Mondial 2026 : la FIFA SOUS INFLUENCE DE TRUMP
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Les enjeux, et ce matin, du foot. C'est l'histoire d'une vilaine faute face à la Bosnie qui valut à l'attaquant star des Etats-Unis, Florent Balogoun, un carton rouge qui le privait du huitième de finale contre la Belgique. Que fit le président des Etats-Unis ?
Il protesta, Donald Trump outragé, Donald Trump révolté, mais Donald Trump exaucé. La Fédération internationale accorda à titre exceptionnel un sursis d'un an aux meilleurs buteurs de l'équipe américaine, invoquant l'article 27 de son code intérieur et hop, carton rouge envolé. Balogoun, pu jouer contre la Belgique, même si les Etats-Unis perdirent 4-1.
Alors, la FIFA soumise à Donald Trump et est-ce le scandale de trop pour la Fédération internationale de foot ? On en parle avec Nicolas Axis-Martoff. Bonjour à vous.
Bonjour. Vous êtes journaliste à SoFoot, auteur de latéral gauche aux éditions Libertalia. Oui, j'ai appelé Gianni Infantino, un homme très respecté.
Je connais très bien le sport et il n'y avait pas faute. Cet arbitre qui est un peu suspect, si vous regardez son passé, il a pris une décision que personne ne peut comprendre. Et c'est l'un de nos meilleurs joueurs qui a reçu un carton rouge.
Je ne savais pas ce que ça signifiait. Je ne pensais pas que la sanction était telle. C'est très injuste.
Donc oui, j'ai demandé une révision par la FIFA. Et la FIFA a pris la bonne décision. Infantino est un homme intelligent et endurci.
Ce qu'il faut dire pour commencer quand même, Nicolas Axis-Martoff, c'est que c'est légal. Vous connaissiez cet article 27 qu'invoque Gianni Infantino, patron de la FIFA ? Non, et beaucoup de monde, y compris des juristes, ne la connaissait pas.
C'est ça qui est quand même assez frappant. Il faut comprendre, c'est un règlement intérieur, donc ce n'est pas du droit au sens où on entend, vous savez, quand l'État français ou l'Assemblée nationale vote des textes, il y a un journal officiel, on sait quand ça a eu lieu, on sait ce qui s'est passé. Là, beaucoup de gens en ont découvert.
L'article dit, la FIFA peut décider de suspendre intégralement ou partiellement la mise en œuvre d'une mesure disciplinaire, article 27. Oui, c'est-à-dire qu'en plus, il n'y a même pas de notion de commission ou de...
Mais il faut comprendre comment ça fonctionne, ce monde. On est quand même très loin des critères habituels de nos démocraties, avec la séparation des pouvoirs, des contrôles, c'est absolument pas...
Non, mais c'est intéressant de comprendre qu'ils ont mis ça dans les statuts. Effectivement, il n'y a pas de commission. La FIFA n'est pas obligée de motiver sa décision.
Mais c'est surtout la première fois que ça survient. C'est-à-dire que si ça serait un règlement appliqué de manière récurrente, dès qu'il y a des soucis ou des cartons rouges qu'on estime...
Mais encore, celui-là était, pour mon avis, largement mérité, contrairement à ce qu'explique Donald Trump, qui ne connaît absolument rien au foot. Mais peu importe, si c'était régulièrement employé pour suspendre tel carton rouge, telle décision, concernant tel joueur, pourquoi pas, c'était quelque chose d'isuel. Là, c'est vraiment sorti du chapeau pour essayer de faire croire que ce n'est pas simplement pour faire plaisir à Donald Trump.
Simplement, est-ce qu'il n'a pas été utilisé pour Cristiano Ronaldo, cet article 27, qui avait pris trois matchs de suspension avant le Mondial pour cette Coupe du Monde, et que ça a été...
Peine qui a été diminuée à 1 ? Bah écoutez, non. Je ne pense pas que ce soit cet article qui a été utilisé, parce que franchement, y compris les juristes du sport, on en découvert, on ne sait même pas quand est-ce qu'il a été introduit.
C'est le problème du règlement de la FIFA, il n'arrête pas de s'étoffer ou de se réduire. On n'en comprend pas bien ce fonctionnement, il n'y a pas forcément de déclaration officielle quand il s'ajoute ou enlève des choses. Ce qu'on suit un peu parfois, c'est l'International Board, qui est une institution qui dirige le jeu.
