Faut-il réussir sa vie ?
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France Culture, question du soir, Quentin l'a fait. Faut-il réussir sa vie ? Le développement personnel répond par l'affirmative à cette question et trace un chemin illusoire sans doute pour tenter d'y parvenir en niant les expériences négatives inhérentes à l'existence humaine et en responsabilisant l'individu à outrance dans ses choix de vie. Alors faut-il absolument réussir sa vie, tout faire pour achever une vie accomplie et si oui, à l'aune de quels critères ? Une vie réussie est-elle faite de pensée ou d'action, d'argent ou de morale, de rêve ou d'humanité ? Deux invités pour nous éclairer sur ce vaste sujet. Thierry Jobard, bonsoir. Bonsoir.
Vous êtes essayiste et libraire, vous avez publié deux ouvrages aux éditions Rue de l'Échiquier. Le premier intitulé Contre le développement personnel, c'était en 2021. Le second Je crois donc je suis en 2023 et je signale la publication en 2024 du livre intitulé quant à lui « Crise de soi, construire son identité à l'ère des réseaux sociaux et du développement personnel ». C'est aux éditions 10-18. Avec nous à distance, Marianne Chaillant, bonsoir. Bonsoir Quentin. Vous êtes professeur de philosophie écrivaine. Vous avez publié notamment l'ouvrage intitulé « Où est donc le bonheur ? » en 2021 aux éditions des Équateurs et en 2024 aux éditions de l'Observatoire.
Ce livre intitulé « Écrire sa vie ». Merci à vous deux d'être présents ce soir dans « Questions du soir ». Il faut préciser pour commencer cette émission le changement de pied que nous avons opéré quelques heures avant de discuter ensemble. Nous souhaitions intituler cette émission « Comment réussir sa vie ? » et « Chemin faisant » en réfléchissant avec l'équipe de « Questions du soir ». Il nous est apparu peut-être plus judicieux de transformer cette problématique, cette question en une nouvelle. Faut-il réussir sa vie ? Est-ce que Thierry Jobard, cette nouvelle formulation vous plaît un peu plus ?
Oui, ça n'empêchera pas de répondre à la question initiale.
Vous ne pouvez pas les remballer tout de même ?
Si, si, si, je réfléchis en même temps et également à cette autre question plus générale encore, mais plus problématique je crois. Qu'est-ce qu'une vie réussie ? Qui aurait pu être aussi le thème de départ. Mais faut-il réussir sa vie ? Oui, c'est bien parce qu'il y a une injonction derrière. D'où vient-elle ? De qui émane-t-elle ? Peut-on la suivre ? Est-elle sociale ou personnelle ? Voilà, il y a pas mal d'angles d'attaque.
Marianne Chaillant, autant d'angles d'attaque que vous identifiez dans cette formulation-là. Faut-il réussir sa vie ? Moi, quand vous m'aviez proposé la première question, qu'est-ce que réussir sa vie ? Cette question m'avait crispée, en fait. Je la trouvais agaçante, donc je suis bien contente qu'elle change. Je vous explique pourquoi je la trouvais agaçante. Et finalement, la substitution que vous faites permet d'exprimer d'emblée l'agacement qu'on peut avoir devant la question « qu'est-ce que réussir sa vie ? ». C'est justement de souligner qu'il y a une forme d'injonction à réussir sa vie. Mais cette expression même « réussir sa vie », qu'est-ce que ça peut bien signifier ?
Est-ce que ça veut dire qu'il y aurait des vies ratées ? Et quand vous dites « faut-il réussir sa vie ? », vous mettez d'emblée l'accent sur cette injonction à réussir sa vie. Qu'on va retrouver dans un discours ambiant qui est souvent repris par le développement personnel. « Il faut réussir, on doit réussir. » Comme si la vie était une épreuve et que nous avions une injonction de performance. Donc c'est bien de poser la question « faut-il réussir sa vie ? ». D'emblée, on met les pieds dans le plat, on montre qu'il y a une injonction générale. On peut même préciser que cette injonction, elle n'est pas simplement générale. On ne nous dit pas simplement « réussissez votre vie ».
Parfois, il y a un contenu qui est apporté à ce que serait cette vie réussie. Je pense qu'on est nombreux à avoir à l'esprit cette phrase malheureuse de Jacques Séguéla qui nous disait qu'un homme qui, à 40 ans, n'a pas une Rolex à son poignet a raté sa vie. 50 ans, c'était il laisser un peu plus de temps. Je vous êtes d'accord que ça ne change rien à cette phrase horrible. Et qu'il y a à la fois une injonction à réussir sa vie, mais il y a en plus un contenu qui est apporté. Et il n'y a rien de plus maltraitant, je crois, que cette injonction. Il n'y a rien de plus aliénant que le contenu qui nous est donné.
