Marine Le Pen : le spectre de l'inéligibilité... - C dans l’air - 14.11.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00OuverteRéponse directe
Elle s'y attendait, M.Le Pen?
- 4:00OuverteRéponse directe
Sur quoi est-elle jugée? Détournements de fonds européens?
- 8:00ComplaisanteRéponse partielle
Il va falloir se faire à ce mot toute l'émission.
- 10:00OuverteRéponse directe
Il y a une phrase qui suscite énormément de réactions. Le procureur a demandé que cette peine soit assortie d'une exécution provisoire avant l'appel.
- 12:00RelanceRéponse directe
On va revenir sur cette phrase. Sur quoi est-elle jugée? Détournements de fonds européens?
- 16:00OuverteRéponse directe
L'affaire et ces réquisitoires ont suscité une levée de boucliers. J'allais dire dans l'ensemble de la classe politique, mais pas exactement.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 22:00M.Le PenFait
« Je note que le parquet est extrêmement outrancier dans ses réclamations. La seule chose qui intéresse le parquet, c'était M.Le Pen, pour pouvoir demander encore une fois l'exclusion de M.Le Pen de la vie politique avec exécution provisoire... Et puis, le RN, pour pouvoir ruiner le parti. »
- 24:00M.Le PenChiffre
« -5 ans de prison, dont 2 ferme, 300 000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité, c'est la peine requise par le parquet de Paris contre la présidente du groupe RN à l'Assemblée, la plus sévère de tous les prévenus. »
- 26:00M.Le PenChiffre
« Je suis à 4,5 millions de fonds qui ont été détournés pour le Parlement européen. C'est leur responsabilité. Ce n'est pas la responsabilité du Parlement européen ou des procureurs. »
- 36:00D.MigaudFait
« Le juge utilise les possibilités que lui donne la loi, que lui donne le législateur. Le juge ne se substitue pas au pouvoir politique. Il n'en a pas le pouvoir. »
- 40:00J.BardellaFait
« J'ai la certitude, mes amis, au-delà de ce livre, que nous allons écrire ensemble les pages d'un plus grand livre: celui du roman national. »
- 42:00J.BardellaFait
« Ce budget n'est pas un budget de rupture avec la politique d'E.Macron depuis 7 ans. C'est un budget qui fait les poches de la France du travail. »
- 44:00S.ChenuFait
« S'il n'y avait pas les 60, 80 ou 100 députés RN et UDR ce soir, la France s'écroulerait sous les taxes de LFI, elle ploierait sous les taxmen que sont les députés d'extrême gauche. »
- 50:00N.MauretFait
« Qu'est-ce qu'il faisait hier soir, J.Bardella, quand elle écoutait un réquisitoire terrible? Plusieurs de ses proches étaient venus la souvenir, comme S.Chenu. »
- 52:00N.MauretFait
« Ce livre est attendu depuis un an et il sort au moment où on sait que c'est la fin du procès. »
- 54:00N.MauretFait
« Dans son livre, il développe une ligne politique de droite classique, très sarkozyste. »
- 56:00N.MauretFait
« Faire émerger un successeur reste l'un des premiers devoirs d'un chef. M.Le Pen l'a fait. »
- 58:00N.MauretFait
« Aujourd'hui, ce n'est pas le RN qui peut être empêché par un jugement, c'est M.Le Pen. Le RN, s'il n'a pas M.Le Pen, a un plan B, qui s'appelle J.Bardella et qui se prépare. »
- 1:00:00J.BardellaFait
« Qu'est-ce qui a changé pour vous? »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. C'est un coup de tonnerre pour le RN. Le réquisitoire est tombé hier comme un couperet pour M.Le Pen dans l'affaire de détournements de fonds européens: 5 ans de prison dont 2 ferme, 5 ans d'inéligibilité et 300 000 euros d'amende.
Depuis, ses proches sonnent la charge et dénoncent un acharnement des juges pour l'empêcher de briguer la prochaine présidentielle. Des soutiens inattendus sont venus des rangs de la Macronie, comme G.Darmanin, qui estime qu'il serait choquant qu'elle ne puisse pas se présenter devant le suffrage des Français en 2027.
Le jugement sera prononcé définitivement dans quelques semaines. Pendant ce temps, un plan B comme Bardella se met en place. Pendant que M.Le Pen se débat dans les tribunaux, il fait, à 29 ans, la promotion de son autobiographie et enchaîne les médias et les séances de signatures.
Sur quoi s'appuient les procureurs? M.Le Pen pourrait-elle être privée de la prochaine présidentielle par la justice?
Que prépare J.Bardella? Avec nous, J.Jaffré, chercheur associé au Cevipof.
N.Saint-Cricq, vous êtes éditorialiste à France Télévisions. N.Mauret, vous êtes reporter politique pour Ebra.
Votre dernier article parle de J.Bardella et de M.Le Pen.
Vous avez lu le livre de J.Bardella. L.Fritel, vous êtes journaliste politique à "Paris Match".
Vous y suivez les droites. Votre dernier article parle du budget et du RN. Bonsoir.
Merci de participer à ce "C dans l'air" en direct. N.Mauret, 5 ans de prison dont 2 ferme, 5 ans d'inéligibilité...
Elle s'y attendait, M.Le Pen? - N.Mauret: Oui.
C'est un coup de tonnerre. C'est une personnalité très importante de la vie politique. Elle risque d'être condamnée lourdement.
Elle le savait. Les audiences se déroulent depuis 2 mois. Les dossiers sont relativement accablants.
Depuis quelques jours, elle sentait venir cette peine d'inéligibilité. - C.Roux: Il va falloir se faire à ce mot toute l'émission. - N.Mauret: C'est ça, le vrai problème.
Ce n'est pas qu'elle soit condamnée. Elle s'y attendait. C'est qu'il y ait une possibilité, assez lointaine, puisqu'il y a des voies de recours... - C.Roux: Peut-être qu'on peut être précis sur le stade auquel on se trouve.
C'est un réquisitoire. - N.Mauret: A partir de la semaine prochaine, pour 2 semaines, il y aura les avocats de la défense.
Ensuite, il y aura le délibéré. Le jugement sera prononcé sans doute au 1er trimestre 2025. Depuis la loi il y a une dizaine d'années, il y a une peine d'inéligibilité obligatoire pour les politiques dès lors qu'il y a une condamnation pour détournement de fonds publics.
La loi Sapin 2 avait été votée suite à l'affaire Cahuzac. - C.Roux: Il y a une phrase qui suscite énormément de réactions.
Le procureur a demandé que cette peine soit assortie d'une exécution provisoire avant l'appel. Ca voudrait dire que la peine d'inéligibilité, si elle est prononcée, disqualifierait M.Le Pen pour la présidentielle.
