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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 7 juin 2018 23 min

SNCF : "Il faut continuer" la grève parce qu'une "négociation risque de s’ouvrir", affirme Clémentine Autain

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:12
Clémentine Autain

Clémentine Autain, député de la France Insoumise et l'invité de France Info ce matin, Jean-Michel Apathy. Bonjour Clémentine Autain.

0:17
Présentateur

Bonjour. La cellule investigation de France Info a étudié avec attention la masse des documents qui retracent le financement de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron. Des documents qui sont disponibles aujourd'hui puisque la commission nationale des comptes de campagne a fini de les examiner. Elle est à la disposition de ceux qui veulent les regarder. Le produit de cette enquête peut être consulté sur France Info.fr. Et il apparaît qu'Emmanuel Macron, en tant que candidat à la présidence de la République, a bénéficié, ce qui semble contraire à la loi, de remises, de ristournes de la part d'entreprises dans des locations de salles par exemple.

Et c'est Sylvain Tronchet, l'un des auteurs de cette enquête pour France Info, qui synthétise quelques-unes de ce qui peut apparaître comme des irrégularités de la campagne d'Emmanuel Macron.

0:58
Invité

Le 8 mars 2017, Emmanuel Macron est en meeting au Théâtre Antoine à Paris. A la fin de la soirée, son épouse Brigitte monte sur la scène et remercie très chaleureusement le propriétaire des lieux. Merci aussi Jean-Marc Dumonté. Je ne sais pas où est Jean-Marc qui nous a accueillis dans ce théâtre. 3 000 euros touront la soirée selon les factures que nous avons consultées. Emmanuel Macron aurait donc bénéficié de 75% de ristournes. Une autre salle parisienne, la belle-villoise, nous avons découvert que lorsqu'Emmanuel Macron y est allé, il a payé à prestations égales 4 fois moins cher que le candidat socialiste Benoît Hamon.

1:34
Présentateur

Donc ce sont une analyse, des révélations de cette cellule d'investigation qui font apparaître que peut-être la campagne d'Emmanuel Macron n'a pas été financée dans des conditions qui sont correctes. Quelle réaction cela entraîne chez vous Clémentine Autain ?

1:48
Invité

D'abord je voudrais saluer le travail journalistique, ce qui me fait penser qu'on a décidément besoin de ce travail journalistique dans une démocratie vivante, qui est fait d'abord par Mediapart et par Vossoin. J'ai lu attentivement les révélations, ce qui sort aussi de ce qu'on appelle maintenant le Macron-lix, c'est-à-dire des mails qui ont fuité et sur lesquels on peut se baser pour avoir des informations qui sont révoltantes, sincèrement révoltantes. Pourquoi le sont-elles ? D'abord parce que les faits qui sont révélés sont interdits par la loi.

Et ils sont interdits au nom d'une égalité de traitement, qui est un gage nécessaire pour que les candidatures puissent être, comment dire, avoir...

2:32
Présentateur

Que la compétition puisse être relativement égalitaire.

2:34
Invité

Sinon ce sont toujours les puissants, ceux qui ont un bon carnet d'adresses, qui vont bénéficier de soutien, et d'ailleurs c'est déjà quand même le cas, même dans le cadre légal actuel, et qui donc vont être avantachés dans la compétition électorale. Donc c'est un, les faits révélés sont graves, et je constate que pour des faits dont je n'ai aucune information précise, mais qui concernent la campagne de Jean-Luc Mélenchon, qui ne sont pas comparables en termes de gravité, mais le parquet a été saisi.

3:00
Présentateur

Oui, enquête préliminaire et pour vérification.

