-Denis, je le fais dans le cadre d'un rassemblement de la gauche et des écologistes dans ce département de la Seine-Saint-Denis qui a été marqué souvent par des débats internes à la gauche. Et alors que pour la première fois, j'avais réussi, j'ai réussi à rassembler la gauche dès le premier tour. Les écologistes, mais même les communistes et même des insoumis dans ma majorité. Et c'est d'ailleurs ce que nous avons fait la plupart du temps dans les départements, dans les communes et dans les régions pour garder ou pour conquérir de nouvelles collectivités.
Ça c'est au niveau local, mais au niveau national, est-ce que vous, à titre personnel, vous êtes à l'aise avec toutes les positions communes prises dans le cadre de cette nouvelle alliance ? Par exemple sur l'Europe, la volonté de désobéir à certains traités. Est-ce que vous êtes à l'aise avec ça ?
Moi je n'emploie pas ce type de mots. Mais enfin, quand même, je n'oublie pas que la construction européenne, c'est toujours le résultat de compromis. Et ces compromis, ils ne viennent jamais de rien. Ils viennent de rapports de force politique. C'est parce qu'il y a eu des rapports de force politique que les choses ont bougé pendant la crise sanitaire sur la nécessité pour l'Europe d'avoir une autre politique et le fait d'aider les États à investir, à soutenir la demande, à mettre à disposition des vaccins. Et donc, dans l'histoire de la construction européenne, c'est toujours de cette manière-là qu'il y a eu des évolutions.
Et par ailleurs, regardons un peu les règles qui sont celles, par exemple, du traité de Maastricht. Aujourd'hui, elles sont largement dépassées. Et elles le sont par les États, y compris ceux qui, je pense à l'Allemagne, proclamaient pendant des années que ces règles étaient intangibles. Donc, alors, on sait bien que ce débat européen, il structure, il a fracturé la gauche et que c'est un sujet entre nous. Mais, écoutez, moi, encore une fois, je considère qu'à chaque fois que l'Europe a bougé, c'est bien parce qu'il y a eu des rapports de force politique.
Et donc, oui, s'il y a un certain nombre de règles aujourd'hui en Europe ne permettent pas d'aller beaucoup plus vite sur la transition écologique, d'aller beaucoup plus vite sur le dumping fiscal et social, eh bien, il faudra mener cette confrontation. Et ce terme de confrontation, je l'utilise à dessein parce qu'encore une fois, à chaque fois que ça a bougé, il a fallu des confrontations, y compris des confrontations avec l'Allemagne sur la politique d'austérité et de rigueur. Jean-Luc Mélenchon à Matignon, c'est un scénario qui vous paraît crédible ? Écoutez, on verra bien.
Moi, en tout cas, ce qui est sûr, c'est que je sens aujourd'hui que la gauche a la possibilité, parce qu'elle est rassemblée, eh bien, d'être forte et puissante dans cette prochaine Assemblée nationale. C'est mathématique. En 2017, nous avons été éliminés des deuxièmes tours parce que la gauche a été divisée. Et donc, la capacité, justement, en présentant des candidats communs dans la totalité des circonscriptions de France, eh bien, ça permet la confrontation de la qualification au deuxième tour et donc projet contre projet, un projet libéral, un projet de gauche en face.
Et donc, les semaines qui nous séparent de ce premier tour doivent être consacrées à la mobilisation, faire en sorte que ceux qui se sont mobilisés à l'élection présidentielle se remobilisent à nouveau pour que cette hypothèse d'une majorité de gauche à l'Assemblée nationale soit possible.
FranceCulture, Politique, Grégory Philippe.
Alors, Stéphane Troussel, je le disais tout à l'heure, vous présidez le département de la Seine-Saint-Denis le 93 où lors de la dernière présidentielle, l'abstention a été encore une fois, pourrais-je dire, forte, voire très forte. Il me semble qu'il y a là un vrai sujet. Et je vous présente l'historien de la politique, Nicolas Rousselier, qui est avec nous tous les samedis. Bonjour Nicolas. Bonjour Grégory. Ce midi, vous vous posez une question assez simple mais finalement très essentielle. Comment faire voter ceux qui ne votent pas ?