Elle n'aurait pas le droit d'aller en appel. - N.Saint-Cricq: C'est ça qui pose problème et qui fait que M.Le Pen, même si elle est résiliente, avait l'air un peu accablée hier soir.
Certes, c'est automatique, mais c'est suspensif. Vous allez en appel. On prévoit que l'appel pourrait déboucher...
Il a été demandé à ce que ce soit immédiat. C'est le petit bonus qui fait que, si, en mars, le jury, les juges décident de suivre le réquisitoire, l'inéligibilité tombera le jour même. Dès le mois de mars, on saura qu'elle ne peut pas être candidate à la présidentielle.
C'est ça, le véritable couperet. Il y a des répercussions juridiques, politiques. C'est quelque chose qui est automatique en respectant, et c'est ce qu'a dit J.-L.Mélenchon, le principe du droit à l'appel.
On est jugé, mais on a le droit de faire appel. Là, ça lui coupe l'herbe sous le pied. Ca donne un boulevard au RN pour dire que c'est de la politique et non pas simplement du droit. - C.Roux: On va revenir sur cette phrase.
Sur quoi est-elle jugée? Détournements de fonds européens? - J.Jaffré: Selon le procureur...
C'est les réquisitions, à ce stade. Un système a été mis en place et a duré 12 ans, d'après lui, donc avant même M.Le Pen, ce qui sous-entend que J.-M.Le Pen l'aurait mis en place.
M.Le Pen l'a poursuivi. Elle est accusée de l'avoir développé en tant que système.
C'est ça, la complexité. Les assistants des députés français peuvent faire de la politique. J'entendais un député du RN tout à l'heure expliquer que son assistant, en France, peut venir distribuer des tracts avec lui dans la circonscription sur les marchés.
Ca ne fonctionne pas comme ça au Parlement européen où, par contrat de travail, les assistants des parlementaires européens s'engagent à ne travailler que dans le cadre du Parlement européen et des activités du Parlement européen. Le MoDem a été condamné, mais pas F.Bayrou.
F.Bayrou n'était pas parlementaire européen. Il a pu plaider qu'il n'était pas au courant.
On a pu établir que F.Bayrou était au courant. C'est pour ça qu'il y a échappé.
Dans ce cas, c'est accablant, comme l'a dit N.Mauret. Tout un tas de choses font remonter que M.Le Pen était parfaitement au courant.
C'est là où ça a été tragique dans les mois de débat qu'on a eu. Elle a hésité entre 2 façons de se défendre. La première consistait à dire que les assistants faisaient de la politique, que c'était normal. "Qu'est-ce qu'on vient me chercher là-dessus?
Vous ne connaissez pas ce qu'est un parti politique. Forcément, nos assistants font de la politique." 2e possibilité: "Je ne suis au courant de rien.
Je ne suis pas cheffe du système." C'est contradictoire. Ca n'a pas aidé à sa défense vis-à-vis des juges.
Ce n'est que les réquisitions. Les juges vont décider...
Il y aura les plaidoiries. Les juges vont décider après délibéré. Ca va être difficile...
Je vais revenir sur les conditions dans lesquelles ils peuvent délibérer. - C.Roux: L'affaire et ces réquisitoires ont suscité une levée de boucliers.
J'allais dire dans l'ensemble de la classe politique, mais pas exactement. C'est le cas chez les élus du RN, mais aussi avec G.Darmanin, qui a dit ceci.
A l'instant, J.-L.Mélenchon donne le sentiment de voler au secours de M.Le Pen en disant ceci. - L.Fritel: Concernant G.Darmanin, ce qui est intéressant, c'est le profil de G.Darmanin.
C'est un élu des Hauts-de-France. Il chasse sur les terres de M.Le Pen.
Il oriente son discours sur une logique presque populiste à certains moments. D'aller soutenir M.Le Pen comme il le fait fait qu'il parle à son électorat directement.
M.Le Pen se retrouve dans une situation où son inéligibilité est possible. Retenir une exécution provisoire immédiate n'est pas quelque chose de commun.
C'est insolite. Ca reste de l'ordre du possible. Son inéligibilité est possible.
G.Darmanin regarde avec envie cet électorat qui se retrouvera demain sans chef, à part J.Bardella.
J.Bardella peut être un adversaire de taille pour G.Darmanin. - C.Roux: On reparlera de cette levée de boucliers de la part des supporters de M.Le Pen. 5 ans de prison dont 3 avec sursis, 300 000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité...
Le réquisitoire contre M.Le Pen est plus sévère que contre tous les autres prévenus dans cette affaire. Une charge contre celle qui est accusée d'avoir organisé, peut-être couvert des détournements de fonds européens en faveur de son parti. "Ses proches sonnent la charge et dénoncent un acharnement et une atteinte à la démocratie." - Après 9 heures de réquisitoire, c'est avec le visage fermé que M.Le Pen vient s'adresser aux journalistes. - M.Le Pen: Je note que le parquet est extrêmement outrancier dans ses réclamations.
La seule chose qui intéresse le parquet, c'était M.Le Pen, pour pouvoir demander encore une fois l'exclusion de M.Le Pen de la vie politique avec exécution provisoire...
Et puis, le RN, pour pouvoir ruiner le parti. -5 ans de prison, dont 2 ferme, 300 000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité, c'est la peine requise par le parquet de Paris contre la présidente du groupe RN à l'Assemblée, la plus sévère de tous les prévenus. Depuis un mois et demi, elle est jugée avec 26 autres personnes pour des soupçons de détournements de fonds au détriment du Parlement européen. - Je suis à 4,5 millions de fonds qui ont été détournés pour le Parlement européen.
C'est leur responsabilité. Ce n'est pas la responsabilité du Parlement européen ou des procureurs. - 4,5 millions d'euros au profit du Front national, accusé d'avoir utilisé l'argent de Bruxelles entre 2004 et 2016 pour rémunérer des assistants parlementaires qui auraient travaillé pour le parti.
Dans la salle d'audience, les procureurs ont lourdement chargé les accusés hier. ...
Face aux soupçons d'emplois fictifs, le RN et son président, J.Bardella, dénoncent un acharnement judiciaire pour empêcher la triple candidate d'accéder à l'Elysée. ...
Ce matin, le garde des Sceaux, D.Migaud, rappelle que la justice n'est pas politique. - D.Migaud: Le juge utilise les possibilités que lui donne la loi, que lui donne le législateur.
Le juge ne se substitue pas au pouvoir politique. Il n'en a pas le pouvoir. Vous avez une indépendance entre les pouvoirs.
Vous avez la séparation des pouvoirs. - Parmi ceux montés au créneau pour s'indigner d'une possible inéligibilité de M.Le Pen, E.Ciotti ou encore E.Zemmour, avec un soutien plus inattendu de l'ancien ministre de l'Intérieur, G.Darmanin. ...