3:03
Invité

Enquête préliminaire. Donc ce que je ne comprends pas, c'est comment la Commission nationale des comptes de campagne a-t-elle pu laisser filer ces informations, et deuxièmement, pourquoi le parquet n'est pas aujourd'hui saisi. Donc c'est une affaire d'État, une affaire d'État qui est complétée par un élément que je vous livre, puisque le parisien vient de révéler que le président de la Commission nationale des comptes de campagne, M. François Logereau, a par décret, le 30 mai dernier, vu son salaire augmenter, tenez-vous bien, de 57%. C'est-à-dire qu'il est passé de 4 500 euros à 7 000 euros, avec une prime annuelle de 9 000 euros, et ceci par décret du 30 mai.

Est-ce que c'est pour remerciement, pour avoir bien protégé le président de la République et le pouvoir en place ?

3:48
Présentateur

C'est une accusation assez grave que vous formulez ?

3:51
Invité

Écoutez, en tout cas, c'est une interrogation...

3:53
Présentateur

L'augmentation du salaire est liée à la manière dont les comptes ont été analysés.

3:57
Invité

On peut en tout cas se poser la question. Et j'espère qu'une enquête va être ouverte et que la justice va se saisir des éléments qui sont graves, qui sont des infractions à la loi. Et le président de la République et toute la Macronie qui est prompte à aller traquer demain les chômeurs pour fraude ou qui n'aurait pas payé je ne sais quoi, est aujourd'hui devant des accusations qui sont des accusations extrêmement graves. Et d'ailleurs, vous remarquerez que dans l'histoire française, d'abord, la tolérance sociale n'est plus celle d'hier vis-à-vis de ces petits arrangements entre amis. Ce n'est plus vrai. Et je crois que la société avance et c'est une bonne chose.

Mais dans le même temps, je constate que quand on gagne, d'une certaine manière, c'est plus si grave. C'est-à-dire que Nicolas Sarkozy, il a commencé à avoir des ennuis judiciaires à partir du moment où il a perdu. Mais s'il gagne, c'est comme si on effaçait l'ardoise. Alors que quand on gagne en ayant sur des bases qui sont des bases tronquées, d'une certaine manière, il faudrait pouvoir revoir les choses. On le voit pour des députés, des élections seront invalidées. Ce serait aussi logique de pouvoir le penser pour un président de la République. On vende beaucoup la démocratie dans les pays du Nord.

Dans les pays du Nord, moi j'ai vu des ministres qui démissionnent parce qu'une facture de 100 euros, ils l'ont payée avec la carte du ministère et pas avec la bonne carte. Là, on est sur des sommes qui n'ont rien à voir et qui sont inadmissibles. La mutualité, j'ajoute...

5:27
Présentateur

Attendez, pour reprendre quelques-uns des éléments que vous avez évoqués, Clémentine Autain, il faut signaler que François Laugereau fait une conférence de presse ce matin puisque apparemment la Commission nationale des comptes de campagne a examiné tous les comptes et donc il y a un point général. Donc il aura l'occasion, je pense, puisqu'il sera questionné, j'imagine, de s'expliquer sur...

5:44
Invité

Expliquer ce qui vaut une augmentation de 57%, ça fait rêver beaucoup de Français, vous savez.

5:49
Présentateur

Voilà, alors François Laugereau est le président, bien sûr, de la Commission nationale des comptes de campagne. D'autre part, il faut reconnaître que le système n'est quand même pas si mal fait puisque tous les documents sont à disposition, notamment des journalistes qui veulent les expertiser. Alors ça prend beaucoup de temps, il faut prendre ce temps. Ça a été fait avec les comptes de campagne de tous les candidats. Certains candidats ont critiqué violemment des journalistes qui s'étaient livrés à cet exercice après que la Commission nationale des comptes de campagne les ait mis à leur disposition.

Je ne citerai pas les candidats qui ont critiqué violemment les journalistes, mais enfin, si les gens de la mémoire y retrouveront bien le nom des candidats. Et donc ça nous permettra de réfléchir tous ensemble au financement des campagnes parce que si beaucoup de candidats détournent d'une manière ou d'une autre les modes de financement des campagnes, il faut peut-être s'interroger sur la nécessité même de les encadrer.