Eh oui, on se penche beaucoup sur le problème de l'abstention depuis la dernière élection présidentielle ou même pour les autres élections. Et Grégory, on a bien raison de se pencher sur ce problème. On peut considérer qu'historiquement, il y a toujours eu en fait une sorte de poche de 20% d'électeurs qui ne votent pas et qui semblent être inaccessibles si vous voulez. Mais là, aujourd'hui, on parle de ce chiffre qui a doublé, qui a même parfois triplé selon certaines élections. Ce ne sont d'ailleurs plus les électeurs qui ne votent pas mais maintenant des électeurs qui ne votent plus.
Comment ça se passait dans des périodes plus anciennes de l'histoire politique ?
Eh bien, on pourrait dire par boutade que ça se passait plutôt bien. Ça se passait en tout cas beaucoup mieux qu'aujourd'hui. On avait couramment 80 ou 85% de participation dans les élections. Alors, on va dire une sorte de grand siècle électoral où la démocratie s'identifie vraiment à l'élection. 1870 et puis disons en gros 1970. Et quel paradoxe parce que dans cette période beaucoup d'électeurs évidemment sont beaucoup moins diplômés qu'aujourd'hui. Le niveau de vie était beaucoup plus bas et l'accès à l'information était effectivement très réduit. Comment vous expliquez ça ? Eh bien, on peut l'expliquer en se plongeant dans la vie politique, dans les archives de la vie politique.
Là où on voit qu'il y a eu, alors pour faire simple, deux grandes recettes que je vous propose Grégory. Deux grandes recettes qui ont, disons, marché. D'abord la recette républicaine qui a été très forte sous la Troisième République. Et puis après, on pourrait parler de la recette communiste. Bon, ça vaudrait aussi pour les socialistes pendant un certain temps qui a été très forte, disons, des années 1930 aux années 1970 comprises. Alors, décrivez-nous d'abord peut-être la recette républicaine. Voilà. Commençons par la recette républicaine. Alors, c'est le temps de Gambetta jusqu'à Clémenceau à peu près. Ça se tient en un mot clé. La réunion publique, la réunion électorale.
Quand vous regardez les chiffres par le bas, vous faites des recherches en archives départementales par exemple, vous remarquez qu'il y avait des réunions village par village. Et quand vous confrontez au nombre d'habitants, parfois, vous aviez le même nombre dans la réunion pratiquement que le nombre d'habitants. Donc, y compris les femmes qui n'avaient pas le droit de vote étaient présentes. Elles participaient. Participaient. En tout cas, étaient présentes souvent au premier rang de ces réunions électorales. Cerise sur le gâteau, secret de la réussite républicaine. Les réunions, c'était souvent des réunions contradictoires.
Donc, les deux principaux candidats locaux, ça pouvait être une élection cantonale comme une élection législative, étaient présents dans la réunion. Pourquoi ça fonctionne beaucoup moins bien aujourd'hui, ce système ? Ça existe encore, bien sûr. Les députés essayent de labourer leurs circonscriptions. On sait qu'il y a des conseils de quartier. On sait qu'il y a des réunions de comptes rendus de mandats. Mais ça marche visiblement moins bien parce que dans ces réunions, on se retrouve souvent un peu avec les mêmes personnes. Des citoyens remarquables qui sont des sortes de super citoyens, des citoyens super actifs, mais c'est toujours un peu les mêmes.
Qu'est-ce que c'est que la recette communiste, pour reprendre vos termes ?
Alors, si on passe à la recette communiste, on peut dire qu'elle est beaucoup plus puissante que la recette républicaine. D'abord, il y a le parti de militants. Ça vaut aussi pour la SFIO ou peut-être certains autres partis à certains moments. Les réunions de cellules, le tractage, l'affichage. Vous n'avez pas besoin d'embaucher des personnes à titre privé. Vous avez tout ça sous la main. Le marché, faire les lieux publics. Vous avez par exemple dans les statuts du parti communiste un article 7 qui est presque comme une métaphore poétique pour indiquer l'injonction de consacrer toute sa vie au parti. Ce terme, c'était « il faut bannir la quiétude ». C'est intéressant.
