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interviewC à vous (sur YouTube)· 5 septembre 2025 7 min

Le regard d’Emmanuel Carrère sur la guerre en Ukraine

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

et il met en lumière le fait-maison et la gastronomie française. - A.-E.Lemoine: C'est une chartreuse de pommes de terre.

Magnifique. C'est la forme donnée qui s'appelle la chartreuse. Vous faites des enquêtes sur nos invités. - V.Blanchet: Je suis bien aidé, je ne vais pas mentir.

Je continue ma recherche derrière pour aller plus loin. - A.-E.Lemoine: Merci.

A suivre, une chartreuse de pommes de terre et un bonus de L.Sénéchal. On parle du film événement de la Mostra de Venise. - L.Sénéchal: "Le Mage du Kremlin" par le réalisateur français O.Assayas, avec Jude Law dans le rôle de V.Poutine.

L'acteur britannique dit qu'il a étudié le président russe. ... - L.Sénéchal: Il a appris le judo pour mieux ressembler à V.Poutine, qui est lui-même judoka. "Le Mage du Kremlin" raconte l'ascension de Poutine et est un film sur la transformation de la politique, raconte le réalisateur, avec ce fameux mage.

Dans la vraie vie, c'est un conseiller de l'ombre de Poutine qui l'accompagne depuis 25 ans. Le monde l'a découvert à travers le livre de G.da Empoli, vendu à plus de 600 000 exemplaires, sous les traits d'un personnage fictif largement inspiré par lui. - G.da Empoli: Le Kremlin est un endroit d'espions et d'hommes d'affaires, d'hommes de force.

Il y a cet homme qui a fait du théâtre, qui écrit des romans sous pseudonyme. Il interprète la politique comme une performance de théâtre contemporain. - L.Sénéchal: Après le livre, le film est un événement, jusqu'à être évoqué en conférence de presse devant V.Poutine lui-même.

Vous risquez d'être déçus. Il a botté en touche. ... - A.-E.Lemoine: "Le Mage du Kremlin", film dont E.Carrère a cosigné le scénario.

Scénariste, réalisateur mais d'abord romancier. Il est en lice pour le Goncourt avec "Kolkhoze", un livre né des 2 chocs de la perte de ses 2 parents à quelques mois d'intervalle et l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Bonsoir.

Bienvenue. Ravie de parler de "Kolkhoze", une admirable fresque familiale sur 4 générations et plus d'un siècle d'histoires russe et française, jusqu'à la guerre en Ukraine que V.Poutine justifiait encore il y a 24 heures en Chine comme le résultat d'un coup d'Etat en Ukraine soutenu et encouragé par l'Occident.

V.Poutine réagissait à la présentation à Venise du "Mage du Kremlin". Est-ce que vous pensez qu'il a fait le lien entre le coscénariste et votre mère, l'historienne spécialiste de la Russie qu'il a rencontrée à plusieurs reprises? - E.Carrère: Honnêtement, je ne crois pas.

Il ne faut pas sous-estimer les services soviétiques puis russes, qui sont extraordinairement bien informés. "Je ne crois pas", c'est une modestie. - A.-E.Lemoine: La guerre est l'invasion de l'Ukraine par la Russie qu'aucun spécialiste de la Russie et de Poutine n'avait imaginée.

Cette invention a été le point de départ de ce livre. - E.Carrère: Ceux qui la voyaient venir, c'était les services américains.

En dehors de ça, personne. Ma mère, personnage central de ce livre, qui avait une très bonne connaissance de la Russie, quelques jours avant l'invasion, elle disait: "Poutine n'est pas fou. Il ne va pas envahir la Russie." On peut considérer qu'elle manque de clairvoyance.

Sans doute. Au fond, tout le monde créditait Poutine d'une espèce de rationalité. "C'est un joueur d'échecs.

Il est rusé. Il ne connaît que la loi...

Les rapports de force." Tout à coup, un type fait quelque chose d'imprévisible. Le pire de tout, c'est qu'on peut se demander, presque 3 ans après, si, au fond, c'était si délirant et irrationnel.

On se disait qu'il devait forcément se réveiller la nuit en se disant: "Comment je peux rembobiner...

J'ai fait une connerie pareille..." Peut-être que non.

Peut-être qu'il se dit qu'il a très bien fait et qu'il faut continuer jusqu'à ce que l'Ukraine soit entièrement écrabouillée et que l'Europe, malgré beaucoup de bonne volonté, n'arrive pas à faire grand-chose. - A.-E.Lemoine: Vous êtes de plus en plus pessimiste, vous dont les racines russes ont marqué votre vie et traversé votre oeuvre.

Le jour de l'invasion russe, vous êtes devenu ukrainien? - E.Carrère: J'ai mis un peu de temps.

Pas ce jour-là. J'ai mis un peu de temps à aller beaucoup en Ukraine. Je suis plutôt...

J'ai toujours tendance à penser que chacun a ses raisons, les zones grises...

En l'occurrence, là, non. Il n'y a pas de zone grise. Il y a très clairement un agresseur et un agressé.

Il y a une démocratie pas parfaite et, de l'autre côté, une dictature de plus en plus féroce. Ce n'est pas difficile de prendre partie. Même moi qui passe mon temps à clairvoyer...

Mon engagement ne va pas loin. Je suis allé 5 fois en Ukraine. J'y ai tourné un film.

J'ai fait des reportages. Dans des pays qui sont dans cette situation, on a scrupule à y aller en se disant que c'est dérisoire. C'est une espèce de tourisme du malheur.

Je vais rentrer chez moi tranquillement. En même temps, les Ukrainiens sont extraordinairement contents qu'on vienne. Ils ont une peur terrible et légitime et fondée qu'on les oublie.

Quand vous venez en Ukraine, on vous dit que vous êtes très courageux de le faire. C'est sans doute exagéré.