Et peut-être que le meilleur moyen de ne pas rater sa vie, je ne dis pas de la réussir, mais de ne pas rater sa vie, serait de ne pas se perdre dans cette recherche d'une vie réussie. Peut-être que nous n'atteindrons jamais la complétude, on ne vaincra jamais l'absurde, on ne sera jamais justifié. Réussir sa vie est une illusion vaine, maltraitante, dont il faut se défaire d'emblée. Alors, si on tente de déconstruire d'emblée, Thierry Jobard, cette injonction-là, celle de réussir sa vie, à quoi peut-on juger une vie réussie à l'aune ? De quels critères, dans le fond ?
C'est toute la question, parce qu'effectivement, est-ce qu'une vie qui n'est pas réussie est ratée ? Est-ce qu'une vie peut être un échec ? Ça me paraît difficile que toute une existence soit marquée par l'échec. Et c'est la notion de réussite, en fait, qui pose problème, parce qu'on a l'impression qu'il faudrait réussir, comme on réussit une recette de cuisine ou le décapage d'un meuble. Donc, c'est cette espèce de visée ordonnée vers un but, comme si on était tendu toute son existence vers quelque chose, alors que l'existence est traversée, ben oui, par des épreuves, par des manques, par des pertes.
Et que c'est justement au travers de ces épreuves que peut-être le sens qu'on peut donner à sa vie ou la direction qu'on peut lui donner va changer.
Je voudrais vous faire entendre l'extrait d'un film intitulé Chronique d'un été de Jean-Rouch et Edgar Morin, un film qui date de 1961.
Monsieur, s'il vous plaît, est-ce que vous êtes heureux ? Toujours, oui. C'est vrai ? Oui, oui. Heureuse de vivre,
malgré que j'ai 60 ans. Vous êtes 60 ans ? Oui, et que je fais 20 kilomètres tous les jours pour venir travailler à Paris.
Je suis contente d'avoir la santé et un mari gentil. Ça dépend. Ça dépend de quoi ? Ça dépend sur le poids. Vous savez, question d'argent, non ? On n'est jamais heureux quand on est ouvriers. J'ai eu du bonheur, j'ai eu du malheur, j'ai eu un petit peu de tout dans ma vie. Ça ne peut pas être autrement, il faut bien partager un peu.
Êtes-vous heureuse ? Oui, très heureuse. Et vous, mademoiselle ? Moi aussi, bien sûr. Nous sommes jalés, il fait beau. Lorsqu'on interroge les Français, Marianne Chaillon, le premier critère qui revient lorsqu'on leur demande ce qu'est une vie réussie, le critère fondateur premier, c'est celui du bonheur. Une vie réussie, c'est une vie heureuse. Est-ce que vous allez dans ce sens-là ? Là, il faudrait s'entendre sur ce qu'est le bonheur. Et il y a sur ce sujet aussi une injonction au bonheur. Il faut être heureux.
On peut le voir dans le fait que dans cette petite question ça va qu'on se pose parfois et comment il serait de mauvais goût de répondre ben non, ça ne va pas bien comme si ne pas être heureux serait un aveu d'échec. Donc il y a une injonction au bonheur et il y a, je pense, une incompréhension de peut-être ce qu'est le bonheur à supposer qu'il existe. On le représente comme une sorte de plénitude de ciel bleu sans nuages. On a à la fois la santé, un mari gentil, une bonne situation économique. Bref, on coche toutes les cases de la to-do liste de l'existence. Mais personne ne coche toutes les cases.
Il n'y a pas de plénitude sans qu'il y ait aussi comme le disait Thierry des manques, des creux.
Et si le bonheur on ne le voit pas comme une somme de victoires, comme un ciel bleu sans nuages, comme uniquement de la joie parce que dans ce cas la personne ne serait heureux, si on comprend le bonheur comme nous invitent à le faire des philosophes comme Montaigne ou comme Nietzsche, c'est-à-dire à la fois le ciel bleu et les nuages, à la fois la joie et les peines, à la fois les pleins et les manques et qu'on est capable en regardant notre vie dans toutes ses dimensions de lui donner notre assentiment et de lui dire un peu comme un marié devant l'autel en regardant notre vie nous lui disions je te prends pour le meilleur et pour le pire.
Alors oui, on pourrait se dire heureux et de ce point de vue peut-être qu'on pourrait dire qu'on a réussi sa vie non pas parce qu'il n'y aurait en elle que des choses positives mais parce que nous en accepterions de notre existence toutes ses dimensions. Thierry Jobard, votre point de vue, le bonheur dans le fond c'est un mirage lorsqu'on tente de juger la qualité d'une vie, d'une existence et même peut-être sa réussite ?
Alors si on part du principe que le bonheur est un état constant et durable oui, on risque de se casser les dents plus d'une fois.