Mais il y a beaucoup plus que le parti parce que, comme le dit la politiste Axel Brodier, il y a un conglomérat communiste. C'est-à-dire une sorte de constellation au centre, vous avez le parti, mais une constellation avec le syndicat, l'union des femmes, la fédération sportive même, les jeunesses communistes, bien sûr, le secours populaire, etc. Si en plus, si vous ajoutez la conquête d'une mairie, d'un pouvoir local, alors c'est une puissance multipliée par 10. C'est ce qu'on appelle le socialisme ou le communisme municipal qui a été très fort. Alors, dans tout ça, pourquoi ça marche auprès des électeurs ?
Parce que finalement, c'est très simple, la politique rimait avec société, avec socialisation. On pourrait même dire que la politique faisait société. Donc, vous avez politique, société, et finalement, en déduction, cerise sur le gâteau, eh bien, il y avait une forte participation. Alors, en conclusion, malheureusement, ce modèle non plus n'est pas transposable aujourd'hui. On n'a plus autant de super militants. On n'a plus l'emprise, peut-être d'ailleurs pour certains aspects, il faut s'en réjouir. On n'a plus l'emprise d'un écosystème politico-militant. Aujourd'hui, politique et société se sont éloignés l'une de l'autre.
Nicolas Rousselier, merci beaucoup. Stéphane Troussel, sans avoir recours à ces vieilles recettes que vient de décrire Nicolas, comment fait-on pour inciter les jeunes, les classes populaires à s'intéresser aux élections et à aller voter ? J'imagine que c'est un vrai sujet de préoccupation pour les lus que vous êtes.
Moi, fondamentalement, je ne crois pas que ce soit, comment dirais-je, une affaire de technique. Bien sûr, qu'il faut trouver des modalités, des facilitations, etc. Mais il faut surtout et absolument donner aux gens la certitude, la conviction, le sentiment que leur vote va servir à quelque chose, qu'il va être utile, qu'il va être utile pour eux-mêmes et qu'il va être utile pour la société toute entière, que ça peut changer quelque chose, que ça va servir à quelque chose.
Or, il faut bien le reconnaître qu'après, notamment dans notre pays très politique, le sentiment que finalement, d'une alternance à une autre, c'est un peu du pareil au même, ça ne change pas grand-chose, face aux enjeux d'aujourd'hui, eh bien, il y a ce sentiment. Donc, il y a, je crois, une des explications principales de cette montée de l'abstention. Enfin, quand même, quand dans notre pays, encore une fois, qui a cette devise républicaine liberté, égalité, fraternité et qui, en plus, a cette passion si particulière pour l'égalité, quand il y a cinq personnes dans notre pays, je redis ce chiffre, qui possèdent plus que 40% de la population, mais on marche sur la tête.
Qu'est-ce que je dis, moi, à la mère de famille qui vient me voir à ma permanence à la Courneuve, dont l'enfant en situation d'autisme est maintenu pour la quatrième année à l'école maternelle, qui va peut-être devoir arrêter son boulot et qui élève seul ses enfants et qui va peut-être devoir arrêter son boulot à la rentrée parce que son enfant, comme plus de 1500 en Seine-Saint-Denis, n'a pas de place dans un établissement spécialisé pour enfants en situation de handicap.
Qu'est-ce que je dis au Cournevien de 58 ans qui a 58 ans, qui a été licencié il y a quelques années, qui vit à l'ASS, qui n'en peut plus et donc qui se dit il faut que je retrouve un boulot et qui entend le président de la République qui vient d'être élu qui lui dit mais il va falloir travailler jusqu'à 65 ans. Mais il a 58, ils ne peuvent plus finir ses fins de mois et on lui dit qu'il va travailler jusqu'à 65 ans alors qu'il en cherche et qu'il n'en trouve pas.
qu'est-ce que je dis à ce jeune couple qui vit en CDI qui a des ressources correctes qui s'est marié mais qui désespère de pouvoir quitter le logement de ses parents parce qu'avec la ponction sur les organismes HLM pendant ces 5 dernières années notre pays voit sa construction de logement s'effondrer. Et donc c'est à tout cela qu'il faut répondre pour que les gens se disent ça sert à quelque chose
que j'aille voter. Et ça veut dire que quand vous échangez avec ces gens que vous venez de citer ils sont désespérés de la politique c'est-à-dire qu'ils n'y croient
pas du tout. Mais il faut qu'ils se disent que leur vote va se traduire par une action publique qui résout les problèmes auxquels ils sont confrontés. Et la réalité c'est que encore une fois et c'est de mon point de vue la mission de la gauche la mission de la gauche c'est de défendre en priorité les catégories populaires et la jeunesse. Encore une fois à un moment où le niveau des inégalités et de l'injustice n'a pas cessé d'exploser ça mine la cohésion de la société ça affaiblit le pacte démocratique
de notre pays. Mais partant de ce principe quelle est la part de responsabilité des partis politiques et du vôtre en particulier dans cette désaffection ?