6:37
Invité

Non, il faut les encadrer. Je vous ai entendu tout à l'heure évoquer l'hypothèse d'arrêter d'encadrer. Si on arrête d'encadrer, on devient dans des démocraties.

6:44
Présentateur

Les surfacturations, les cadeaux des entreprises, beaucoup de gens détournent les règles de financement.

6:48
Invité

Alors parce que les règles ne sont pas appliquées, on va supprimer les règles. Moi, je ne suis pas d'accord avec ça. On doit se donner les moyens d'appliquer les règles. On doit se donner les moyens d'appliquer les règles. Moi, je ne sais pas.

6:58
Clémentine Autain

Elles sont facilement contournables. C'est ça qui est frappant.

7:01
Invité

Il faut être pratique aussi. Visiblement pas tant que ça, puisque avec les éléments qui vous sont livrés, qui sont publics, vous avez réussi à remonter des choses.

7:10
Clémentine Autain

Oui, mais la commission a validé.

7:12
Invité

Bien sûr que la commission... Mais c'est un des problèmes. C'est ça qui est... L'indépendance de la commission fait partie de la question qui nous est posée. Vous avez un doute sur l'indépendance de cette commission ? Non, ce que je veux dire, c'est que je ne crois pas qu'il faille renoncer à des règles, si elles sont justes pour la démocratie et pour le traitement à égalité des candidats, au nom du fait qu'ils ne sont pas respectés. Bon, il faut que ces règles soient respectées. Et j'insiste, puisque vous parlez de la différence entre les candidats, ce qui peut nous mettre en colère, c'est que moi, la petite musique que j'ai entendue, c'est le deux poids deux mesures.

Le deux poids deux mesures dans l'ampleur... L'ampleur... C'est pas du fait des journalistes, hein ?

7:44
Présentateur

C'est peut-être du fait de la justice, mais pas des journalistes.

7:47
Invité

Il y a l'ampleur. Le compte qui a été le premier épluché est celui de Jean-Luc Mélenchon. Ensuite, on s'est intéressé à celui d'Emmanuel Macron. Une enquête préliminaire est ouverte pour ce qui concerne les comptes de Jean-Luc Mélenchon. Et les faits qui sont reprochés ne sont pas du tout de même nature et de même ampleur. Ah bah peu importe. Oui, j'entends bien, mais enfin pas tout à fait, peu importe, si je puis me permettre.

8:07
Présentateur

Quelqu'un que je ne nommerai pas présenterait des excuses aux journalistes et qu'il a insulté pour s'être occupé de son compte de campagne serait bienvenu. Mais je dis ça, bien sûr. Je dis rien.

8:15
Invité

Et des journalistes présenteront eux aussi leurs excuses. Le moment venu, oui. Bref.

8:22
Clémentine Autain

France Info. Clémentine Autain, député de la France Insoumise et l'invité de France Info ce matin, Jean-Michel Apathy. Donc nous avons parlé avec vous, Clémentine Autain, des comptes de campagne d'Emmanuel Macron.

8:31
Invité

Oui, si vous me permettez de préciser pour ce qui concerne Jean-Luc Mélenchon, il me semble que ce qu'il a critiqué, ce ne sont pas les documents tels qu'ils ont été fournis par la commission, mais les interprétations sur la base d'informations qui parfois étaient inexactes par un rapporteur qui a été démissionnaire. Donc faisons aussi attention parce que la petite musique qu'on peut entendre, il y a un côté tous pourris. Là, le sujet d'aujourd'hui, le sujet d'aujourd'hui, il est qu'il y a une affaire d'État qui est sur la table et que nous demandons aujourd'hui des comptes.

9:01
Clémentine Autain

Pour quelques milliers d'euros, Clémentine Autain, on parle d'affaires d'État ?

9:03
Invité

Vous plaisantez ?

9:04
Clémentine Autain

Vous avez quel chiffre ?

