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interviewSud Radio· 13 octobre 2025 31 min

Valérie Pécresse : "Une polémique purement politique"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Sud Radio, édition spéciale. Anthony Martin Smith. Édition spéciale pour Sud Radio et Sud Radio.fr. Merci d'être avec nous. Avec moi, Valérie Pécresse. Bonjour. Bonjour. Merci d'avoir accepté de nous recevoir d'une part ici, à l'hôtel de la région Île-de-France, et aussi de revenir en exclusivité avec Sud Radio pour les accusations que la gauche a portées à l'encontre de vos décisions, notamment chez nos confrères de l'Humanité, au sujet des 2 millions d'euros de subventions que vous accordiez aux maisons départementales des personnes handicapées, les MDPH, depuis 2014. En tout cas, cette subvention, c'est depuis cette date-là qu'elle était versée. Qu'en est-il exactement ?

Parce que les personnes handicapées ont l'impression que vous n'en avez rien à faire d'eux, telles.

0:53
Valérie Pécresse

J'ai eu l'occasion de dire que c'était une polémique politique et qui masquait complètement l'ampleur de l'engagement de la région sur le handicap. Il faut comprendre comment cette décision a été prise. Et c'est ça qui est important. Parce que ce qu'il faut savoir, le paradoxe, c'est que nous étions la seule, nous sommes la seule région qui a jamais financé une MDPH. Pourquoi ?

1:19
Présentateur

Il y en a 8 au total, les MDPH.

1:21
Valérie Pécresse

Oui, 8 MDPH en Ile-de-France, mais nous sommes la seule région de France qui finance les MDPH. Pourquoi on est la seule ? Parce que c'est des maisons départementales qui sont de la compétence du département. Alors pourquoi la région a voulu faire davantage pour les MDPH ? C'est parce que nous avons la compétence transport. Et qui dit transport, dit mobilité. Qui dit mobilité, dit fauteuil roulant. Et vous savez que les MDPH ont un fonds spécial qui permet l'équipement des personnes handicapées. Et c'est ce fonds-là que nous abondions avec les 2 millions, ce fonds pour acheter notamment des fauteuils roulants. Donc la région s'est engagée pendant 11 ans, seule, à financer ce fonds.

Ce fonds ne finance pas que les fauteuils roulants ? Non, non, il ne finance pas.

2:05
Présentateur

C'est l'aménagement des véhicules, des hébergements, des appareils auditifs.

2:08
Valérie Pécresse

Oui, mais ce n'était pas à ce titre que la région s'était engagée. Nous nous étions vraiment engagés parce que nous avons cette compétence de la mobilité des personnes. On y reviendra, puisqu'on parlera peut-être aussi du PAM, on parlera peut-être du métro pour tous. Je voudrais vous expliquer pourquoi on a arrêté ce financement. C'est important. Il faut savoir que l'État considère aujourd'hui que pour résoudre ces problèmes de déficit qui sont les siens, nous on n'a pas de budget en déficit, on n'a pas le droit de voter un budget en déficit. Donc l'État, pour régler ces problèmes de dette et de déficit, confisque les ressources fiscales des régions.

L'année dernière, la région Île-de-France, c'est 230 millions d'euros que l'État nous devait, recettes fiscales, qu'il ne nous a pas versées.

2:53
Présentateur

Et vous avez fait un emprunt de 765 millions d'euros.

2:56
Valérie Pécresse

Non, on a arrêté 765 millions de projets. On a arrêté 765 millions de projets. Et financé comment du coup ?

3:04
Présentateur

Parce que votre budget est de 5,9 milliards si je ne dis pas de bêtises en 2025.

3:09
Valérie Pécresse

Absolument, mais je reviens sur les 230. On nous a piqué 230 millions. 230 millions, c'est colossal. Donc qu'est-ce qu'on a fait ? On a fait l'évaluation de chacune des dépenses. Chaque dépense était-elle utile ? Était-elle nécessaire ? Ou n'était-elle pas utile ? N'était-elle pas nécessaire ? Et c'est dans ce cadre qu'on est arrivé sur les dépenses sociales, toutes les dépenses sociales. Il n'y avait pas de tabou. Parce que si on dit une dépense sociale est forcément due, même si elle est inefficace, même si elle n'est pas nécessaire, alors à ce moment-là, on ne baisse jamais. On a été obligé de faire 750 millions d'économies. Dans ces 750, il y a eu l'économie sur les MDPH. Pourquoi ?

