Philip Roth et l’Amérique
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France Inter, Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel, La Grande Matinale Et avec Benjamin Duhamel, nous vous proposons un grand entretien consacré à l'immense romancier américain Philippe Roth alors que parait dans la bibliothèque de la Pléiade un nouveau volume de ses oeuvres. Deux invités qui l'ont très bien connu sont ce matin au micro d'Inter, Benjamin. Josiane Savignot, bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes journaliste et auteur entre autres de Avec Philippe Roth chez Gallimard. Marc Weitzman, bonjour. Merci d'être avec nous, écrivain, producteur pendant 7 ans de l'émission Signe des Temps et auteur de La part sauvage, le monde de Philippe Roth et le chaos américain.
Retour sur 20 ans d'amitié qui vient de paraître aux éditions Grasset. Et c'est un très bon livre dont on va parler dans quelques minutes. Soyez les bienvenus au micro d'Inter. Philippe Roth est né en 1933, mort en 2018. Il laisse une oeuvre immense de Portneuil et son complexe à Nemesis en passant par la tâche ou pastorale américaine. Avec vous, on va évidemment parler de ces livres et on vous demandera s'ils nous permettent de mieux comprendre l'Amérique d'aujourd'hui. Marc Weitzman, vous retracez dans le livre que citait Benjamin à l'instant, 20 ans d'amitié avec Philippe Roth. Dites-nous, pour commencer, dans quelles circonstances l'avez-vous rencontré ?
L'homme n'était pas d'un abord facile, j'ai l'impression, à lire votre livre.
Il n'avait pas de temps à perdre, surtout. C'était ça le truc. Je l'ai rencontré comme journaliste en l'interviewant en 1999. La première fois, j'avais juste une heure. Et puis, une deuxième fois, trois ans plus tard, en 2002, cette fois chez lui, à Warren, où on avait beaucoup plus de temps. En fait, comme Warren est un lieu complètement isolé, on a passé l'après-midi ensemble. À un moment donné, ça a cessé d'être une interview. On a juste parlé de nous et de littérature. Et puis, il m'a proposé de venir dans une résidence d'écrivain dans le Vermont. Ce que j'ai fait, je n'y suis pas resté. Je l'ai appelé tout de suite, pratiquement.
Puis, on a commencé à se voir une fois par semaine ensemble, une fois par semaine à New York, quand je venais à la fin de la semaine. Et puis, une chose entraîne dans l'autre. Voilà, j'ai trouvé un appartement à New York et on s'est vus deux, trois fois par semaine à partir de là.
Une amitié au long cours. Oui, sur la tonalité, Marc Weitzman, de votre première rencontre, vous le racontez dans votre livre. Vous arrivez avec un petit tas de fiches et il finit par vous interrompre en disant, je vais parler anglais, la première phase, The French Intelligence, dans un soupir, dites-vous, qui trahissait un soupçon d'agacement. L'intelligence française, je ne pense pas de cette façon. Ça veut dire quoi ?
Non, ça veut dire deux choses. Il y avait d'une part, il était en train d'écrire la tâche dont un des personnages est une française à la tête façonnée par la French Theory, Foucault et tout ça. Moi, je n'ai jamais été comme ça. Mais de fait, je n'avais qu'une heure pour ce premier entretien. Je connaissais trop ses livres et j'avais essayé de m'organiser thématiquement, ce qui n'est jamais une bonne idée, ce que je ne fais jamais, ce que j'avais fait là, en l'occurrence, parce que je ne pensais pas le revoir après. Et donc, quand il m'a dit ça, j'ai jeté mes questions par la fenêtre et on a commencé à discuter normalement. Et après, tout s'est bien passé.
Et avec vous non plus, Josiane Savigneault, la première rencontre n'a pas été facile. Il jouait avec un trombone pendant l'interview
et il vous a dit quoi ? Moi, c'était beaucoup moins chic parce que the French intelligence, c'est quand même un peu chic. Moi, c'était too academic, another question. Parce que aussi, j'étais arrivée avec mon admiration, mes fiches.
Et à la fin de l'entretien, il dit qu'il va vous envoyer le trombone à la figure, pas l'instrument de musique. Oui, mais il l'a fait. Et il l'a fait ? Oui. Et c'est parti comme ça ?
Je l'ai gardé, je lui ai dit « Good, I'm a fétichist ». Je l'ai gardé et la fois où on s'est revus après, j'ai sorti le trombone et il m'a dit « Oh my God, she's a fétichist ».
