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interviewLe Média — Podcasts· 23 décembre 2021 47 min

Contre-Matinale #62 | 2021 : Bilan d'une année de crises et de combats

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:08
Présentateur

Salut à toutes et à tous et bienvenue sur le plateau du Média TV. Nous sommes le jeudi 23 décembre 2021 et c'est la dernière contre-matinale de l'année. Oui, nous prenons des congés, mais pendant ces congés, le Média ne s'arrête pas tous les jours ou presque. Vous aurez droit à de nouveaux contenus sur notre site Internet et notre antenne YouTube. L'équipe de la contre-matinale reprendra des forces pour revenir dès le lundi 3 janvier. Et notre collecte de fonds de fin d'année, importante, cruciale même, pour maintenir l'équipe en l'état et la renforcer en cas de franche réussite, et bien notre collecte de fonds de fin d'année continue.

Nous sommes aujourd'hui à un peu moins de 40 000 euros et nous espérons atteindre notre deuxième objectif, c'est-à-dire 50 000 euros, en guise de cadeau de Noël. La contre-matinale du Média, épisode 62, c'est parti. Aujourd'hui, nous aurons deux invités, les deux par visio. D'abord, notre camarade Thomas Porte, président de l'Observatoire national de l'extrême droite, qui fera son bilan de l'année politique 2021. Un bilan qui tient pour lui en quelques expressions clés. Montée d'Éric Zemmour et des violences d'extrême droite, réforme de l'assurance chômage et des APL, crise sanitaire, vaccin et dérive autoritaire.

Nous continuerons avec Stéphane Desgranges, délégué syndical CGT Carrefour Ivry, qui nous parlera de la grève de fin d'année qui secoue depuis vendredi un certain nombre de grandes surfaces Carrefour-Auchan, n'étant pas en reste par ailleurs. Une occasion de plus de nous rappeler qu'en ce temps d'inflation et de hausse de prix, le combat pour les hausses des salaires, au moins au niveau de l'inflation sera central en 2022. Mais avant de les écouter, place à la titrologie. Une fois n'est pas coutume, des reportages à l'étranger occupent la une de deux de nos quotidiens nationaux. « Afghanistan, la fin », fin, F-A-I-M. C'est le titre de libération.

Le quotidien de centre-gauche nous conduit dans un pays qui a, explique-t-il, plongé dans l'abîme. Pénurie de nourriture, infections, dévaluation de la monnaie, sanctions internationales, la coupe est pleine dans un pays mis en coupe réglée par les talibans. L'envoyé spécial du journal raconte son quotidien auprès des afghanes condamnés à mener des vies clandestines et à étudier dans des écoles informelles, puisque les talibans leur refusent le droit à l'éducation.

La croix de son côté nous prend par le bras et nous amène à la rencontre des chrétiens de Syrie, des chrétiens qui sont de plus en plus à partir après dix ans de guerre et un quotidien fait de privations aggravées par les sanctions internationales. Le pays compte aujourd'hui 140 000 familles chrétiennes contre 560 000 en 2010. Alors que les décorations de Noël s'intillent dans nos rues, le Figaro se fait alarmiste et titre « La France sous la menace de coupure d'électricité ». Mais qu'est-ce qui se passe ? Un quart des réacteurs nucléaires exploités par EDF, c'est-à-dire 15 en tout, sont mis à l'arrêt forcé pour des raisons techniques et de sécurité.

Et en plus, vu que l'hiver est plutôt froid, les besoins en électricité sont plus importants. La France paye aussi le prix de son retard dans le développement des énergies renouvelables, écrit le Figaro. Le variant Omicron est la vedette à la une du monde, de l'humanité et des échos. Pour le monde, Omicron contraint l'exécutif à durcir sa stratégie. Le monde évoque l'option d'un couvre-feu pour le nouvel an, et évoque aussi de nouvelles mesures restrictives sur lesquelles planche le Conseil scientifique.

Le monde explique également qu'après les syndicats de patrons et de salariés du privé, la fonction publique se montre elle aussi réticente à l'instauration du pass sanitaire dans les lieux de travail. Pourquoi Omicron complique tout ? C'est le titre de l'Huma, l'Humanité. L'Omicron serait plus transmissible et moins sensible au vaccin, même s'il continue à être assez efficace contre les formes graves. Je parle des vaccins. L'Humanité, le quotidien d'inspiration communiste, donne la parole au virologue Étienne de Crowley, qui explique que le risque de réinfection est trois à quatre fois plus élevé avec Omicron, ou Omicron, ou Omicron, ou en tout cas pas Oh My God.

De son côté, le quotidien économique les écho titrent le retour en force du télétravail, alors que le gouvernement encourage une pratique du télétravail trois à quatre fois par semaine pour les salariés et les entreprises qui le peuvent.

A noter aussi cette dépêche de l'AFP reprenant les propos de Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l'OMS, et ce dernier est catégorique, je le cite, « Aucun pays ne pourra se sortir de la pandémie à coup de doses de rappel, et les rappels ne sont pas un feu vert pour célébrer comme on l'avait prévu », a-t-il dit, et il a ajouté, et je le cite, « Les programmes de rappel sans discernement ont toutes les chances de prolonger la pandémie plutôt que d'y mettre fin, en détournant les doses disponibles vers les pays qui ont déjà des taux de vaccination élevés, offrant ainsi au virus plus de possibilités de se répandre et de muter. » Effet douche froide garantie.

Du côté de la presse indépendante en ligne, je voudrais effectuer un focus sur trois articles. D'abord, cette enquête de nos camarades de Street Press, dont le titre est « De Bruno Maigret au Parti de la France, l'arme secrète, l'armée secrète » d'Éric Zemmour. Une armée constituée de membres de groupuscules d'ultra-droite dissous en raison de leur radicalisation dangereuse pour la paix civile. Des groupuscules comme « Génération identitaire » dans les ex sont comme « À la maison, chez Zemmour » nous apprend.

Street Press, Éric Zemmour échange aussi des textos avec Thomas Joly, leader du micro-parti ultra-nationaliste Parti de France, des infréquentables qui gênent les notables de la manif pour tous et de la droite conservatrice qui ont choisi Zemmour. Les hommes de Bruno Maigret, l'ancien numéro 2 de Jean-Marie Le Pen, sont également au cœur de la machine Zemmour. Zemmour qui a d'ailleurs publié la nuit dernière un communiqué pour se dissocier de ce qu'il appelle les ultras, qu'il compare à des hooligans et qu'il associe aux antifas comme pour les mettre dos à dos. Les deux articles qui suivent sont de Mediapart, régional et départemental, révélations sur de faux électeurs à Toulon.