C'est tout simplement justement que par notre action nous n'avons pas été suffisamment en capacité parfois en volonté de répondre à ces situations-là par des choix successifs par des abandons par des renoncements et nous n'avons pas pris de l'ampleur de ce qui se passait.
Moi je crois fondamentalement et c'est pas la gauche radicalisée qui pense ça que la réalité de nos sociétés en particulier des sociétés occidentales aujourd'hui c'est qu'il y a à la tête de l'État ou des grandes entreprises et notamment des multinationales une minorité sociologique homogène qui a oublié de répondre aux aspirations des peuples et je paraphrase là une tribune parue dans un grand quotidien signée notamment par M.
Perlevade qui n'est pas le représentant de la gauche radicalisée de ce pays c'est un grand banquier haut fonctionnaire et donc je crois que fondamentalement aujourd'hui nous sommes dans cette situation là il faut entendre qu'il y a des situations où les plus modestes de ce pays n'en peuvent plus et pour la cohésion de la société il faut que ceux qui vivent un peu mieux qui vivent même bien acceptent pour l'harmonie de la société pour une société plus apaisée plus harmonieuse qui donne à nouveau sa chance à chacun et bien qu'ils acceptent de partager un peu plus
Est-ce que la situation que vous venez de décrire avec ces gens qui ne mesurent pas que leur vote peut être utile pour changer leur vie ça a profité aussi à l'extrême droite et a contribué au fait que par exemple le Rassemblement National était qualifié pour le deuxième tour de cette présidentielle avec 15 millions de personnes qui ont voté pour Marine Le Pen et c'est pour ça
que la gauche l'alternative si on ne veut pas alors que ça fait trois fois en 20 ans que l'extrême droite se retrouve au deuxième tour de l'élection présidentielle si on ne veut pas que ce soit ce type de projet-là qui l'enforte il faut que la gauche justement rassemblée et unie elle propose cette alternative et moi je suis convaincu que encore une fois il y a des mobilisations dans la société il y a des gens qui s'organisent les femmes de chambre qui se mobilisent dans les hôtels les chauffeurs VTC de la Seine-Saint-Denis qui créent une coopérative et bien notre rôle notre mission comme dans les années 70 nous l'avons fait notamment avec Mitterrand et le nouveau parti socialiste c'est de donner des débouchés politiques des traductions politiques en action publique à ces mobilisations dans la société et qu'est-ce que j'ai fait quand ils n'y croyaient pas ils n'en revenaient pas eux-mêmes mes chauffeurs VTC qui se disent on en a assez de subir les plateformes et l'ubérisation parce qu'on en a assez d'être pressurés de ne plus avoir de vie de famille de ne pas avoir des salaires décents et bien ils font une coopérative et je leur dis et bien moi président du département de la Seine-Saint-Denis je vais engager ma collectivité pour vous soutenir pour être à vos côtés et bien c'est à la fois de se dire on va inventer on va participer à l'invention de nouvelles formules de nouveaux modèles de développement et en plus ça redonne confiance dans l'action publique et dans les institutions
Stéphane Troussel
on le disait tout à l'heure la Seine-Saint-Denis département avec une forte population très jeune très dynamique aussi mais qui fait évidemment face à d'importantes difficultés économiques et sociales que fait-on alors que l'inflation bat des records je crois qu'on est à 4,8% d'inflation au mois d'avril selon l'INSEE est-ce que ces fins de mois de plus en plus difficiles pour de plus en plus de gens risquent de déboucher sur une nouvelle colère type gilet jaune
à plusieurs reprises depuis le début de votre émission j'ai cité cette situation des plus riches de notre pays mais pendant la pandémie ils ont continué d'accroître leur richesse donc il serait quand même inacceptable insupportable qu'au moment où on sort de cette crise sanitaire on sort de cette pandémie et que face à y compris la guerre en Ukraine il y ait l'inflation qui reparte dans notre pays ça soit à nouveau les plus fragiles et les plus modestes qui paient la note
alors qu'est-ce qu'on fait