C'est-à-dire, c'est lui qui va dire, le hors-jeu, c'est quand le joueur est entièrement en dehors de la ligne ou pas. Mais ça, on le suit à peu près, on comprend. Le reste du temps, c'est très touffu, c'est très bureaucratique et c'est très, pour tout dire, obscur.
Il y a d'autres articles comme ça qui surgissent de façon imprévisible ? Pour vous dire, on est un peu face à une nouveauté, surtout en pleine Coupe du Monde. Vous citez des cas de figure de Cristiano Ronaldo.
Il arrive par exemple qu'en Europe, ou en Ligue 1, notre championnat national, quand un joueur ou des clubs estiment que la sanction est trop lourde pour un de leurs joueurs, ils demandent à la Ligue une révision, ils passent en commission, ils sont reçus avec des avocats. Mais tout ça, c'est très respectueux d'une certaine visibilité, d'une certaine norme juridique. Là, dans ce cas-là, ça surgit d'un coup.
Vraiment, j'insiste là-dessus. Et pour tout dire, il l'a très bien expliqué, Donald Trump. J'ai demandé, on me l'a fait.
C'est ça. Alors, là, ce qui n'est pas banal, laissons de côté, on a bien compris les statuts de la FIFA, mais ce qui n'est pas banal, c'est le coup de fil d'un chef d'État, de Trump, à Infantino. Retire-moi ce carton rouge, la FIFA s'exécute.
Ça, ce genre d'ingérence aussi assumée, on a déjà vu ça ? Alors, ce qui n'est pas banal, c'est que ça se fasse de manière aussi affichée, parce que Donald Trump, il fonctionne avec la FIFA comme il fonctionne avec le reste du monde. C'est quelqu'un qui débarque dans une réunion du G9, oh non, c'est moi le boss.
C'est quelqu'un qui met en scène un Macron en train de pleurer quand il lui parle au téléphone. Il n'a aucun respect, d'aucune forme. Il l'a dit, mon seul critère, c'est mes valeurs.
Le reste, je m'en fous. Donc voilà ce qui est original, ce qui est nouveau avec ce qui vient de se produire. C'est à la fois anecdotique, parce qu'on s'en moque un peu de ce carton rouge de M.
Balogoun, qui n'est pas responsable, c'est que Donald Trump est arrivé depuis la Maison Blanche, depuis le bureau VAL, en disant, j'ai voulu quelque chose, je l'ai fait. Alors qu'Enfantino essaie vaguement d'enrober les choses pour vous faire croire que c'était dans les règles et dans les clous. Je fais quand même appel à l'historien du foot que vous êtes, et je reviens à ma question.
Est-ce qu'on a déjà vu ça ? Moi je vois, en 78, il y a des soupçons sur une décision en faveur de l'Argentine, pays hôte. Ce n'est pas des soupçons.
On suppose fortement que, pour faire plaisir à la dictature argentine, il y a eu des arrangements, y compris le fameux match entre le Pérou, les 6-0. Il y a eu le cas en 82 du frère de l'émir du Koweït, qui était descendu sur le terrain pour faire annuler un but marqué par les Français. Le Koweït avait perdu largement de toute manière.
Et ça avait marché ? Il avait obtenu l'annulation du but. En situation, en direct ?
En direct, il était descendu sur le terrain. Mais comment vous expliquez, ça n'a rien à voir. Ce n'était pas de pays organisateur, c'était vraiment...
Ça avait choqué tout le monde à l'époque et ça ne s'était plus jamais reproduit. La FIFA avait mis en place, normalement, à ce moment-là, des nomenclatures. Mais ce qui se pressait avant, c'est qu'on se doutait bien que forcément, les Pérou, notamment la France...
Michel Platini, à moitié, avait expliqué qu'en 1998, ils avaient quand même fait un tableau pour être sûr qu'il y a un France-Brésil en finale parce qu'on voulait se faire plaisir. Ce n'était pas la garantie que ça allait arriver. Il y a toujours ce genre d'arrangement.
Ce qui est vraiment nouveau, c'est que Donald Trump, à l'image de ce qu'il fait dans le monde et en géopolitique, il ne se cache pas, il dit les choses ouvertement, même quand on fasse ce brave Génie Infantino, et c'est vraiment de nous la faire à l'envers en nous expliquant que c'était une décision d'une commission indépendante, que tout allait bien, que c'était normal. On se souvient que juste avant la Coupe du Monde, au moment du tirage au sort, la FIFA avait déjà fait un truc assez exceptionnel aussi, attribué un prix de la paix à Donald Trump, ce qui est inaudit et inédit également. Il n'existait pas avant, ce n'est même pas d'où il est sorti.