C'est le titre d'une enquête du quotidien en ligne cofondée par Edwin Plenel. Ça se passe dans un bureau de vote où les candidats LAR, Renaud Muselier et Michel Bonus, ont réuni plus de 85% des voix. Les habitants ont expliqué, élément de preuve à l'appui, précise Mediapart, qui ne se sont jamais rendus aux urnes alors que selon les registres électoraux, ils ont voté. Mediapart écrit, et je cite, « gribouillis, grossiers, signatures différentes entre les élections régionales et départementales ou entre le premier et le second tour. Parfois, pour une seule personne, nous avons identifié quatre signatures distinctes.

Cette étude nous a permis d'isoler un groupe de 72 électeurs présentant des signatures illogiques. » qui a dit que la technologie électorale était réservée uniquement aux républiques bananières. En Afrique, Emmanuel Macron aura-t-il la peau, a-t-il eu la peau de Vincent Bolloré ? On pourrait le penser en lisant le long et très riche papier de la journaliste économique Martine Orange en service à Mediapart. Son titre, « Le groupe Bolloré tire un trait sur l'Afrique ».

Mediapart écrit, et je lis, « Le groupe de Vincent Bolloré a annoncé le 20 décembre être entré en négociation exclusive avec MSC, son ennemi irréductible jusqu'alors, en vue de lui céder toutes ses activités de transport et de logistique en Afrique. Avec cette session, une page tourne pour le groupe, mais aussi pour toute la France-Afrique. En effet, cette session est un véritable séisme. L'emprise de Vincent Bolloré sur les économies des pays d'Afrique subsaharienne francophone est longtemps passée, dans un premier temps, par son contrôle quasi absolu des ports, des réseaux de chemin de fer et plus généralement de la chaîne logistique.

Pourquoi Vincent Bolloré abandonne-t-il sa poule aux odeurs, l'Afrique, qui, selon une étude BNP Paribas datant de 2013, lui rapporterait 80% de ses bénéfices ? C'est à cette question que répond l'article de Martine Orange. Et en premier lieu, elle identifie la concurrence avec l'arrivée des Chinois, des Émiratis et des Qataris, pour lesquels l'unité de compte des investissements est le milliard, selon un connaisseur du dossier interrogé par Mediapart. Mais en second lieu, Bolloré se sent lâché par la France, par l'État français.

C'est parce qu'il assurait le rôle d'intermédiaire entre les pouvoirs français et africains, encore plus après la disparition de Jacques Faucard et de Charles Pasquois, que l'industriel breton avait la côte dans les palais du continent et pouvait gagner des marchés de gré à gré, sans appel d'offres. Or, Vincent Bolloré se rend compte qu'avec Emmanuel Macron, ça ne marche pas, comme avec ses prédécesseurs. Emmanuel Macron pousse manifestement les intérêts du groupe Italo-Suisse MSC, le grand rival du groupe Bolloré. MSC, auquel est connecté par des liens familiaux et professionnels, le secrétaire général de l'Élysée, le fameux Alexis Kohler, souvent décrit comme le vice-président.

Mediapart rappelle que Bolloré a accusé l'Élysée de jouer contre lui et pour MSC, sur les ports de Lomé au Togo et le Douala au Cameroun. Il pointe les diplomates français ainsi que les cadres de l'Agence française de développement. Il se trouve que l'Agence française de développement est dirigée par Rémi Rioux, un ami proche de Alexis Kohler, pour Bolloré. C'est péripétie en une odeur de grand remplacement, si on peut se permettre.

Alors, quand au final, Bolloré est mis en examen pour corruption dans l'attribution de concessions portuaires au Togo et en Guinée et que la justice française refuse, dans une sorte de coup de tonnerre, d'accepter son plaidé coupable, son offre de plaidé coupable permettant d'éviter un procès et de sauver la face, il estime que la coupe est pleine. On rappelle que dans une grande enquête, le Monde présentait la candidature d'Éric Zemmour comme le signe de la grande colère de Bolloré contre Macron. En tout cas, au final, c'est avec MSC, l'ennemi juré, le préféré de la Macronie, que Vincent Bolloré a choisi d'entrer en négociation exclusive pour la reprise de son joyau africain.

Vincent Bolloré cédera donc à ses fils un empire recentré sur les médias et le divertissement. En France, où il a repris les actifs de Lagardère, notamment Europe 1, Paris Match et le journal du dimanche, mais aussi en Afrique, où Canal Plus est un des leaders de la télévision payante et contrôle les filiales d'Universal Musique ainsi que les salles de spectacle Canal Olympia. Après avoir contrôlé la circulation des marchandises, le groupe Bolloré va y contrôler de plus en plus la circulation des idées et des produits culturels. L'enjeu sera d'observer s'il essaiera de fabriquer des petits Éric Zemmour en Afrique pour pérenniser son influence.

On passe désormais à notre conversation à distance, une fois n'est pas coutume, avec notre ami du matin, Thomas Porte, président de l'Observatoire national de l'extrême droite et tout nouveau membre du Parlement de l'Union Populaire. Thomas Porte va esquisser pour nous ce qu'il considère comme le bilan de l'année politique 2021. Bonjour Thomas. Salut. Comment tu vas ? Ça va, merci et toi ? Ça fait bizarre de t'avoir à distance, mais on va faire avec. Alors dans l'équipe de la contre-matinale, nous avons eu envie de faire le point à l'occasion de cette dernière contre-matinale de l'année, sur 2021 justement.

Et nous nous sommes tournés vers toi et tu as évoqué assez spontanément quelques expressions clés. Montée d'Éric Zemmour et des violences d'extrême droite, réforme de l'assurance chômage et des APL, crise sanitaire, vaccins et dérives autoritaires. On va commencer par parler d'Éric Zemmour, qui est pour toi un des phénomènes de l'année 2021. Alors je voulais savoir si, à ton avis, sa transformation en candidat sérieux pouvait-elle être anticipée et comment l'expliquer ?

12:50
Locuteur non identifié

Je pense qu'elle pouvait être anticipée, puisque ça fait des années en vérité que Vincent Bouloré, tu l'as cité dans ta revue de presse, prépare un projet politique d'extrême droite, avec la même mise sur ITL à l'époque, qu'il a transformée en CNews, où il a mis en scène Éric Zemmour, sans contradicteur, tous les soirs à la télé. Il a repris Europe 1 il y a quelques mois pour en faire là aussi une chaîne de propagande au sein de son service politique. Et le phénomène Éric Zemmour, il n'est pas à l'œuvre simplement depuis qu'il est candidat à l'élection présidentielle depuis quelques semaines.

Il est à l'œuvre depuis plusieurs années, depuis qu'on lui donne plateau ouvert à la télé, à la radio et dans les colons du Figaro, pour déverser son idéologie de haine et son idéologie d'extrême droite. Donc c'est un phénomène qui ne fait qu'être en mouvement depuis des années, qui aujourd'hui trouve une traduction politique avec une candidature à l'élection présidentielle, qui pose problème au regard de ce qu'elle entraîne comme conséquence. On va en parler des violences qu'il y a dans la société. Mais la réalité, c'est qu'en France, aujourd'hui, en 2021, on a deux candidats d'extrême droite qui pèsent 30% dans les sondages.