J'ai coutume de dire que le bonheur c'est la bonheur c'est-à-dire le moment fugace de plénitude qui existe et c'est déjà pas mal je trouve et puis je pense souvent à cette phrase de Flaubert qui dit que pour être heureux il faut trois choses être bête être égoïste et être en bonne santé mais si la première condition vous manque tout est perdu donc voilà il y a des imbéciles heureux semble-t-il ça ne veut pas dire pour autant qu'il faut chercher quelque chose qui serait un équilibre parce qu'on n'est pas forcément malheureux si on n'est pas heureux et la plupart du temps je pense qu'on est dans cet état d'entre deux qu'on aménage comme on peut sachant que nous sommes tous à la merci de choses qui peuvent arriver sans prévenir hélas et ça aussi effectivement ça fait partie du oui Nietzschean il faut accepter ça également alors le développement personnel tourne très bien les choses puisqu'il va vous expliquer qu'en fait il n'y a pas d'échec mais juste des opportunités et que un échec
c'est une au fond c'est l'opportunité de rebondir et de réussir un peu plus tard
et on ressort et on ressort la phrase sans péternelle de Nietzsche tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort et c'est faux il y a des choses qui ne nous tuent pas mais qui nous affaiblissent peut-être même pour toujours donc voilà c'est toujours un tableau en demi-teinte on aimerait bien que les choses soient simples mais l'être humain est un phénomène complexe
et dans le même temps Marianne Chaillon est-ce que ce n'est pas une position si je puis dire de philosophe de dénigrer le bonheur on sait que c'est une notion qui est relativement peu appréciée dans l'histoire de la philosophie c'est une notion qui écarte de la pensée de la vérité peut-être même parfois du juste lorsque les français répondent qu'une vie réussie c'est une vie faite de bonheur c'est quelque chose qui ne s'entend pas du tout du tout selon vous ?
non non non au contraire ça s'entend mais il faut prendre garde à ce qu'on met sous le mot de bonheur si on est victime de la compréhension commune du concept de bonheur une compréhension un peu matérialiste ou une compréhension je ne sais pas que peut soutenir le développement personnel où finalement il n'y aurait pas de négativité puisque toute expérience négative serait l'occasion d'un tremplin comme on est de le dire si on comprend le bonheur comme un état de plénitude alors voilà pourquoi les philosophes nous mettent en garde non pas qu'il y ait une forme de mépris du tout mais attention cette recherche du bonheur pourrait être le moyen le plus sûr d'être profondément malheureux Thierry citait Flaubert cette très belle phrase Flaubert dit aussi qu'il est persuadé que le bonheur est un mythe inventé par le diable pour nous désespérer c'est-à-dire attention à ce que vous mettez derrière l'idée de bonheur pensez à Madame Bovary comme Madame Bovary croit qu'un jour elle atteindra cette plénitude dans son couple dans sa vie sociale etc tout ce qu'elle vit est forcément en défaut par rapport à cet imaginaire du bonheur mais les philosophes ne nous disent pas de faire le deuil du bonheur ils nous disent comprenez-le autrement comprenez l'essence de la vie la vie ne pourra pas vous apporter ce bonheur totalement illusoire en revanche si vous parvenez à aimer la vie telle qu'elle est à l'aimer même si le temps est assassin et on porte avec lui le rire des enfants pour citer Renaud alors vous serez heureux non pas tel qu'on peut le concevoir d'une manière ordinaire mais hélas toxique puisque ce bonheur-là vous ne l'atteindrez pas tâchons et c'est difficile d'apprendre à aimer la vie de faire ce test que Nietzsche appelle le test de l'éternel retour c'est-à-dire observer notre vie à en prendre les moments négatifs et les moments positifs et à donner notre assentiment d'apposer ce grand oui devant la totalité de l'existence et là oui on sera heureux donc il n'y a pas chez les philosophes un mépris du bonheur il y a une alerte faites attention à ne pas vous tromper si vous pensez que l'état de plénitude c'est la définition de Kant lorsque Kant dit le bonheur c'est la satisfaction de tous nos désirs en intensité c'est-à-dire degré maximum en extension tous nos désirs et en protention en durée c'est ça au départ la définition du bonheur c'est une plénitude de tous nos désirs intenses et pour toujours c'est une illusion vous serez extrêmement malheureux si vous recherchez ce bonheur-là mais convertissez votre concept de désir et là on peut atteindre quelque chose comme le bonheur et là peut-être quelque chose comme une vie réussie pour en finir avec le bonheur la voix de Vladimir Jean Kélévitch qui s'exprimait en 1980 dans un entretien avec Bernard Pivot dans Apostrophe évidemment
le bonheur est capricieux vous savez il est comme l'amour il vient au moment aussi attendez le moins il vaut mieux avoir de l'argent que de ne pas en avoir il vaut mieux pouvoir voyager que de ne pas pouvoir voyager il vaut mieux pouvoir aller au théâtre et au concert que d'en être privé mais une fois que vous réussissez toutes ces conditions et que vous avez énormément d'argent pour faire tout ce qui vous plaît et bien vous sentez subitement un grand désert en vous une grande solitude et c'est pourquoi il y a tant de milliardaires qui s'ennuient nous nous les envions mais eux ils s'ennuient et quelquefois ils se suicident tellement ils s'ennuient ils sont au comble de leurs vœux et ils ne sont pas heureux alors qu'est-ce qu'il leur faut pour être heureux ?
