Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationBLAST (sur YouTube)· 4 mai 2022 17 minComplaisantActualité / polémiqueDéfenseEurope & internationalInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

LES DÉPUTÉS, LES LOBBYS ET LA GUERRE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Fait
    « En 2021, l’Union européenne a adopté un nouvel outil destiné à changer son rôle sur la scène sécuritaire et militaire. La Facilité européenne pour la paix. »
  • 4:00Fait
    « La FEP permet de rembourser les exportations d’armes que les États eux-mêmes font à l’Ukraine. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Depuis quatre ans, je filme les coulisses du Parlement européen dans les pas des eurodéputés qui se battent contre la corruption et les lobbys. Aujourd’hui, avec la guerre en Ukraine, le choix des armes est à l’ordre du jour. Alors que l’ADN de l’Europe c’est la paix.

Je suis inquiète, je me demande vraiment où va l’Europe. Alors, comment ça va ? Ca va bien ma chérie et toi ?

Ca fait longtemps… Ca fait longtemps, on va faire une vraie petite séquence maintenant qu’on est en paix avec nous-mêmes. En paix avec nous-mêmes. On a la paix du Covid mais on n’a pas la paix avec Poutine.

Si tu avais quelque chose à dire aux députés, ils sont tous réunis aujourd’hui… Je m’en fous moi. Cinq jours après l’invasion en Ukraine, le Parlement européen s’apprête à voter une résolution absolument inédite. Celle de pouvoir transférer des armes létales sur son propre continent, dans un pays en guerre.

Il faut donner une perspective à l’Ukraine. Vous savez, le combat en Ukraine pour la liberté a toujours été un combat en faisant référence à l’Union européenne. Donc là maintenant que Poutine tente d’envahir, d’agresser, de tuer en Ukraine, évidemment le signal politique est un signal important.

Donc ça veut dire que pouvoir avoir l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie en fait. Olàlà, là, je ne sais pas ce que vous racontez en fait. L’OTAN… L’Union européenne, ce n’est pas l’OTAN en fait madame.

Donc il n’y a pas de lien entre le fait que l’Ukraine entre dans… Aucun. Il y a des pays de l’Union européenne qui ne sont pas dans l’OTAN. D'accord.

Ça a l’air de vous fâcher… Non… Parce que ce sujet. C’est une question qui se pose. C’est une question qui se pose pour les gens qui défendent Poutine en fait.

Non non. Non mais moi je vous le dis. Je vous dis, c’est une question qui se pose pour les gens qui justifient l’agression de Poutine en Ukraine, en considérant qu’au fond ils l’ont bien cherché en voulant rejoindre l’OTAN.

Ce n’est pas vrai. La guerre revient en Europe, et je fais partie de cette génération née après la guerre froide, qui n’a pas connu le choc guerrier des grandes puissances et à qui on a répété depuis l’enfance que l’Europe c’était la paix. Je vous mets en garde, collègues, contre la surenchère militaire et la course aux armements qui mettraient notre continuent à feu et à sang.

Comme le disait très justement Jean Jaurès : “On ne fait pas la guerre pour se débarrasser de la guerre.” L’Union européenne doit au contraire défendre quoi qu’il en coûte le seul objectif valable : la paix et la désescalade. On se dit : Qu’est-ce qu’on peut faire ?

Mais comment on va expliquer à nos enfants ? Comment on va expliquer aux gens qu’on les a laissés mourir comme ça ? La commission, les Etats membres, le Parlement ont décidé de fournir des armes, des armes défensives mais enfin des armes létales aussi, pour aider les Ukrainiens à organiser la résistance.

Il n’y a rien de simple à dire : “Il ne faudrait pas livrer d’armes à l’Ukraine” alors qu’ils font ça à une invasion russe complètement injustifiée et indéniable, et qui eux, ils ont effectivement, ils souhaitent se défendre. Donc c’est vraiment un débat qui est très compliqué parce qu’on est dans un cas qui est complètement exceptionnel. Mais il faut bien voir que 99,9% des livraisons d’armes et des motifs pour justifier la militarisation de l’Union européenne n’ont rien à voir avec l’Ukraine.