Donc c'est un véritable danger pour notre pays, pour la démocratie, pour la République et pour toutes celles et ceux qui sont attachés aux valeurs de notre pays.

13:54
Présentateur

Et si on en est là, en fait, c'est parce que, quelque part, la grande bourgeoisie l'a bien voulu ainsi, a mis en lumière Éric Zemmour et a laissé prospérer avant Marine Le Pen. Alors comment expliquer tout ça ? Comment expliquer cette passion, cette tendance naturelle à faire prospérer des thèses qui, finalement, jurent avec l'histoire de la France dans ses aspects les plus lumineux ?

14:22
Locuteur non identifié

Je crois qu'il y a une rupture qui s'est opérée avec le quinquennat de Nicolas Sarkozy, parce qu'il faut remonter jusque-là, où avant, la droite, ce qu'on appelait la droite républicaine, avait quand même mis des digues avec l'extrême droite et avec toutes celles et ceux qui se revendiquaient presque de l'héritage de Vichy, de thèses négationnistes, réactionnistes. On n'avait jamais vu, par exemple, des représentants de la droite républicaine parler avec Renaud Camus, échanger avec des groupuscules identitaires.

Et Nicolas Sarkozy, lui, d'ailleurs, il s'est empressé de s'entourer de gens qui revendiquaient ces idées-là, et notamment Patrick Buisson, qui est un morassien et qui était la plume de Nicolas Sarkozy. Et Sarkozy s'est revendiqué de cette identité réactionnaire et antirépublicaine et il a dressé les ponts entre une partie de la droite et une partie de l'extrême droite en utilisant, à l'époque, il faisait déjà les mêmes comparaisons qu'Éric Zemmour, c'est-à-dire la chasse au Rhum, la remise en cause de l'immigration, des attaques sur l'islam, sur l'insécurité, un imaginaire autour d'étrangers délinquants.

Tout ça a créé un tissu qui permet aujourd'hui à Éric Zemmour de pousser les feux encore plus loin. Et on voit ce qui se passe avec le débat des Républicains. Je l'ai déjà dit sur votre chaîne, mais le cœur des débats entre Éric Ciotti, Valérie Pécresse et les autres candidats à la primaire ont été gangrénés par les thèmes d'Éric Zemmour, par les thèmes de l'extrême droite. Donc il y a un glissement idéologique qui est aujourd'hui très fort. Et on est ouvertement dans une période qui est extrêmement dangereuse parce que souvent on utilise le mot de fascisme ou de pré-fascisme, mais on est dans une période avec un candidat, Éric Zemmour, qui porte un projet ouvertement fasciste.

Et il y a un historien très connu qui s'appelle Robert Paxton qui dit que les fascistes sont proches du pouvoir lorsque les conservateurs commencent à emprunter leur méthode, font appel à leur passion mobilisatrice et essaient de capter leur clientèle fasciste. Et c'est aujourd'hui ce qui se passe, c'est-à-dire que la droite, elle chasse sur les terres de l'extrême droite. Une partie du gouvernement a repris une rhétorique de l'extrême droite. Donc tout ça pousse le curseur de plus en plus loin et favorise la montée de l'extrême droite dans ce pays avec les conséquences qu'on connaît, qu'elles soient idéologiques et aussi violentes dans le passage à l'acte quotidien.

Je ne sais pas si on va en parler.

16:24
Présentateur

Justement, est-ce que la libération de la parole et des violences de l'extrême droite est-elle à mettre directement en relation avec l'ascension politique d'Éric Zemmour ? L'actualité, d'ailleurs, nous donne encore un exemple avec des violences et des dégradations qui ont été faites devant le domicile de Sandrine Rousseau. Est-ce que, Sandrine Rousseau, dont tu étais le porte-parole et que tu as eu au téléphone, est-ce qu'il y a un lien entre, disons, la montée en puissance d'Éric Zemmour et cette, disons, ce sanggène et cette, comment dire, cette hardiesse de l'extrême droite, de l'extrême droite violente dans la rue ?

17:05
Locuteur non identifié

Le lien, il est évident puisqu'on a un candidat qui est le candidat de la haine qui tient des discours de plus en plus violents qui, lors de son meeting à Villepinte où des militants d'SOS Racisme sont passés à tabac et on voit le service d'ordre d'Éric Zemmour à les féliciter, celles et ceux qui les ont passés à tabac. Et quand vous avez, à longueur de journée, un candidat, son entourage qui propage des discours de haine, qui souffle sur des braises qui sont déjà ardentes, ça encourage au passage à l'acte.

Et c'est vrai, tu l'as dit, on vient de vivre aux 72 heures, on a eu quand même Alexis Corbière, Raquel Garrido, y compris des militants antifascistes, des Tunisiens, des Algériens, la terminologie boue-nule qui a été reprise, qui ont été menacés de mort par des soutiens d'Éric Zemmour. On a le domicile de Sandrine Rousseau qui a été attaqué en pleine nuit par des soutiens d'Éric Zemmour. On a la permanence du député insoumis Andrien Katnens qui a été aussi dégradé avec des autocollants d'Éric Zemmour. Donc on voit que derrière les attaques qui sont faites, il y a des soutiens de ce candidat-là.

Il a beau dire sur les réseaux que ce n'est pas son problème, qu'il ne les reconnaît pas, c'est en son nom qu'il commette des actions. Et ce n'est pas la première fois, on a déjà eu, il y a quelques semaines, des gens qui s'entraînaient à tirer sur des cibles racistes qui revendiquaient être des soutiens d'Éric Zemmour. On a une boucle Télégramme qui a créé des menaces de mort sur Jean-Luc Mélenchon, Daniel Ebono, Tahabouas, qui a dit qu'ils étaient présents au sujet de campagne d'Éric Zemmour lors du lancement de sa campagne.

Donc on voit que le discours que porte ce candidat-là, qui est un discours de haine, qui est un discours fasciste, encourage cette montée de la tension et un passage à l'acte de plus en plus violent, dans un silence, il faut le dire aussi, assourdissant du gouvernement et des représentants politiques de ce pays. On n'a pas vu depuis hier un membre du gouvernement adresser publiquement un mot à Sandrine Rousseau, par exemple. Très peu se sont exprimés pour condamner les violences qui ont été faites contre Alexis Corbière et Raquel Garrido et les menaces de mort sur Internet. Donc tout ça interroge sur le climat, tout ça interroge sur ce qui se passe.

Et moi, je lance un peu une alerte aujourd'hui. Si on ne prend pas garde, jusqu'où ça va aller ? Quelle est la prochaine étape après l'attaque du domicile d'une personnalité politique ?