Marc Weizmann, sur l'amitié qui s'est développée entre Philippe Roth et vous, racontez-nous comment était-il ? Il vous surnommait, c'est ce que vous racontez, « The French Bandit », le bandit français. Et vous utilisez ces qualificatifs pour le décrire, un écrivain solitaire et sauvage. Est-ce qu'il était vraiment solitaire et sauvage ou est-ce qu'il laissait la place au développement d'une amitié comme celle que vous avez pu entretenir ?
Il y a plusieurs choses dans la question. « French Bandit », ça a à voir avec quelque chose qu'il percevait chez moi et le reste. Je pense que tous les écrivains, il y a une sorte de sauvagerie intime sur laquelle on ne peut pas écrire, il me semble. Il faut préserver ça. Après, ce n'était pas un ours. Quand il venait à New York, ça dépendait des phases. Il y avait des moments où, une fois qu'on avait franchi une certaine barrière, une fois qu'on était admis, en quelque sorte, où les choses se passaient très naturellement et c'était surtout l'absence d'après, le mélange de sophistication et de spontanéité humaine qui était vraiment extraordinaire chez lui.
Et puis, les choses devenaient très naturelles à partir de là. Voilà, c'était simple. Simplement, il fallait accepter les règles du jeu qui étaient de ne pas avoir d'après, de ne pas être... Hemingway employait l'expression « bullshit detector ». Comment on traduit ça ? Des détecteurs de conneries. Des détecteurs de conneries. Et il en avait un, lui. Il en avait un. Et il ne fallait pas rentrer dans les... Mais moi, ça m'allait très bien parce que j'ai un côté comme ça. Donc, à partir de là, tout fonctionnait très bien. Simplement, il fallait être rapide et il fallait accepter le jeu d'une imagination à deux, en quelque sorte. On s'inventait quand on était autour de lui.
On jouait à faire émerger une certaine tendance de nous-mêmes.
Marc Weissmann, dans son livre, décrit parfaitement les différents cercles d'amis et d'amitié qui ont pu évoluer au long de sa vie. Josiane Savignot, quel ami était-il avec vous et pour vous ? Parce qu'on peut avoir une image d'un Philippe Roth austère, voire lugubre. Alors, est-ce qu'il était comme ça ou drôle et joyeux ?
J'ai beaucoup ri avec lui. Je pense que Marc aussi, on a beaucoup ri avec lui.
C'est un homme drôle et joyeux ?
Oui, enfin, joyeux, je ne sais pas, mais drôle, c'est sûr. Drôle, c'est sûr. Mais ce qu'il y a, c'est que moi, je voudrais qu'on voit que le livre de Marc, ce n'est pas seulement un livre sur son amitié avec Philippe Roth. Pour tout dire, peut-être l'amitié que j'ai eue pour Philippe Roth fait que j'ai encore plus d'admiration pour le livre de Marc Weissmann et que ça me touche personnellement aussi. mais on s'en fiche de mon histoire personnelle. Je trouve que c'était vraiment un livre exceptionnel. Ce n'est pas un livre seulement, évidemment, qui a ce que vous dites sur son amitié pour Philippe Roth et la manière dont il a trouvé sa place dans ce livre, Marc Weissmann lui-même.
Mais surtout, par exemple, je vais dire un truc personnel aussi, un livre de Roth que je ne comprenais pas qui était Passoral américaine. Je ne le comprenais pas bien. Après avoir lu Marc, je le comprends mieux. Je le comprends mieux, ce livre.
C'est vrai que ce livre raconte à la fois une amitié et entre dans la profondeur de l'analyse de l'œuvre et de ce qu'est le roman, de ce qu'est la fiction pour Philippe Roth.
Je parlais de bullshit détecteurs tout à l'heure. L'idée, c'était de ne pas faire un essai littéraire. L'idée, c'était de laisser parler quelque chose de plus sensible et de plus humain que ce qu'on a souvent l'habitude de lire à propos de la littérature. Donc, de laisser tomber tout ce qui est solennel, exactement comme lui. C'est-à-dire que tout ce qui est idéologique, tout ce qui est prise de tête cérébrale, pour le dire simplement, et d'essayer de présenter les livres et de présenter Roth, de me présenter moi et de présenter les Etats-Unis aussi dans leur complexité mais de raconter de façon simple. C'était ça le défi.