qu'est-ce qu'il leur faut ? et bien il leur faut probablement un peu d'insouciance d'innocence un retour à d'innocence si je suis heureux et je ne m'en aperçois même pas car le véritable bonheur est inconscient de soi si je me dis est-ce que je suis heureux ? comme je suis heureux non Dieu est-ce que je suis heureux ?
alors il est temps de se méfier ça veut donc dire que mon bonheur est précaire qu'il va se dissiper qu'il est fragile qu'il est à l'inversité des circonstances quand je suis vraiment heureux je n'en sais rien le bonheur est naturellement innocent alors quelqu'un qui jouerait du piano pour se dire ça va me dissiper mon ennui mon spleen va disparaître et qui s'en sert comme un médicament comment voulez-vous qu'il soit heureux ? c'est pas des conditions pour être heureux ?
je suis heureux en ce moment un peu fatigué mais heureux en tout cas l'idée que je pourrais l'être déjà me rend un peu heureux on est un peu heureux à l'idée qu'on pourrait l'être et que c'est à la portée de tout le monde et qu'il vient subitement comme une grâce descend sur vous au moment où s'y attendez le mois
qu'est-ce qui distingue Thierry Jobard l'analyse de Vladimir Jean Kélévitch à propos du bonheur et la vision du bonheur portée par le développement personnel beaucoup de choses non ?
oui parce que le bonheur c'est quand même un objet massif donc le développement personnel a trouvé une petite astuce il parle moins de bonheur que de bien-être alors quelle est la différence entre les deux ?
c'est que le bien-être est holiste c'est-à-dire qu'il y aura le corps et l'esprit mais aussi le corps c'est-à-dire qu'il faut qu'effectivement et là il est beau jeu de trouver des références prestigieuses un corps sain dans un esprit sain on se dit oui effectivement on s'est frappé au coin du bon sens mais du coup ça reporte un degré supplémentaire d'exigence parce qu'il faudrait à la fois être heureux disons psychologiquement mentalement apaiser son âme et de l'autre côté aussi avoir un corps qui soit parfaitement affûté réactif toujours disponible toujours répondant alors ça évidemment c'est comme le bonheur qui ne dure pas le corps qui répond à volonté ça ne dure qu'un certain temps et c'est aussi pour ça que la question initiale faut-il réussir sa vie en pose une autre à quel moment peut-on décider peut-on savoir si on a réussi sa vie
alors quand est-ce qu'on l'évalue ça est-ce que c'est justement quand la mort approche ou bien à chaque étape importante de son existence on peut Thierry Jobard dire si oui ou non on a réussi un segment même c'est déjà pas mal un segment de son existence
on est pris dans un devenir c'est-à-dire que moi à 15 ans ou moi à 30 ans ou moi à 60 ans je ne pense pas que j'aurai les mêmes rêves les mêmes idées de réussite alors on peut en combler certaines on peut se rendre compte qu'elles étaient illusoires aussi on peut s'être trompé mais en toute logique comme pour la recette de cuisine c'est une fois qu'on a terminé qu'il faut savoir si on l'a réussi mais est-ce qu'on est dans l'état d'esprit et dans la sérénité au seuil de la mort de se dire ah oui en toute objectivité ce qui est déjà très discutable j'ai réussi ou je n'ai pas réussi ma vie mais il faudrait pour ça qu'on soit débarrassé de toutes les hypocrisies tous les mensonges tous les biais cognitifs qu'on a vis-à-vis de soi-même parce qu'on ne se connait pas si bien que ça
Marine Chaillant je vous pose la question alors est-ce que c'est au seuil de l'existence que l'on doit évaluer ou non si notre propre vie nous semble réussie en vous écoutant poser cette question j'avais à l'esprit la chanson de Frank Sinatra My Way vous vous rappelez où il retrace ses chemins les chemins qu'il a empruntés les moments qu'il estime avoir échoués et ce qu'il a plutôt réussi et le voilà l'assentiment qu'il se donne à lui-même en disant bien j'ai fait mon chemin tout de même donc j'aurais eu tendance à vous répondre que peut-être effectivement c'est une position qu'on peut adopter au terme de sa vie en tout cas une position rétrospective et en même temps je me demande si vraiment on ne peut jamais répondre à cette question et si cette question même est pertinente savoir est-ce qu'on a réussi sa vie est-ce que la question ne serait pas plutôt la vraie question à se poser non pas comment réussir ma vie mais comment réussir à vivre c'est-à-dire peut-être qu'en fait on ne réussit pas sa vie mais on réussit à vivre quand on a accepté ce que je disais tout à l'heure quand on a accepté les lois indépassables de l'existence à savoir il ne s'agit pas de faire une somme de ce qu'on aura parcouru à la fin de notre vie de tirer le trait de l'addition et de se dire tiens il y a plus de positifs