19:05
Présentateur

D'autant plus qu'on entre dans une année électorale et dans une année électorale où tous les coups semblent permis. Alors je voulais savoir, à ton avis, pourquoi Éric Zemmour désavoue-t-il désormais les ultras ? Ce qu'il appelle les ultras, un communiqué qu'il a publié hier nuit, et des ultras qu'il se presse de comparer aux antifas ?

19:24
Locuteur non identifié

Il les désavoue du bout des doigts et du bout de la langue en renvoyant de dos en dos les militants antifascistes et les militants qu'on qualifie d'ultra-droite, d'extrême-droite. Donc on voit que c'est une opération de communication qui vise à essayer un peu de se détacher de ces mouvements ultra-violents qui sont de plus en plus nombreux, qui passent de plus en plus à l'acte, et dont on voit quand même les liens qu'il y a avec ce candidat-là, avec le programme d'Éric Zemmour, avec sa propagande, avec ses discours.

Et il y a quand même, je considère aujourd'hui, qu'il y a une majorité dans l'opinion publique, une majorité de citoyens et de citoyens, quand ils regardent ce qui se passe aujourd'hui sur le territoire, quand ils voient que des gens sont arrêtés parce qu'ils sont en train de s'armer avec des échanges en disant qu'il faut s'attaquer à des musulmans, que la France est en train d'être victime du grand remplacement, il y a quand même une majorité de gens aujourd'hui qui ne se reconnaît pas dans ces propos-là et qui ne veulent pas d'un pays où la violence est la règle, qui ne veulent pas d'un pays où la stigmatisation est la règle.

Donc Éric Zemmour, il essaie de faire un peu de côté, mais on voit bien que cette opération de communication, elle n'est pas à la hauteur, parce que j'ai envie de dire, ce communiqué de presse, il aurait dû le sortir par exemple dès le soir de son meeting à Villepinte où il y a eu des actions violentes, et là il aurait dû dire, je condamne les violences qu'il y a eues dans le cadre de mon meeting par des personnes présentes dans mon meeting, et il ne l'a pas fait, et il renvoie de à dos deux camps politiques qui ne sont absolument pas les mêmes, dans la mouvance antifasciste, ce sont des gens qui se battent pour des valeurs, pour des valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité, de solidarité, et qui ne se reconnaissent pas dans l'idéologie du régime nazi, alors qu'on sait qu'il y a des groupuscules qui naviguent autour d'Éric Zemmour, qui sont des ardents supporters du régime d'Hitler, de la nostalgie de Vichy, qui sont des négationnistes, des révisionnistes, on a quand même eu Renaud Camus, qui est un des pères aussi de l'antisémitisme, donc on voit que cette opération de communication, elle a simplement pour objet de tenter de dédiaboliser un peu Éric Zemmour sur le modèle de ce qu'il a fait Marie-Marie de Peigne il y a quelques années.

21:13
Présentateur

Peut-être de se relancer un peu, parce qu'il est plutôt à la peine dans les sondages ces derniers jours.

21:18
Locuteur non identifié

Il est à la peine, mais il est quand même encore très haut dans les sondages au regard de ce que représente son projet politique et les dangers qu'il y a derrière. Et puis moi, les sondages, je m'en méfie aussi, puisqu'on a vu depuis quelques temps qu'ils étaient désavoués dans les urnes. Mais voilà, c'est une opération de communication qui est arrivée hier assez tard. Personne n'est dupe sur la réalité du candidat Éric Zemmour, sur le programme Éric Zemmour et sur les gens qui l'entourent et qui le soutiennent.

D'ailleurs, tout ce qu'il y a de pire dans les milieux d'extrême droite, qui depuis des années n'osait plus s'exprimer publiquement, étaient relégués aux arrière-bancs de ce pays, sont en train de ressortir du bois, prennent la parole pour appeler à voter Éric Zemmour. Tu as parlé tout à l'heure dans ton édito, dans ta revue de presse, par exemple de Thomas Jolie qui échange en direct avec Éric Zemmour. Il faut aller voir ce que sont ces gens-là, il faut aller voir ce qu'elles disent, ce qu'elles pensent sur les réseaux. Et il y a un véritable danger sur le régime démocratique de ce pays, avec le programme d'Éric Zemmour, s'il arrive ne serait-ce qu'au second tour et pire au pouvoir en 2022.

22:20
Présentateur

Alors, tu évoquais aussi dans ton bilan de l'année 2021 la réforme de l'assurance chômage par Emmanuel Macron. Également, la réforme des APL, et tu disais, ce sont des réformes du président des riches, donc cette qualification qu'il a rejetée lors de son interview récente sur TF1.

22:39
Locuteur non identifié

Évidemment que ce sont deux réformes emblématiques du quinquennat d'Emmanuel Macron. On fait le bilan de l'année, donc on ne remonte pas jusqu'à 2017, mais je vais commencer par la réforme des APL, puisque les APL, c'est les aides personnalisées au logement, c'est-à-dire que c'est en fonction de vos revenus, c'est une aide qui vous est fournie, qui vous permet de payer une partie de votre loyer, parce que vous n'avez pas les moyens de payer la totalité du loyer. Et Emmanuel Macron, il s'est attaqué dès 2017, ce qui était un geste très fort, c'est-à-dire une de ses premières décisions, ça a été de baisser les APL de 5 euros.

5 euros, on peut se dire que ce n'est pas beaucoup, mais pour les gens qui aujourd'hui n'ont quasiment rien, c'est énorme, et c'était un signe politique très clair de dire, je vais m'attaquer au plus précaire, je vais m'attaquer au plus fragile, au même moment où il allait mettre en place la suppression de l'ISF, on en a souvent parlé, qui faisait des cadeaux de milliers d'euros aux plus riches. Et la réforme de l'APL, la dernière mouture, elle a été mise en place au 1er janvier, et on nous l'avait vendu en tout cas comme une réforme d'égalité, une réforme de justice sociale.

On a eu une étude qui est sortie il y a quelques semaines qui dit exactement le contraire, c'est une réforme économique, puisqu'on sait que par exemple 23% des bénéficiaires de l'APL ont une baisse de 73 euros de leur aide, et 400 000 allocataires ont tout simplement perdu leurs droits. Donc on voit que c'est un véritable sujet qui est très important, parce que notamment des jeunes ont été impactés dans une crise sanitaire où ils ont été les premières victimes des suppressions d'emplois, par exemple, qu'ils avaient à côté de leurs études. On a vu des gamins qui faisaient des queues devant les banques alimentaires pour se nourrir, et on voit que cette réforme des APL a impacté les jeunes.

