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interviewFrançois Ruffin· 7 novembre 2024 9 min

Trump/Harris : quand la gauche abandonne les travailleurs, alors...

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Et tout de suite l'invité de RTL Matin, Thomas, vous recevez aujourd'hui le député ex-insoumis François Ruffin, réalisateur également d'ailleurs, son film Au Boulot est sorti hier. Bonjour et bienvenue sur RTL, François Ruffin. Bonjour. Alors un chôman, un homme qui parle fort, qui n'a pas peur de choquer, de bousculer les conformistes, quitte à flirter avec la caricature, va donc redevenir président des Etats-Unis après l'élection de Donald Trump. Est-ce que vous vous dites que tout est possible pour vous en France ?

0:24
François Ruffin

Je pense que ce n'est pas le sujet. En revanche, j'observe ce qui se passe aux Etats-Unis et je me dis que quand la gauche abandonne les travailleurs, il ne faut pas s'étonner que les travailleurs abandonnent la gauche. La question économique a été la grande oubliée du Parti démocrate, pendant qu'à l'inverse, Trump l'a habité il y a 4 ans. Joe Biden avait fait du protectionisme économique, de la justice fiscale, ses mantras, ses points forts. Là, Kamala Harris n'en a rien fait. Quand on abandonne ça, il ne faut pas s'étonner qu'on soit abandonné par les salariés et par les travailleurs.

0:56
Présentateur

Trump, c'est la victoire d'une forme de radicalité. Est-ce que la gauche française doit être plus radicale ? Est-ce qu'elle est devenue trop soft, trop molle, trop tiède ?

1:03
François Ruffin

Non, il faut qu'on soit très clair sur un certain nombre de ruptures qui sont à opérer. Il nous faut moins de mondialisation, plus de protection. Il nous faut moins de concurrence, plus de coopération. Il faut être très clair sur un certain nombre de ruptures à opérer. Maintenant, je pense qu'en France, les gens sont en recherche de stabilité, sont en recherche de protection, d'être rassurés.

1:22
Présentateur

Ils sont surtout paumés parce qu'ils ne comprennent plus rien de ce que vous racontez les uns les autres, non ?

1:26
François Ruffin

En tout cas, pour ma part, vous savez, je vais vous raconter des choses claires. Quand j'entends la chronique, je vais faire un droit de réponse. Je trouve formidable de faire une chronique comme ça sur Michelin et de ne pas placer le mot « dividende ». C'est quand même extraordinaire. Un triplement des dividendes en trois ans et on ne dit rien de ces sommes gigantesques qui sont avalées par les actionnaires. Ce n'est pas le sujet. Si, c'est le sujet. Mais bien sûr que c'est le sujet. Y compris Christine Lagarde, la présidente de la Banque Centrale Européenne, qu'est-ce qu'elle vient dire ces 15 derniers jours ?

Elle vient dire que ça fait 40 ans maintenant que le capital l'emporte sur le travail. Et vous, ce que vous proposez dans votre chronique, c'est de dire qu'il faut encore plus donner au capital. Alors, ce n'est pas le procès de Martial. Ce n'est pas le procès de Martial. Je ne fais pas un procès de Martial. Il se trouve qu'il a la parole tous les matins et qu'il est là à côté de moi. Mais je ne peux pas ne pas réagir.

2:17
Présentateur

Alors, qu'est-ce qu'il faut faire au-delà des mots ? Qu'est-ce qu'il faut faire sur Michelin, sur Auchan, sur ses plans sociaux ?

2:22
François Ruffin

D'abord, le gouvernement, il doit dire avec beaucoup plus de force, ça suffit. Il faut remontrer la puissance publique. Vous savez, dans le cœur de l'acte COVID, on a vu un État puissant. On a vu un État puissant sur les citoyens qui disaient du jour au lendemain, vous ne sortez plus de chez vous, vous devez remplir un papier, et ainsi de suite. Et là, on a un État qui va nous jouer la comédie de l'impuissance. Parce que moi, c'est la comédia de l'arté que je vois, c'est la comédie de l'impuissance. Par exemple, il y a une possibilité. Je vais vous le dire très concrètement. Je vais vous le dire très concrètement, M.