Essayer de montrer un certain nombre de choses dans les livres de Roth qui sont profondes mais les raconter de manière pédagogique et simple et à travers le portrait que je pouvais faire de lui.
Alors justement, Josiane Savignot, de manière pédagogique et simple, comment est-ce que vous définiriez l'œuvre de Roth à quelqu'un qui n'a jamais lu un de ses romans ?
Alors ça, c'est quoi ? C'est la question piège. Je pense que, d'abord, il faut peut-être commencer par lire le livre. Si on n'a pas lu Philippe Roth, il faut peut-être commencer par lire le livre de Mark Metzman. parce que c'est là qu'on comprend que c'est une vision extraordinaire de l'Amérique et que Mark Metzman décrit très bien comme un monde qui a disparu au fond. Le monde dont parle Roth a disparu. Ah oui, le monde dont parle Roth a certainement disparu. Les livres de Roth, si on ne les a pas lus, il faut essayer de les aborder de manière... C'est des livres qui sont à la fois sur l'Amérique d'une certaine époque et aujourd'hui. C'est sûr, aujourd'hui aussi. qui sont à la fois...
Moi, la première fois que j'ai vraiment découvert Roth, c'était avec un livre qui s'appelait L'écrivain fantôme et ce qui m'a bluffé tout de suite, c'était le mélange de satire, de drôlerie et de complète tragédie. Il pouvait passer de l'un à l'autre pratiquement d'un chapitre à l'autre et l'autre point, c'est sa capacité à rendre vraisemblable tout ce qu'il raconte. On y croit vraiment.
Et puis enfin, le troisième point, c'est son sens de ce que j'appelle dans le livre la part sauvage, c'est-à-dire sous le vernis de la société du conformisme et des relations sociales habituelles, la sauvagerie intérieure, la violence, la brutalité, l'inattendu qui surgit toujours et qui peut détruire des vies. Et c'est ce qu'on voit aujourd'hui apparaître en Amérique certainement depuis plusieurs années. Ce retour des passions sauvages qu'on voit partout, lui, il l'a vraiment analysé dans son œuvre avant que ça ne se produise en quelque sorte. Et il y avait des raisons à ça.
Il y avait des raisons à ce qu'il puisse sentir ça à la fois dans sa vie personnelle et à la fois dans son rapport à la mémoire, à l'histoire européenne, à la mémoire juive. La confrontation entre le quotidien américain normal et la tragédie juive faisait qu'il était très sensible à ce qui dort sous les couches de la normalité et qui peut érupter, si je puis dire.
sur l'Amérique d'hier et celle d'aujourd'hui. Sylvie est au standard d'Inter. Bonjour, bienvenue. Bonjour. On vous écoute. J'avais une question à poser à Marc Wetzmann et Josiane Savignot et je voulais juste en préambule très rapidement dire que j'avais écouté Marc Wetzmann à l'émission c'est ce soir et que j'avais été très intéressée par ce qu'il avait dit. Ça s'est fait. Voilà, ça s'est fait. Je pose la question. Qu'est-ce que Philippe Roth peut nous enseigner de l'Amérique d'hier et de l'Amérique d'aujourd'hui ? Voilà, c'était ma question à vos deux invités. Et c'est la grande question Sylvie. Merci. Voilà, alors qu'est-ce qu'il peut enseigner Marc Wetzmann ?
Directement, il y a deux, trois livres qui sont en référence directe dont les échos se font sentir aujourd'hui. Si vous lisez La Tâche, par exemple, vous avez clairement le matériel qui est exploité dans le roman, l'atmosphère dans les universités qui a précédé de 20 ans l'explosion de fureurs idéologiques et antisémites de l'après 7 octobre, c'est présent dans La Tâche, on le voit monter. Le complot contre l'Amérique, c'est un livre qui se passe dans les années 40, mais c'est une sorte d'Ukronie dans laquelle réémergent soudainement des tendances non pas fascistes mais plutôt isolationnistes et nationalistes de l'Amérique qu'on voit aujourd'hui complètement à l'œuvre.
Pastoral américaine également étudie dans les années 60 quelque chose dont il a été directement le témoin et il n'était pas le seul des écrivains à se poser des questions à ce moment-là.