est-ce qu'on bloque les prix est-ce qu'on bloque les prix des logements par exemple c'est un vrai sujet je crois à l'évidence je crois à l'évidence qu'effectivement il faut avoir un blocage des produits de première nécessité ça c'est absolument nécessaire il faut relever les salaires et c'est d'ailleurs pour ça que nous préconisons d'augmenter le SMIC 1400 euros d'engager une grande conférence salariale sur le relèvement des salaires les plus bas notamment dans les grilles des conventions collectives dégeler le point d'indice dans la fonction publique qui est gelée depuis trop longtemps et effectivement la question du logement il y a des mesures de gens sur l'encadrement et des prix des loyers notamment dans les grandes métropoles mais je crois que désormais face à cette hausse des loyers et face à l'inflation il faut généraliser ces mesures à tout le pays et puis au-delà de ça par exemple en matière de logement la solution c'est de construire construire construire massivement du logement abordable parce que c'est ça qui fait augmenter le niveau des loyers
dans un département comme le vôtre vous constatez une hausse des loyers et les gens s'en plaignent
mais surtout alors non seulement même dans un territoire populaire comme la Seine-Saint-Denis oui il y a une hausse du niveau des loyers on le voit mais il y a surtout une augmentation massive du nombre de demandeurs de logement entre il y a désormais plus de 4 millions de personnes dans notre pays qui sont mal logées plus de 4 millions est-ce qu'on va continuer longtemps comme ça parce que ça aussi ça crée de la désespérance je vais vous dire moi je suis même parfois stupéfait que face à à cette colère qui monte en matière de logement il n'y a pas un seul élu local dans ce pays qui ne vous décrira pas ces permanences qui sont désormais quasi exclusivement consacrées à la situation du logement
c'est quand même c'est quand même très étonnant que cette question du logement ait été quasiment absente de la campagne présidentielle et qu'elle est quasiment absente de la campagne des législatives je suis totalement d'accord avec moi
avec vous pardon c'est pour moi pardon c'est pour moi même un sujet d'interrogation et de questionnement le logement dans notre pays apparaît comme un sujet éminemment technique alors que finalement c'est surtout le résultat d'un certain nombre de choix politiques quand ce gouvernement au cours du quinquennat écoulé ponctionne 15 milliards sur les politiques du logement mais jamais un ministre même républicain du logement n'a cédé à l'injonction de Bercy d'aller ponctionner dans les APL comme ce gouvernement l'a fait parce que non seulement on parle des 5 euros d'APL qu'il a baissé en début de quinquennat mais on oublie toujours les 60 euros d'APL qu'il a réduit et pour lesquels il a obligé les bailleurs HLM et seulement les bailleurs HLM de les compenser mais ça ça a une conséquence directe c'est des moyens en moins pour les organismes HLM de rénover et surtout de construire et face justement à l'élévation du niveau des loyers la seule solution c'est de construire construire construire massivement du logement abordable et donc moi je suis vraiment à chaque fois surpris là encore qu'il n'y ait pas de mobilisation il y en a eu en Allemagne il y en a eu en Espagne le mouvement des indignés en Espagne c'est notamment sur la question du logement et je suis persuadé qu'une des dans le quinquennat qui vient s'il n'y a pas de bouger sur cette question là les prochaines crises sociales et les prochaines mobilisations sociales elles viendront aussi de cette question du logement
Stéphane Troussel je vous présente Nora Hamadik vous connaissez sans doute un peu productrice de l'émission Sous les radars tous les samedis sur France Culture avant le journal et avant politique bonjour Nora bonjour ce matin vous évoquiez les difficultés des maternités avec des menaces de fermeture et le manque de sages-femmes notamment avec des problèmes de recrutement et vous avez une question pour notre invitée
exactement alors là toute la France est touchée par ce manque de sages-femmes on estime qu'un tiers des maternités ont fermé en 20 ans et c'est le cas Stéphane Troussel aussi en Seine-Saint-Denis actuellement une sage-femme sur trois manque à l'appel dans les maternités de votre département à Saint-Denis elles sont 63 pour 91 postes à Montreuil ils recherchent encore 10 sages-femmes pour compléter un effectif d'une soixantaine de professionnels et à Montfermeil notamment dans la nuit du vendredi 22 au samedi 23 la maternité a dû mettre en place une procédure de délestage pour assurer la sécurité des patientes voilà des exemples comme celui-ci sur votre territoire il y en a énormément alors et cela devrait se reproduire tout l'été alors comment garantir la sécurité des mères dans le 93 ?