Et le deuxième corollaire de ces réformes, c'est évidemment la réforme de l'assurance chômage, tu l'as dit, qui est là une véritable réforme de classe, et une réforme qui s'attaque à celles et ceux qui sont les plus fragiles, qui sont en difficulté, parce qu'on a une petite musique qui revient depuis quelques jours. On a eu des éditorialistes, on a eu Frédéric Hermel, qui est un ancien journaliste sportif, qui a ciblé les jeunes hier, en disant que s'ils n'avaient pas de boulot, ils ne se levaient pas assez. On a eu Daniel Riolo, qui est aussi un journaliste sportif, qui s'est attaqué aux chômeurs.

Alors que toutes les études le disent, et la Dares le dit, il y a quasiment 13 fois plus de chômeurs que d'offres d'emplois disponibles. Et on sait aujourd'hui que 45% des chômeurs ne sont déjà pas indemnisés. Et cette réforme de l'assurance chômage, elle est absolument scandaleuse, parce qu'elle vise à faire la chasse aux chômeurs et pas au chômage, alors qu'on pourrait créer des emplois, mais on s'attaque aux plus fragiles et les conséquences, elles sont concrètes. Il faut quand même mesurer de quoi on parle. Il y a 1,15 million d'allocataires qui vont avoir une baisse en moyenne de 17%. Quasiment 400 000 vont voir leurs aides baisser de 40%.

Et si on refondre des choses, on a 3 000 chômeurs dont la baisse serait de 80%. Au moment où on est dans une crise économique majeure, je crois que s'attaquer aux plus fragiles, c'est véritablement un des marqueurs de ce quinquennat-là, c'est-à-dire une politique à désociation des riches, et faire les poches des plus fragiles, en vérité.

25:25
Présentateur

Est-ce que ce ne sont pas aussi des signaux envoyés au patronat dans la période du quoi qu'il en coûte, où par exemple la réforme des retraites n'a pas pu arriver à son terme, parce que ce n'est pas une réforme à but idéologique, à but de communication vis-à-vis du patronat, parce qu'a priori le regain du Covid qui arrive là rend tout ça absurde en réalité de s'attaquer, par exemple, même la réforme de l'assurance-chômage dans une période encore où il y aura des restrictions, etc. Tout ça semble absurde et donc, a priori, on a l'impression qu'il y a un message qui est envoyé.

25:58
Locuteur non identifié

– Bien sûr, Emmanuel Macron, c'est à la fois le candidat des riches, c'est le candidat du patronat. Il n'est pas arrivé au pouvoir par hasard. On se rappelle le nombre de unes, de journaux, des revues de presse qu'il y avait eu sur lui pour le monter à ce stade-là. On sait comment les levées de fonds de personnes qui ont beaucoup d'argent, notamment de millionnaires et de milliardaires, ont participé à son arrivée au pouvoir.

Et cette réforme-là, elle a évidemment un but de rassurer son électorat, une partie de la droite et une partie du patronat, en disant, ne vous inquiétez pas, tant que je serai aux affaires, tant que je serai à l'Elysée, vos intérêts de classe y seront protégés et ma cible sera toujours les plus fragiles et les plus précaires. Et vous pourrez continuer à exploiter les gens, vous pourrez continuer à mettre des emplois qui sont mal rémunérés avec des conditions de travail dégradées, parce que la réforme de l'assurance chômage, c'est ça aujourd'hui.

On montre du doigt certaines personnes qui ne veulent pas prendre un emploi, mais il y a des gens qui, aujourd'hui, refusent de prendre des emplois qui sont mal payés, avec des horaires absolument incroyables, avec des coupures en plein milieu de la journée qui vous obligent à traverser Paris en long, en large et en travers, avec des conditions de travail qui sont indécentes. Donc, plutôt que de créer des emplois de qualité, on impose aux chômeurs, aujourd'hui, avec une réforme qui va les contrôler de plus en plus, de prendre des emplois précaires et pourris pour continuer à alimenter des employeurs qui se servent de ces gens-là comme des gens qui sont corvéables.

Donc, c'est véritablement, tu as raison, une réforme de classe et une réforme à destination du patronat et du MEDEF pour dire ne vous inquiétez pas, je suis votre meilleur représentant, donc en 2022, il faut me faire réélire.

27:24
Présentateur

Alors, crise sanitaire, c'est pour toi le troisième gros point de l'année, c'est la crise sanitaire, le vaccin et la dérive autoritaire. Alors, le directeur général de l'OMS est venu un peu à ton secours en jetant une sorte de pavé dans la mare et disant que les doses de rappel ne nous sauveront pas. Quelque part, est-ce que la crise sanitaire n'est pas une sorte de pendant de la crise écologique, c'est-à-dire en fait une crise où les combats ne peuvent être que mondiaux et font face justement à la rapacité, déjà au nationalisme, à leur force et aussi à la rapacité du capitalisme ?

28:04
Locuteur non identifié

Oui, je crois que le directeur de l'OMS a eu des paroles, encore une fois, très fortes et très justes, mais ce n'est pas la première fois depuis le début de la crise sanitaire et de la pandémie qui s'exprime avec des mots justes et en tirant la sonnette d'alarme, parce qu'on voit bien aujourd'hui comment c'est en train d'être géré, on a la troisième dose. Moi, je ne suis pas opposé au vaccin, je suis vacciné, j'ai fait ma troisième dose il y a quelques jours, donc je n'ai pas de souci avec ça.

Mais on voit bien que cette crise-là, elle est mondiale, tu l'as rappelé, donc on ne peut pas la régler de manière nationale, simplement réadministrer des doses, c'est ce qu'il dit, il dit on ne va pas régler la crise sanitaire en mettant des doses tous les six mois. Commençons peut-être à fournir des doses aux pays aujourd'hui qui ne sont pas vaccinés. On a un variant qui arrive, qui a été détecté en Afrique du Sud, où seulement 25% de la population est vaccinée. Si on prend le continent africain, le taux de vaccination est extrêmement faible.

Je l'ai souvent dit sur votre chaîne, si on prend les pays riches, c'est 143 doses pour habitants, et les pays forts, c'est 7 doses pour 100 habitants. Donc on voit bien qu'il y aura des variants qui vont continuer à arriver si on ne vaccine pas à l'échelle mondiale, et pour l'instant, on est face à un blocage, c'est-à-dire qu'on est face au blocage de la levée des brevets, qui est aujourd'hui mis en marche par les lobbies du Big Pharma qui ne veulent pas accéder à cette demande de différents gouvernements, notamment des pays forts, parce qu'il y a des questions financières derrière. Au moment où on parle, Pfizer, BioNTech, Moderna, c'est 1 000 dollars par seconde.

Alors qu'on sait que ces laboratoires ont été gavés d'argent public, notamment pour participer à la recherche d'un brevet et d'un vaccin. Et c'est normal que l'argent public soit mis sur la table pour aider des entreprises à participer à la recherche, mais il faut qu'il y ait un retour sur investissement, j'ai envie de dire. Et ce qu'on demande depuis des mois, c'est que le vaccin, ce soit un bien commun pour l'humanité, qui soit accessible à toutes les populations. Mais est-ce que ce n'est pas déjà trop tard ?