9:06
Invité

Je n'ai pas fait le calcul, mais quand on commence à... Parce que tout à l'heure, vous avez cité deux salles, mais il y en a d'autres.

9:11
Clémentine Autain

8000 euros éventuellement de décarts à Bobineau, 8000 au Théâtre Antoine ?

9:15
Invité

Non, c'est plus que ça. Faites le total. Et puis par ailleurs, il n'y a pas que ça parce qu'il y a les autres affaires qui avaient été révélées sur... Par rapport au budget global de la campagne ? Oui, mais même, on fera le compte au bout du bout, mais il y a aussi la question des donations qui ont pu dépasser le plafond. Et ce n'est pas simplement lié aux salles. Même si, par exemple, pour la mutualité, j'en ajoute encore une autre, ils ont payé 30 000 euros de plus que Macron, les Républicains.

9:38
Présentateur

Si vous en êtes d'accord, Clément, on renvoie les auditeurs et les téléspectateurs de France Info à la lecture du papier très détaillé, très informatif.

9:46
Invité

Je suis d'accord avec vous. Absolument.

9:48
Présentateur

Il est très informatif. Voilà, donc sur le site franceinfo.fr, on peut voir tout ça. Les commentaires ont été faits. Je rajouterai un dernier, mais ce n'est pas pour mettre de l'huile sur le feu. Mais les journalistes font leur travail. Et je pense qu'ils l'ont tout le temps fait. Parfois, certains disent « c'est très bien », puis parfois, les mêmes disent « ah, c'est scandaleux ». Et là aussi, il y a un deux poids, deux mesures dont il faut se départir. Et ce n'est pas forcément vous que je vise, mais je crois que vous le savez.

10:11
Invité

On peut passer à l'actualité ? Voilà, passons à autre chose et saluons le journalisme d'investigation.

10:16
Présentateur

Je suis heureux de vous l'entendre dire. La réforme de la SNCF poursuit son chemin. Le Sénat l'a voté. Une commission parlementaire mixte composée de sénateurs et de députés se saisira une dernière fois du texte la semaine prochaine. Et on peut penser que cette réforme, elle va entrer dans les faits. Et que donc, lutter contre elle n'a plus beaucoup de sens ni d'objet. Qu'en pensez-vous ?

10:34
Invité

Je pense que cette mobilisation aujourd'hui, qui d'ailleurs rassemble un front syndical uni, avec des journées de grève qui se sont enchaînées. Il y a certains cheminots qui ont perdu quasiment un mois de salaire dans cette affaire. C'est une bataille qui est juste sur le fond, parce qu'elle vise à s'en prendre à des logiques qui n'ont pas marché ailleurs. Parce que le nouveau monde d'Emmanuel Macron, pour ce qui concerne la SNCF, c'est quand même le vieux monde d'hier de Margaret Thatcher. Donc c'est des solutions dont on sait qu'elles mènent dans le mur.

Et je crois que les cheminots qui se battent pour un service public de qualité, contre la logique de concurrence, contre la casse des statuts, parce qu'on va commencer par les cheminots, mais si vous croyez qu'on va s'arrêter là... Mais est-ce qu'il faut continuer ? C'est sans fin, oui. C'est ça la question. D'abord, il y a des éléments qu'on peut gagner. Sans doute que cette bataille n'a pas été suffisamment puissante dans le pays pour permettre le recul total du gouvernement sur cette réforme. C'est malheureux.

11:28
Clémentine Autain

Et sur quoi vous espérez les ordres ? La stratégie n'était peut-être pas la bonne, cette grève qui a surpris.

11:33
Invité

Moi, je vais vous dire sur la stratégie... La grève en pointillé. Regardez 68. En 68, quand ça prend, et quand ça prend de masse la plus grande grève générale de l'histoire de France. Vous croyez sincèrement que c'est lié à une bonne idée stratégique des centrales syndicales ou de je ne sais qui ? C'est qu'à un moment donné, ça cristallise. Et on ne sait pas toujours très bien pourquoi. Alors parfois, on peut avoir des choses qui se cristallisent, et effectivement, l'encadrement est si mauvais, où il y a des décisions, des divisions qui empêchent que ça pousse plus fort.