Si on a compris la logique, il s'agissait de faire plaisir, parce que Donald Trump rêve d'avoir un prix Nobel de la paix, il n'y a pas de chance qu'il obtienne, il faut le dire, surtout en ce moment. Johnny Infantino, il est obscéné, fasciné par les gens puissants, il veut absolument que la FIFA reste une machine à cash, qu'il en a besoin. Infantino se maintient au pouvoir en distribuant de l'argent aux fédérations, donc il a besoin que l'argent rentre, il a besoin que les puissants, en l'occurrence Donald Trump, continuent d'être gentils avec la FIFA.
Et par ailleurs, il n'a jamais été aussi proche d'un dirigeant politique, puisqu'il l'a même suivi dans des meetings, il l'a suivi dans des visites diplomatiques, et il a même apporté son soutien politique, en disant qu'il fallait tout son soutien, son action, ce qui, par contre, était assez aussi inédit, la part d'un président de la FIFA, même si, à l'époque de Poutine déjà, et du Qatar, il avait été très obséquieux, mais le Qatar et Poutine, eux, voulaient absolument utiliser la Coupe du Monde pour leur respectabilité, pour asseoir la présentation de leur régime, donc ils respectaient un certain protocole, ils n'en faisaient, entre guillemets, pas trop. On voit bien qu'avec Donald Trump, c'est un cirque permanent. Vous dites, gros enjeux économiques, qu'une Coupe du Monde, ça rapporte combien à la FIFA ?
C'est très difficile à savoir, mais c'est 6, 7, 8 milliards, peut-être 10 milliards, on ne sait pas, parce que ce n'est pas une organisation...
On ne sait pas ? Ce n'est pas une organisation très transparente. Après, ce qui est certain, c'est qu'elle a des budgets sur 4 ans, qui sont liés aux revenus généralement générés par cette Coupe du Monde, qui est son principal source d'argent.
Et je répète, c'est très important, parce que cette source d'argent, la FIFA, c'est une multinationale qui a des actionnaires. Les actionnaires, c'est les fédérations qui élisent le président. Donc le président, s'il veut continuer à être heureux, à se payer très bien, ce qu'a fait Javier Fantineau, il doit redistribuer le maximum d'argent à ses actionnaires.
Donc plus l'argent coûte à flot, davantage de droit télé, davantage, etc., de marketing, etc., davantage, il pourra faire plaisir et s'assurer, ce qui est quasiment certain, pour la prochaine élection, d'être élu Javier Fantineau, il sera certainement reconduit de manière unanime, quasiment, ils peuvent voter à main levée, il faut arrêter de faire semblant.
Est-ce qu'il y a des éléments objectifs, déjà, pour imaginer qu'Infantino a négocié quelque chose en retour ? Est-ce qu'ils font du business ensemble, déjà ? Ils en font beaucoup, même.
Dans quoi ? Par exemple, l'un des enjeux pour Infantino, c'est que le football se développe aux Etats-Unis, parce que c'est un immense marché économique, c'est la moitié du sport business à travers le monde, et pas qu'en football, donc il est très important que le soccer s'implante et prenne de plus en plus de parts de marché. Il a besoin du soutien des Etats-Unis, parce que c'est un peu les maîtres du monde, donc il va y avoir des Coupes du Monde, des événements qui vont arriver, notamment la prochaine, c'est la Coupe du Monde du Centenaire, qui va se dérouler aussi bien en Amérique latine, qu'en Europe, sur trois pays, Portugal, Espagne et Maroc, qui n'est pas en Europe, qui est en Afrique.
Voilà, donc il aura besoin du soutien de cette puissance. Je rappelle que la Coupe du Monde des Etats-Unis est arrivée, parce qu'ils avaient oublié leur donnée en 2022, et que le FBI était venu faire des enquêtes sur ce qui se passait à FIFA, que des gens avaient été arrêtés, qu'ils avaient bien compris le message, et qui était le maître du monde. Il y a énormément de questions autour, mine de rien, de cet épisode du carton rouge, qui s'ajoute en plus à d'autres...
Cette Coupe du Monde a démarré avec un arbitre somalien bloqué à la frontière, des supporters qui n'ont pas pu rentrer non plus, une équipe iranienne qui a dû loger au Mexique. Au Tijuana. Et ce qui m'amène une question juridique, c'est-à-dire que la FIFA est censée garantir l'équité, l'accès à tout le monde d'une Coupe du Monde.
Les Etats-Unis, le pays hôte, reste souvent sur les politiques migratoires. Et donc en fait, on a deux droits qui s'affrontent. C'est une question de rapport de force, tout simplement.