Une prise de position qui passe mal pour X.Bertrand, pourtant proche de G.Darmanin. - X.Bertrand: Il n'aurait pas dû dire ça, surtout un ancien ministre de l'Intérieur.
La loi existe. Elle s'applique à tous. Personne n'est au-dessus des lois, pas madame Le Pen. - Quel avenir politique pour M.Le Pen?
Le jugement dans l'affaire des assistants parlementaires est attendu début 2025. Si la patronne du RN à l'Assemblée est condamnée à l'inéligibilité, ce sera avec effet immédiat, même en cas d'appel. - C.Roux: Nous sommes en direct avec V.Lazard.
Vous êtes journaliste à "L'Obs". Vous avez suivi l'ensemble du procès. M.Le Pen est avocate.
Elle était bonne dans sa défense? Quand on voit le réquisitoire, on peut en douter. Quelle stratégie a-t-elle utilisé face au juge dans le prétoire? - V.Lazard: M.Le Pen est avocate de formation, elle a passé le barreau en 92.
Elle a exercé seulement quelques années. Ca remonte. Elle est surtout aujourd'hui la cheffe de file du RN.
Ca s'est senti dans sa défense. La défense qu'elle a menée à la barre lors de ses 3 journées d'interrogatoire, surtout centrée sur elle, était très politique. Ce n'était pas une défense juridique.
Les preuves du travail des assistants parlementaires qui étaient rattachés à des eurodéputés RN, il n'y en avait pas, ou alors très peu. Il a fallu qu'elle aille sur un autre terrain. Ce terrain était politique.
Le propos était de dire: "On était 3 eurodéputés puis 20 eurodéputés d'extrême droite française élus au Parlement européen. On ne pouvait pas constituer un groupe. Notre travail n'était pas tellement de participer aux débats à Bruxelles, de voter des lois...
C'était de faire de la politique, de propager nos idées afin de monter aux prochaines élections, d'avoir plus de suffrages et plus de députés. Les assistants parlementaires qu'on a recrutés ont fait de la politique." - C.Roux: Ce réquisitoire est très commenté ici depuis hier soir.
Ca vous a surpris, vous qui avez suivi le dossier depuis le début? Est-ce que M.Le Pen s'attendait...
J'allais dire à la sévérité de ce réquisitoire. - V.Lazard: Vu la tournure que les débats ont pris et les explications qui n'ont pas convaincu le tribunal...
Vu la tournure des débats, je ne pense pas qu'elle ait été très surprise par les réquisitions. La loi prévoit ça. La loi sur la transparence de la vie publique ce quantum de peine.
Là où elle a été surprise, c'est sur la fameuse application immédiate de la peine, demandée par le parquet. L'appel ne sera pas suspensif. Ca l'a probablement surprise.
Je ne sais pas. - C.Roux: Elle avait l'air assez marquée quand elle est sortie hier soir. - J.Jaffré: Ce qui est étonnant dans cette affaire, c'est d'abord que le RN est en contradiction totale avec toutes ses conceptions idéologiques et politiques. - C.Roux: Pourquoi? - J.Jaffré: Il veut une justice sévère à l'égard de tous les délinquants.
Là, il explique que la justice les massacre et que c'est une honte. Le RN est pour les peines automatiques, le plus souvent possible. Contre le critère fondamental en droit de l'individualisation des peines.
Automatiquement, il faut condamner, que les peines soient exécutées. Là, on explique qu'il ne faut surtout pas de peine automatique. Les juges ont les moyens, dans leur décision finale qui interviendra probablement en février ou en mars, de ne pas prononcer l'inéligibilité de M.Le Pen.
La loi Sapin 2 votée en 2016 prévoit que les juges peuvent ne pas prononcer cette inéligibilité sur décision spécialement motivée. La raison est l'individualisation des peines qui fait que les magistrats ont un droit de regard. Deux arguments peuvent jouer en faveur de M.Le Pen dans la décision des juges.
La peine de 5 ans de prison, dont 2 ferme... 3 ferme et 2 avec sursis...
Même l'amende, ce n'est pas ça qui compte dans cette affaire. C'est l'inéligibilité qui est le seul sujet important. Les magistrats sont très attachés en principe...
Je ne connais pas ceux qui jugent M.Le Pen. Mais les magistrats en général sont extrêmement attachés à l'individualisation des peines.
Une loi qui fixe une sorte d'inéligibilité automatique, ça ne leur plaît pas. Il faut qu'ils puissent décider. Si vous mettez un précédent d'inéligibilité automatique de M.Le Pen, vous faites basculer cette loi dans un autre monde.
La loi Sapin 2 a été votée en décembre 2016. Le RN a mis fin à son système le 31 décembre 2016. Ce n'est pas un hasard.
C'est probablement lié à l'adoption de cette loi. La loi n'étant pas rétroactive, la part où elle s'est effectivement appliquée, où la loi Sapin 2 pourrait s'appliquer, devient un délai ridicule. Ca fait que ce n'est pas du tout joué que les juges décident l'inéligibilité de M.Le Pen. - C.Roux: Les mots de la procureure hier...
Elle dit ceci...
Depuis hier soir, on entend tout un tas de responsables politiques dire que ce n'est pas au juge de décider, que c'est aux électeurs, pour la prochaine présidentielle. Regardez cette réaction d'E.Zemmour. - N.Saint-Cricq: C'est politiquement vrai.
Juridiquement, c'est discutable. On peut considérer que les magistrats qui vont devoir prendre cette décision considèrent, si tant est que tout ça n'arrive pas après 2027, parce que le calcul, autrement, c'est appel et cassation, ça traîne, et après, il y a l'immunité, si elle est élue. "M.Le Pen a fait plein de choses afin que le procès soit le plus tard possible.
Le plus tard possible, elle se rapproche de 2027 en pensant qu'il y a la cassation." Quand la procureure parle de prévention de la récidive, dit que c'est la raison de cette mesure...
On voit mal M.Le Pen, une échéance approchant, récidiver. Quant à l'assainissement de la vie politique, ça a un côté moral large qui peut se discuter.
Pour en revenir au jugement politique...
Vu le déchaînement qu'il y aura avec la pétition... - C.Roux: Ils ont lancé une pétition pour soutenir M.Le Pen. - N.Saint-Cricq: Ils vont développer non pas que c'est une justice aux ordres de l'exécutif mais que c'est une justice de gauche, ce qui est quelque chose d'assez récurrent, même chez des gens qui ne sont pas du RN.
On peut très bien dire que dans l'affaire Dupond-Moretti, la justice a passé. Les gens et les électeurs... "On nous vole l'élection", ça peut frapper. - C.Roux: Ca peut servir le RN. - N.Saint-Cricq: Si un certain nombre de gens sont sur une théorie du complot comme quoi tout le monde veut l'empêcher... "On la met à part de la vie politique.
