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interviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 28 juin 2026 24 min

Guénaëlle Gault et Jean Viard : Les vacances, symbole du passage "d'une société de l'avoir à une société de l'être"

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Un grand entretien ce matin pour ouvrir le livre des vacances. C'est le titre d'une enquête passionnante qui vient de paraître, réalisée par la fondation Utopia en partenariat avec l'Observatoire Société et Consommation. 4000 Français interrogés représentatifs de la population, plus de 100 questions pour comprendre ce que les vacances disent de nous et en quoi elles sont un fait social total. Et pour en parler ce matin, nous recevons leurs auteurs. Bonjour Ghena Elgo. Bonjour Ali.

Et bienvenue, vous êtes directrice générale de l'Observatoire Société et Consommation, chargée d'enseignement à Paris, spécialiste des modes et de l'analyse des modes de vie et du changement social et en duplex Jean Viard. Bonjour. Bonjour Ali. L'un de nos grands sociologues, directeur associé au Cévi-Pof, vous présidez ce tout premier observatoire des vacances des Français. Questions, réactions, chers auditeurs, toutes les questions que vous vous posez au sujet de ces vacances et de notre rapport aux vacances au 01 45 24 7000 ou l'application Radio France. Les vacances sont un miroir de la société et pourtant elles ont rarement été analysées comme telles, Jean Viard ?

1:22
Invité

Oui, c'est très curieux parce que c'est à la fois un miroir de la société, c'est presque 10% du PIB, donc c'est important à différents points de vue. On reçoit 100 millions d'étrangers, on est 72% à partir en vacances régulièrement, puis c'est une autre partie qui partit régulièrement. Donc je veux dire, c'est vraiment un événement majeur, social total, comme dirait les sociologues. Au fond, il n'y a quasiment pas de somme de recherche, il y a dans les universités un peu de travail. C'est extrêmement curieux. Il y a beaucoup plus de chercheurs sur l'agriculture ou sur les banlieues qui sont des sujets importants, mais qui n'ont pas l'importance sociale.

Donc c'est pour ça d'ailleurs que j'ai voulu, il y a un moment où je cherchais quelqu'un qui pourrait porter un observatoire. Il se trouve que le groupe Utopia l'a proposé, c'était vraiment très bien. Iguana Elgo m'a fait le boulot, avec moi, elle m'a fait l'essentiel du boulot. Et donc si vous voulez, c'est bien parce qu'il faut se rendre compte à quel point ça change nos modes de vie, ça change nos rapports à travail, à la nature, même à nos vies privées, parce que les vacances c'est le grand moment des amours, etc. Donc je trouve que c'est tout ça qu'il faut essayer de rendre compte dans le moment qui est le grand moment de l'année pour beaucoup de Français.

2:23
Présentateur

Et on va rentrer dans le détail de cette enquête, Iguana Elgo, puisque vous avez fait l'essentiel du travail, vous avez posé donc plus de 100 questions à 4000 Français. Pourquoi les Français tiennent-ils tant à leurs vacances ? Comment les préparent-ils ? Où vont-ils ? Pourquoi certains reviennent-ils toujours sur les mêmes lieux ? Pour en citer quelques-unes de ces questions, qu'est-ce qui vous a le plus surpris en enquêtant ? Alors, ce qui m'a le plus surpris, c'est effectivement ce que disait Jean.

C'est-à-dire d'abord que c'était un sujet qui n'était pas très pris au sérieux, et que quand on a fait justement cet observatoire, et quand on a écrit ce livre avec Jean, c'est aperçu qu'au contraire, c'était un sujet qui était extrêmement sérieux.

C'est-à-dire, comme le disait Jean, c'est un fait social total, c'est-à-dire que ça dit beaucoup économiquement, démographiquement, sociologiquement, et même psychologiquement des Français, et notamment parce qu'on a procédé avec, justement, cette vaste enquête avec la Fondation Utopia, à des analyses statistiques un peu secondaires où on voit que toutes choses égales par ailleurs, c'est-à-dire quel que soit votre revenu, quel que soit votre métier, et bien plus vous vous investissez dans les vacances, plus vous les préparez, plus vous en parlez, etc., plus vous partez, et bien plus vous êtes heureux.