La FIFA a toujours...
Non mais statutairement, le pays hôte reste souverain, par exemple, sur ces politiques migratoires, et les Etats-Unis peuvent décider de ne pas donner un visa ? Normalement, ça c'est des négociations qui se déroulent en amont. La FIFA, en général, jusqu'à présent, quand elle a accordé une Coupe du Monde à des pays, il la voulait absolument.
Il voulait absolument la Coupe du Monde en Russie. Poutine voulait la Coupe du Monde en Russie, le Qatar voulait la Coupe du Monde chez lui. Donc ils étaient après assez conciliants et assez prêts à faire des cadeaux ou à être flexibles sur la fiscalité, sur l'entrée des personnes avec des visas spéciaux.
Les Etats-Unis n'ont pas besoin de la Coupe du Monde. Trump n'a pas besoin d'un absolu de la Coupe du Monde. C'est la Coupe du Monde qui a besoin de lui.
Donc à un moment, il a appliqué strictement sa politique migratoire habituelle. Ce n'est pas quelque chose d'exceptionnel qui a été adopté pour la Coupe du Monde, de refuser des Sénégalais, des Haïtiens, etc. C'est déjà arrivé ?
Non, pour les Etats-Unis, c'est...
Pour les Etats-Unis, mais encore une fois, c'est...
C'est nouveau, par exemple. C'est la politique migratoire des Etats-Unis. Oui, mais pour le cas de l'arbitre, on peut la contester, mais c'est la leur.
Excusez-moi, mais pour le cas de l'arbitre, c'est un officiel de la FIFA. C'était quelqu'un qui, normalement, cette catégorie de personne, ce n'est pas du corps diplomatique, mais ce n'est pas loin. Ça se négocie en avant, on leur accorde des visas spéciaux, ils rentrent sans problème.
Et là, d'un coup, on voit bien que les Etats-Unis n'en ont rien à faire. Donc, mais donc là, alors, Janine Fantino est fautif. Il est...
C'est-à-dire, dans les règlements de la FIFA, il doit permettre...
Il y a marqué nulle part dans le match-là. Est-ce qu'il y a dans les statuts une des sanctions prévues ? Non, la FIFA n'est pas une œuvre humanitaire.
La FIFA n'est pas...
C'est une machine...
C'est une multinationale. Même si elle a statut d'organisation à but non lucratif en Suisse pour ne pas payer d'impôts, comme je vous dis, c'est en milliards que se gère son budget. Elle n'a jamais eu cette obligation.
C'est nous, parce qu'on aime le foot, parce que le foot fonctionne comme ça, que sa culture et que sa valeur marchandé est issue de cette culture mondialisée et populaire, qu'on imagine que...
Mais c'est un rapport de force entre des instances, des instances que sont des Etats, et là, le plus important d'entre eux, et une organisation sportive internationale. Vraiment, en quelques mots, où en sont les enquêtes sur ce qu'on avait appelé le FIFA Gate ? Il est arrivé au pouvoir, Janine Fantino, en 2016, pour succéder à Seb Blatter, après des arrestations, sept dirigeants du foot, deux vice-présidents de la FIFA, et des doutes et des malfersations sur l'attribution de la Coupe du Monde du Qatar, notamment.
Où en est l'enquête de tout ça ? Est-ce qu'il a fait le ménage, un peu ? Non, il s'est débarrassé des opposants ou des personnes qui pouvaient éventuellement lui contester sa légitimité au sein de la FIFA, ou qui avaient assez de poids.
Il n'a pas fait le ménage, parce que lui-même, il a plutôt sali la maison. Si on commence à rentrer dans cette logique, il y a des gens qui ont été condamnés. Et puis après, il y a la justice des pays.
En France, il y a encore une enquête en cours, notamment autour d'un fameux dîner entre Nicolas Sarkozy, Michel Platini et un représentant du Qatar. La question, c'est qui a été puni ? Voilà, c'est ça.
Et c'est plutôt les gens dont Jean-Luc Fentino rêvait de se débarrasser, parce que je pense que vous pourrez faire la même chose aujourd'hui. Merci, Nicolas Xys-Smartoff. Merci beaucoup.
Journaliste à SoFoot, vous vouliez dire un mot ? Une petite pensée pour Christophe Glez, qui est toujours emprisonné en Algérie pour avoir simplement fait son travail. Et on souhaite vraiment que l'équipe de France gagne cette Coupe du Monde pour lui faire plaisir. 7h30 sur France Culture.