11:59
Présentateur

Mais là, je ne crois pas que ce soit précisément le cas. À quoi sert la poursuite de la grève à la SNCF ? De gagner d'autres choses. On a déjà gagné des choses, d'ailleurs, M. Apathy.

12:07
Invité

Vous avez remarqué que sur la question de la reprise de la dette par l'État, on avance. Je ne dis pas que c'est totalement gagné, mais un amendement sur l'incessibilité des parts de l'État, deuxième exemple, que nous avions déposé à l'Assemblée, qui avait été refusé, est en train de revenir sur la table. Donc, deuxième élément, reprise de la tête, insensibilité, des enjeux autour du statut, mais en tout cas des droits pour les cheminots. Il y a à négocier. Il y a à négocier. Donc, la lutte n'aura pas mené à rien. Mais est-ce qu'il faut poursuivre la grève à la SNCF ? Mais est-ce qu'il faut poursuivre ? Connaissez-vous un autre moyen pour gagner des choses ?

12:40
Présentateur

Mais qu'est-ce que vous cherchez à gagner maintenant ? Je suis en train de vous dire. Vous vouliez le retrait du projet de loi. Ça, vous l'aurez pas.

12:44
Invité

Oui, mais je suis en train de vous donner des exemples précis de ce qu'on peut continuer à gagner.

12:48
Présentateur

Sur les trois points les plus importants, qui étaient le changement de statut de la SNCF, la fin de l'embauche de statut, avec le statut de cheminot.

12:55
Invité

La fin du statut, bien sûr.

12:56
Présentateur

En 2020, je suis en train d'oublier le troisième, mais ça va me revenir. La dette, mais oui, la dette s'est faite. Et donc, ça s'est fait, c'est réglé tout ça. Donc, pourquoi continuer la grève ?

13:06
Invité

Vous comprenez que la question se pose ? Oui, mais ce que je veux dire, c'est que si on va par là, ça veut dire que la grève ne sert décidément à rien. Et je pense que du côté du pouvoir en place... Elle a peut-être servi à quelque chose, à obtenir ce que vous avez voté. Moi, je ne suis pas d'accord avec vous. Je pense qu'elle a servi. Il faut continuer la grève. Il faut continuer parce qu'une négociation risque de s'ouvrir, là, quand même. Et que donc, il y a des éléments à gagner concrètement.

13:25
Présentateur

Il n'y a pas un côté jusqu'au boutiste dans le raisonnement ?

13:27
Invité

Non, je pense qu'il y a la volonté d'amoindrir les reculs qui sont à l'œuvre aujourd'hui avec cette réforme. Et ça, c'est malheureusement un dernier enjeu. J'aurais préféré des mouvements de masse, de toute la société, qui permettent de mettre un coup d'arrêt. Mais vous savez, faites attention, parce que ce n'est pas parce que ce mouvement-là n'a pas totalement gagné, que Macron aurait marqué le point. Alors, moi, je constate que globalement, aujourd'hui, Macron est en train de reculer dans les têtes. Et d'ailleurs, toutes les enquêtes d'opinion montrent qu'il est associé au président des riches, que les Français estiment qu'il n'est pas le président qui garantit la justice sociale.

Bien au contraire. Et je crois que les masques sont en train de tomber aussi sur les libertés publiques et son rapport à la démocratie, qui est pour le moins certain. La façon dont il traite le Parlement est tout à fait révoltant. Et le rythme est freiné. Et le mépris, les ordonnances, la façon dont il nous traite est un problème. Mais aussi les mots qu'on a entendus de grand mépris à l'égard de celles et ceux qui veulent contester. Une démocratie n'est debout qu'à la condition du respect du droit de grève et du respect de la contestation et des oppositions politiques. Et notre régime, aujourd'hui, je trouve qu'il est vraiment très mal mené.