Parce que nous nous sommes aperçus, premièrement, que l'argent que nous versions n'était pas appelé par les MDPH. Pas appelé. Ça veut dire que nous donnions 250 000 euros au MDPH, à peu près 250 000 euros. Et nous avions toute une série de MDPH qui ne nous avaient pas demandé la totalité de ces 250 000 euros. Ça représente combien ? Par exemple, typiquement, on avait des MDPH qui nous avaient laissé 100 000 euros sur les 250 000. Trois ou quatre MDPH qui nous avaient laissé de l'argent. Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'elles ne le dépensaient pas toutes, premièrement. Deuxièmement, on s'est aperçu que les fauteuils roulants, à partir de décembre 2025, allaient être 100 % remboursés.

Donc on s'est dit, si la Sécurité sociale se met à rembourser 100 %, est-ce que notre aide est encore justifiée ? Et troisièmement, et c'est le plus important évidemment, on s'est aperçu que les MDPH franciliennes, elles avaient des trésoreries très importantes. Ça veut dire quoi ? Peut-être que nos amis en situation de handicap n'ont pas envie de l'entendre. Mais ça veut dire que les MDPH ne dépensent pas tout l'argent qu'elles ont en caisse.

4:53
Présentateur

Peut-être aussi parce qu'elles ont des délais de traitement extrêmement longs, ce sur quoi le gouvernement dit Travalier, et aussi ce sur quoi les MDPH, en tout cas disent-elles, aussi tendent à corriger ces délais. Absolument. Et donc l'attribution. Peut-être qu'en fait, on ne retarde que le problème.

5:11
Valérie Pécresse

Non, mais le problème n'est pas celui-là. C'est nous, nous avons un budget qui baisse. Chaque euro qu'on dépense doit aller en aide directe aux personnes qu'on veut aider, pas à alimenter des comptes en banque. Et donc le sujet, c'est que quand vous voyez qu'une mission locale, comme la mission locale de Paris par exemple, a 2,5 millions de trésorerie, pourquoi est-ce que je rajouterais 250 000 euros à la trésorerie de la banque de la MDPH de Paris ? Non. Donc le sujet aujourd'hui, c'est que les MDPH n'ont plus vraiment la nécessité de cet argent. Alors en revanche, qui a la nécessité de cet argent ? Comment est-ce qu'on peut dépenser mieux cet argent ? Oui, on va y revenir.

Oui, mais c'est important. Parce que ces 2 millions d'euros, on ne les a pas retirés. Non, non, non, Anthony, je voudrais finir ma phrase. On n'a pas retiré cet argent aux personnes en situation de handicap. Justement, c'est là où je vais en venir. On leur a donné autrement. On leur a donné autrement. Oui, mais c'est important. On n'a pas fait l'économie.

6:09
Présentateur

La gauche dit que vous l'avez fait en catimini. Et donc je voudrais juste que vous nous expliquiez dans quelles conditions cette décision a été prise. Est-ce que vous l'avez prise toute seule avec votre bureau ? Ou est-ce que ça a été prise avec votre conseil régional l'année dernière, je crois en décembre 2024 ?

6:21
Valérie Pécresse

Mais bien sûr, tout ça a été fait en totale transparence. Et vous avez raison de me poser la question. On a voté un budget en 2025, en décembre 2025. Et en 2024… En 2024. Pardon, en 2024. On a voté un budget en décembre 2024. Et quand on a voté ce budget, on a présenté nos décisions. On a présenté en toute transparence la fin des aides au MDPH qui, à l'époque, ont accepté notre argumentation et n'ont absolument pas demandé ces aides.

6:48
Présentateur

À ce moment-là, la gauche était présente et vous a entendues et a participé à cette décision, même si elle votait contre.

6:56
Valérie Pécresse

C'est pour ça que je dis que c'est une polémique politique. C'est parce qu'en fait, ils ne l'ont pas découvert là, mais parce qu'ils avaient envie de faire une polémique politicienne pour dire Valérie Pécresse est en train de sacrifier les personnes en situation de handicap. C'est une pure polémique. D'ailleurs, ce qu'ils font là, pourquoi ils le font là ? C'est parce que le budget handicap a augmenté l'année dernière. Donc en fait, s'ils avaient fait la polémique pendant le vote du budget, on leur aurait dit, mais les amis, ces 2 millions, on les reverse. On les reverse dans quoi ? Dans des nouveaux projets, dans le métro pour tous, qu'on est les seuls à faire. Alors parlons-en.

Dans le budget participatif handicap, 1 million d'euros qui va nous permettre de financer des centaines de micro-projets. Donc en fait, cet argent, on l'a redonné aux personnes en situation de handicap. Ils le savent. C'est pour ça qu'ils n'ont pas fait la polémique pendant la discussion du budget. Ils l'ont fait en dehors de tout contexte.