Et ça, c'est extrêmement important, c'est-à-dire plus vous êtes heureux, plus vous êtes satisfait de votre vie, plus vous vous sentez reconnu. La question du bonheur est fascinante, on pourrait dire qu'on le trouve au travail, mais en fait, non, on le trouve plutôt dans les vacances, à en croire les Français. Sept Français sur dix sont partis en vacances en 2025, sept sur dix prévoient de partir cet été-ci, 86% des Français jugent les vacances importantes, et 60% les considèrent comme très importantes, voire la période la plus importante de l'année. C'est quasiment une institution, Guena Elgo.

Oui, c'est ça, c'est ce qui était au départ, il y a 90 ans, un projet de loi et rentrait complètement dans le quotidien des Français. Et je pense que c'est au-delà de ça, et si on monte un peu en généralité... Mais c'est une exception française, ça ? Alors, la place que ça prend est un peu une exception française. Et ce que je trouve intéressant, c'est que, si vous voulez, depuis le XXe siècle, on mesure souvent la réussite à ce que l'on possède, c'est-à-dire à ce que l'on accumule, plus de revenus, plus d'objets, plus de confort, plus d'accumulation, en fait. Et donc, c'est assez normal dans une société un peu économiciste, un peu productiviste, où l'avoir est toujours un peu l'horizon.

Et ce qui se joue là, en fait, et ce qu'on voit de plus en plus, c'est qu'il y a quelque chose qui se déplace en profondeur dans nos vies, et que beaucoup recherchent désormais plutôt des expériences, plutôt du lien, plutôt des moments à vivre, y compris dans le travail, d'ailleurs, du coup, il y a la question du sens. Et on est en train de passer un peu, alors progressivement, d'une société de l'avoir à une société de l'être. Et les vacances, c'est un laboratoire de ça qui est très intéressant. Alors, 1936, juin 1936, juin 2026, janvier, vous revenez sur ce livre, sur les congés payés, et vous appelez ça un malentendu magnifique.

J'adore l'expression, parce que quand on pense aux congés payés, on pense à cette conquête du Front populaire, et pourtant, ce n'était pas du tout le point de départ des revendications.

5:28
Invité

Non, pas vraiment. Alors, moi, ça fait 50 ans que je travaille sur ce sujet. J'avais fait ma thèse auprès d'Edgar Morin là-dessus, donc il y a bien 50 ans. En fait, si vous voulez, il y a une histoire de l'invention des temps. Le temps, c'est une construction. Il y a des sociétés qui ont d'abord construit du temps dans la religion, plein de sociétés fonctionnent encore dans le temps religieux. Puis après, après la Révolution française, le temps s'est construit dans le travail. On pourrait dire « time is money » pour faire moderne.

Et puis, petit à petit, à cette époque-là, il y a les anciennes aristocraties, qui au fond vont découvrir, on va les appeler rentiers, qui vont voyager, créer les stations, découvrir le voyage, etc. Et créer les guides touristiques, construire les corniches au-dessus de Nice. Enfin, petit à petit, on construit un monde pour ces élites-là. Et puis, il y a la guerre de 14-18. On invente l'alternance parce qu'il y a des permissions. Tout le monde est soldat. Alors, il y en a qui sont devant, il y en a qui sont derrière, sans doute. Mais enfin, tout le monde a l'uniforme. Les hommes. Voilà, les hommes. On invente les permissions. Les hommes vont voir les femmes, etc.

Et puis, après, petit à petit, les anciens militaires vont prendre le pouvoir partout. En Russie, ils sont fascistes ou communistes. Mais enfin, c'est des sous-officiers en général. Et au fond, ils vont garder cette idée du temps alternant. Et la France va d'abord le voter en 1925 au moment du cartel des gauches. La gauche est beaucoup plus alente. La gauche, surtout la gauche radicale. Si vous voulez des gens comme Léon Blum, Jean Zell, etc. C'est-à-dire, on va dire des avocats bourgeois de gauche qui avaient eux-mêmes, ils partaient déjà en vacances dans leur milieu. Et ils trouvaient ça tellement fantastique qu'ils voulaient que le peuple en profite.

Mais le peuple, lui, il voulait surtout la semaine de 40 heures. Et puis, les conventions collectives. Parce que l'idée d'avoir 15 jours où il n'y a rien à faire, c'est difficile à penser.