que de négatifs donc j'ai plutôt réussi ma vie non je demande si c'est vraiment pertinent le concept de réussir sa vie mais si le concept le plus important n'est pas celui de réussir à vivre c'est-à-dire à accepter les lois de l'existence à savoir qu'il y aura de l'échec si le concept est pertinent en tout cas qu'il y aura de la souffrance il y aura de la souffrance et qu'il y aura des manques qu'il y aura des regrets et cela résonne Marianne Chaillon me semble-t-il vous me direz avec ce que vous disiez un peu plus tôt lorsque vous employez l'expression ce grand oui de la totalité de l'existence on se dit en creux en vous écoutant que peut-être qu'une vie réussisse vous l'avez dit c'est réussir à vivre pleinement une vie c'est-à-dire à vivre l'ensemble de la palette des sentiments et des expressions humains c'est vivre dans le fond une vie pleinement humaine Marianne Chaillon oui alors cette idée de vie pleinement humaine elle résonne beaucoup à mes oreilles parce que je suis assez vous le voyez critique à l'égard de la question qu'est-ce que réussir sa vie mais pourtant quand je l'ai rencontré cette question comme beaucoup je pense de vos auditeurs c'était en terminale avec la découverte de la philosophie et les philosophes en tout cas mon professeur nous disait que les grecs nous demandaient qu'est-ce qu'une vie réussie qu'est-ce qu'une vie bonne quel est le meilleur genre de vie et moi à l'âge que j'avais à l'orée de ma vie je trouvais cette question essentielle je voulais savoir comment m'y prendre pour réussir ma vie et la réponse qu'apportait Platon en l'occurrence c'était que si nous autres humains nous sommes l'alliance d'un corps mortel et d'une âme immortelle une vie réussie c'était une vie consacrée aux soins de l'âme et c'était donc une vie proprement humaine pas une vie consacrée à ce qui en nous est commun avec l'animal donc consacrer sa vie aux soins du corps à tout ce qui est de l'ordre du sensible à la quête des richesses à la quête à sculpter son corps tout ça est une vie qui n'accomplit pas son essence et une vie réussie à ce moment là était une vie qui accomplissait l'essence humaine à savoir qui accomplissait la vie de l'esprit alors vous vous doutez que pour l'étudiante que j'étais en philosophie c'est une vie que je suis devenue c'est une définition qui me convenait mais qui est tout de même un peu pratique et orgueilleuse je trouve de dire que quand les philosophes se répondent à eux-mêmes nous qui avons choisi de consacrer notre vie à la pensée nous avons réussi et en même temps ça me semblait très pertinent puisque Platon en gros demandait est-ce qu'il vaut mieux être Achille ou Socrate une vie réussie c'est de choisir la vie de Socrate parce que Socrate soigne son âme est-ce qu'il vaut mieux être Steve Jobs ou Marie Curie les grecs répondaient Marie Curie voilà il faut et Hannah Arendt bien plus tard qui s'est nourrie elle-même de philosophie grecque répond un peu à votre question Quentin parce qu'elle nous dit une vie dépourvue de pensée n'a rien d'impossible elle ne réussit pas à développer sa propre essence elle n'est pas simplement dépourvue de signification elle n'est pas tout à fait vivante voilà c'est dur comme phrase mais ça reprend cette idée qu'une vie proprement humaine une vie réussie serait une vie dans laquelle on a développé notre humanité et qu'est-ce qui fait de nous des hommes notre capacité à penser et elle ajoute Hannah Arendt puisque j'ai la suite de la citation sous les yeux ça tombe bien les hommes qui ne pensent pas sont comme des somnambules Thierry Jobard cette vision là aussi cette analyse d'Hannah Arendt qu'elle introduit notamment dans la vie de l'esprit qui paraît en 1981 est-ce qu'une vie sans pensée une vie sans méditation une vie sans recul au fond sur sa propre vie est-ce que c'est une vie qui par construction manquerait d'être accomplie
ce sont des propos de philosophes donc bien sûr ils vont parler de la pensée et ça leur paraît quelque chose absolument indispensable comme la culture devrait l'être comme l'amour devrait l'être mais la justice aussi la fraternité mais j'ai tendance à croire qu'on peut très bien vivre sans penser j'évoquais tout à l'heure les imbéciles heureux pourquoi sont-ils heureux parce que ce sont des imbéciles oui mais donc
ce sont soit des imbéciles soit des somnambules