à la fin des années 60, plusieurs écrivains ont vu émerger une forme de pathologie dans la contre-culture américaine, une pathologie dont les visages sont devenus connus avec l'Hervé Oswald, Charles Manson, Valérie Solanas et d'autres et dont Norman Miller disait que pour échapper au conformisme des statistiques et aujourd'hui des algorithmes, la seule solution était de laisser parler, la seule solution pour l'individu était de laisser parler en lui les tendances psychopathes et Norman Miller prédisait au tournant du XXe siècle que la sociopathie serait la condition existentielle de l'humanité et des Etats-Unis certainement et Roth creuse ça à sa manière dans ses livres et c'est certainement la tendance de fond qu'on voit à l'oeuvre aujourd'hui, la tendance la plus contemporaine de ses livres elle est là.
Josiane Savignot, pour rebondir sur la question de Sylvie et effectivement Marc Weizmann vous citiez la tâche c'est fascinant de voir que 20 ans avant il percevait déjà ce qui allait se passer sur un certain nombre de campus sur ce que certains aujourd'hui appellent parfois à tort ou à travers ce qu'on appelle la cancel culture comment expliquer cette préscience qu'a pu avoir Philippe Roth qui fait que quand on lit le livre aujourd'hui on se dit mais il aurait pu être écrit il y a 6 mois
mais ça lui est venu petit à petit parce qu'on parlait de nos premières rencontres et moi dans ma première rencontre quand il trouvait que j'étais trop académique j'avais un peu parlé de ça de politiquement correct et il m'avait dit mais arrêtez c'est un fantasme français qui voit les Etats-Unis comme des gens puritains c'est dans quelques universités c'est pas grand chose donc lui-même minimisé en 92 oui mais très vite il a vu et il a fait ce livre absolument fondamental comme l'a dit Marc Wetzmann mais dans le livre de Marc Wetzmann on analyse aussi à mon avis tous les livres les plus importants de Philippe Roth dont La Contrevie qui est un livre extrêmement complexe qui est peut-être son livre le plus profond comme le dit Marc Wetzmann et qui en dit très long sur beaucoup de choses notamment aussi les rapports des juifs avec Israël des juifs américains sur l'identité beaucoup de monde s'interrogent sur les questions d'identité aujourd'hui et certainement pour parler de la contemporanéité de Roth le grand livre sur l'identité sur les paradoxes et les contradictions d'identité c'est certainement la contrevie c'est un livre très éclairant sur aujourd'hui et pas nécessairement si on est juif ça peut parler à tout le monde parce que les questions qui sont posées sont vraiment des questions de fond sur qu'est-ce que c'est qu'être assimilé qu'est-ce que c'est qu'appartenir à la société qu'est-ce que c'est que choisir de divorcer avec la société pour retrouver une identité en soi plus profonde quel est le prix à payer pour ça quel est le prix en termes de folie intérieure aussi etc sur la tâche juste un point effectivement il a été Roth a été le témoin de ce que les américains appelaient l'évolution de la French Theory c'est l'évolution de l'influence des Foucault des Rida et autres tels qu'ils ont été compris aux Etats-Unis en tout cas par les enseignants de l'enseignement supérieur et des ravages que ça a fait de la destruction de la littérature américaine et de l'énergie littéraire américaine que ça a engendré et le résultat direct étant bien évidemment le Trumpisme c'est-à-dire que la raison pour laquelle tant de gens enfin une des raisons pour laquelle tant de gens ont voté pour Trump en 2016 d'une part et même en 2024 c'était tout simplement que la gauche est devenue impossible à croire impossible à même prendre au sérieux parce que ravagée par des tendances complètement aberrantes qui sont nées dans les diversités à ce moment-là
expliquez-nous cette phrase Marc Weizmann parce que Philippe Roth avait déjà été sidéré par Richard Nixon vous le racontez et vous parlez de cette conférence donnée dans les années 60 où il avouait avoir été choqué par le niveau intellectuel de Richard Nixon après avoir vu un débat présidentiel alors je cite sur l'écran mon esprit refusait de croire à la réalité de cet homme public de ce fait politique quelle qu'ait pu être mes autres réactions cette série de débats télévisés donc a fait pâlir d'envie l'écrivain que je suis alors c'est très drôle à lire mais expliquez-nous ce que veut dire Roth là face à ce type-là de phénomène politique