7:45
Présentateur

Oui, mais pour autant, vous n'étiez pas encore en phase électorale. Donc ça ne servait pas grand-chose.

7:49
Valérie Pécresse

Vous savez, l'opposition est une opposition qui n'a pas besoin des périodes électorales pour essayer de démolir la droite. C'est son travail, à la limite.

7:57
Présentateur

Alors justement, le métro pour tous. Parlons-en, puisque c'est un de vos engagements. Ça a été aussi un engagement de Paris 2024. Où est-ce qu'on en est aujourd'hui ?

8:06
Valérie Pécresse

Alors, je voudrais quand même donner un paysage global. Quand je suis arrivée en 2016, la région dépensait 100 millions d'euros pour les personnes en situation de handicap et pour la cause du handicap. 100 millions en 2016. Aujourd'hui, nous dépensons 200 millions pour la cause du handicap. On a doublé le budget. Alors ça, c'est un chiffre qui dérange la gauche. Mais je tiens à le dire ici sur Sud Radio. On est passé de 100 à 200. Et dans les 200, il y a plein de choses. On va reparler peut-être du PAM. Plus 15 millions d'euros sur le PAM. On a le métro pour tous.

8:38
Présentateur

Voilà, restons sur le métro pour tous.

8:39
Valérie Pécresse

Ce sujet du métro pour tous.

8:41
Présentateur

Qui consiste, rappelons-le, à faire en sorte que les stations historiquement inaccessibles puissent le devenir un jour. Que les véhicules soient 100% accessibles à tout type de handicap. que vous exécutez par Île-de-France Mobilité avec votre opérateur RATP et d'autres. Vous corrigez, si je me... C'est dans tout, tout est exact.

9:03
Valérie Pécresse

Tout est à parfaitement... Vous avez une connaissance de la région encyclopédique. Donc, ce métro pour tous, moi je suis persuadée, et je l'ai dit, que ce sera le grand défi post-ouverture du super métro, du Grand Paris Express. En fait, on va faire le Grand Paris Express d'ici 2030, 2032, et là on aura 300 kilomètres de nouveaux métros automatiques, 100% accessibles. Et se posera à ce moment-là, en 2032, la nouvelle frontière du métro. Et la nouvelle frontière, ce sera l'accessibilité pour tous. Parce qu'on va voir l'allongement de la durée de la vie, qui va faire que le handicap, qui aujourd'hui est principalement lié à des accidents de la vie, le handicap va devenir une donnée.

Notamment avec les baby-mumers.

9:47
Présentateur

Un petit clin d'œil à notre ancien Premier ministre.

9:50
Valérie Pécresse

Absolument. Malheureusement, moi je ne suis pas une baby-boomer, un jour j'aurai plus de 70 ans aussi. Donc le sujet, dans les 10 ou 15 ans qui viennent, nous allons voir arriver à peu près un quart de population... Si il y a 2030, en tout cas, on aura un quart de la population qui sera à la retraite, ça c'est sûr. Et ensuite, on aura le grand âge. Donc le sujet, c'est que moi je n'ai pas fait le ticket unique à 2,50 euros, je n'ai pas fait tout ça pour qu'un certain nombre de personnes ne puissent plus prendre les transports. Donc cette question de l'accessibilité, elle va devenir un sujet massif. Et c'est le sujet de la décennie à venir.

Et donc j'ai mis les pieds dans le plat avec ce très beau projet qu'avec Pierre Denisio, nous portons, le métro pour tous. J'ai mis les pieds dans le plat parce que l'État n'a plus d'argent et ne veut pas payer. Et parce que la mairie de Paris n'a plus d'argent et ne veut pas payer. Or, nous avons besoin que les trois financeurs soient à nos côtés. Pour l'instant, ils ne le sont pas. Donc qu'est-ce qu'on a fait ? On a dit qu'on va avancer l'argent. Et on va lancer les études. Parce que vous savez, à un moment donné, il faut rendre les processus irréversibles. Et donc on a commencé l'étude sur la ligne 6.

Et je recevais hier un certain nombre d'associations du Conseil Régional Consultatif du Handicap. Et elles m'ont dit qu'elles, dans leur conception, il y a au moins déjà trois stations de la ligne 6 qui avec très peu de travaux pourraient être rendues accessibles très vite. Donc on va se lancer. Lesquels par exemple ? Ils n'ont pas donné les noms. Mais vous savez, c'est la ligne aérienne, la ligne 6. Donc il doit y avoir deux ou trois stations.

11:21
Présentateur

Celle qui fait une nation, Charles de Gaulle, un étoile.