mais oui mais peut-être que c'est ça finalement peut-être que c'est ça qu'il faudrait je ne suis pas sûr vous dites avec un sourire en coin je me permets de dire pour les auditeurs quand même mais parce que si alors si on estime qu'on pense déjà bon admettons admettons-le nous pensons c'est pas une sinecure non plus c'est ça le problème c'est que la réflexivité alors il y a la réflexion sur les objets et la réflexivité sur soi-même c'est quand même particulièrement inconfortable tout ça parce qu'effectivement on a tendance à voir ce qui ne va pas on a tendance à chercher là où ça gêne où ça démange et à interroger ce qui nous paraît évident et c'est pas très confortable comme existence en fait j'ai peur que là encore je crois que c'est une question d'équilibre c'est-à-dire que oui penser c'est bien mais ne faire que ça est-ce que enfin je pense qu'il faut vivre avant de penser
mais je vous pousse dans vos retranchements est-ce que l'objectif c'est d'être confortable est-ce qu'une vie réussie on peut discuter du terme là aussi une vie réussie une vie accomplie c'est une vie essentiellement confortable
mais je pense que des gens se satisfont du confort oui et d'autres se satisfont de l'action de l'activité permanente du besoin d'optimiser toutes leurs facultés je pense que c'est très variable je ne crois pas qu'il y ait un seul modèle en fait on reste sur l'idée grecque encore aujourd'hui effectivement que l'âme serait l'objet principal la chose à préserver et à soigner mais c'est un tout en fait et il y a il y a aussi cette idée qu'effectivement penser ça amène à s'ouvrir sur sur l'altérité sur l'étranger et à partir du moment où on considère que nous faisons partie d'une commune humanité ça devient quand même très très difficile ne serait-ce que d'envisager d'être heureux sachant que nous ne le sommes pas tous et que nous ne risquons pas de l'être
Alors Marianne Chaillon est-ce que vous vous pensez qu'il faut parfois se résigner ça peut être l'expression adéquate se résigner à être soit un imbécile soit un somnambule Si si c'est la solution pour gagner le contentement qui serais-je pour juger hélas aimant la philosophie je fais partie de ceux qui sont torturés par des questions sans cesse et donc je ne parviens pas à cet état de quiétude que je pourrais obtenir dans cette espèce d'absence de questionnement permanent Mais Mais au-delà pardonnez-moi je me permets de vous couper vous êtes à distance mais au-delà de la position de philosophe est-ce que des somnambules est-ce que des imbéciles est-ce que même j'allais dire pour les citoyens que nous sommes les êtres émancipés que nous cherchons à devenir est-ce que c'est quelque chose de souhaitable C'est drôle parce qu'il y a un élève qui m'a dit il y a deux jours or en philo vous utilisez beaucoup de grands mots pour dire pas grand chose et puis vous vous posez des questions vous vous torturez l'esprit moi ne pas me poser de questions ça me convient très bien je suis content dans mon ignorance pourquoi vous allez faire exploser toutes les certitudes peut-être illusoires mais dans lesquelles je me sens si bien ça fait plaisir à Thierry Jobard je vous le dis et je me suis j'ai bien compris et je me suis dit au fond s'il est content comme ça tant mieux mais en même temps la réponse que j'ai essayé de lui apporter et ce sera tout l'enjeu que je vais partager avec lui comme enseignante c'est que la philosophie répondrait que cette quiétude confortable c'est vraiment c'est une position de somnambule où on est dans sa propre vie au fond pas aux commandes c'est-à-dire est-ce que s'interroger sur le sens qu'on peut donner peut-être même pour y répondre qu'il n'y aura pas de sens à donner à sa vie est-ce que c'est pas le moyen de ne pas simplement être en vie mais d'être existant parce que c'est deux concepts très différents vivre la question c'est qu'est-ce qu'une vie réussie on vit très bien c'est une chance que nous avons là mais certains se contentent de vivre c'est-à-dire d'être simplement biologiquement parlant exister c'est autre chose c'est s'emparer de sa vie pour tâcher de l'habiter de la façon la plus authentique possible et donc est-ce qu'au fond choisir cet inconfort se poser des questions qui vont venir bouleverser bousculer nos certitudes c'est pas le moyen aussi en acceptant de se perdre un peu de mieux se trouver à la fin Thierry Jobard pourquoi est-ce que le développement personnel que vous critiquez tant que vous décortiquez tant pourquoi est-ce que dans le fond cela fonctionne à ce point est-ce que les consommateurs les autres viennent y chercher aussi ce qu'ils ne trouvent pas ailleurs
alors il y a beaucoup de raisons des raisons vraiment contemporaines d'autres plus anciennes qui s'étalent sur la longue durée mais il ne faut pas oublier que nous sortons de 2000 ans de christianisme nous en sommes sortis avec des étapes des temporalités différentes mais pendant deux millénaires on nous a expliqué que la vraie vie était ailleurs à partir du moment où il n'y a plus de paradis ni d'enfer ni même de purgatoire la vie c'est ici et maintenant c'est ici et maintenant donc il faut aller vite