29:50
Présentateur

C'est-à-dire, est-ce que finalement, le caractère extrêmement visible des intérêts financiers dans cette affaire ne va pas accentuer la défiance des citoyens des pays pauvres vis-à-vis du vaccin ? Même au cas hypothétique où on réussirait à diffuser ce vaccin à l'échelle mondiale, peut-être qu'il y aura déjà une telle défiance parce que ça ne fonctionnera pas. C'est vraiment, aujourd'hui, toutes les peurs et toutes les angoisses sont alimentées par le caractère assez fou de cette rétention du vaccin, parce qu'a priori, si vous voulez vraiment sauver l'humanité, vous comportez autrement.

30:30
Locuteur non identifié

Non, mais tu as raison. Et puis cette défiance, elle a commencé à être alimentée il y a déjà quelques mois. Je ne sais pas si tu te rappelles, mais à l'époque, ne serait-ce que les députés européens avaient dû mener une bataille de chiens pour avoir accès aux contrats qui liaient l'Union européenne au laboratoire du Big Pharma pour savoir ce qu'il y avait dans les contrats, pour savoir quelles étaient les clauses. Déjà, ça, c'était le premier élément de déficience parce que les citoyens, à juste titre, se disaient « Mais comment ça se fait que l'Union européenne, qui finance la recherche, achète des doses, participe à la création du vaccin ?

» « Comment ça se fait que les représentants des citoyens européens n'aient pas accès aux contrats ? » Donc ça, c'était le premier élément. Et le deuxième, c'est véritablement le fait de ne pas donner de doses aux pays les plus forts ou de les donner au dernier moment. On a découvert hier, par exemple, que le Nigeria a dû brûler quasiment un million de doses parce que les pays riches lui avaient transmis des doses, parce qu'ils voyaient qu'elles étaient périmées dans quelques temps. Donc il s'est dit « Je vais les donner au Nigeria », mais effectivement, ce pays-là n'avait pas le réseau de distribution pour les utiliser toutes dans le temps imparti.

On a dû les brûler, donc on s'est débarrassé de ces doses. Et on va faire porter la responsabilité sur le Nigeria qui a dû les brûler. Donc on voit que, mis bout à bout, la stratégie qui consiste à garder pour les pays riches des doses, se protéger, se servir en premier, elle alimente une véritable défiance. Et ça, il faut le casser, parce qu'on a besoin de vacciner les gens. Et on ne va pas les vacciner de force. On va les vacciner en leur expliquant pourquoi ils se font vacciner, pourquoi c'est important, et pourquoi il faut participer à l'effort collectif pour se protéger tous.

Mais ce régime autoritaire, le fait de brutaliser les gens, de les infantiliser, et surtout de réserver une partie des doses, et en vérité une partie de la protection mondiale aux plus riches, alimente ce sentiment de défiance. Et c'est ça qui est terrible dans la période où on est, où on a besoin de transparence, d'explication, parce qu'on n'est pas sorti de la crise, et on a besoin d'avancer collectivement avec les citoyens, et non pas avec des décisions qui sont prises à trois ou quatre sur le coin d'une table sans explication.

32:24
Présentateur

Ce sera le débat, un des premiers débats de l'année 2022, avec la transformation du pass sanitaire en pass vaccinal qui va passer devant le Parlement, et les débats qui auront lieu à cette occasion. Merci beaucoup Thomas, et à l'année prochaine. Ça marche, bon courage. Salut. Alors on continue avec un entretien avec Stéphane Desgrange, délégué CGT de Carrefour Ivry-sur-Seine. Ivry-sur-Seine, c'est un des sites de Carrefour entrés en grève depuis vendredi dernier, dans une période de fête où justement on dépense chez Carrefour, sans forcément avoir à l'esprit le sort des travailleurs des supermarchés, hypermarchés et centres commerciaux où l'on va.

Mais regardons d'abord un petit magnéto qui nous rappelle que nous sommes dans une campagne de collecte de fonds de fin d'année qui conditionne très clairement notre sort en 2022. Il n'y a plus que huit jours pour financer notre QG de campagne. Notre premier palier de 30 000 euros a été atteint. Merci à vous. Nous sommes maintenant à près de 40 000 euros sur un objectif de 50 000. Nous avons besoin de vous pour garantir une information indépendante, différente, sans pub, ni grand mécène milliardaire. Voici notre clip.

33:33
Thomas Portes

Bonsoir Eric Zemmour. Bonsoir. Marine Le Pen, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes candidate à l'élection présidentielle.

33:40
Locuteur non identifié

Il ne faut certainement pas accueillir ces migrants. Donc beaucoup sont potentiellement dangereux. On les laisse mourir de froid derrière les barbelés. Mais bien sûr que oui.

33:47
Présentateur

Il faut que la police tire à balles réelles.

33:49
Locuteur non identifié

Ça ne rigole plus là. Reculez.

33:52
Thomas Portes

Reculez.

33:58
Présentateur

Salut à vous les matinaux qui nous regardez en direct.

34:01
Thomas Portes

Bonjour à toutes et tous. Quel plaisir de vous retrouver.

34:03
Présentateur

Nous sommes sur le Média TV et c'est l'heure de la contre-matinale. Retour sur le plateau. On va continuer avec un entretien avec Stéphane Desgranges, délégué CGT de Carrefour Ivry-sur-Seine. Un des sites où la grève des travailleurs de Carrefour contre leurs employeurs bat son plein. Alors normalement Stéphane est au téléphone. Bonjour Stéphane.

34:48
Thomas Portes

Bonjour. Oui, oui, je suis là.

34:50
Présentateur

Alors je voudrais commencer par vous demander comment vous allez et où en est votre mouvement social ?

34:56
Thomas Portes

Alors nous personnellement on va très bien, on est un peu fatigué mais tout se passe bien. Donc nous le mouvement social s'est déroulé mardi dans notre magasin. Alors il y a un appel à la CGT dans tous les magasins Carrefour pour des mouvements de grève sur la semaine de Noël. Donc on est en plein dedans. Donc nous on est en action mardi et par la mobilisation des salariés et des soutiens de la CGT extérieure, le magasin n'a pas ouvert mardi.

35:25
Présentateur

Ok, et donc pourquoi les salariés de Carrefour sont-ils en colère ?

35:31
Thomas Portes

Alors il y a beaucoup de raisons. Alors forcément il y a les raisons salariales, c'est un peu le champ de bataille de tout le monde. Mais se rajoute par-dessus ça un projet que Carrefour met en place depuis plusieurs années, c'est la location-gérance. Donc nous on a été cité depuis deux, trois mois. On sait qu'on va passer officiellement en location-gérance courant 2022. Donc nous le combat dans le magasin et pourquoi la mobilisation a été aussi suivie auprès des salariés, c'est nous déjà le refus de cette location-gérance.