11:22
Valérie Pécresse

Voilà, absolument. Probablement. Via d'enfer Rochereau. Et donc en fait, on a des stations et on va pouvoir commencer. Et ce métro pour tous, c'est 20 milliards d'euros à la fin. Si on fait tout.

11:34
Présentateur

Et donc les 2 millions, ils vont là-dessus ?

11:36
Valérie Pécresse

Alors, il y a 700 000 euros des 2 millions qui vont là-dessus.

11:39
Présentateur

D'accord.

11:40
Valérie Pécresse

Il y a 1 million des 2 millions qui vont sur le budget participatif handicap, qui est un budget qui me tient particulièrement à cœur parce que c'est la possibilité pour tous les Franciliens où qu'ils habitent de porter un projet, un projet d'inclusivité qui soit adapté à leur territoire. C'est l'hyper décentralisation, les micro-projets. Et ce budget participatif qui s'inspire d'un budget participatif écologique qu'on avait mis en place, l'année dernière nous a permis de financer 180 projets inclusifs partout. Et ça, ça permet aux citoyens de réclamer leurs droits à l'inclusivité partout où ils habitent. Donc c'est quelque chose qui est hyper efficace.

La prochaine sélection, c'est en décembre. Et donc on va vous dévoiler les projets qui ont été retenus. On a eu 52 000 votes pour ce budget participatif. Et moi, je suis très très fière et je considère que ce budget participatif marche formidablement bien.

12:40
Présentateur

Et il reste 300 000 ?

12:42
Valérie Pécresse

Oui, mais qui va à la hausse des formations des personnes en situation de handicap, à la prime de 2 000 euros qu'on met pour inciter les personnes en situation de handicap à reprendre une formation ? C'est quoi ça ? Ah ben, vous ne le savez pas, peut-être pas, mais...

13:00
Présentateur

Non, vous voyez, j'ai un savoir encyclopédique, mais limité.

13:03
Valérie Pécresse

Eh ben, voilà, nous avons voulu que tous les chômeurs en reconversion aient une prime de 2 000 euros pour être aidés dans leur accessibilité au centre de formation. Donc toutes les personnes en situation de handicap qui rentrent dans une formation de la région, ils ont la rémunération habituelle du stagiaire et une prime de 2 000 euros parce qu'on considère que c'est plus difficile pour eux de se rendre à cette formation.

13:32
Présentateur

Comment ils font pour y avoir accès ?

13:35
Valérie Pécresse

À la prime de 2 000 euros ?

13:36
Présentateur

Oui.

13:37
Valérie Pécresse

Ah ben, c'est automatique. Si ils rentrent dans la formation, il y a 5 000, à peu près 5 000 personnes en situation de handicap qui sont formées chaque année par la région.

13:45
Présentateur

Bon, alors parlons maintenant du PAB.

13:47
Valérie Pécresse

Et puis attends, j'ai aussi un autre petit sujet dont je voudrais parler, parce que la gauche me donne des leçons. Quand je suis arrivée en 2016, il y avait 4 % des agents de la région en situation de handicap, 4 % au siège de la région qui était en situation de handicap.

13:58
Présentateur

Effectivement, vous, comme d'autres, êtes contrainte à 6 % d'employabilité dans personnes en situation de handicap.

14:04
Valérie Pécresse

Absolument. Donc la gauche qui me parle des personnes en situation de handicap, ne les recrutez pas, ne les embauchez pas. Nous, on est aujourd'hui à 10 % de personnes en situation de handicap au siège. Et ça, c'est parce que votre prédécesseur était de gauche, j'en peux plus. Oui, oui, absolument. Et donc... Je rappelle juste les faits. Oui, oui, c'est vrai que vous avez raison. Donc là, aujourd'hui, vous êtes... Ils ont peut-être oublié depuis, les franciliens. Mais là, on est à 10 %. 10 % de personnes en situation de handicap, et c'est tout à fait possible, sans du tout dégrader le mode de fonctionnement de la région. C'est juste une question de volonté et de l'inclusion par le travail.

Et on est très, très fiers de l'avoir fait. Et on est très heureux parce que dans les équipes, ça met une cohésion qu'on n'avait pas avant. Voilà.

14:44
Présentateur

Le PAM, le transport, finalement, qui est assisté par des chauffeurs professionnels. En tout cas, dit-on, puisque vous avez quand même quelques déboires. Je me rappelle une fois d'une interview que j'avais faite avec Pierre Denizio, qui me disait, oui, mais quand vous le ramenez au nombre de courses totales que nous faisons, ça représente seulement quelques pourcents en dessous, largement des 5 %. Pour autant, il y a quand même des cas qui sont graves. Par exemple, un chauffeur qui est censé vous attendre à la sortie de votre avion. On sait très bien que la sortie d'un avion avec la prise de bagage, etc., c'est totalement imprévisible.