et pas seulement dans sa dimension religieuse il n'y a plus d'idéologie donc d'idéal politique et le présent l'emporte sur l'avenir et la construction aussi d'un projet collectif
également même si on est dans une espèce de société de projet en tout cas au niveau du monde entrepreneurial il faut avoir des projets même dans la vie de tous les jours d'ailleurs il faut absolument avoir des projets ce serait peut-être un sujet d'une autre émission mais il y a cette espèce d'urgence et cette façon qu'il faut optimiser chaque chose sachant que et c'est le présupposé de base du développement personnel nous avons en nous des ressources insoupçonnées qu'il s'agit de mettre au jour et d'exploiter afin de mieux se connaître être heureux mieux communiquer avec les autres faire la paix avec son passé etc etc mais tout ça finalement c'est simplement la recherche de vertus contemporaines ou de valeurs qui serait l'authenticité qui n'est jamais définie la résilience l'auto-compassion ces choses là une forme d'agilité cette capacité à toujours réagir à toujours faire face on le disait il n'y a pas d'échec c'est juste un marche-pied vers du meilleur ça conduit finalement cette intensité recherchée à une forme d'épuisement épuisement professionnel et épuisement personnel c'est une forme d'illusion parce que il ne faut pas oublier que le développement personnel sans vouloir faire de mauvais jeu de mots est quand même quelque chose d'assez impersonnel puisqu'on va nous mettre à disposition une ou des méthodes ou des processus qui s'adressent à peu près à tout le monde puisque les livres vont se vendre par dizaines voire centaines de milliers d'exemplaires sans parler de tout le reste et comme si nous étions tous finalement en attente et de la même chose en attente des mêmes objectifs conformés selon le même moule donc tout ça c'est voilà tout ça par des gens qui nous expliquent et qui partent de leur expérience personnelle qui doit finalement servir d'exemple que si eux y sont parvenus vous vous y parviendrez également
Marine Chaillon la question en miroir c'est celle des ratés celle du ratage est-ce que l'on peut rater sa vie qu'est-ce qu'une vie ratée est-ce que c'est une question qui a plus de sens selon vous non pas plus non non si le concept de réussir me paraît peu pertinent celui de rater me paraît tout aussi peu je pense vraiment que la question n'est pas celle de savoir si on a réussi ou si on a échoué sa vie mais si on a réussi à vivre ou si on n'a pas réussi à vivre et c'est-à-dire je crois et ça rejoint le fait de se débarrasser de la question est-ce qu'on a accepté la négativité est-ce qu'on a abandonné la recherche de la performance est-ce qu'on a intégré que notre existence serait faite de creux et de plein et qu'il faut s'en contenter voilà qu'est-ce que vous pensez Marine Chaillon du discours autour de la méritocratie le discours selon lequel on aurait réussi lorsqu'on l'aurait mérité lorsqu'on l'aurait travaillé à cet effet lorsqu'on se serait donné à fond pour passer la marche supérieure avec le pendant qui va avec celui du discours de responsabilité et si on échoue c'est bien notre faute ce discours sert à conforter l'ordre social c'est une illusion absolue c'est un contre enfin voilà c'est pas tout à fait une erreur et je citerai celle que j'ai eu la chance d'avoir comme professeur Chantal Jacquet qui a étudié le phénomène des transclasses ces personnes qui passent d'une classe sociale à une autre et dont parfois sur lesquelles on fait porter la lumière pour dire vous voyez on peut à force de volonté réussir sa vie et l'étude qu'elle fait de ces parcours de transclasses sert à dire qu'il ne s'agit en aucune manière d'un effet de la volonté ce ne sont pas des self-made man mais ce sont des trajectoires qui sont constituées par tout un certain nombre de déterminismes si je sais pas si Zidane est devenu Zidane il ne le doit pas à son seul mérite mais c'est une coproduction en fait un ensemble de facteurs un ensemble de rencontres un ensemble de situations un parcours de vie n'est pas du tout le fruit d'une volonté singulière qui parce qu'elle est forte tracerait sa trajectoire mais c'est une co-construction et donc l'idée méritocratique sert simplement à justifier l'ordre social à nous faire croire que ceux qui obtiennent beaucoup le méritent et ceux qui n'obtiennent pas c'est parce qu'ils ne le méritent pas je pense que ce discours est une imposture qui a des fins politiques en fait Thierry Jobard est-ce que le développement personnel c'est la traduction par le marché de cette idéologie du mérite de cette vision même du mérite adossée au parcours individuel ?