On ne veut pas qu'elle soit dans des manifs et dans l'ordre républicain." Des gens peuvent considérer que les juges sont sortis de leur rôle et que c'est une façon d'enfreindre la séparation des pouvoirs. C'est très compliqué à expliquer. - C.Roux: Vous l'avez parfaitement expliqué les uns et les autres.
Avec toute la subtilité de ce réquisitoire et ce parallèle fait par M.Maréchal avec l'affaire Fillon...
Elle dit ceci... - N.Mauret: A l'époque de F.Fillon, en 2017, M.Le Pen défendait la démocratie en disant: "Nous, au RN, nous sommes des élus.
On ne pique pas dans la caisse." - J.Jaffré: Ce qui est vrai dans cette affaire... - N.Mauret: Il n'y a pas d'enrichissement personnel.
Mais elle a pris des fonds européens, 5 millions environ, pour financer son parti. Objectivement, quand on voit ressortir sur les réseaux sociaux ses anciens débats à la télévision, où en 2004, elle disait: "Nous, on ne pique pas dans la caisse et on est hyper honnêtes..." Ca percute tout son discours.
S'il y a une condamnation, que ce soit inéligible ou pas, si elle est condamnée, elle sera condamnée pour avoir eu des faits délictueux et avoir piqué dans la caisse, même si ce n'est pas pour elle. - C.Roux: On a vu dans une actualité très récente qu'être condamné n'hypothéquait pas les chances de victoire à une présidentielle.
Je parle des Etats-Unis. Question. Est-ce qu'il y a dans les 1res réactions qu'on voit la volonté pour M.Le Pen et ses alliés de jouer cette carte de la victimisation? - L.Fritel: Tout à fait.
C'est drôle. C'est l'argument avancé mardi lors de la présentation du livre de J.Bardella.
Il y avait pas mal d'élus, des conseillers proches de M.Le Pen qui disaient "Trump nous montre que ce n'est pas un frein". Il s'agit d'un procès dans lequel le Parlement européen est impliqué.
L'électorat de M.Le Pen est profondément eurocritique, pour ne pas dire eurosceptique. M.Le Pen, même dans ce qu'elle attaque...
Il y a la logique du Parlement et de la justice européenne qui est reprise par l'Etat français. Quand elle présentait, au début, sa future manière de se défendre aux journalistes, elle disait: "Ce que je veux battre en brèche, c'est la logique du Parlement européen." Quand elle se retrouve condamnée, elle trouve un nouvel argument auprès de ses électeurs.
Ses électeurs n'en ont pas grand-chose à faire, de voir M.Le Pen profiter de son mandat électoral d'eurodéputée pour permettre à son parti très endetté à l'époque de vivre. C'est ce qui est rabâché quotidiennement aux électeurs du RN: "La France donne énormément au Parlement européen, à l'Europe." C'est presque normal de récupérer cet argent. - C.Roux: V.Lazard, sur cet argument de dire que c'est le Parlement européen? - V.Lazard: Ca a été abordé, mais assez timidement, au cours de l'audience.
En ce qui concerne M.Le Pen ou ses conseillers, ou les anciens députés, on avançait l'idée que cet argent qui aurait servi à financer les assistants parlementaires aurait été dépensé. L'argent est dépensé comme les assistants le veulent.
L'idée de dire que c'était de l'argent européen était en filigrane. "C'est notre argent, l'argent donné à nos députés élus. On le dépense comme on veut." C'est faux. - C.Roux: Un dernier mot...
Il n'y avait pas que M.Le Pen qui était jugée. Il y avait une vingtaine de personnes. - V.Lazard: 27 prévenus au total.
Il devait y avoir J.-M.Le Pen.
Il n'était pas là pour des raisons de santé. Il y avait d'anciens responsables du parti, d'anciens eurodéputés, L.Aliot, B.Gollnisch...
C'était un peu l'ancienne garde du Front national, devenu RN et des assistants parlementaires. J'aimerais revenir sur l'accusation de justice politique. C'est important de rappeler que, depuis 20 ans, 30 ans, depuis que les affaires politiques existent, à chaque fois qu'un homme ou une femme politique est pris dans une tempête judiciaire, il ne va pas parler de son affaire mais de justice politique.
Vous avez parlé à juste titre de F.Fillon. Quand F.Fillon est mis en examen, il parle de cabinet noir.
Un cabinet noir tirerait les ficelles et serait responsable de sa mise en examen. 10 ans plus tard, on voit ce qu'il en est. Quand on lui a posé la question à son procès, "il y avait qui, dans ce cabinet noir?", il ne savait pas quoi répondre.
Personne n'a jamais vu ce cabinet noir. C'est un élément de langage qui revient dans la bouche de tous ces hommes et femmes politiques mis en cause par la justice. C'est la même chose aujourd'hui.
On montre du doigt une loi votée par le Parlement, par des personnes élues, qui prévoit cette peine. On n'est pas dans le cadre d'une République des juges. - C.Roux: C'est des règles qui s'appliquent à tous.
Merci d'avoir été avec nous. Vous avez suivi pour "L'Obs" l'ensemble de ce procès. A chaque fois qu'il y a des affaires politico-judiciaires, il y a toujours cet argument de victimisation et de justice politique.
Cette loi a été votée mais pas par tous. - J.Jaffré: Elle a été massivement votée, mais à l'époque, le RN n'avait que 3 députés, dont M.Le Pen, qui n'ont pas voté cette loi, probablement avec des arrière-pensées.
Je voudrais parler de trumpisation. Il y a la victoire de Trump, avec le choc que ça produit politiquement, car on ouvre de grands yeux en regardant cela. Il y a le procès de M.Le Pen tel qu'il vient d'avoir lieu et la condamnation probable, inéligibilité ou pas.
Ca pousse le RN à durcir dans les prochains mois le ton et sa stratégie politique. Nous avons une situation...
Le RN était parti dans la respectabilisation, le respect des institutions, dans une attitude extrêmement polie à l'égard du système judiciaire, pas médiatique, mais presque. Ca a beaucoup évolué. Il risque fort d'avoir une situation où il se durcit beaucoup.
Prenons le cas de la censure à l'égard du gouvernement Barnier. Je suis de ceux qui pensent que ça va pousser le RN à un durcissement politique dont M.Barnier pourrait bien être la victime avec un vote de censure. - C.Roux: Ce n'est pas rien, ce que vous dites.
On entendait sur le même plateau dire que personne n'avait intérêt à faire tomber M.Barnier. Vous dites que cette histoire peut accélérer le calendrier et pousser le RN à voter la censure. - L.Fritel: Tout à fait.