7:04
Présentateur

Mais alors, expliquez-nous pourquoi c'est un malentendu ? Il y a 90 ans, c'était les accords de Matignon, les congés payés, deux semaines de congés payés pour les salariés. Pourquoi ? C'était d'abord pour casser les grèves ?

7:16
Invité

Oui, parce qu'en réalité, ce n'était pas vraiment dans le programme de 36. Il y en a qui n'en voulaient pas. On ne va pas en parler ce matin. Ce n'est pas vraiment le sujet. Et à un moment, il a fallu arrêter les grèves. Parce que non, pas seulement les grèves. Les ouvriers occupaient les usines. Donc, il y a eu un consensus. Et toute la Chambre, y compris la droite, a voté pour les congés payés. Il y a eu une voix d'opposition, avec l'idée que si on donnait les vacances le 1er août, les gens allaient partir avec leur bicyclette et tout. Et à l'époque, on appelait ça la semaine des 7 dimanches, pour que ça rentre, je dirais, dans la tête. C'était 7 fois de suite un dimanche.

Ce n'était pas une période de 15 jours. Mentalement, vous voyez ce que je veux dire ? Et effectivement, c'est un malentendu. Parce qu'au fond, ça a été fait pour arrêter les occupations d'usines. Par certains, il y en a qui étaient pour les vacances, bien sûr, notamment à gauche. Mais ceux à droite, évidemment, étaient contre. Ils avaient été contre, au moment du cartel des gauches. C'est-à-dire que si vous reprenez la lune du Figaro, cette semaine-là, c'est des ouvriers qui saucissonnent comme des cochons sur la place de Nice, en laissant les papiers, machin et tout. Donc, vraiment, le peuple arrive et ça va être monstrueux. Et puis voilà, c'est ça qui est important.

Et puis se dire que ça, ça s'est construit. Après, bon, la Fichy, évidemment, a suspendu. Bon, mais c'est reparti en 45. Mais à l'époque, on les donne aussi en Australie. Ils sont déjà en Allemagne. Hitler les a donnés, Stalin aussi, etc. C'est-à-dire que c'est un phénomène de toutes ces sociétés européennes, surtout l'Europe de l'Ouest, il faut bien le dire, encore aujourd'hui. Et donc, après, effectivement, vous avez la progression après-guerre avec les mouvements catholiques, les comités d'entreprise ont joué un rôle énorme, les colonies de vacances, etc. Et on va apprendre à partir. C'est le premier geste.

8:44
Présentateur

Oui, justement, qu'est-ce qu'on fait de ce temps vide, de ce temps libre ? Tout à fait.

8:48
Invité

Mais d'abord, par exemple, à Strasbourg, nos amis ont très chaud aujourd'hui, mais à l'époque, ils sont sortis de Strasbourg avec l'évêque devant et les camarades syndicalistes. Ils sont montés jusqu'à la Chlourde, qui est le col en haut sur les Vosges, à plusieurs milliers, parce qu'il fallait un projet. Et donc, comme on avait peur que les gens paniquent, il y a eu des partas d'endroits où aussi bien les églises que les politiques ou les syndicalistes ont organisé des grandes manifestations, si vous voulez, pour donner du sens à ce temps. C'est cette invention du sens qui est fantastique, parce qu'on s'est approprié le temps. C'est la première fois qu'on a un temps libre.

Partir en vacances, ça veut dire partir dans le vide. Vacances, c'est un lieu vacant. Le mot « vacances », c'est quand les tribunaux étaient fermés, on disait que les tribunaux sont vacants. Les sièges sont vacants, oui. Alors justement,

9:32
Présentateur

vous avez une très belle phrase, Jean Viard, « Le travail nous dit ce que nous devons faire, les vacances disent ce que nous voulons être ». Question de Johanna Guenaelgo sur l'appli de Radio France. Elle demande si les gens qui partent plus en vacances sont plus heureux. C'est effectivement une question qui est revenue régulièrement dans cette enquête. Alors oui, déjà, ce qu'il faut dire aussi, c'est que dans l'enquête, comme dans le livre, on parle des vacances et on ne parle pas que du tourisme. C'est-à-dire, les vacances, ce n'est pas forcément partir. Et donc, ça, c'est une première chose.