Et puis, fin de compte, il disparaît parce qu'il vous laisse un créneau de 10 minutes. Et si dans les 10 minutes, vous n'êtes pas là, il s'en va. Et laissant la personne en situation de handicap sans solution. On en est où ?

15:33
Valérie Pécresse

Alors, revenons un petit peu sur l'historique. Le PAM n'est pas une compétence régionale. C'est une compétence départementale. On l'a encore, puisque tout ce qui concerne le handicap est départemental. La région a décidé, à travers Île-de-France Mobilité, la régionalisation du PAM. Et pourquoi on l'a fait ? On l'a fait pour deux raisons. D'abord, parce qu'il n'y a pas de frontière départementale en Île-de-France. Vous parliez des aéroports. Roissy, c'est le Val-d'Oise. Le PAM Val-d'Oise n'a pas vocation à amener tous les Parisiens ou les Franciliens chez eux. Donc, en réalité, on avait… L'exemple aussi le plus marquant, c'est l'assistance publique hôpitaux de Paris.

Tous les Franciliens vont se faire soigner à Paris. Et quand ils sont à l'hôpital, on ne les ramenait pas chez eux. Donc, on avait des PAM départementalisées. Ce qui était une aberration dans une région qui n'a pas de frontière. Et puis, on avait un PAM totalement inégalitaire avec des tarifs qui pouvaient varier du simple au quadruple selon la richesse du département et selon sa générosité. Donc, en réalité, nous, nous avons voulu être des réducteurs d'inégalités territoriales. Et donc, on a fait cette régionalisation du PAM.

Ça nous coûte 15 millions d'euros par an dans le cadre d'Île-de-France Mobilité, la régionalisation, 15 millions d'euros supplémentaires qu'on verse, en plus de ce que versaient les départements, pour pouvoir faire cette régionalisation. Et ça nous a permis de faire les 15 premiers kilomètres à 2 euros pour tout le monde. Donc, c'est vraiment un changement des règles du jeu du PAM. D'ailleurs, les usagers ne s'y sont pas trompés, puisque depuis qu'on a régionalisé, 30% d'usagers en plus, 30% de courses en plus. Donc, c'est quand même un succès, cette régionalisation.

17:11
Présentateur

Je pense que le succès, en tout cas, de l'offre est attractif. Et les personnes en situation de handicap ne contestent pas et ne contesteront pas l'intérêt du PAM. Mais en revanche, ce qu'elles mettent en exergue et ce qu'elles contestent, c'est le dysfonctionnement chronique.

17:26
Valérie Pécresse

Et elles ont raison. Et elles ont raison. Les premières années ont été chaotiques, parce qu'en fait, on n'avait rien. On était dans l'amateurisme le plus total. Il n'y avait pas de fichiers, il n'y avait pas de justificatifs donnés. Il y avait... Enfin, tout était... Pardon, excusez-moi, je vais prendre une expression complètement bordélique. Donc, on a été obligés de tout remettre au carré. Remettre tout au carré, ça nous a pris un peu de temps. Ça a été un peu compliqué pour les ayants droit, parce que quand vous êtes en situation de handicap et que vous avez l'habitude d'utiliser le PAM, qu'on vous redemande des justificatifs, vous trouvez ça complètement aberrant.

Mais on était bien obligés d'avoir un petit fichier des clients. Et puis, on avait une plateforme d'écoute qui n'était pas à la hauteur. Un logiciel, un algorithme qui n'était pas à la hauteur. Parce que là aussi, il fallait tout refaire. L'algorithme, il fallait qu'il prévoie les temps de trajet pour... Parce que maintenant, on peut faire Mante-la-Jolie-Provin. On ne pouvait pas avant. Donc, l'algorithme, il a fallu complètement le changer. Donc, ça a été vraiment très, très, très compliqué au départ. Et ça s'est traduit. Et vraiment, je donne vraiment toutes mes excuses et toute ma sympathie à tous ceux qui ont essuyé les plates de ces premières années, parce que ça a été très douloureux.

Aujourd'hui, nous avons encore trop de bugs. Mais ce sont des bugs qui sont de plus en plus localisés. On a trop de bugs sur plusieurs sujets. Un, les annulations de course la veille. Deux, les non-présentations de chauffeurs. Et là, sur ces deux sujets-là, vraiment, moi j'ai mis le paquet. Ils sont de la responsabilité de qui ? De Transkeo, la société qui est filiale de Keolis, donc qui est filiale de la SNCF en réalité. C'est une société de services publics qui opère un service public. Parce qu'ils n'ont pas assez de chauffeurs ?