Soto, et y compris Emmanuel Macron, quand il était sur le parking de Whirlpool en 2017, avait sorti cette carte-là. Il y a la possibilité pour l'État de dire non, je refuse l'homologisation des plans sociaux. Il y a cette carte qu'il est possible aujourd'hui de mettre sur la table. Sur le groupe Auchan, par exemple, dont on accepte que la famille Mullier, elle se constitue une forme de galaxie, mais qu'il n'y ait pas de connexion entre Boulanger, Gémeaux, Leroy Merlin et Auchan. Demander, exiger qu'il y ait des reclassements à l'intérieur du groupe et qu'on ne dise pas, voilà, les gens m'y vont. Vous voyez, à qui on fait ça ? À qui on fait ça ?

On fait ça à des gens qui se lèvent tôt, qui vont au boulot, qui à la sortie ont mal au dos, et on accepte qu'ils soient traités de cette manière-là ? Que d'un seul coup, on leur dise vos 40 années, vos 10 années, vos 20 années de travail ?

3:38
Présentateur

On s'assait dessus ? C'est plein de bonnes intentions, et il y a sans doute beaucoup de gens qui partagent votre indignation et qui pensent notamment à ces salariés qui vont perdre leur job. Sauf que vous citiez Whirlpool. Il y a eu Amiens, Goudieur à l'époque, vous vous souvenez, il y a des années. Les exemples comme ça, on en a des dizaines et des dizaines. À chaque fois, oui, les gouvernements, quels qu'ils soient, font les gros yeux, et il ne se passe rien. Hier, Maud Bréjean...

3:57
François Ruffin

Désolé, à chaque fois, les gouvernements font le choix de l'impuissance. Là, j'ai l'impression d'assister à un bingo, vous savez, vous devez cocher les cases. Là, revitalisation, plan de reclassement, il y aura de la formation. C'est un bingo que moi, j'entends dans ma région depuis 25 ans. D'accord ? Vous avez cité Goudieur, je peux vous rajouter Continental, je peux vous rajouter Bridgestone, ça rien que dans le pneumatique. Ça veut dire deux choses. Ça veut dire, je le redis, il doit y avoir une marque de la puissance publique. Mais il faut se demander si on veut encore de l'industrie dans nos pays. Si on veut de l'industrie dans nos pays, on ne s'en sortira pas sans du protectionnisme.

4:27
Présentateur

Hier matin, Maud Bréjean, la porte-parole du gouvernement qui était assise à votre place, disait, on n'est pas content, mais non, on ne va pas demander le remboursement des aides.

4:34
François Ruffin

Les aides, c'est un point, mais ce n'est pas le point essentiel du dossier. C'est un point qui pèse en milliards quand même. D'abord, je ne comprends pas qu'on ait donné du crédit un peu compétitivité emploi à la grande distribution, parce que ce n'est pas une concurrence à l'international, ça se joue sur le plan national, ça n'a aucun sens. Donc là, on a donné, et Bruno Le Maire, j'ai assez dit qu'il avait creusé le déficit budgétaire à la pelteuse. Pour rien, ce n'est même pas de l'investissement pour l'avenir. Des centaines de milliards d'euros. Donc ça, c'est un désastre et on va en payer le prix. Mais là, je vous dis, il y a une question aussi de régulation des échanges commerciaux.

Est-ce qu'on considère que ça doit être le libre-échange avec la Chine ? Et on avait Agnès Pannier-Runacher sur Bridgestone, c'est Michelin de l'époque, qui venait dire, on a une invasion d'opne asiatique comme si c'était des sauterelles qui arrivaient et comme si c'était un phénomène naturel. Ce n'est pas un phénomène naturel, c'est un choix de nos dirigeants. C'est un choix de nos dirigeants politiques d'être complices de ça. D'être complices de laisser faire un libre-échange.

5:30
Présentateur

Le gouvernement est complice des licenciements ?

5:31
François Ruffin

Oui, il est complice de mettre en place depuis 40 ans et de laisser faire au niveau européen, au niveau mondial, un système qui écrase le travail et qui favorise le capital. Qu'est-ce que c'est ? C'est une pression qui est mise en permanence sur les salariés. Chez moi, c'est Dallop devenu Goudieur, à qui on dit, mais regardez, les pneus en Estonie, ils coûtent beaucoup moins cher.