Mais malheureusement elle est actée parce que des mouvements au tribunal ont été déjà exercés de la part de la CGT et on a été déboutés parce que ce cas-là, la location-gérance est légale. Mais maintenant nous on avait décidé de faire un mouvement pour préparer la suite. Ça veut dire que normalement en syndicat on a toujours un petit peu un coup de retard. Quand on réagit c'est après les annonces. Là on a essayé de réagir avec un coup d'avance. Et c'est pour essayer de rétablir le rapport de force qu'on va avoir avec notre gérant en sachant qu'il y a une grosse mobilisation des salariés le 21 décembre.

Et quand il va arriver pour tout renégocier derrière et qu'on va devoir se battre pour nos accords, il va savoir ce qui s'est passé mardi et normalement il devrait nous écouter un peu plus.

36:52
Présentateur

Alors est-ce que vous pouvez nous parler de ce système pervers de location-gérance ? Quelles sont les implications ? A quoi ça ressemble ?

37:00
Thomas Portes

Je vais vous parler d'un cas, pour que ça soit clair pour tout le monde, je vais vous parler d'un cas que je connais bien, on va prendre le mien. Vous voyez, j'ai 30 ans de Carrefour-Ivry-sur-Seine. Ça fait 30 ans que je travaille dans le magasin, ça fait 30 ans que je travaille pour le groupe Carrefour. Quand je suis rentré dans cette entreprise, on était le premier employeur privé de France. Je pense qu'on l'y est toujours, mais avec un peu moins de monde. Donc aujourd'hui, qu'est-ce qui va nous arriver avec la location-gérance ? C'est que j'ai une convention collective qui est supprimée, qui va être mise au feu. J'ai des accords de groupe qui vont être mis au feu.

J'ai un règlement intérieur qui va être mis au feu et mon contrat de travail, pareil. Ça veut dire que tous les accords que j'avais avec un groupe comme Carrefour, forcément avec des choses avantageuses, tout est annulé. Tout va être déchiré, tout va être négocié directement entre le repreneur et les employés du magasin. Ça veut dire qu'aujourd'hui, je quitte un groupe, je ne sais plus si on est 90 000 ou 100 000 personnes en France, je quitte un groupe comme ça pour me retrouver dans un magasin actuel où on est de 350 personnes. Forcément, les avantages et les accords qu'on va négocier vont forcément être moins avantageux que ce qu'on a aujourd'hui.

38:09
Présentateur

Et surtout, vous serez face à un patron plus petit qui pourra justement vous présenter sa situation de patron intermédiaire pour vous expliquer qu'il ne peut pas faire mieux que ce qu'il fait.

38:23
Thomas Portes

Oui, il y a forcément ça, mais ça peut être aussi, vous savez, il n'y a pas que des petits patrons qui vont reprendre les magasins. Il y a des sociétés aussi qui reprennent les magasins. Vous savez, après, tout est bien cloisonné. Ça veut dire qu'aujourd'hui, le repreneur…

38:37
Présentateur

Stéphane, Stéphane, est-ce que vous pouvez enlever le kit Malibre et mettre le téléphone plus proche de vous ?

38:44
Thomas Portes

Je ne suis pas du tout au kit Malibre.

38:46
Présentateur

OK, parce que le son n'est pas terrible. Bon, disons, on va continuer. Vous disiez ?

38:51
Thomas Portes

Oui, je vous disais, aujourd'hui, Carrefour ne met en place pas forcément des petits patrons. Le repreneur peut aussi faire partie d'un autre groupe, peut faire partie d'une société indépendante. On ne sait pas. Vous savez, aujourd'hui, le côté vicieux du truc, c'est que Carrefour va garder, par exemple pour mon magasin, il garde tous ses actifs. Ça veut dire qu'il garde les murs, il garde le matériel, il garde tout. La seule chose qu'ils vendent, vous voyez, on est vendus, la seule chose qu'ils vendent, c'est le personnel et les stocks. On est à peu près au même niveau qu'un paquet de pâtes pour eux, vous voyez ? Et ça, c'est sans qu'on ait le choix de rien du tout.

Ça veut dire qu'on ne nous a pas proposé éventuellement de rester dans le groupe pour rien du tout. C'est aujourd'hui, vous êtes vendus, c'est comme ça, ce n'est pas autrement. On n'a pas eu, après, vous voyez, pour mon cas personnel, on n'a pas eu, après 30 ans de boîte, un au revoir, un merci, une poignée de main. Rien du tout. Vous êtes vendus, vous quittez le groupe et c'est comme ça.

39:48
Présentateur

Alors, pour ceux qui restent dans le groupe, qui se plaignent du niveau des augmentations de salaire, on parle de 1% de revalorisation salariale.

39:57
Thomas Portes

Ce n'est pas qu'on parle, ce qui va être donné l'année prochaine, c'est 1%, oui, effectivement.

40:02
Présentateur

1%, c'est en dessous de l'inflation ?

40:05
Thomas Portes

Ah ben, il paraît, oui. Et bien en dessous.

40:08
Présentateur

C'est une baisse de salaire, en réalité.

40:09
Thomas Portes

C'est une baisse de salaire. Dans l'allocation gérante, ils vont faire croire qu'ils font espérer aux gens qu'il n'y a pas de baisse de salaire. Alors oui, effectivement, sur la fiche de paye, sur le salaire, il n'y a pas de baisse de salaire. Mais il y a toutes les choses qu'on perd à côté. On perd la participation, on perd une semaine de congés supplémentaires. Notre mutuelle, on a une mutuelle forcément, avec un groupe de 100 000 personnes, on a une mutuelle qui est plutôt très très bonne. Demain, le repreneur va certainement, et il ne va pas se priver, prendre la mutuelle la moins avantageuse possible.

Ça veut dire que pour garder notre niveau de mutuelle qu'on a aujourd'hui, il va falloir qu'on rajoute 15 ou 20 euros par mois pour avoir notre niveau de mutuelle. Je ne vais pas vous rappeler les salaires de la grande distribution, parce que je pense que tout le monde est à peu près objectif sur les salaires excessivement bas de la grande distribution. Vous voyez, c'est tout ça, la renégociation des tickets restaurant, il y a tout ça qui va être en jeu. Et en plus, il y a la modification de nos conditions de travail, qui peuvent aussi éventuellement changer. Donc tout ça va être négocié directement avec les élus du magasin et la direction.

En fait, ils divisent tous les magasins pour que chaque section syndicale se retrouve seule, et qu'on n'ait plus de syndicat de groupe.

41:21
Présentateur

Et donc, c'est vraiment ça, le système de location-gérance. Si vous deviez résumer le système de location-gérance auquel le groupe Carrefour veut vous contraindre, en quelques mots, vous diriez quoi ?