Mais, comme le dit Johanna, en effet, ce qu'on a voulu voir, c'est que plus on s'investissait dans ces vacances et en général des vacances où l'on part, eh bien, plus on est heureux, effectivement, et c'est ce qu'on a pu mesurer, comme je vous le disais tout à l'heure, c'est-à-dire indépendamment de sa situation socio-économique. Et ça, c'est un vrai enseignement de l'enquête. Parce que ça dit beaucoup. Et même 8 Français sur 10 sont prêts à faire des sacrifices pour s'offrir les vacances dont ils rêvent, quitte à réduire leurs loisirs au quotidien, quitte à moins aller au restaurant, quitte à, enfin bref, à ressentir une pression sociale pour réussir ces vacances. Exactement.

Alors là, il y a deux choses, effectivement, c'est-à-dire que les vacances, c'est ce qu'on va sacrifier en dernier ou c'est ce qu'on va choisir en premier. Vous savez, on pose souvent la question à l'OBSOCO, si on vous donnait une somme d'argent qui correspond à un mois de votre salaire, qu'est-ce que vous en feriez ? Et bien, voilà, comme ça, ça tombe tout de suite. La première des choses, on voit, c'est l'épargne, mais la seconde, en fait, la deuxième, ce sont les vacances. En fait, bien avant, toute autre dépense, tout autre achat. Et donc, on voit l'importance, en fait, de ces vacances. Et après, oui, c'est vrai, il y a une forme de pression.

Comme c'est devenu très important, et bien, c'est devenu aussi très important dans une société qui est quand même une société de la performance. Les vacances n'ont pas échappé à ça, c'est-à-dire qu'il faut aussi être performant sur ces vacances. Il faut réussir, je le disais, ces vacances. Il faut les réussir, oui. Parce que quelles vacances, quand on parle de vacances des Français, janvier, une large majorité, alors, en France d'abord. En France, c'est surtout vers la mer.

11:30
Invité

Oui, l'été, c'est surtout vers la mer. Puis, c'est en famille. Vous savez, les vacances, c'est cool. Ce qu'on veut, c'est être en famille, être dans la nature, mener une vie assez paisible, ce n'est pas une activité débordante, les vacances. Il faut bien se dire ça. Et après, un Marseillais va très rarement en Bretagne, un Bordelais a plutôt tendance à descendre vers le sud, etc. C'est-à-dire, en réalité, on fait 5 ou 6 heures de voiture à partir de chez soi, un peu plus si on est belge ou autre, parce qu'évidemment, il faut arriver. On va vers la mer, on va vers le sud. C'est vrai, pareil, en Chine et aux Etats-Unis.

11:59
Présentateur

Mais vous avez dressé un portrait robot du vacancier français, Jean-Pierre. Il y a plusieurs profils. Parmi les partants, quels sont-ils ? Il y a les décélérateurs. D'équivalent.

12:09
Invité

Je demandais à Guenaëlle, celle-ci.

12:10
Présentateur

Alors Guenaëlle, les décélérateurs. Alors, il y a ceux qui, effectivement, sont plutôt dans une période de leur vie. Ils ont des enfants, ils travaillent et eux, ils aspirent aux vacances surtout pour déconnecter et ralentir. Ce sont les plus nombreux. Voilà, exactement. Il y a les explorateurs. Les explorateurs, eux, vont vouloir profiter justement des vacances pour au contraire découvrir autre chose. D'ailleurs, ce sont les trois motivations principales des vacances. C'est déconnecter, découvrir, explorer et puis se reconnecter aux autres, en fait, être avec les autres. Découvrir, ce sont les plus aisés. Il y a les prudents. Les prudents, qui sont-ils ?

Les prudents, alors justement, c'est intéressant parce qu'on a développé aussi la notion de capital vacancier qui est assez intéressante. Comme on parle de capital culturel, de capital symbolique ou de capital financier ? Vous vous souvenez de Bourdieu qui parlait du capital social, du capital symbolique ou du capital culturel et le capital et de Jacques Lévy qui a ajouté la notion de capital spatial. Il y a un capital vacancier. Il y a un capital vacancier, c'est-à-dire l'ensemble de ces ressources qui ne vont pas être également réparties et qui vont, en fait, dire comment les gens partent ou profitent de leurs vacances et en font une expérience riche.