mais parce que oui c'est à ce moment-là c'est ce que je disais tout à l'heure c'est à ce moment-là que les écrivains ont vu émerger une réalité invraisemblable une réalité irréelle qui est aujourd'hui évidemment partout et la question s'est posée pour lui et pour d'autres de savoir qu'est-ce que peut le romancier qu'est-ce que peut la fiction par rapport à ça c'est pas seulement que la réalité dépasse la fiction comme on dit comme on dit toujours c'est que la réalité devient une fiction inimaginable pour l'écrivain il y a donc une forme de jalousie Roth était en quelque sorte jaloux de la pathologie de la réalité américaine jaloux du réel jaloux du réel absolument et donc il y avait la question de savoir comment traduire ça de manière crédible parce que le problème de la fiction c'est pas d'inventer des trucs invraisemblables le problème de la fiction c'est de rendre vraisemblable une réalité qui ne l'est pas nécessairement et aujourd'hui la question se pose puissance 10 c'est-à-dire qu'est-ce qu'on fait avec la réalité qui émerge des réseaux sociaux avec la flottilla par exemple comment imaginer le quotidien de la flottilla tel qu'il apparaît aujourd'hui sur les réseaux sociaux on n'y arrive pas comment imaginer la réalité du trumpisme aux Etats-Unis par exemple c'est très très difficile voilà ce sont des questions qui ont commencé à se poser à ce moment-là et dans le texte que vous citez dans la conférence que vous citez Roth est un des premiers à poser ces questions-là de cette façon
Josiane Savignot on parlait tout à l'heure de la tâche je rappelle là encore à nos auditeurs aussi l'intrigue peut-être ceux qui ne l'ont pas lu ce professeur d'université qui perd son emploi parce qu'il l'est accusé de racisme à la suite d'une phrase quelque peu ambiguë
par une française par une française effectivement
qu'il aurait prononcé
un personnage incroyable
qu'est-ce que Trump vous disiez tout à l'heure qu'est-ce que Philippe Roth vous parliez Marc Weizmann de l'actualité Donald Trump la flottille qu'est-ce que Philippe Roth aurait dit de l'Amérique d'aujourd'hui de ce pays qui semble sur la pente de ce que certains appellent une forme d'illibéralisme qu'est-ce qu'il aurait dit de l'Amérique d'aujourd'hui
c'est très difficile de faire parler les morts d'ailleurs dans le livre de Marc Weizmann c'est suggéré que Trump que Roth a connu Trump 1 mais pas Trump 2 et que Trump 2 c'est très différent de Trump 1 donc on ne sait pas ce qu'il aurait dit mais je crois qu'on voit très bien
c'est un peu plus c'est un peu plus c'est un peu plus qu'il soit aussi pauvre sur le plan humain que Donald Trump voilà ce que disait Philippe Roth
c'était à l'époque en 2017 et le Trump 2 est quelqu'un de différent et ce serait intéressant évidemment de savoir ce qu'il pourrait en dire mais ce qu'on voit bien à travers toutes les démonstrations de Marc Weizmann c'est que toute l'oeuvre de Roth prédit c'est difficile de dire prédit c'est un peu bête comme mot mais montre ce qui est en train d'arriver montre certaines tendances profondes Marc Weizmann il y a une chose qu'il n'aurait certainement pas prévue c'est pour en parler quand même une seconde la fin des juifs aux Etats-Unis enfin je veux dire la fin de la symbiose judéo-américaine à partir de 1945 en particulier l'importance des juifs aux Etats-Unis était vraiment fondamentale dans la littérature dans le journalisme dans la musique combien de standards de jazz et de blues ont été écrits par des juifs dans le mouvement des droits civiques etc ça c'est fini c'est-à-dire qu'est-ce que ça veut dire la fin des juifs aux Etats-Unis c'est-à-dire que pour une part l'évolution démocratique mais aussi pour une grosse part la censure réelle et l'éviction littérale des juifs des universités et du monde culturel il y a 2-3 ans encore publier un livre si on était il y a des juifs qui se sont fait littéralement canceller pour la seule raison qu'ils étaient juifs aux Etats-Unis des écrivains je cite à la fin du livre des statistiques que je n'ai pas en tête là sur la baisse drastique de juifs dans les universités américaines pour des raisons littéralement politiques on m'a encore raconté il y a 2 jours l'exemple de quelqu'un dont la fille est juive et à qui on déconseille de s'inscrire dans 85% des universités en raison du climat donc ça c'était absolument inimaginable à l'époque de Roth et ça a vraiment c'est à dire que Roth était le satiriste d'une normalité et il explorait le prix à payer pour cette normalité cette normalité a disparu et alors la modernité paradoxale de Roth alors que cette normalité a disparu c'est d'avoir senti ce qu'il y avait dessous c'est de s'être interrogé sur ce qu'il y avait sous la normalité c'est à dire ce que je dis dans le titre la sauvagerie la violence l'irrationalité la folie tout ce qu'on voit aujourd'hui