41:32
Thomas Portes

Eh bien, c'est mettre en place un système pour faire des économies pour le groupe, et pour engraisser les actionnaires qui sont déjà très, très, très, très gras. Vous savez, pour faire des économies, on n'a pas 40 choses. Si on ne paye plus les salariés, et qu'on les fait payer par d'autres, et qu'on récupère, on garde quand même les loyers, et on récupère un pourcentage des ventes, on s'en sort bien. Vous savez, c'est pas mal. L'histoire, elle est belle. Donc notre PDG, M. Bompard, a fait des promesses d'économie du groupe Carrefour pour les actionnaires, mais il arrive facilement. Vous savez, quand on ne paye plus les salaires, c'est facile de faire des économies.

42:06
Présentateur

Est-ce que ce système de location-gestion, location-gérance, peut être considéré comme de la franchise ?

42:13
Thomas Portes

C'est une franchise déguisée, oui.

42:16
Présentateur

Alors, vous étiez présenté hier comme des héros, des travailleurs essentiels, donc pendant le confinement. Est-ce que vous avez l'impression d'être mal récompensé aujourd'hui ?

42:24
Thomas Portes

Je ne sais pas. Mais ça, le manque de respect et le mépris de notre employeur, on ne l'a pas découvert aujourd'hui. Vous savez, le magasin, il a été ouvert absolument parce qu'on oublie vite les choses. Il faut se rappeler du premier confinement. Nous, on a eu des scènes d'émeutes dans le magasin. La veille du confinement et le lendemain de l'annonce, quand je vous dis des scènes d'émeutes, c'est des scènes d'émeutes. On a eu dans notre magasin, notre chef sécurité, qui est décédé du Covid et certainement et quasiment sans aucun doute, suite aux émeutes et où il s'est interposé physiquement devant les grilles, 15 jours après, il est tombé malade, 15 jours après, il est décédé.

Vous savez, on a été en première ligne, effectivement. On a travaillé sans masque pendant plus d'un mois dans le premier confinement. On n'avait pas de masque. On a travaillé. On est resté ouvert pour les gens. Vous savez, si la grande distribution n'était pas restée ouverte, je pense que le pays aurait eu du mal à se relever et ça aurait pu être beaucoup plus compliqué que ça s'est passé. Effectivement, on n'est pas les seuls. Il y a bien sûr qu'il y a nos camarades infirmiers, les hôpitaux. Bien sûr qu'il y avait des services essentiels. Mais si on ne donne plus à manger aux gens, vous savez, je ne sais pas ce qui aurait pu se passer, mais ça aurait été dramatique.

Les gens de tous les magasins sont restés solidaires. Les gens qui auraient pu s'arrêter ont travaillé. C'est ça qui s'est passé. Et qu'est-ce qu'on a eu comme récompense ? Alors, on ne va pas se plaindre. C'est très bien. Vous savez, des fois, on se demande le prix d'un homme, combien ça coûte. Chez nous, on sait que c'est 1 000 euros. On a eu 1 000 euros. Donc, on connaît le prix de notre vie.

43:54
Présentateur

Alors, est-ce que les clients comprennent votre lutte, ce que vous rencontrez devant les magasins ?

44:00
Thomas Portes

Alors, mardi, on a eu une grosse mobilisation. Donc, c'est ce que je vous expliquais. Effectivement, vous avez toujours des clients qui sont un peu contrariés. Mais on a énormément de clients qui nous ont soutenus. Ils nous ont dit qu'on avait raison parce qu'on se bat aussi pour que le magasin reste dans sa forme pour les clients de Viveries-sur-Seine. Et vous savez, suite à ce mouvement-là, la récompense de Carrefour, c'est que ce matin, je suis déçu. Pourquoi ce n'est pas que je suis déçu ? Je suis désolé parce que j'aurais dû être avec vous sur le plateau. Mais malheureusement, je ne peux pas parce qu'on est assigné au tribunal à 9h30 ce matin.

Donc, Carrefour estime que nous avons bloqué le magasin. Nous, on conteste cette appellation. On a eu un gros mouvement. C'est surtout que Carrefour, vu la mobilisation, n'a pas pu et a eu peur d'ouvrir le magasin. Mais aujourd'hui, il veut rejeter ça sur la faute. Il a assigné 8 élus du magasin, 8 personnes avec des mandats syndicaux. Eh bien, écoutez, on va y aller. On va aller au tribunal ce matin à 9h30 à Créteil. On va y aller sereinement. Et voilà. Après, vous voyez, tout ça, ça va avec le reste. Tout ça montre à quel point on n'est pas respecté, à quel point ils nous méprisent. Voilà. Bon, écoutez, ils rajoutent une couche en envoyant des syndicalistes de leurs magasins au tribunal.

Eh bien, écoutez, on va y aller.

45:18
Présentateur

Beaucoup de courage à vous. Est-ce que vous avez un message pour les politiques, notamment parce qu'en fait, on entre dans une année...

45:23
Thomas Portes

Vous savez, vous avez les messages pour les politiques. C'est compliqué. Moi, je suis un petit élu de terrain. Je n'ai pas de mandat plus que mon magasin. J'ai juste des convictions. Alors, aujourd'hui, c'est un gros mot, avoir des convictions. Ça veut dire que nos politiques, nos gouvernements, ils ne comprennent pas pourquoi il faut avoir des convictions. Ils ne comprennent pas. Ils pensent qu'il faut juste les écouter. Ils sont là pour nous. Vous savez, ils ne comprennent même pas. Donc, après, on va quand même se battre. Tant que les convictions ne sont pas interdites par la loi, on va essayer de les garder. Et l'important, c'est de rester soi-même et de se battre pour ses idées.

46:04
Présentateur

Merci, Stéphane. Beaucoup de courage à vous, à tous les travailleurs de votre magasin.

46:07
Thomas Portes

Merci à vous. Merci à vous pour votre écoute. Merci.

46:09
Présentateur

On rappelle que des grèves similaires ont touché ou tous des enseignes du groupe Muliez, qui possèdent Auchan, où une grève nationale a été lancée vendredi aussi, mais qui possèdent également Décathlon, Kiabi, Noroto et bien d'autres enseignes. Voilà. La dernière contre-matinale de l'année 2021 s'est terminée pour aujourd'hui. Mais vous continuerez de regarder chaque jour les programmes du Média et on en a de beaux programmes en cette fin d'année. Nos rendez-vous du matin recommencent le 3 janvier et ce sera désormais à partir de 7h30.

Une fois de plus, au risque d'être un peu lourd, je vous invite à nouveau, si vous le pouvez, à participer à notre levée de fonds de fin d'année, dont la réussite conditionne absolument notre retour et notre pérennité en 2022. Donnez-nous de la force. Donnez-vous de la force. Donnez-vous de la force.