Et là, on retrouve en fait des pratiques, c'est-à-dire être capable de partir en vacances, savoir comment choisir, être autonome en vacances, des dimensions symboliques sur quel lieu il faut partir en vacances, quel hébergement nous correspond le mieux, relationnel. C'est-à-dire qu'on dit souvent, on parle beaucoup du tourisme et du côté économique, mais énormément de Français partent en vacances chez leurs proches, par exemple. Et puis, il y a les routiniers, d'ailleurs, parmi les profils des vacanciers, ceux qui retournent par fidélité familiale, par exemple, au même endroit, génération après génération, année après année.

Et les prudents, c'était ceux qui ont appris à partir dont le capital vacancier en fait est assez récent. Et les routiniers, c'est ceux qui font en fait de leurs vacances un lieu où la temporalité retrouve une temporalité, retrouve des lieux, ils retrouvent leurs amis, figurez-vous qu'il y a 16% des Français qui ont des amis de vacances seulement. C'est-à-dire qu'ils ne les voient que... Ah, des familles de vacances ! C'est joli comme expression. Jeanviard, les vacances, ça se transmet quasiment comme une forme d'héritage ?

14:31
Invité

Oui, c'est ça qui est important à dire. On voit très bien dans cette étude que plus les gens appartiennent à des milieux aisés, plus donc ils sont partis en vacances tôt, puisque la démocratisation, en gros, ça se passe depuis la dernière guerre. Et donc quasiment à une génération d'écart. Qu'allez dire, les bourgeois, ils sont même déjà partis en vacances avant la guerre de 40. Donc ceux-là, on voit bien Saint-Tropez, tout ça. Et donc on voit là, ça fait deux ou trois générations qu'on part en vacances. Puis après, les autres, ils rentrent dans le jeu. C'est-à-dire, en fait, on part avec ses parents la plupart du temps.

Et la grande question qu'on a aujourd'hui, si je peux rien dire, c'est le départ des jeunes, notamment des jeunes de milieux populaires. Parce qu'avant, il y avait 4 millions de jeunes qui partaient en colo. Il n'y en a plus qu'un million pour des tas de raisons. parce qu'on n'a plus envie de se mélanger, parce qu'on a peur de la pédophilie, que ce soit chez les curés ou chez les autres, etc. Donc les jeunes, notamment les jeunes de milieux populaires, dont les parents ne partaient pas, les immigrés, alors ils arrivent en France, évidemment, ils ne sont jamais partis en vacances. Leurs enfants n'ont pas appris à partir. Or là, le travail d'éducation ne se fait plus. L'école ne le fait pas.

Il y a encore des écoles qui font des classes vertes, etc. Mais il n'y en a plus beaucoup. Il y a encore des écoles qui font des voyages à l'étranger. Donc si vous voulez, c'est important de se dire ça. Moi souvent, quand je regarde les jeunes qui font les cons, excusez-moi, après les matchs de foot, je me dis combien d'entre eux vont partir en vacances cet été. Et je pense que c'est une vraie question. Il faut qu'on reprenne en main la question, apprendre à partir aux jeunes de milieux populaires. Avec une question, c'est que les vacances ce n'est pas qu'une question d'argent. Il faut le dire, parce que là, quand on nous écoute, on va dire, oui, ils sont bien ces bobos-là. Donc pas que.

Parce qu'effectivement, Gaëlle a dit, on veut beaucoup en famille, il y a moyen de voyager pour pas cher, il y a moyen de, en plus de partir, j'allais dire, à pied, en vélo, en train, il y a moyen de dormir dehors. Il faut, les vacances, ce n'est pas uniquement du fric, surtout quand on est jeune. C'est une impétence à la découverte.

16:09
Présentateur

Bien sûr, mais il faut penser à ceux qui ne peuvent pas partir. Ils étaient 30% à ne pas prendre de vacances Guena Elgo en 2025. Et parmi ces 30%, bon, il y a la moitié qui a choisi de ne pas partir, l'autre moitié qui l'a subie. Et puis, il y a ceux qui ne sont jamais partis de leur vie. On peut mesurer à peu près leur nombre ? Oui, alors, ce qu'on a vu, c'est qu'effectivement, il y a un Français sur 10 qui n'est pas parti depuis 5 ans. Un Français sur 10, ça veut dire 4,6 millions, c'est à peu près ça. Et c'est très diversement réparti. Pour le coup, on voit que les familles les plus aisées partent évidemment davantage que les plus modestes.