19:04
Présentateur

Alors ? Parce que l'année dernière, vous y étiez engagé. Est-ce qu'il y a 30 chauffeurs en plus ?

19:08
Valérie Pécresse

Oui. Alors, ils avaient au départ, sans doute, pas assez de chauffeurs. Parce que quand on a régionalisé le PAM, on a eu aussi ce qu'on a appelé la grande démission post-Covid. Et ce n'était pas qu'un nombre de chauffeurs sur le PAM. – D'accord, ça a touché là aussi. – Tous les bus, tous les bus parisiens, 25% de bus en moins dans Paris. Ça a été une catastrophe. Et en 24, on a travaillé à recruter massivement des chauffeurs, y compris sur le PAM. Donc, le PAM a connu beaucoup de chauffeurs en plus. Par ailleurs, pour les JO, nous avons fait un renfort d'offres.

Île-de-France Mobilité a acheté des véhicules, d'ailleurs absolument magnifiques, neufs, qu'on a donnés au PAM pour le transport des personnes en fauteuil. Donc, on a aujourd'hui un parc de voitures. On a aujourd'hui des chauffeurs qui sont beaucoup plus nombreux. Mais, et là aussi, on a eu des cas absolument, j'allais dire, inacceptables, intolérables. Ces chauffeurs nouveaux, quelquefois, ils ne sont pas formés au transport spécifique des personnes.

20:09
Présentateur

– Probablement est arrivé à ma collègue Virginie Dubost, qui vous a interpellé.

20:13
Valérie Pécresse

– Absolument, absolument. Quand on est chauffeur du PAM, on doit être spécifiquement formé à…

20:20
Présentateur

– À l'accueil.

20:21
Valérie Pécresse

– À l'accueil d'une personne qui est fragile. – Qui est fragile et qui a besoin d'être traité avec plus encore de respect qu'un client lambda. Et ça, c'est absolument indispensable. Et nous, nous sommes inflexibles sur les recommandations que nous donnons à Transkeo sur la conduite et le comportement des conducteurs. Donc, effectivement, il y a encore beaucoup, beaucoup de chemin à parcourir pour que le PAM soit zéro défaut. Mais je l'ai dit hier aux associations d'usagers qui s'impatientaient. Et je les comprends, je les comprends. Je leur ai dit, vous savez, les Franciliens, ils vivent aussi des transports imparfaits. Il n'y a pas que sur le PAM que les transports sont imparfaits.

Il y a des RER qui tombent en panne. Il y a des RER qui ne sont pas à l'heure. Je veux dire, le transport, c'est une horlogerie fine.

21:08
Présentateur

– Ce qu'on vous dira, c'est que les personnes dites valides peuvent toujours se débrouiller autrement.

21:13
Valérie Pécresse

– Ah, vous savez, la mère de famille à qui on annule son RER à 22h30 et qui se retrouve à la gare du Nord et qui est toute seule et qui doit rentrer chez elle à Montreau et qui a ses enfants qui sont chez la baby-sitter, elle est tout aussi démunie, je vous l'assure, que la personne qui est laissée en bas de chez elle sans solution. – C'est ce que je dis, c'est que dans ces situations-là,

21:36
Présentateur

une personne qui est en fauteuil, si elle n'a pas, par exemple, deux bus avec une solution qui lui permet de monter à bord, qu'on lui a annulé son bus à la dernière minute, qu'il n'y a pas de taxi, qu'il veut le prendre, etc., il est doublement…

21:47
Valérie Pécresse

– Ah mais, j'en suis intimement persuadée. Vous savez, si j'ai repris le PAM à la demande de Pierre Denisiot et des associations, si j'ai repris le PAM, c'est parce qu'il ne fonctionnait pas bien. Aujourd'hui, il y a 30% de courses en plus à 2 euros. Alors, c'est vrai qu'on ne peut pas tout…

22:04
Présentateur

– Indéniablement, les chiffres vous donnent raison. Et la question, c'était surtout, portant sur ces cas… – Qui est le zéro défaut. – … que vous disiez localisés. Le zéro, de toute façon, défaut n'existe pas, probablement. – Oui, mais on peut tendre vers le zéro défaut. – Mais vous pouvez quand même essayer de faire en sorte que ça s'améliore.

22:20
Valérie Pécresse

– Oui.

22:21
Présentateur

– Vous allez refaire un appel d'offres ?

