Candidature de Xavier Bertrand : "Il a souvent eu des positionnements successifs et des sincérité…
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Europe Soir, Julien Bugier. Je vous demande de vous arrêter. Je suis très en colère.
Vous êtes coupé de la réalité. Bonsoir, cher Philippe. Bonsoir, Julien.
Je ne savais pas si je devais dire mon cher ou cher Philippe. Bonsoir, cher Philippe. Vous évoquez Xavier Bertrand ce soir, qui vient donc d'annoncer qu'il sera candidat à l'élection présidentielle.
On en a parlé. Et visiblement, vous vous interrogez, vous, sur cette candidature. Oui, alors commençons par dire que cette annonce a été tout sauf une surprise.
Le teasing durait depuis des mois. D'abord, il y pensait. Ensuite, il se préparait.
Donc ça y est, il se jette dans le grand bain. En réalité, la seule surprise vient du timing. Nous prenons en ce moment de plein fouet la troisième vague du Covid.
Était-ce le moment opportun ? Au mieux, les électeurs vont s'en moquer, car ils ont l'esprit ailleurs. Au pire, ils vont trouver ça déplacé.
D'autant qu'en octobre dernier, l'intéressé lui-même disait qu'au vu du contexte, il était décalé de parler de candidature. Personnellement, je n'ai pas l'impression que le contexte se soit amélioré. Mais Xavier Bertrand a besoin de s'imposer à son propre camp.
Il accélère donc pour griller la politesse à Laurent Wauquiez ou à Valérie Pécresse. Est-ce que ça marchera ? Pas sûr.
Alors cela étant, Philippe, il a des atouts non négligeables. Il est président de région, il a été plusieurs fois ministre, il a dirigé l'UMP, l'ancêtre des Républicains. Ce n'est pas rien ?
Non, ce n'est pas rien. Il a appartenu effectivement à plusieurs gouvernements. Mais les esprits chagrins font remarquer qu'il était ministre de la Santé au moment du médiator et que c'est lui qui a mis en place la tarification à l'acte dans les hôpitaux, source de tant de nos mots, il va falloir assumer.
Et il dirige en effet les Hauts-de-France, où Sébastien Chenu, son concurrent au Rassemblement National, l'accuse d'ailleurs d'avoir brassé du vent depuis six ans. Et là, on peut s'interroger. Il se représente.
Or, en 2015, il avait vertement reproché à Marine Le Pen d'être à la fois candidate à la région et à la présidentielle. Six ans après, voilà qu'il fait exactement la même chose. Il expliquait hier sur cette antenne qu'il n'y avait rien de pire que le décalage entre la parole et les actes.
Il ferait bien de commencer par s'appliquer ce principe à lui-même. Et s'il est réélu, on a compris qu'il ira s'occuper non pas de la région, mais de son destin personnel. Les gens du Nord pourraient considérer que cela témoigne d'un certain dédain à leur égard, voire d'un certain mépris.
Alors, il entend occuper le créneau d'une droite à la fois sociale et sécuritaire. Il en a parlé ici même à ce micro hier dans le Grand Rendez-vous. Or, on sait que ce courant recueille pas mal de suffrages dans l'opinion.
C'est donc un bon positionnement. Je parle de politique, évidemment, là. Oui, enfin, le problème, c'est qu'il a souvent eu des positionnements successifs et des sincérités contradictoires.
Xavier Bertrand, rien qu'en 2017, il a soutenu François Fillon, Mordicus, jusqu'au bout, avant de quitter avec fracas les Républicains. Difficile de s'y retrouver. Prenez l'Europe, il a voté non à Maastricht, mais oui à la Constitution européenne.
Là encore, on a du mal à suivre. En tout cas, le programme qu'il a esquissé tourne autour de trois thèmes clairs. La restauration de l'autorité, la valeur travail, la réforme de l'État.
Mais dites-moi, ça vous rappelle pas quelque chose ? Mais si, mais si, Julien, voyons. Le programme de Nicolas Sarkozy en 2007.
Reconnaissez que ce n'est pas d'une ébouriffante originalité, ni d'une folle modernité. D'autant que la comparaison peut rapidement lui être défavorable. Nicolas Sarkozy avait du talent et du charisme.
Il en faut pour être président de la République. Or, un ténor de droite cité dans le point, dit de Xavier Bertrand, son problème, c'est qu'il a la gueule du type qui vient réparer la photocopieuse. Voyez comme les gens sont méchants, enfin surtout les amis.
Alors, sur les trahisons, je ne sais pas si vous avez vu Quai d'Orsay, moi je ne me souvenais pas de cette citation tavernier diffusée hier sur France 2. Une trahison, c'est un acte d'amour, dit-on en politique. Donc vous pensez, pour terminer mon cher Philippe, qu'il n'a aucune chance pour 2022 ?
Ah non, je n'ai pas dit ça. D'ailleurs, certains sondages, le crédit de 16% au premier tour, c'est pas mal du tout. Mais je ne peux m'empêcher de constater que dans sa déclaration de candidature, il n'a pas dit un mot, par exemple, sur l'enjeu climatique.
Rien non plus sur la jeunesse, rien sur l'éducation. L'avenir ne semble pas être sa première préoccupation. Du reste, son profil de baron de province, ayant occupé tous les postes, a un côté très ancien monde.
Mais enfin, si les Français sont saisis d'une bouffée de nostalgie et ont à nouveau envie d'un président normal, alors il peut créer la surprise, et cette fois pour de bon. Merci Philippe pour cette carte blanche.
Xavier Bertrand