C'était une des possibilités qui n'étaient pas évoquées trop fort. Au RN, tout le monde ou presque veut aller à la censure. Il n'y a que M.Le Pen qui n'a pas la tête à l'Assemblée nationale, qui a la tête dans son procès et qui est plutôt réticente.
La stratégie sous-jacente est de se dire que sur un malentendu, ça peut passer. "Si la motion de censure fait tomber le gouvernement et qu'E.Macron décide de démissionner..." Selon eux, c'est du 50-50.
M.Le Pen aurait un moyen de se présenter et de passer au travers de cette question. - C.Roux: Elle peut aller en prison? - J.Jaffré: Non. - C.Roux: 5 ans de prison, dont 2 ferme... - J.Jaffré: 5 ans, dont 3 ferme, 3 et 2 avec...
Ca veut dire que les déplacements de quelqu'un qui a un bracelet sont contrôlés par la justice. La personne n'a pas le droit d'aller partout. L'inéligibilité immédiate fait aussi qu'elle garde son mandat de députée.
Ca ne s'applique pas aux mandats en cours. C'est d'une complexité extraordinaire. Elle garde ce mandat en cours.
Elle est inéligible pour la présidentielle car on ne peut pas avoir un nouveau mandat dans la période d'inéligibilité. Elle ne peut plus se présenter nulle part si c'est appliqué pour 5 ans, par exemple, mais elle reste députée, présidente du groupe au RN. La confusion politique sera... - C.Roux: Peut-être avec un bracelet. - J.Jaffré: Avec un bracelet au Palais-Bourbon. - N.Saint-Cricq: Ce qui serait important, ce serait de voir comment réagira l'opinion.
Avec tous les sondages qu'on a en France, on le saura très vite. J'ai l'impression qu'il y a une sorte d'insensibilité des Français à ce qui est le financement des partis politiques. On a, depuis F.Mitterrand, l'impression...
Avec Chirac, le président préféré de tous les Français...
On a l'impression que tout le monde pour faire de la politique s'est débrouillé d'une façon ou d'une autre. L'enrichissement personnel, c'est considéré comme véritablement du vol. - C.Roux: Vous pensez qu'il y aurait une forme de tolérance des Français sur ces sujets? - N.Saint-Cricq: Peut-être que je me trompe.
Le jugement sur l'attitude du RN ne sera pas aussi dur...
On se souvient de quoi, de F.Fillon? Il y a le costume.
Ce sont des choses immanentes dans l'esprit des gens. M.Le Pen...
Elle s'est très mal défendue. Le pire, c'est son entourage qui a été incapable de montrer un truc, sauf une revue de presse, pour prouver qu'elle a travaillé. - J.Jaffré: Revue de presse faite quelques années après. - N.Saint-Cricq: Ils étaient ruinés à ce moment-là. "On a fait ça..." Ils n'habitaient pas à Bruxelles, ils travaillaient...
Je ne suis pas certaine que le jugement contre elle sera aussi massif...
C'est ça qui peut être problématique d'un point de vue politique...
Darmanin dit que le vote tranchera et qu'on ne peut pas s'en mêler. Je ne suis pas certain qu'il y aura une condamnation massive. - C.Roux: Je voudrais montrer ce tweet de J.Bardella.
Pendant que M.Le Pen se débat avec les tribunaux, hasard du calendrier ou pas, J.Bardella déroule en grande pompe la promotion de son livre tiré à 150 000 exemplaires, une biographie qu'il signe à tout juste 29 ans et qui ressemble à un plan de com bien huilé. - Opération de séduction et de communication XXL pour J.Bardella.
Pendant que M.Le Pen passe ses journées au tribunal, le président du RN continue la promotion de son livre paru le week-end dernier. Avec des électeurs ou des agriculteurs membres d'un syndicat proche de son parti... - J.Bardella: Qu'est-ce qui a changé pour vous? - Son autobiographie en poche, J.Bardella, 29 ans, s'y voit déjà. - J.Bardella: J'ai la certitude, mes amis, au-delà de ce livre, que nous allons écrire ensemble les pages d'un plus grand livre: celui du roman national. - Une ambition et une idée pour y parvenir.
Dans son livre, J.Bardella dit clairement vouloir l'union des droites, à rebours de la stratégie du parti depuis une décennie. ...
Un projet politique à l'opposé de celui défendu par M.Le Pen qui, elle, prône le "seul contre tous" et le parti antisystème. - M.Le Pen: Un système vermoulu, un système qui ne tient pas par ses résultats mais par la peur entretenue... - Signe de l'élargissement voulu par J.Bardella, l'accord avec E.Ciotti, alors patron des LR, signé au printemps dernier. - E.Ciotti: L'union inédite et historique que nous avons bâtie avec J.Bardella a mis fin à trop d'années d'immobilisme qui reléguaient la droite dans le rôle de spectateur impuissant du déclin français. - Mais aussi le programme du RN, de plus en plus libéral et pro-business.
Exemple avec cette série de mesures présentées à destination des entreprises. Libération des forces économiques et protection des entreprises, baisse des impôts de production pour les sociétés, revalorisation de la valeur travail...
En osmose avec ses nouveaux alliés de droite, le RN de Bardella à la sauce libérale a torpillé le vote du budget. - J.Bardella: Ce budget n'est pas un budget de rupture avec la politique d'E.Macron depuis 7 ans.
C'est un budget qui fait les poches de la France du travail. - Allant jusqu'à s'opposer à la hausse des charges pour les patrons et à de nouvelles taxes pour les plus riches. - S.Chenu: S'il n'y avait pas les 60, 80 ou 100 députés RN et UDR ce soir, la France s'écroulerait sous les taxes de LFI, elle ploierait sous les taxmen que sont les députés d'extrême gauche. - Pour son union des droites, J.Bardella peut aussi compter sur un nouvel atout: la marque RPR, du nom de l'ancien parti de droite créé par J.Chirac et racheté par un député RN. - C.Roux: Question. - N.Mauret: Qu'est-ce qu'il faisait hier soir, J.Bardella, quand elle écoutait un réquisitoire terrible?
Plusieurs de ses proches étaient venus la souvenir, comme S.Chenu. Il y a des gens qui sont venus autour d'elle pour la soutenir, mais pas lui.
Il était à Bruxelles et il signait son livre. Je me suis demandé pourquoi il n'était pas allé la soutenir. J'en suis venue à la conclusion suivante: je pense qu'il se protège.
Je pense qu'elle le protège aussi. Je suis vraiment convaincue qu'entre les 2, il n'y a pas l'ombre d'une poussière. Ils sont complètement alignés sur la conquête du pouvoir. - C.Roux: Y compris sur le calendrier choisi?
Il sort un livre alors qu'il sait qu'elle va être devant les tribunaux pendant 2 mois. - N.Mauret: Oui.