et Giuliano d'Ampoli dans les ingénieurs du chaos écrit la chose suivante Steve Bannon premier grand conseiller de Donald Trump sait que sous la surface du web s'agitent des courants invisibles mais très puissants alimentés par la frustration de millions d'individus qui se sentent en marge de la société et par cette colère innée et sourde de l'Amérique dont parlait déjà Philippe Roth dans Pastoral Américaine
bien sûr et pas seulement dans Pastoral Américaine il y a danger je ne sais plus quel livre il y a un roman de Roth dont le titre m'échappe dans lequel un des personnages dit c'est plus le sexe qui est le secret aujourd'hui c'est la colère et c'est un livre écrit dans les années 70 et c'est très pressiant
et à la toute fin de votre livre mais à toute toute fin Marc Weizman vous avez cette phrase ce livre est beaucoup de choses différentes et notamment à Paris celui que l'on peut décrire le monde post-littéraire qui est le nôtre désormais exclusivement à partir de la littérature expliquez-nous déjà l'idée de monde post-littéraire il me semble
que c'est vrai c'est-à-dire que la littérature
n'a plus de pouvoir n'a plus sa place
je pense que même on peut jusqu'à dire que la culture est une chose du passé le mode d'expression aujourd'hui n'est plus du tout l'écrit c'est ce que j'appellerais l'oralité digitale c'est-à-dire que le langage des réseaux le langage internet est une forme d'oralité même quand c'est écrit c'est pas de l'écrit à partir de là il y a toute une réflexion à avoir sur ce que ça veut dire le temps du narratif plus personne ne pense ni même ne peut sérieusement aborder une histoire avec un début un milieu et une fin le cerveau est pratiquement plus configuré pour ça des sondages des enquêtes très intéressantes publiées dans Chronicle of Higher Education qui est la revue la plus importante des enseignants de l'éducation supérieure aux Etats-Unis montrent que les étudiants y compris des étudiants des universités d'élite sont incapables aujourd'hui de lire un roman de facture moyenne d'un bout à l'autre voilà et je pense que c'est encore pire pour ce qu'on appelle la génération Z et que non seulement la littérature mais même la culture sont en train de devenir des choses du passé probablement et donc c'est le dernier grand Philippe Roth alors maintenant on verra l'avenir ça veut pas dire qu'il n'y aura pas d'autres grands écrivains qui viendront il y a autre chose va se créer il ne faut pas non plus barrer la voie de l'avenir mais ce qui est certain c'est que la place centrale de la culture et de la littérature dans les sociétés va certainement disparaître au moins pour quelques décennies vous êtes d'accord il y a un passage dans le livre de Marc Westman où il parle de cette génération dont Roth a fait partie Norman Mailer et d'autres et il montre très bien que la manière dont ces gens fonctionnaient n'est plus possible aujourd'hui il n'existe plus c'était des gens qui sont nés avant la télévision donc leur imaginaire était structuré par les livres c'était déjà différent pour tous ceux qui sont nés après 45 mais alors ceux qui sont nés aujourd'hui ou il y a 20 ans c'est un autre monde
alors un dernier mot il n'a pas eu le prix Nobel beaucoup d'auditeurs nous posent cette question comment le vivait-il ?
il se marrait il se marrait il m'interrogeait il m'interrogeait à chaque fois sur qui il avait eu notamment quand c'était un français on s'est un peu amusé notamment sur le franco-chinois troupe anarchiste
troupe trop libre trop libre merci à tous les deux merci infiniment Marc Weitzman La part sauvage publiée chez Grasset je rappelle Josiane Savignot le titre de ce livre que vous aviez publié chez Gallimard avec Philippe Roth et toujours chez Gallimard ce nouveau volume de ses romans qui vient de paraître remarquablement bien traduit
avec mon livre préféré Opération Shylock
et qui couvre la période 1993-2007 merci encore