La situation des maternités en France elle est surtout symbolique symbolique de cette logique comptable budgétaire financière qui a envahi la santé et l'hôpital public et c'est ça que nous payons et on le paye en Seine-Saint-Denis dans un territoire où la démographie est forte et où il y a beaucoup de naissances et donc on le paye plus qu'ailleurs les chiffres que vous avez rappelés un tiers de postes vacants et le cas de la vous ne l'avez pas cité
c'était ma deuxième question la maternité des lilas
il y a effectivement la mobilisation de la maternité des lilas 1200 accouchements par an alors pour rappeler
peut-être à nos auditeurs la maternité des lilas c'est une maternité emblématique une association qui permet en fait aux femmes de choisir leur manière d'accoucher elle pratique aussi autant quasi d'avortement que de naissances et elle est une nouvelle fois menacée de fermeture elle a obtenu après une grosse mobilisation en fait un agrément de l'ARS encore pour une année mais elle n'est pas sauvée
c'est pas la première fois puisqu'il y a déjà eu des alertes très fortes et donc la mobilisation des usagers des personnels des élus a permis effectivement d'obtenir ce répit supplémentaire d'une année mais là encore si rien ne change dans l'attractivité qui doit être donnée notamment par des questions salariales et de conditions de travail pour tous ces métiers du soin et du lien dans notre pays dans un an le problème se posera à nouveau donc pour qu'il y ait un choc d'attractivité en particulier pour ces métiers et a fortiori dans un département comme la Seine-Saint-Denis et bien ça doit passer par des décisions en matière de revalorisation des salaires et des carrières pour tous ces métiers
mais elles ont été donc revalorisées à la suite de plusieurs mouvements de grève à la fin 2021 l'équivalent de 500 euros par mois le Ségur aussi avait permis une légère revalorisation ce n'est pas suffisant
à l'évidence à l'évidence quand il y a autant de postes qui restent vacants quand il y a par ailleurs des logiques de fonctionnement à l'hôpital dans les établissements de soins ou quand bien même il y a des revalorisations et bien il y a des conditions de travail décradées parce que d'autres personnels eux ne l'ont pas forcément été et que ça entraîne d'autres postes vacants des infirmières par exemple ou d'autres travailleurs sociaux qui ne peuvent plus intervenir parce qu'ils sont soit sous pression soit en nombre insuffisant et bien c'est l'ensemble de ces fonctionnements et de ces métiers qui sont mis en difficulté donc là encore moi je suis stupéfait par ça désormais je ne rencontre pas un travailleur social un professionnel du soin de santé qui ne me dit pas nous avons atteint un point d'urgence absolu absolu ce sont des missions entières que nous ne pouvons plus exercer et Stéphane Troussel en tant qu'ancien
pardon en tant que patron du département quels sont les leviers que vous pouvez actionner alors ?
en s'agissant de nos propres décisions moi je vais par exemple dans les semaines qui viennent prendre une décision des décisions sur la revalorisation y compris en allant au-delà des obligations réglementaires du Ségur ou de la conférence du travail social pour justement y compris sur des services du département ne pas continuer d'être à ce point en difficulté mais je sais très bien qu'il faut aller au-delà de ça il faut qu'il y ait des décisions nationales tant sur les salaires sur les regrutements sur les carrières à la fois des fonctionnaires des services publics de notre pays enfin il faut qu'on arrête de considérer que dans ce pays que service public c'est un gros mot il faut le défendre face encore une fois à la désertification médicale à la paupérisation dans un certain nombre de quartiers que ce soit d'ailleurs dans les quartiers populaires dans la France périphérique ou dans les territoires ruraux et bien la seule réponse ça ne peut être que le service public donc oui il faut qu'il y ait vis-à-vis des services publics dans notre pays la volonté de les remettre à niveau
mais finalement et ça va au-delà du cas des maternités quand on habite la Seine-Saint-Denis on a sans doute le sentiment que les services publics sont au moins présents au moins efficaces au moins structurés que dans d'autres départements et comment on répond à ça ?
