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interviewC à vous (sur YouTube)· 6 octobre 2025 8 min

Crise politique : quelques leçons à tirer - L’édito de Patrick Cohen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

L'annonce, la démission et cet appel à parler de santé mentale. - A.-E.Lemoine: Les réactions et les commentaires de nos invités dans un instant.

Tout de suite, l'Edito de P.Cohen. Quelques leçons de cette crise... - P.Cohen: La plus grave et insoluble depuis le début de la Ve République.

Quitte à figurer dans le "Guinness Book", autant aller au bout de nos recherches. J'ai trouvé encore plus bref, un gouvernement le plus court depuis le gouvernement Rochechouart, Casimir de Rochechouart, nommé par Charles X le 29 juillet 1830. C'était durant les Trois Glorieuses.

Il a été nommé le matin et dénommé le soir. Ca précédait un changement de régime. Je ne dis pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets...

Il faut noter cette particularité. Le gouvernement le plus éphémère et la crise la plus longue, près d'un an et demi depuis que la dissolution a éclaté l'Assemblée en 3 blocs non conciliables. Plus une crise est dure, plus elle est difficile à dénommer.

Il est probable que la méthode Lecornu mise en oeuvre il y a 6 mois aurait pu fonctionner. L'épisode Bayrou a mis tout le monde à cran. Les partenaires du socle commun ne se supportent plus et les échéances se rapprochent.

Les calculs et les intérêts personnels sont de plus en plus aiguisés à l'approche de la présidentielle. Autre leçon: un des pires spectacles politiques de ces décennies. Voici ce que tweete A.Pannier-Runacher.

Lecornu n'a pas tort de fustiger ceux qui ont voulu préférer leur parti que le pays, qui voulaient voir leurs programmes inscrits dans le budget de la France. Le psychodrame qui a tout fait dérailler parait autrement dérisoire avec B.Retailleau, qui dénonce la composition d'un gouvernement dans lequel il vient d'être nommé pour ne pas avoir été informé du retour de B.Le Maire comme ministre des Armées.

Poste qui lui a été proposé, à Retailleau, et qu'il a décliné. Il parle d'une question de confiance. Il laisse entendre que si on l'avait prévenu, il n'aurait pas forcément mis son veto et aurait pu accepter de siéger avec le renégat, B.Le Maire.

Pardon, je parle comme ce qu'on dit chez LR, où l'image du ministre de l'Economie est désastreuse. On est au milieu d'une sorte de cour de récréation. - A.-E.Lemoine: B.Le Maire se retire. - P.Cohen: "Je constate que ma décision de rejoindre le gouvernement provoque des réactions incompréhensibles, fausses et disproportionnées.

J'ai proposé au président de la République de me retirer du gouvernement sans délai et de transférer mes responsabilités de ministre des Armées au Premier ministre. Le président accepte ma proposition." C'est ce qu'il a tweeté.

B.Le Maire démissionne d'un gouvernement démissionnaire...

On imagine mal B.Retailleau dire: "Puisque c'est comme ça, annule et remplace." On verra.

Je poursuis dans l'exposé des responsabilités. Les socialistes n'ont cessé de changer leurs exigences. La taxe Zucman, les retraites, le renoncement au 49-3, Lecornu leur ayant annoncé qu'il s'engageait à ne pas utiliser ce 49-3 et à laisser le Parlement débattre librement.

Le PS s'est rabattu. O.Faure, on l'a entendu sur sa demande de suspension de la réforme des retraites.

Le Premier ministre n'avait pas promis la rupture sur la formation de son équipe gouvernementale. Il s'était engagé auprès de ses interlocuteurs de gauche à ne pas pratiquer de débauchage par rapport au gouvernement Bayrou. Il était prévu de procéder à une sorte de remaniement technique.

Mais après une si longue attente, 26 ou 27 jours de consultations, l'effet produit était désastreux. La composition était ultra macroniste. Ca a fait bondir les LR et B.Retailleau. - A.-E.Lemoine: Et maintenant? - P.Cohen: E.Macron est seul face à la crise, contraint de s'accrocher à la solution Lecornu.

L'Elysée l'a fait savoir il y a une heure. E.Macron confie à son Premier ministre démissionnaire la responsabilité de mener, d'ici à demain soir, D'ultimes négociations pour définir une plateforme d'action et de stabilité pour le pays.

En cas d'échec, le président prendra ses responsabilités. Ca veut tout et rien dire. Il a les cartes en main et aura une décision lourde à prendre en cas de nouveau blocage. - A.-E.Lemoine: Quelle chance accorder à ces ultimes négociations? - B.Morel: Très réduite.

Vous voyez les socialistes qui, hier, ne voulaient pas d'un gouvernement Lecornu dire qu'ils vont le soutenir? Le RN a envie d'une dissolution. Le RN va se dire "banco".

La différence avec ses prédécesseurs, c'est qu'à l'époque, les socialistes avaient peur de la dissolution comme de leur ombre. Il y avait un risque de voir le groupe socialiste disparaître. Le RN n'y avait pas intérêt.

Aujourd'hui, ils n'en ont plus peur. S'accorder avec les oppositions apparaît compliqué et périlleux. - A.-E.Lemoine: Ce qui fait dire à Patrick que la méthode Lecornu aurait pu fonctionner, mais il y a un an et demi.

C'était le plan A d'E.Macron. - L.Hausalter: Cette peur de la dissolution s'est évaporée.

Le seul camp politique qui va perdre énormément à la dissolution, c'est celui d'E.Macron. Ca lui a coûté très cher à l'été 2024, où E.Macron dissout alors que personne ne lui demande, sauf le RN.

Aujourd'hui, la situation est inversée. Des voix demandent la démission d'E.Macron.

Il n'y a que dans le bloc de ce qu'il reste de son bloc central où on sait qu'ils seront perdants. Ils vont revenir moins nombreux, quitte à poser la question du maintien du macronisme comme force politique au Parlement. C'est existentiel pour cette partie de l'échiquier politique.

Il y a la droite qui n'est pas contente du gouvernement. On craint les effets d'une telle décision. - P.Duhamel: Je ne sais pas ce qui s'est passé dans la tête du président de la République quand il a été réélu, assez largement, mais moins que la 1re fois.

J'observe que depuis cette réélection, chaque fois qu'il y a une décision à prendre, elle est mauvaise. La pire de toute la Ve République, c'est la dissolution incompréhensible. La dissolution, le général de Gaulle l'a voulue comme ça, c'est pour régler une crise.

Il l'a provoquée. Il n'a pas envie de dissoudre. Il pense que s'il y a une dissolution sortiront des élections des résultats avec une Assemblée ingouvernable.

A ce moment-là, il sera au-delà des premières lignes. Il y aura une pression de tous les côtés, des Français, des partis politiques, y compris dans son propre camp, pour qu'il s'en aille. Il veut éviter la dissolution.

Même la décision d'aujourd'hui est incompréhensible. Je parle sous le contrôle du constitutionnaliste, B.Morel.

Il se prive...

C'est pour ça qu'on est peut-être passés sous une crise de régime, même si elle n'a pas de définition dans le "Larousse". Là, il passe à un usage où il charge un Premier ministre démissionnaire d'aller trouver une autre solution.

Crise politique : quelques leçons à tirer - L’édito de Patrick Cohen — Louise Morel · Pourquijevote