Ca ne peut pas être un hasard. Ce livre est attendu depuis un an et il sort au moment où on sait que c'est la fin du procès. D'abord, ça le sert.
Ensuite, c'est aussi un immense contre-feu. C'est quelque chose d'hyper positif pour le RN. Partout, on va avoir sur les réseaux sociaux des photos de J.Bardella qui fait des selfies avec des files de lecteurs qui viennent faire dédicacer son livre.
C'est plutôt assez...
J'estime que ce sont des gens complémentaires, y compris sur la ligne politique. Dans son livre, il développe une ligne politique de droite classique, très sarkozyste. Ce sont vraiment des clins d'oeil très appuyés à l'électorat de LR qui leur manque encore.
Elle, elle est toujours sur son coeur de métier: la lutte des élites contre le peuple. A tous les deux, ils ont un champ très large d'union des droites, même s'ils ne le disent pas. Lui le dit et l'assume, elle pas.
Ils sont tous les deux en marche vers le pouvoir. Tout ça est très concerté et intelligent. Dans son livre, il a une phrase très importante que j'ai remarquée: "Faire émerger un successeur reste l'un des premiers devoirs d'un chef.
M.Le Pen l'a fait." Clairement, il se désigne avec cette phrase comme étant le successeur.
Elle ne dit pas autre chose. Vous étiez l'autre jour à la sortie du livre. Devant quelques journalistes, elle parlait de son procès.
Elle disait: "Peut-être qu'ils auront M.Le Pen, mais ils n'auront pas J.Bardella." Aujourd'hui, ce n'est pas le RN qui peut être empêché par un jugement, c'est M.Le Pen.
Le RN, s'il n'a pas M.Le Pen, a un plan B, qui s'appelle J.Bardella et qui se prépare. - C.Roux: Vous iriez jusqu'à dire que ce scénario est anticipé par M.Le Pen?
C'est pour faire monter J.Bardella en considérant qu'une peine d'inéligibilité est possible, envisageable? - N.Mauret: Je n'en ai pas la confirmation, mais j'observe que le calendrier peut aller dans ce sens. - L.Fritel: Il faut se souvenir qu'après la présidentielle de 2022, M.Le Pen ne voulait pas se représenter.
C'est ce qu'elle avait confié. On pouvait se dire que ce n'était que partie remise, mais elle n'avait que 6 députés à l'Assemblée nationale. Tout à coup, législatives, 89 députés, puis 88.
Ca l'a forcée à remettre le pied à l'étrier. Quand elle prend J.Bardella en tête de liste aux européennes, elle fait un coup.
Elle prend un personnage qui est la caricature de l'électeur moyen RN. Finalement, il ne peut pas lui faire d'ombre, parce qu'il est trop jeune. Il est aussi beaucoup trop intelligent pour prétendre décapiter la cheffe.
Il sait parfaitement comment ça s'est passé avec les précédents dauphins. J.-M.Le Pen disait d'ailleurs que le destin des dauphins était parfois de s'échouer.
M.Le Pen le prend, presque de façon filiale, sous son aile. Il est son prolongement, et ça lui permet d'avoir un électorat qui lui était encore récalcitrant, un électorat plus bourgeois, plus de droite classique, plus ciottiste.
Cette direction bicéphale...
Il faut voir la complémentarité et pas l'opposition entre ces 2 personnages. - C.Roux: M.Le Pen a dit ceci. ...
Le phénomène médiatique qu'il y a eu autour de J.Bardella l'amuse, apparemment. C'est ce qu'elle laisse entendre. - J.Jaffré: Je pense effectivement que N.Mauret a bien décrit le tandem étonnant qui arrive à fonctionner dans la durée.
Le livre de J.Bardella, des mémoires à 29 ans, évidemment, ça fait sourire. Son message, c'est surtout: "Je suis un leader politique, mais je vous ressemble, à vous tous, électeurs du RN.
Je suis à votre image." - C.Roux: C'est ça que vous voyez dans les livres? - J.Jaffré: Oui, en partie. "Je suis également un représentant de l'ascension sociale que les élites veulent détruire dans notre pays.
Je viens de la Seine-Saint-Denis. J'ai été dans des cités. Mes parents faisaient des travaux extrêmement modestes et j'ai réussi à m'en sortir.
Ce que je vous propose, c'est ce chemin." Je pense quand même que la différence est plus profonde sur le plan politique. Idéologiquement, Bardella est sur une ligne très droitière, presque identitaire sur beaucoup d'aspects.
Politiquement, il dit quelque chose qui, jusqu'à présent, n'est pas la ligne du tout du RN. Il parle de l'alliance avec la droite, soit par captation de son électorat bourgeois, de retraités, qui finirait par venir, soit par une alliance. Derrière l'élection d'un président ou d'une présidente RN à l'Elysée, on ferait une majorité commune avec la droite.
Cet automne, le temps du RN...
Le petit extrait que vous avez passé de S.Chenu à l'Assemblée nationale contre l'extrême gauche...
Ils sont maintenant vent debout contre le thème de l'extrême gauche. C'est l'adversaire. Ca veut dire: "Rapprochons-nous de la droite." - C.Roux: Je voulais vous donner ce sondage Ifop, qui montre qu'il a vraiment fait sa place aux côtés de M.Le Pen dans le coeur des Français.
On leur a demandé si telle ou telle personnalité comprenait la vie des citoyens. - N.Saint-Cricq: Je pense qu'il y a une divergence politique assez nette sur la stratégie politique à adopter.
Ca risque d'agacer M.Le Pen si J.Bardella prend trop de place.
Elle avait aussi des très bonnes relations avec M.Maréchal. Ce n'est pas la même chose.
Elle le prend un peu pour un petit jeune qui veut griller les étapes, en considérant notamment qu'il a échoué aux législatives. - C.Roux: Il dit que c'est un échec personnel. - N.Saint-Cricq: Le monde selon J.Bardella est un monde relativement...
C'est un monde qui peut faire plaisir à tout le monde. Il montre qu'il a vécu avec les gens. Montretout, c'était le domaine de J.-M.Le Pen.
Il pense que M.Le Pen sera tirée par J.-M.Le Pen.
Il faut du frais, du nouveau, du jeune. Lui se voit comme quelqu'un de relativement vierge de toutes les polémiques qui reviennent sans cesse sur le tapis quand on parle de M.Le Pen.
C'est quand même son père, même si elle a dédiabolisé...
Elle sera toujours marquée par cette chose-là. Ils s'entendent bien, mais il faudra probablement que J.Bardella fasse très attention. - C.Roux: En tout cas, le petit jeune, il a de l'ambition.
On s'amuse à comparer la couverture de son livre avec celle d'un certain B.Obama. On se dit qu'il a l'ambition affichée d'aller à l'Elysée. - L.Fritel: Il y a quelque chose de très intéressant de la part de J.Bardella et qui est partagé dans le milieu des jeunes conservateurs.