Ah oui c'est tout à fait ça c'est une mise aux normes c'est-à-dire que si on suit les préceptes du développement personnel on se rend compte qu'on pose un individu le moi plus ou moins authentique face à une société qui serait le règne des faux-semblants des hypocrisies des masques et le moi tout plein d'authenticité et de sincérité et transparent vis-à-vis de lui-même déjà bonne chance pour y parvenir lui va réussir à par capillarité par agrégation il va se sentir bien donc il va faire le bien donc les autres autour de lui vont faire de même et comme ça les choses vont se répandre il y a une espèce d'avant-garde éclairée comme ça du développement personnel mais tout ce qu'on tout ce qu'on voit au bout du compte c'est que c'est juste un travail sur soi ça reste un enfermement sur soi épuisant je l'ai déjà dit et qui ne remet jamais en cause les dysfonctionnements structurels jamais et c'est bien ça le problème c'est que non seulement il élude la possibilité de l'action collective qui à mon sens est la seule possible et valable et en même temps il conforte un ordre établi effectivement
Marianne Chaillon si on s'amuse là encore à faire une propre critique de la question que nous posons dans cette émission faut-il réussir sa vie est-ce que le problème de cette question c'est qu'elle n'explique pas en sous-jacent que l'on pourrait déterminer le cours de notre propre vie que en fait nous ne serions pas fait de déterminisme mais uniquement de choix individuels vous voulez dire est-ce que cette question a un présupposé et le présupposé du libre arbitre absolument oui en effet il y a ce présupposé mais au fond on pourrait dire aussi qu'une vie est réussie même si elle était tissée par des déterminismes mais je pense que là encore et d'ailleurs ces déterminismes ont fait dire je ne sais pas si j'ai cité cette citation à Sartre qui pourtant lui pense qu'on peut être l'auteur de notre vie et que donc si on réussit c'est parce qu'on l'a mérité on s'est efforcé et si on a échoué c'est qu'on ne s'est pas assez efforcé mais Sartre lorsqu'il exprime la thèse de ses adversaires donc ceux qui croient au déterminisme c'est un peu le discours qu'on a tenu nous il résume très bien notre pensée par une phrase qui répondrait très bien à notre question l'histoire d'une vie quelle qu'elle soit est l'histoire d'un échec et qu'est-ce qu'il veut dire par là il veut dire par là que si on croit qu'une trajectoire n'est pas l'effet d'une volonté mais la somme influence et des déterminismes que subit un sujet alors une vie est un échec quel que soit son contenu parce que c'est l'échec de la volonté parce que le sujet n'a pas été l'auteur de sa propre vie je crois que de ce point de vue on peut se mettre d'accord l'histoire d'une vie quelle qu'elle soit est l'histoire d'un échec c'est-à-dire qu'il ne nous appartient pas c'est une illusion d'être l'auteur de sa vie là encore beaucoup d'ouvrages de développement personnel ont ce titre devenez l'auteur de votre vie d'ailleurs c'est pour ça que j'en joue dans mon titre écrire sa vie je reprends ce titre mais pour mieux le tordre pour mieux de tordre cette injonction quoi voilà donc nous ne serons pas l'auteur de notre vie néanmoins néanmoins certains philosophes comme Spinoza sans nier notre servitude sans nier que nous soyons pris dans des déterminismes nous dit et peut-être ça serait ça au fond réussir sa vie qu'on peut essayer d'oeuvrer pour diminuer notre part de passivité et pour augmenter autant que faire se peut notre part d'activité voilà visons modestement une forme de par la compréhension qu'on a des déterminismes qui nous traversent de gagner cette liberté là qui n'a rien à voir avec l'illusion du libre arbitre Vous êtes d'accord Thierry Jobard avec cette conclusion partielle avancée par Marianne Chaillon ?
Oui je suis tout à fait d'accord je pense qu'il y a une je plaisantais c'était par provocation de l'histoire de somnambule et d'imbécile heureux tout à l'heure évidemment mais je pense que faire quelque chose vous rattrapez là oui faire quelque chose c'est quand même selon certains principes qui sont finalement assez peu nombreux et assez simples mais faire quelque chose avec tolérance avec ouverture avec humilité voilà on fait les choses on aide les autres par exemple voilà j'ai pas besoin de m'interroger éternellement de me poser des questions je fais je fais quelque chose qui est valable et qui est incontestablement valable et pour finir sur la question ce serait bien en peine si j'arrivais à la fin de ma vie de demander est-ce qu'elle est réussie à ceux qui me connaissent et qui me côtoient je pense que chacun aurait beaucoup de surprises quand bien même on aurait une complaisance vis-à-vis de soi-même en se disant que oh finalement j'ai plutôt pas trop mal réussi
Merci beaucoup à tous les deux en tout cas d'avoir réussi à contourner triturer ce sujet Thierry Jobard vous êtes essayiste et libraire vous avez publié deux ouvrages aux éditions de la rue de l'échiquier le premier contre le développement personnel le second je crois donc je suis et je signale la publication en 2024 de cet ouvrage signé par vous-même également intitulé crise de soi construire son identité à l'ère des réseaux sociaux et du développement personnel c'est aux éditions 10-18 et Marianne Chaillant professeure de philosophie écrivaine vous avez publié Où est donc le bonheur c'est en 2021 aux éditions des Équateurs et Écrire sa vie en 2024 aux éditions de l'Observatoire merci encore à vous deux et merci à celles et ceux qui ont fait cette émission Juliette Mouelic Stéphanie Villeneuve Diane de Vancey et à suivre juste après le journal une autre question vaste encore peut-on faire l'histoire des autres on en parlera avec l'historien Antoine Lilti Antoine Lilti