Ça a commencé déjà avant, et ça va continuer après. L’Ukraine est finalement un accélérateur et même si ça peut paraître provoquant à dire quelque part, aussi une excuse pour passer à la vitesse supérieure, sans se poser de questions sur les causes profondes du conflit et sur comment faire pour éviter que ça recommence. Il faut savoir qu’en 2021, l’Union européenne a adopté un nouvel outil destiné à changer son rôle sur la scène sécuritaire et militaire.

La Facilité européenne pour la paix. Alors qu’avant 2021, l’Union européenne ne disposait ni des pouvoirs ni des lois nécessaires pour transférer des armes dans un pays en guerre. Oui alors effectivement Facilité européenne de paix, qu’est-ce que ça vient faire dans la militarisation ?

Effectivement c’est toute l'ambiguïté, le problème qu’on a avec ce financement. Cette Facilité, elle n’a rien à voir avec la paix en fait. La FEP permet de rembourser les exportations d’armes que les États eux-mêmes font à l’Ukraine.

Un pays comme la France va livrer certaines armes à l’Ukraine dans le cas du conflit, et en fait, la FEP sert à rembourser, de rembourser ces armes qui ont été livrées. Ca veut dire que ce sont de parts de marché, en fait, pour les industriels, qui donc ont des exportations d’armes subventionnées par l’Europe, par ce pot commun de la FEP, et ce sont des parts de marché parce qu’une fois qu’on a vendu un certain nombre d’équipements ou de munitions, très souvent les pays vont continuer avec les mêmes. Donc c’est une manière d’ouvrir la porte sur un marché, il y aura une suite.

A la fin, une des principales conséquences, ça va être une course aux armements, et donc la question c’est : Est-ce que l’industrie de l’armement est une industrie comme n’importe laquelle qu’on peut subsidier et qu’on peut pousser pour qu’elle augmente ses ventes comme ça sans se soucier des conséquences ? Or on sait très bien que les courses aux armements, ce sont des vecteurs vers la guerre. C’est quoi un lobby ?

Puisqu’on va parler de lobbying, qu’est-ce que c’est faire du lobbying ? Ça veut dire quoi ? Ce sont des entreprises privées qui se mettent ensemble pour défendre leurs intérêts.

Alors une question de défense d’intérêts. En exerçant des pressions ou des influences sur des personnes ou des institutions détentrices de pouvoir. Combien y a-t-il de personnes qui font du lobbying ici à Bruxelles ?

Combien y a-t-il de lobbyistes vous pensez ? Pas facile comme question. Tu avais dit qu’il y avait 80 000 personnes qui travaillaient ici au Parlement. 35 000 ?

C’est pas loin. En fait, c’est 25 000 personnes et c’est une estimation. Bonjour !

Venez venez ! Bienvenue. On vient juste de commencer.

L’idée du tour, c’est de se promener dans le quartier européen et de s’arrêter à divers endroits et de raconter l’histoire des liens entre les lobbies de l’armement, et comment ils arrivent en fait à influencer la politique de l’Union européenne. A Bruxelles, le quartier du rond-point Schuman est le cœur du pouvoir européen. Au centre de ce quartier névralgique, la Commission Européenne, gardienne des traités et des lois.

Autour de ce bâtiment, les lobbies du monde se sont installés. Ceux de l’armement ne sont qu’à quelques encablures de la Commission. Ils n’ont qu’à traverser la rue.

Dans les coulisses de ces institutions, l’avenir de l’Europe se joue. Le cheval de Troie de la militarisation est depuis plusieurs années au cœur du pouvoir européen. Ces décisions de commencer à militariser l’Union européenne ne sont pas tombées du ciel et donc il y a un travail de longue haleine qui a été mené notamment par l’industrie de l’armement et ses lobbies, donc soit des entreprises elles-mêmes, soit leurs associations qui les représentent pour pousser à accéder aux fonds européens.