22:22
Valérie Pécresse

– Alors, d'abord, on finit la régionalisation, puisque là, on avait les derniers départements à rentrer dans le PAM régional. On finalise l'algorithme, on a formé beaucoup mieux les personnes qui répondent au téléphone. Maintenant, je pense, et les associations me l'ont demandé hier, et je crois qu'elles ont raison, je pense qu'il faut qu'on fasse la transparence. Parce que, comme vous l'avez dit, le zéro défaut n'existe pas. Mais à ce moment-là, quand ce n'est pas bien, pas qualitatif, il faut justifier pourquoi ça ne l'est pas. Et donc, je pense qu'il faut qu'on ait une vision très claire de l'état du parc et de la maintenance du parc des véhicules. Il faut qu'on ait un état très clair…

– Des chauffeurs, c'est les exploitants qui l'ont. Nous, on n'est que l'autorité organisatrice. Mais je pense qu'il faut qu'on arrive à avoir plus de données, des données plus fiables, que quand une course est annulée, on sache exactement pourquoi elle est annulée. Et puis, il y aura une transparence aussi à faire. Alors, ça ne va pas faire plaisir si je le dis, mais il faut le dire. Du côté des usagers. Parce que comme ça coûte 2 euros le PAM, on a tendance à le réserver et pas forcément moins à l'annuler.

Et quand les chauffeurs se présentent et que la course n'a pas été annulée, ou quand l'annulation se fait absolument à la dernière minute, ça aussi, ça peut avoir des conséquences en cascade sur les autres usagers. Donc, il faut qu'on responsabilise aussi, peut-être, un certain nombre d'usagers qui, au dernier moment annulent, oublient d'annuler. Et oublient d'annuler. Vous savez, ça arrive aussi chez le médecin. Des gens qui ne se présentent pas chez le médecin, c'est pour ça qu'on a fait l'attaque, la contravention lapin, comme on l'a appelé, quand on pose un lapin à son médecin, parce qu'on prive une personne de ce service. Voilà.

Donc, je pense qu'il faut qu'on mette tout ça bien à plat et que peut-être on sanctionne aussi les courses qui seraient annulées sans raison.

24:06
Présentateur

On arrive à la fin de l'entretien, mais j'ai encore deux questions à vous poser. La régionalité aussi de l'éducation. Vous avez la charge du lycée. Il y a des milliers d'élèves, alors, toutes écoles confondues, qui sont encore aujourd'hui sans solution de scolarité, parfois qui ne sont même pas scolarisés ou qui n'ont pas d'aide aux élèves en situation de handicap. Est-ce que vous savez un peu comment vous êtes en région Île-de-France ou est-ce que ça vous étonne, ça vous scandalise ?

24:35
Valérie Pécresse

Alors, oui, on a des sujets d'affectation d'élèves. Alors, nous, on est responsable des lycées. Donc, on a des sujets d'affectation des élèves au lycée, spécifiquement dans les lycées professionnels et spécifiquement plutôt en petite et en grande couronne, parce qu'à Paris, on a beaucoup de places vides dans les lycées, en réalité. Donc, ça, c'est la situation de l'éducation nationale et on les aide pour trouver des solutions. Nous, on crée énormément de places dans les lycées de petite et grande couronne parce que les familles ont quitté Paris, se sont installées en petite et en grande couronne, de plus en plus et encore plus depuis le Covid. Chaque année, Paris perd 3 000 enfants.

Donc, ces enfants arrivent en petite et en grande couronne. Donc, il faut qu'on construise des places nouvelles, on le fait. Mais on a aussi un basculement d'élèves des filières générales vers les filières professionnelles aussi. Donc, ça aussi, il faut qu'on l'accompagne. Ça, c'est la situation globale de l'Île-de-France. Mais sur la spécificité du handicap, il faut savoir que quand je suis arrivée, zéro lycée était accessible 100%. Donc, on était dans une situation absolument dramatique. Donc là, on a fait l'accessibilité de 160 lycées. C'est un budget colossal. C'est un budget qui se chiffre en dizaines de millions d'euros pour faire l'accessibilité de 160 lycées.

Ce n'est pas la totalité des lycées d'Île-de-France, loin de là. Donc, on avance. Ce qu'on a aussi mis en place avec Pierre, c'est le projet d'inclusion des jeunes collégiens quand ils arrivent au lycée. C'est-à-dire que même si le lycée n'est pas 100% accessible, leur mettre des classes au rez-de-chaussée s'ils sont en handicap moteur, leur adapter la classe en fonction de leur handicap. Et surtout, quelque chose dont on est très, très fiers, qui maintenant nous est regardé par la Bretagne, les Pays de la Loire et Ronald Pauvergne, c'est qu'on a fait des manuels scolaires adaptés.

26:26
Présentateur

Notamment avec de l'accessibilité numérique.