9 sur 10, les plus aisées, un peu plus de la moitié des plus modestes. On voit aussi que les familles monoparentales, un tiers des familles monoparentales ne partent pas, contrairement aux familles qui sont un tiers des familles monoparentales qui sont souvent, d'ailleurs, des femmes à 85%. Et puis, en effet, on a ce million de Français qui n'est jamais parti en vacances. Ce qui me semble aussi important, sur quoi il me semble important de revenir, parce qu'on parle beaucoup des bénéfices individuels, de ce bien-être et de ce que cela construit aussi en termes de personnalité, de rapport à la vie, de rapport à l'avenir.

Ce qui me semble important de mentionner aussi par rapport à ces vacances, c'est le bénéfice collectif. On n'en a pas parlé, mais... Oui, par le moment, on a abordé d'abord la question individuelle. Il y a un bénéfice collectif. Je cite Jean-Louis sur l'application d'Inter qui dit que les Français ne cherchent pas des lieux, ils cherchent d'abord des états de soi-même durant leurs vacances. Exactement. Sur le point collectif, ça se mesure comment ou qu'est-ce que ça donne ? Justement, ça donne... Des citoyens, des Français qui sont plus heureux, c'est quand même l'objectif d'une société aller bien, en fait.

Donc, justement, si on accumule ce bonheur individuel que l'on retrouve en vacances, évidemment, cela produit quelque chose, une externalité extrêmement... Le bonheur individuel, mais le malheur collectif, dirait Jean-Vière. Oui, mais là, justement, ça peut contribuer au bonheur collectif. Ça contribue aussi, si vous voulez, ce qui est très important à construire du lien. Et quand chacun, et on le voit à un niveau familial, mais c'est également le cas à un niveau plus collectif, chacun est dans son couloir de nage tout au long de l'année.

Et donc, on voit qu'au moment des vacances, on se retrouve, les parents, les enfants se retrouvent avec les grands-parents, mais aussi avec ses amis ou avec l'autre. On voit que les vacances produisent de l'ouverture à l'autre. Et donc, ça construit ça, un collectif qui est aussi très positif. C'est-à-dire l'ouverture au monde. Et ça, c'est notamment le cas des gamins ou de ceux qui partaient gamins loin à rencontrer la diversité culturelle avec leurs parents. Alors, il y a des mutations parce qu'on ne part plus en vacances aujourd'hui comme on partait hier. Vous avez cette formule de janvier dans le livre « Moins de kilomètres, plus de présence. Moins de performance, plus de résonance.

Moins d'accumulation, plus d'expérience. » Expliquez-nous comment ça se traduit ça.

19:01
Invité

Mais si vous voulez, alors d'abord, il y a deux choses, si vous voulez. Moi, je trouve que l'été, c'est d'abord une grande transhumance. On part avec les enfants, le ballon, le chien, la voiture et tout, puis on fait quelques centaines de kilomètres. Souvent, on va à un endroit qu'on connaît déjà, etc. Ça, au fond, c'est la grande transhumance d'été qui est une transhumance au fond du lien. Ce qu'on veut, c'est être bien, se retrouver, avoir une vie intime un peu plus intense dans les couples, etc. Et puis, il y a ce qu'on fait avant quand on n'est pas encore, qu'on n'a pas d'enfants, puis après, on n'a plus d'enfants, on grandit, on part en voyage.

Là, c'est les gens qui vont visiter le monde, ils vont à Venise, à New York, etc. Donc, il y a un phénomène d'âge. Les jeunes, ils aiment bien découvrir des lieux symboliques de la planète. C'est vrai que si on a les moyens de se payer un week-end, une semaine à New York ou une semaine à Venise, ça fait partie du capital vacancier. Ça n'est pas toujours donné à tout le monde, bien sûr. Donc, c'est clair. Et ça produit des effets

19:49
Présentateur

comme le surtourisme, par exemple. Ça produit des effets.