Mais je crois que la question justement y compris par rapport aux catégories populaires elle unifie elle doit unifier et c'est un challenge pour la gauche elle doit unifier à la fois les quartiers populaires on va dire des banlieues comme la Seine-Saint-Denis mais aussi les territoires ruraux ou la France périphérique parce que finalement il y a plein de similitudes encore une fois la désertification médicale la faiblesse des services publics la désindustrialisation qui a des conséquences sur le débat précédent ce dont on parlait tout à l'heure sur l'abstention parce qu'il faut quand même dire que l'industrie ça permettait aussi la promotion sociale la progression à l'intérieur de l'entreprise en termes de catégories etc.
donc ces sujets-là ils sont communs à toutes les catégories populaires ou à la jeunesse qu'on soit dans un territoire rural la France périphérique ou les quartiers populaires de Seine-Saint-Denis et plus généralement de banlieue donc oui je crois qu'il faut qu'il y ait des réponses à ces questions-là si on veut redonner de l'espoir encore une fois aux catégories populaires à la jeunesse et c'est la mission de la gauche et c'est pour ça qu'il fallait faire ce rassemblement
On est très loin quand on évoque ces sujets le manque de sages-femmes le service public dans votre département à la Seine-Saint-Denis on est quand même très loin de ces tractations de ces négociations qu'on a vues ces dernières semaines à gauche notamment politiques ou politiciennes est-ce que vous comprenez que pour je ne sais pas les habitants de votre département ou d'autres personnes ce à quoi on a assisté a paru un peu lointain ?
Je ne crois pas qu'on en soit très loin au contraire bien sûr que c'est difficile quand il y a des discussions des négociations entre partis politiques et quand il faut aller choisir des hommes et des femmes dans tel ou tel territoire bien sûr que ça peut donner cette image-là mais enfin les mêmes y compris nos électeurs qui nous ont justement reproché de ne pas nous rassembler de ne pas nous regrouper de ne pas nous unir et d'ailleurs parce que nous ne l'avons pas fait parce que les appareils politiques de gauche ne l'ont pas fait avant le premier tour de l'élection présidentielle ils l'ont fait par eux-mêmes avec leur vote en choisissant massivement Jean-Luc Mélenchon par ce vote utile pour tenter de qualifier un candidat de gauche au deuxième tour et ils l'ont fait par leur vote et donc maintenant que nous le faisons non je ne crois pas qu'ils nous le reprochent au contraire alors oui encore une fois c'est difficile ici ou là mais si nous le faisons c'est justement pour traiter cette question-là et encore une fois s'agissant du parti socialiste et bien cet accord il nous replace dans un camp la gauche et maintenant la question qui va nous être posée à nous socialistes au sein de la gauche c'est grâce puisque maintenant on sait où on est on sait davantage où on est et bien maintenant il va falloir qu'on dise qu'est-ce qu'on fait ce qu'on est nous les socialistes dans cette gauche et ça c'est maintenant l'enjeu qui va commencer et qu'est-ce qu'on met sur la table le logement
le service public
le logement le service public la lutte contre les inégalités les injustices la question du pouvoir d'achat du pouvoir de vivre et bien évidemment cette question de la transition écologique on est aujourd'hui le 14 mai il y a 15 départements qui sont en sécheresse et par ailleurs cette question-là c'est aussi un marqueur des inégalités parce que ce sont toujours au sud comme au nord de la planète les populations les plus modestes les plus pauvres qui ont le plus à subir les nuisances atmosphériques les pollutions industrielles la malbouffe la mauvaise isolation vous savez je cite toujours cet exemple en 2003 pendant la canicule la Seine-Saint-Denis je dis toujours que c'est le territoire le plus jeune de France métropolitaine c'est vrai mais enfin le nombre de personnes âgées qui a été le plus victime de la canicule c'est en Seine-Saint-Denis qu'on les a trouvées tout simplement pourquoi ?
parce qu'elles sont plus modestes elles ont eu des vies les plus dures et elles habitent dans des logements moins isolés
Merci Stéphane Troussel cette émission vous pouvez la réécouter en podcast quand vous le souhaitez sur franceculture.fr et l'application Radio France elle a été comme chaque semaine programmée par Anne-Claire Bazin préparation Riyad Kera prise de son Ludovic Auger je vous dis à samedi prochain Sous-titrage Société Radio France