14:37
Présentateur

On parlait de la nécessité ou pas de poursuivre la grève de la SNCF. Vous dites oui. On note qu'un aspect singulier dans cette grève est en train de se pointer. C'est les jeunes lycéens qui vont passer le baccalauréat. Et la direction de la SNCF essaie de dire nous ferons tout ce que nous pouvons pour la semaine du 18 juin. Faire en sorte que tous ceux qui doivent se rendre dans des centres d'examen puissent le faire avec le train. On écoute Alain Krakowicz, qui est responsable de la SNCF à Nile-de-France.

15:04
Invité

Ce qu'on a fait sur les jours de grève, c'est qu'on a d'abord travaillé en anticipation avec le rectorat pour cibler les trains. Ce qui est très important, c'est de déterminer quels sont les trains qui vont acheminer les candidats avant 8 heures dans les différents centres d'examen. Et notre objectif, c'est d'abord de les garantir. Donc on a notre plan de transport qui a été établi à l'avance. Ce qu'on veut, c'est rassurer et garantir encore plus ces trains qui vont être susceptibles d'acheminer les candidats.

15:28
Présentateur

Et l'UNSA et la CFDT disent oui, peut-être que pour le bac, on ferait bien de suspendre la grève. Qu'en pensez-vous ?

15:35
Invité

Je pense qu'il y a un problème gravissime avec Parcoursup.

15:38
Présentateur

Non, je vous parle de... Est-ce qu'il faut suspendre la grève pour permettre aux bacheliers d'aller dans les centres d'examen ? D'abord. Après, on va parler de Parcoursup.

15:46
Invité

Oui, mais ce n'est pas totalement sans lien. Ce n'est pas totalement sans lien, si vous voulez. Non, mais ce n'est pas totalement sans lien. Parce qu'on a eu toute une polémique autour du fait que l'enjeu majeur... Souvenez-vous d'Emmanuel Macron qui expliquait qu'il ne fallait pas des examens en chocolat, que tous les élèves devaient passer leur bac.

16:05
Présentateur

Il a raison, il ne faut pas des examens en chocolat.

16:08
Invité

Il a raison. Non, mais vous voyez un peu l'expression très paternale. Dans un moment, et c'est pour ça que je veux venir au cœur du sujet qui intéresse la jeunesse aujourd'hui et notamment ceux qui passent le bac, c'est Parcoursup parce que moi, je suis élue de Seine-Saint-Denis et malheureusement, aujourd'hui, il y a des lycéens qui se demandent s'ils vont aller passer le bac parce qu'ils se demandent à quoi ça sert. La réalité de Parcoursup, c'est qu'aujourd'hui, au 8 juin, l'année dernière, on avait 80% des lycéens de terminale qui étaient affectés. Et il y avait la moitié qui avaient ce qu'ils voulaient.

Mais aujourd'hui, on en a 75% seulement qui ont une réponse et seulement 3 cinquièmes qui ont ce qu'ils veulent. Donc, c'est-à-dire qu'on a moins de jeunes qui obtiennent ce qu'ils avaient choisi, ce qui, en termes d'échec potentiel, est à mon avis un grave problème. Et surtout, des inégalités territoriales, et donc sociales aussi, qui se révèlent. Lycée, Jean Rostand, à Villepinte, un seul exemple. 40% n'ont aucune proposition contre 75% nationale.

17:15
Clémentine Autain

Clémentine Autain, député de la France Insoumise et l'invité de France Info ce matin, Jean-Michel Apathy.

17:19
Présentateur

Vous vouliez évoquer, Clémentine Autain, une inégalité territoriale dans le traitement des dossiers des lycéens avec Parcoursup.