26:29
Valérie Pécresse

Exactement. Avec la LED Tech Pearl Trees, qui nous permet de faire des contenus adaptés, tout type de handicap, pour les 10, pour les personnes malvoyantes, pour les personnes malentendantes. On a maintenant des manuels numériques qui sont adaptés et on leur donne, vous le savez, un ordinateur à chacune, donc à chaque élève, qui permet à chaque élève de s'approprier ces outils numériques d'apprentissage.

26:50
Présentateur

Alors, dernière question, loin de moi, l'idée d'une quelconque prise partisane. Mais le sujet du handicap, historiquement, et ce sont les faits, depuis 1975, c'est un sujet de la droite. Jacques Chirac, la première loi, Jacques Chirac, la deuxième loi en 2005. Nicolas Sarkozy aussi, qui avait décidé, lui, une augmentation de l'allocation adulte handicapé. Et je ne peux pas m'empêcher de vous poser la question, le concernant, sur ce que vous ressentez à l'égard des décisions qui peuvent le toucher aujourd'hui, avec ce mandat de dépôt différé, qui le touche. Et j'imagine que ça vous inquiète, probablement, de voir que la justice peut avoir une dent, peut-être, contre la droite.

Il me semble, d'ailleurs, avoir lu quelque part que vous aviez été vous-même mis sur le mur des cons.

27:36
Valérie Pécresse

Je ne crois pas avoir eu cet honneur, mais l'existence même de ce mur est extraordinairement choquante. Extraordinairement choquante parce que je pense que politique et justice, ça ne va pas ensemble. La justice doit être impartiale. Moi, je suis juge de métier. Donc, forcément, vous comprendrez que je me fais un devoir de ne pas commenter des décisions de justice. Et en même temps, pour moi, la justice, c'est la chose la plus noble qu'on puisse... La mission la plus noble que l'on puisse rendre quand on est un agent public. Et donc, il faut qu'on recherche la justice. La question, aujourd'hui, c'est le double degré de juridiction.

Et je crois que cette question du double degré de juridiction, c'est-à-dire la possibilité de faire appel et la possibilité, jusqu'à l'appel, d'être présumé innocent, c'est ça, c'est cet idéal-là qu'il faut qu'on préserve. En l'occurrence,

28:33
Présentateur

il est déjà acté comme étant coupable.

28:37
Valérie Pécresse

L'exécution provisoire, elle doit, pour moi, demeurer un cas exceptionnel quand il y a un risque. Pour la société. Non, mais plusieurs... Quand il y a un risque de récidive, quand il y a une dangerosité pour la société, quand il y a un risque aussi de fuite. Et je crois que, dans le cas de Nicolas Sarkozy, ces trois risques étaient, à mon sens, tout à fait écartables. Voilà ce que je pense.

29:03
Présentateur

Merci.

29:03
Valérie Pécresse

Et j'ai surtout une pensée, évidemment, sincère pour l'homme et pour sa famille.

29:08
Présentateur

Qui, d'ailleurs, traverse aussi un moment personnel difficile du côté de Mme Bruni. En tout cas, merci pour cette sincérité, Mme Valérie Pécresse. Je rappelle, vous êtes présidente de la région Île-de-France. Merci d'avoir répondu avec aussi transparence sur les questions. Je ne suis pas sûr que ça convainc tout le monde, surtout la gauche, puisque vous les avez quand même pas mal assaillés. Mais en tout cas, ça a le mérite d'être clair. En tout cas,

29:33
Valérie Pécresse

200 millions contre 100 millions, c'est ça le bilan de mes 10 ans à la présidence de la région. Aujourd'hui, 200 millions par an sur le handicap. Et la gauche ne faisait pas la moitié de ça.

29:42
Présentateur

Et puis, 250 000 euros par MDPH qui n'utilisait pas complètement, visiblement, ces fonds. Et je le rappelle, où vous nous dites que, du coup, vous comptez aussi beaucoup sur, les financements et les remboursements faits par la sécurité sociale sur les solutions de mobilité.

30:00
Valérie Pécresse

Et la mobilisation des trésoreries.

30:03
Présentateur

Parce qu'elles sont en excédent dans les MDPH. Écoutez, merci Madame Pécresse d'avoir été avec nous. Merci de nous suivre sur Sud Radio et sudradio.fr. Vous pouvez retrouver cet entretien librement et partagez-le parce que les réponses que nous apporte Madame Pécresse aujourd'hui, je trouve, sont fortes intéressantes. À très vite, sur Sud Radio. Sud Radio, édition spéciale. Anthony Martin Smith.

Valérie Pécresse : "Une polémique purement politique" — Valérie Pécresse · Pourquijevote