Sur l'opposition entre M.Le Pen et lui...
J.Bardella est quelqu'un de son époque. Le père de M.Le Pen s'est fait rejeter par la droite lorsqu'il a essayé de faire cette union des droites.
M.Le Pen s'est vraiment construite en opposition au système. J.Bardella arrive dans un parti déjà installé et il observe ce qui se passe de l'autre côté des Alpes, chez une certaine G.Meloni, qui a aussi écrit son livre. - C.Roux: "Moi, Giorgia", c'est le titre. - L.Fritel: Quand je l'avais vu, il m'avait dit que G.Meloni avait écrit son livre et qu'aujourd'hui, c'était un modèle pour les droites en Europe, G.Meloni.
C'est aussi un modèle pour M.Maréchal-Le Pen. M.Maréchal est une des premières qui va chercher son programme de l'autre côté des Alpes.
C'est un programme plus conservateur. - C.Roux: Vous parliez de ce qui se passe en Italie.
Il y a eu une réaction à ces réquisitions de la part de M.Salvini, qui a dit: "Même en France, ils tentent par tous les moyens d'arrêter la volonté populaire et le vent démocratique du changement." Il y a une proximité entre M.Salvini plutôt qu'avec G.Meloni. - L.Fritel: J.Bardella avait fait une tournée en Europe pour essayer d'avoir des partenaires européens au moment des européennes.
Il avait trouvé porte close chez Fratelli d'Italia. - N.Mauret: J.Bardella se livre finalement assez peu.
Il y a une 1re partie consacrée aux élections européennes et son ascension. Ensuite, il refait un peu tout son parcours, son enfance, mais sans beaucoup se livrer de façon personnelle. Les seules choses qu'il dit sont faites pour l'humaniser très fort.
Il dit qu'il a eu aussi des problèmes pour trouver un appartement, qu'il a souffert de son prénom, parce qu'il s'appelait Jordan et pas Charles. Tout ça, ce sont des éléments faits pour l'humaniser et le rendre profondément sympathique. Il ne parle pas de ses copains d'école, de sa 1re copine, de ses relations avec ses oncles et tantes...
C'est un récit politique. Il oublie aussi tout ce qui fâche au niveau du RN. - C.Roux: C'est toujours un sujet qui fâche, l'antisémitisme?
Le RN s'est posé depuis des mois comme le parti qui défend les juifs. M.Le Pen disait le 7 octobre qu'ils étaient le parti bouclier des juifs.
On ne sait pas si le duo va se rendre au match de foot entre la France et Israël. En tout cas, le président y sera, ce soir. C'est l'actualité du jour. - Match sous haute surveillance, ce soir, au Stade de France: rencontre de football entre les Bleus et l'équipe d'Israël, dans un contexte géopolitique compliqué.
Cela va se sentir à l'extérieur comme sur le gazon. - D.Deschamps: Dans le groupe France, personne ne peut être insensible au contexte, qui est lourd et pesant. - L'équipe israélienne, elle, s'entraîne sous protection renforcée.
Ce soir, 4000 policiers et gendarmes seront mobilisés dans le stade, autour et dans les transports pour éviter tout débordement. - L.Nunez: Le dispositif pour accéder au Stade de France est exceptionnel.
Il y a un double niveau de contrôle avec la palpation et du personnel dans le stade. Les forces de l'ordre seront positionnées et prêtes à intervenir. - Fallait-il annuler le match au Stade de France ou le délocaliser?
La rencontre Belgique-Israël prévue à Bruxelles avait été déplacée en Hongrie par peur de dérapages il y a quelques semaines. Hors de question pour le ministre de l'Intérieur, qui ne veut pas que la politique s'invite dans un stade. - B.Retailleau: On peut tenir la sécurité.
Sinon, ça aurait été compliqué de le faire. J'ai considéré que le maintenir était symbolique. C'est dire: "La France ne recule pas, ne se soumet pas, notamment vis-à-vis des injonctions des antisémites ou des semeurs de haine." - Le ministre de l'Intérieur redoute de voir les violences d'Amsterdam se répéter.
La semaine dernière, match de foot entre le Maccabi Tel-Aviv et l'Ajax. La police néerlandaise est dépassée et doit faire face à des agressions venues de supporters israéliens d'un côté et, de l'autre, des antisémites. Des bandes agressent des juifs dans plusieurs quartiers de la ville.
Emotion internationale. L'extrême droite française s'indigne. ...
Ces manifestants veulent l'annulation du match France-Israël. Hier, à Paris, mobilisation de milliers de personnes contre le gala de l'association Israël Forever, qui accueille des invités d'extrême droite israéliens. - Ca ne paraît pas possible qu'un Etat génocidaire participe à un salon.
Le match de demain, c'est une plaisanterie. - Dès qu'on remet un peu en cause les discours et les actions de Nétanyahou, on est traité d'antisémite. C'est extrêmement pervers. - Malgré les critiques, plusieurs politiques ont annoncé qu'ils seront présents à la rencontre: E.Macron, M.Barnier et les anciens présidents F.Hollande et N.Sarkozy.
Pour ces députés LFI, c'est un mauvais message. - C'est donner un blanc-seing à Israël. C'est essayer de masquer la gravité des événements qui sont en train de se dérouler sous nos yeux en Palestine. - La Russie a ses athlètes, ses équipes, qui ont un traitement particulier, eu égard qu'elle est agresseuse du peuple ukrainien.
Il devrait en être de même pour les équipes israéliennes. - Moins de 20 000 spectateurs devraient faire le déplacement au Stade de France, bien loin de remplir les 80 000 places. - C.Roux: N.Saint-Cricq, il y a une démonstration de force et d'unité politique républicaine.
On a vu l'alignement du président de la République et de 2 anciens chefs d'Etat pour montrer que ce match serait sécurisé. - N.Saint-Cricq: LFI avait simplement proposé de l'annuler.
D'autres avaient proposé de le délocaliser en Corse. Les Belges ont délocalisé le leur en Hongrie. Ce n'est pas une hypothèse aussi absurde.
Que tout le monde aille ce soir...
Il n'y a pas J.-L.Mélenchon et M.Le Pen.
C'est aussi une façon de se rattraper, pour E.Macron. Quand on va au match au nom de la fraternité et de la solidarité, on peut avoir envie de lui dire que des choses comme la marche contre l'antisémitisme qui avait lieu après le 7-Octobre, ça aurait peut-être été plus fraternel et solidaire.
Il aurait pu y avoir une présence. Il y a aussi des réflexions sur Israël, sur le fait qu'on ne livrera pas d'armes à Israël pour l'anniversaire de ça. Il aurait été plus facile pour lui d'attaquer Nétanyahou, de considérer que c'est quelqu'un d'ingérable, d'insupportable et qui fait des choses épouvantables, si on ne globalisait pas Nétanyahou, les juifs, les Israéliens et tout le monde.