En fait, il faut savoir qu’il y avait une sorte de ligne rouge, de tabous pour l’Union européenne de ne pas financer des activités directement liées aux militaires jusqu’à il y a quelques années. En 2007, il y a le traité de Lisbonne, ok. Le traité de Lisbonne, il permet notamment une fusion, il prévoit une fusion des activités de l’Union européenne en ce qui concerne la politique étrangère, la politique de défense et la politique de sécurité.

Ça veut dire qu’on va mettre la politique étrangère, la politique sécurité défense ensemble. D’une façon pas très subtile mais qui va avoir des conséquences très importantes. En 2018, la Commission européenne présente une proposition de loi pour la création d’un Fonds européen pour la défense.

Le FED sera doté d’un budget de 8 milliards d’euros qui profitera directement à l’industrie militaire européenne. C’est une transformation majeure du credo de l’Europe. Et une victoire très payante pour le lobby de l’armement.

C’est le 1er janvier 2021 que le Fonds est mis en place. La France, une fois que ces choses se sont mises en place, elle y a vu évidemment une zone de profits importante pour son industrie. Effectivement, Emmanuel Macron a repris un peu le flambeau de cette idée d’une Europe de la défense parce que ça rentre très très bien dans sa stratégie politique.

Du coup, vient ensuite la nomination de Thierry Breton comme commissaire européen, qui effectivement a ces problématiques sur plusieurs points. C’est la première fois qu’au niveau de la Commission européenne, un industriel puisqu’au moment d’être proposé comme candidat il était encore le PDG de Atos, passe quelque part directement à être nominé puis devenir commissaire européen en l’espace de quelques semaines. Et effectivement de le nommer à un portefeuille, à un méga portefeuille qui n’avait jamais existé auparavant.

On a joint ensemble tout ce qui est marché intérieur, tout ce qui est l’industrie, tout un aspect du numérique, du digital, en incluant l’industrie de la défense et le spatial. C’est énorme, c’est presque comme un double ou un triple ministère on va dire qui est donné à Thierry Breton effectivement en sachant que son entreprise Atos dont il était PDG juste avant, elle est intéressée par tous ces financements. J’ai dit que je voulais venir devant vous, quelle que soit votre décision en ayant abandonné tous mes mandats, en ayant cédé toutes les actions sur le marché et pas à des intermédiaires, toutes mes actions.

Et puis vous déciderez, j’ai pris mes responsabilités, je suis totalement indépendant. Il y a quand même un parfait “overlap”, un parfait chevauchement entre vos activités. Quand on s’engage à ne pas prendre de décision relative aux activités d’Atos, j’aimerais que vous m’expliquiez mieux comment vous comptez faire.

Donc effectivement que le commissaire qui va devoir quelque part chapeauter tous ces financements vienne exactement de cette entreprise, ça pose un énorme problème de conflit d’intérêt possible. Évidemment, on reste dans des suppositions. Mais tout ce qui nous reste, c’est de croire en sa bonne foi quand il dit qu’il ne va pas abuser de cette position.

La vraie question de ce débat est finalement relativement simple à poser : Sommes-nous, nous Européens, satisfaits de n’être que des spectateurs, des supplétifs, voire même des mendiants de la sécurité internationale, face à des puissances globales et régionales sans complexe ? Ou voulons-nous enfin être acteurs et nous en donner les moyens ? Donc là le problème, c’est que l’Europe elle est en train de complètement basculer puisqu’elle est finalement en train de faire exactement l’inverse que ce qui était prévu à la base.

C’est de favoriser une nouvelle course aux armements. On nous dit : “Le pacifisme n’est pas une option”. Comment on peut dire que ce n’est pas une option ?

Que ce soit pas l’option qu’on choisisse, c’est une chose mais comment est-ce qu’on peut juste rayer de la carte une autre option que l’option des armes ? Ca me semble extrêmement grave d’en arriver à ce niveau-là.

LES DÉPUTÉS, LES LOBBYS ET LA GUERRE · Pourquijevote