17:25
Invité

Oui, parce qu'on nous a expliqué que, voilà, ça allait bien fonctionner, que grâce à Parcoursup, tout le monde allait être bien aiguillé. Le problème, c'est qu'on constate une immense inégalité sociale et territoriale, les deux étant terriblement liées.

Donc, ce qui est en train de préparer ce gouvernement, c'est, d'une certaine manière, un écrémage et des handicaps supplémentaires pour des populations qui viennent de territoires, qui sont des territoires, je pense à la Seine-Saint-Denis, parce que j'en suis élue et que c'est emblématique, comme on l'a vu avec le rapport parlementaire qui a été remis il y a des jours, et il y a de quoi pousser un cri de colère maximal, parce que c'est dans tous les domaines que nous sommes sans cesse, davantage, stigmatisés et empêchés. Et la jeunesse, aujourd'hui, est empêchée.

18:07
Présentateur

Le logiciel stigmatise volontairement, involontairement, certains lycés ?

18:13
Invité

Oui, bien sûr, bien sûr. Je vous parlais de ce lycée Jean-Rostand avec les 40% qui n'ont aucune proposition, mais c'est vrai dans plein de lycées de la Seine-Saint-Denis. Et la classe STI, je donne une classe de STI, on a simplement 6 élèves sur 20 qui ont aujourd'hui une proposition. Et l'autre jour, je m'amusais, je voyais un reportage sur BFM qui montrait des lycéens qui étaient mobilisés, et le commentaire, c'était « La banlieue fait part de son sentiment d'inégalité ». M. Apathy, ce n'est pas un sentiment d'inégalité, c'est une réalité qui est creusée par des politiques d'austérité qui s'abattent d'autant plus sur les territoires populaires.

Oui, mais je vous parle de Parcoursup, précisément. Le logiciel fait en sorte de créer une ségrégation ? Vous savez que ce n'est pas simplement un logiciel. En plus, je peux vraiment témoigner de près, parce que je vis avec un enseignant qui a passé beaucoup d'heures, justement, à traiter des dossiers. Où il y avait une place, il avait des tonnes de dossiers à traiter. Donc je l'ai vu faire très concrètement. Et donc, évidemment qu'avec ce système de traitement, vous avez moins de place, parce que c'est quoi le problème ? C'est quoi le problème ? C'est que l'État n'a pas été capable d'anticiper le baby-boom des années 2000, son impact sur l'enseignement supérieur.

Et que donc, on a un problème de place. Et au lieu de dire « Créons des universités », comme moi, je le propose par exemple au nord de la Seine-Saint-Denis, là où je suis, au nord-est de la Seine-Saint-Denis, parce qu'on a un énorme bassin d'emploi, Kéroissy, nous avons une jeunesse nombreuse, et la première université à la ronde, elle est très loin. Et je pense précisément que d'avoir une université là, près de chez soi, c'est une manière aussi d'inciter les jeunes et de leur dire « c'est pas aller ailleurs », c'est chez nous aussi. Au lieu d'investir dans ces universités, on dit « bon, on n'a pas de place, alors on va sélectionner ».

Et quand vous sélectionnez, vous vous rendez compte que si vous sélectionnez avant le baccalauréat, avant même le baccalauréat, ça veut dire que vous allez sélectionner en fonction du lycée de départ, des notations, etc. Et ça, c'est discriminant pour certains publics, c'est grave. Et je ne vous parle pas socialement, je donne un dernier élément. Un dernier élément, le problème aussi, il est qu'il y a 15 jours, il fallait faire ces demandes de logement étudiant. Comment vous faites quand vous êtes sans le sou et que vous devez vous occuper d'un étudiant pour le mois de septembre, savoir où il va loger quand il n'a pas d'affectation ?

On a un système qui marche sur la tête et qui est profondément inégalitaire.

20:23
Présentateur

C'était votre critique de Parcoursup. Est-ce que vous m'autorisez à revenir à ma question d'origine ? Est-ce qu'il faut suspendre la grève pour permettre au bachelier de passer le bac ?