Ce n'était pas la peine...
Les manifestations de LFI ce soir, à 1,5 km du stade, n'étaient peut-être pas utiles, vu les policiers mobilisés. Il y a 1200 forces de sécurité et 4000 policiers. Ils ont peur de la profondeur.
La profondeur, c'est les RER, les métros, des trucs qui pourraient claquer dans plein de coins de Paris. Il y a aussi les lieux de culte où il pourrait se passer quelque chose. Il ne faut pas céder à la terreur. - C.Roux: On parlait du RN.
Vous considérez que c'est un coup de force pour le RN, connaissant son histoire, d'avoir réussi à incarner ce que M.Le Pen appelle le bouclier des juifs? - J.Jaffré: Oui.
C'est un renversement. On voit bien que la composante contre les musulmans intervient beaucoup dans cette évolution du RN, mais c'est un fait. Ce qui est capital...
La sécurisation ce soir était essentielle. Il faut éviter toute image de chasse aux supporters israéliens qui sont venus ou de chasse aux juifs, comme à Amsterdam. Après le succès des JO à Paris, c'est un élément essentiel pour la France.
Je trouve qu'il y a un excès de politisation autour de ce match qui a été porté par B.Retailleau de façon excessive. La sécurisation, bien évidemment, c'est la tâche de L.Nunez, préfet de police.
Il faut prendre toutes les mesures, y compris sur la profondeur, qui est un sujet majeur. La République politise à l'excès la question d'Israël et de l'antisémitisme dans notre société. Il y a un risque d'effet boomerang là-dessus.
C'était intéressant dans votre reportage. Il y avait un manifestant d'extrême gauche qui disait: "Si on est hostile à la politique d'Israël, on n'est pas pour autant antisémite." Il a entièrement raison sur ce plan, mais ce qui est parfaitement intolérable, c'est de considérer que si on est juif en France, on est complice de Nétanyahou.
Ce sont deux choses inacceptables. En politisant à ce point le débat autour de ce match, B.Retailleau a voulu marquer un point personnel.
Il n'a pas rendu un très bon service au sujet. - C.Roux: Nous revenons à vos questions.
On l'a évoqué tout à l'heure...
Question. - L.Fritel: Les cadres du RN pensent qu'elle sera condamnée.
Est-ce qu'ils avaient imaginé qu'il y aurait une demande de peine applicable tout de suite? C'était une hypothèse. Ce n'était pas une hypothèse privilégiée.
M.Le Pen a préparé d'une certaine façon sa succession pendant plusieurs années avec J.Bardella.
Elle a l'habitude de dire que, demain, elle peut passer sous une voiture. Elle savait que ce dénouement pouvait arriver. - C.Roux: L'hypothèse de l'inéligibilité et la montée en force de J.Bardella ont été organisées par M.Le Pen? - L.Fritel: Il faut forcément la considérer car M.Le Pen est une bête politique.
Elle dit qu'elle ne sait pas ce qui se passera à horizon de 3 mois, mais bien sûr que si. Elle anticipe tout. Elle est dans une famille politique.
Elle ne veut surtout pas faire comme son père. Son père ne l'a pas formée, elle. Il mettait plutôt ses billes sur Marie-Caroline Le Pen, qui l'a ensuite trahi pour partir avec B.Mégret.
Il a ensuite voulu mettre en avant M.Maréchal, au grand dam de Marine. Elle ne veut pas de cette guerre de famille qui a rythmé leur vie politique pendant des années. - C.Roux: N'oubliez pas que vous pouvez nous poser vos questions en flashant le QR code.
Question. - J.Jaffré: Belle question.
Il faudrait étudier tous les jugements par rapport aux réquisitoires. Ce que les magistrats aiment, c'est de décider eux-mêmes de la peine. Ils mettent la politique de côté.
S'ils ne prononcent pas l'inéligibilité, ce sera au nom d'arguments juridiques et pas politiques. Ca, c'est le b.a.-ba du magistrat.
En général, on réalise quand même un peu à la baisse les réquisitions du procureur. Le travail des magistrats est de taper juste, alors que le travail du procureur est de taper dur. - C.Roux: Question. - N.Mauret: Cette réponse a été faite par un députée Renaissance qui a très peur que ce réquisitoire extrêmement dur fédère les partisans du RN, les victimise.
C'est tout le discours Que tiennent depuis hier soir tous les cadres du RN. C'est un risque. C'est difficile d'avoir une réponse claire sur les faits. - C.Roux: Question.
C'est ce que vous disiez tout à l'heure. - N.Mauret: Ce que disait Jérôme est très juste.
Il est pour l'automaticité des peines. - N.Saint-Cricq: Si un juge de gauche réussit à émerger sur les réseaux sociaux...
Les gens auront envie de croire ce qu'ils ont envie de croire. On a beau dire "tête haute, mains propres"...
On a beau parler des fraudeurs...
S'ils ont envie de croire qu'elle est victime d'un complot, ça passera. C'est difficile de faire un débat. Vous le disiez, au gouvernement et dans la majorité...
Enfin, la majorité...
On a peur que ce soit quelque chose de contre-productif, que F.Bayrou répète que lui, c'était 15 fois moins cher, qu'il a été relaxé au bénéfice du doute parce qu'il n'avait pas mis les mains là-dedans...
Tout ça va ressortir. C'est le risque. - C.Roux: Question. - J.Jaffré: Elle le conserve.
Du coup, l'incompréhension va croître encore par rapport à tout ça. - C.Roux: Et elle gardera une tribune à l'Assemblée nationale pour s'exprimer.
Question. C'est vrai que c'est ce qu'il a réussi à faire. - N.Mauret: Oui.
Il a même nommé un ministre de la Justice en disant qu'il fallait "mettre fin à l'instrumentalisation par les démocrates de l'appareil judiciaire". - C.Roux: Question.
Ca se vend bien? - N.Saint-Cricq: 22 000 la 1re semaine, d'après une maison d'édition indépendante.
A titre d'exemple, le prix Goncourt serait à 55 000 pour la 1re semaine depuis l'attribution du prix. Il a presque moins de la moitié du prix Goncourt. Il a été privé de pub... - C.Roux: Ca lui a bénéficié.
Merci. C'est la fin de cette émission. On retrouve A.-E.Lemoine. - A.-E.Lemoine: Au programme: des jets privés pour expulser des familles en situation irrégulière...
Voici la une du "Cash Investigation" consacré ce soir à l'immigration. Un cessez-le-feu au Liban comme cadeau de bienvenue à D.Trump, c'est ce que préparerait Nétanyahou. - C.Roux: Bonne émission.
Marine Le Pen