19:52
Invité

Le surtourisme, c'est surtout parce qu'il n'y a pas de politique touristique, excusez-moi de le dire, mais qu'un secteur économique aussi puissant n'est pas une politique structurée. C'est un peu comme si on lâchait tout le monde sur les autoroutes sans mettre des panneaux. On veut faire venir 100 millions d'étrangers. Il y a 180 millions de voyages des Français en France. Évidemment, la question, c'est qu'il ne faut pas qu'ils soient tous au même moment, au même endroit. Et surtout, il faut se dire que les gens voyagent énormément, plusieurs fois. Donc, un voyage doit préparer le suivant. Si le Japonais qui vient à Paris, il vient voir Paris, la Savoie, et s'il a 5 minutes, la Côte d'Azur.

Mais si on lui donne une information sur la Bretagne ou sur la Normandie, peut-être la fois d'après, il ira. Donc, ça se construit. sportiste, organisé, assez masculin. Aujourd'hui, j'ai tendance à dire qu'on vit dans l'espace-temps du temps libre et on va travailler. Et c'est ça qui a complètement changé. Et du coup, on va travailler avec le costume des vacances. Regardez, tout le monde a les baskets autour de nous. C'est incroyable. Les gens sont en short. Alors, on dirait qu'aujourd'hui, c'est de bon goût. Oui, et surtout, c'est une urgence de mettre un short par les températures. Vous voyez, l'évêquement a changé.

Tous les rapports au corps, au respect, etc., des vacances et on vous demande quel est le sens de votre travail. À moi, vous aurez demandé comment j'allais gagner, etc. Donc, je pense que les valeurs du temps libre, les valeurs du temps à soi, le temps m'appartient. Et donc, qu'est-ce que j'en fais ? Bien sûr que je vais travailler, je vais étudier, je vais dormir. Mais je veux savoir à quoi ça mène. Et je crois que, si vous voulez, il y a cette espèce d'immense inversion entre un monde dominé par le travail qui est sorti de la Révolution française, qui était quand même... On ne peut pas oublier que la Révolution française a supprimé les dimanches et les jours fériés.

Je veux dire, on avait des tas de valeurs positives, je ne veux pas les rejeter du tout. Enfin, c'était aussi une volonté des artisans d'augmenter le temps de travail des salariés. Et ça a duré jusqu'en 1906, où nous, on est dans une nouvelle culture, cet espace-temps de la créativité. Et vous savez, le patron Bernard Charlès, le patron de Dassault Systèmes, dit, c'est Hollywood qui a créé la Silicon Valley. C'est ça qu'il faut se dire. C'est-à-dire que c'est dans ce moment extraordinaire d'invention, de découverte, d'amour, de rapport à la nature, etc., que se pense la société de demain.

Il ne faut pas simplement se dire, on ne fout rien, il faut se dire, attendez, on est en train de penser à le monde qui arrive.

22:00
Présentateur

Justement, Jean-Bierre, ce qui est passionnant, c'est dans cette étude de Gena Elgo également, c'est le rapport à l'amour, c'est le rapport aux mutations comme celles qu'apporte l'intelligence artificielle. C'est devenu un nouveau prescripteur de vacances. Il y a 10% des personnes qui vous ont dit qu'ils utilisaient l'IA générative pour préparer leurs vacances. Et puis, il y a quelque chose qui est un peu plus compliqué, un peu plus dur, c'est-à-dire que la génération actuelle, c'est la dernière à avoir vu le progrès des vacances comme une évidence et la première à douter qu'ils se poursuivent. Bena Elgo.

Là, on retrouve un doute qui est beaucoup plus global, ce qui est une projection dans le futur. Pour l'essentiel des Français, aujourd'hui, la flèche du progrès s'est inversée. On est dans un moment où, de manière générale, les Français, une majorité de Français estiment que leurs enfants vivront moins bien qu'eux, ce qui est quand même un changement assez important. Et évidemment, cette crainte s'applique aux vacances. Et ce que je trouvais intéressant par rapport à votre auditeur, c'était aussi ça, c'est-à-dire qu'on est dans cette bascule de l'avoir vers l'être. Il va falloir soutenir ça pour passer à un autre moment de notre civilisation. En tout cas, c'est passionnant.

Avant de partir en vacances, je recommande chaleureusement la lecture du livre des vacances. C'est donc cette enquête qui vient de paraître réalisée par la Fondation Utopia en partenariat avec l'Observatoire Société et Consommation. Merci infiniment, Guénaëlle Gault. Merci, Jean Viard. Je ne sais pas si vous partez en vacances tout de suite ou si vous êtes des haussiens. Mais merci à tous les deux et très bonne journée. Merci.