20:31
Invité

Est-ce qu'il faut suspendre la grève ? Vous voulez opposer les grévistes ?

20:36
Présentateur

Je ne veux rien. Je peux vous faire réécouter si vous voulez le son du directeur de la SNCF qui dit nous essaierons de prendre des dispositions pour que tous les bacheliers qui souhaitent prendre le train pour la grève puissent aller à leur centre d'examen.

20:48
Invité

J'entends bien. Est-ce qu'il faut suspendre la grève pour les bacheliers ? Je vais au monsieur Apathy c'est deux choses. D'abord c'est que idéalement si on pouvait donner des réponses positives aux grévistes de la SNCF et par ailleurs aux bacheliers sur Parcoursup on éviterait qu'il y ait la grève et ce type de problème. Donc je ne veux pas qu'on oppose les grévistes de la SNCF aux lycéens. Après vous avez entendu ce qu'il a dit c'est que les cheminots sont des gens responsables ils n'ont pas envie de pénaliser la jeunesse de ce pays.

21:14
Présentateur

Donc le mieux ce serait de suspendre la grève dans la semaine du 18 au 25 juin.

21:18
Invité

Ce n'est pas moi qui vais décider c'est pour ça que je ne peux pas répondre à votre question. Ce sont les cheminots qui vont décider et je pense que ce sont les cheminots qui vont décider je ne veux pas opposer les grévistes aux lycéens je pense que tout le monde essaie de se battre je pense aussi aux lycéens qui sont mobilisés en ce moment essaient de se battre pour tirer la société vers l'eau. Donc je ne veux pas les opposer.

21:37
Présentateur

Vous avez vu les grévistes à faire grève ? Non je les crois responsables C'est pas que vous décidez à leur place mais vous avez une expression les concernant mais dans l'autre sens vous ne voulez pas en parler ? Je vous dis que je les crois responsables

21:48
Invité

et qu'ils prendront la meilleure des décisions

21:50
Clémentine Autain

Et si le conflit n'est pas terminé à la fin du mois de juin Et vous pourriez me poser la question est-ce que le gouvernement

21:56
Invité

vous auriez pu me dire mais est-ce que le gouvernement ne devrait pas donner satisfaction aux grévistes de telle sorte qu'on n'ait plus de problème au moment de passer le vague ? Vous voyez ça aurait été

22:04
Clémentine Autain

une belle question C'est pour ça qu'on ne vous la pose pas comme ça On continue en juillet et en août ou pas ?

22:09
Invité

C'est aux grévistes C'est décidé Non mais c'est pas moi qui décide de la grève à la SNCF Vous le souhaitez ? Je souhaite que le gouvernement donne satisfaction de telle sorte qu'il n'y ait plus cette grève-là et qu'on puisse mobiliser pas simplement en contre mais se mobiliser aussi pour avoir de nouvelles conquêtes sociales et ça, ça nous ferait vraiment du bien d'arrêter d'être simplement défensifs face aux coups qu'on porte et d'essayer d'être davantage offensifs pour avoir enfin un horizon qui soit un horizon de conquête sociale et pas simplement de régression

22:37
Présentateur

Maurice Thorez il disait il faut savoir arrêter une grève Est-ce que je peux signaler aux auditeurs et aux téléspectateurs votre livre Je vous remercie Liberté contre leur libéralisme 1968-2018 et c'est aux éditions du CERF et donc c'est signé par Clémentine Autain

22:53
Clémentine Autain

Vous êtes collègue de livres sur 1968

22:55
Présentateur

Oui, nous n'avons pas les mêmes les mêmes champs d'observation mais nous sommes collègues

22:59
Clémentine Autain

Merci beaucoup Clémentine Autain Très bonne journée à vous

23:03
Présentateur

Merci à vous Merci

23:04
Invité

Merci à vous

23:05
Locuteur

Merci à vous Merci à vous