5:51
Présentateur

Pardon, François Ruffin, mais vous êtes trumpiste d'un point de vue économique. Vous voulez fermer les frontières, mettre des droits de douane ?

5:54
François Ruffin

Alors, je ne veux pas fermer les frontières, je réclame de la régulation, je réclame de la protection. Il est évident... Vous êtes protectionniste ? Oui, je suis protectionniste. Je suis protectionniste. Donc là-dessus, il a raison. Je suis pour des quotas d'importation, mais déjà, Joe Biden l'avait dit, donc c'est quelque chose que les Etats-Unis pratiquent, à la limite, quel que soit le camp. C'est quelque chose que la Chine pratique, et par contre, l'Europe, c'est venez chez nous, vous êtes les bienvenus, et c'est à bras ouverts.

6:17
Présentateur

Quand on voit la situation de l'emploi, avec des plans sociaux qui semblent être amenés à se multiplier, est-ce que c'est le bon moment pour réduire les allègements de charges des entreprises, comme le propose le budget ? Vous êtes aussi député, François.

6:28
François Ruffin

Ce n'est pas là-dessus que ça se joue, d'accord ? Si vous voulez un retour de l'industrie, parce qu'en plus, on a eu un frémissement sur l'industrie, on a eu presque une prise de conscience, y compris de nos dirigeants politiques. On avait Emmanuel Macron dans le cœur de la crise Covid, qui disait, délégué à d'autres, notre protection, notre santé, notre alimentation est une folie. Voilà, il avait bien identifié la folie du libre-échange. Si on veut retrouver de l'industrie, déjà la maintenir dans nos pays, il est évidemment évident qu'il faut une régulation.

6:56
Présentateur

François Ruffin, on vous entend à l'Assemblée, on vous voit aussi au cinéma depuis hier, grâce au film Au Boulot, qui est donc sorti mercredi. C'est un ovni, alors qu'il ne fait pas dans la demi-mesure, puisqu'on y suit la chroniqueuse régulière de CNews, Sarah Salman, qui passe sa vie à pourfondre l'assistanat et à traiter les chômeurs de Feignas, faire plein de petits boulots payés au SMIC, vous l'avez emmené sur le terrain. En fait, vous avez ressuscité l'émission de divertissement de TF1, Vie ma vie, qui existait il y a environ 25 ans. On passe un bon moment, on est sincèrement touché par ces vrais gens, qu'on voit que vous avez filmé dans ce film.

Mais est-ce que ce n'est pas un peu trop caricatural pour être utile ?

7:27
François Ruffin

Vous savez, pour moi, c'est la situation qui est caricaturale. Quand les dirigeants de Auchan font plus de 40% sur leur patrimoine en deux ans, et que dans le même temps, ils licencient des gens, c'est la situation qui est caricaturale. Vous voyez ? Et donc, là, ce que je viens poser comme principe simple, un principe de décence et de bon sens, les Français, tous les habitants de notre pays, doivent pouvoir vivre de leur travail, bien en vivre, non pas en survivre, et bien le vivre. Vous savez, la Déclaration des droits de l'homme de 1789, elle posait ce principe simple. Les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur notre utilité commune.

Comment ça se fait qu'on va avoir dans notre pays des auxiliaires de vie ? Qu'on va avoir des caristes, qu'on va avoir des maintentionnaires, qu'on va avoir des caissières ?

8:09
Présentateur

Et on y voit des gens extrêmement touchants, extrêmement émouvants, et que sans doute, y compris nous-mêmes, journalistes, on ne regarde pas assez. Ça, c'est vrai.

8:16
François Ruffin

Et bien, comment ça se fait qu'on accepte que dans notre pays, alors qu'on l'a dit, notre pays repose sur ça ? Le pays président de la République disait qu'il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes, que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. Depuis la crise Covid, on n'a pas mieux rémunéré, on n'a pas mieux reconnu. Au contraire, il y a eu l'inflation qui est venue grever les petits salaires, et il y a eu même la retraite à 64 ans, qui pèse bien sûr d'autant plus sur les métiers physiques et populaires.

8:41
Présentateur

Même si tous ceux qui ne se rendent pas compte de ce qu'est la vie au SMIC ne ressemblent pas forcément à Sarah Salmane. Et c'est heureux. Merci beaucoup d'être venu nous voir. Je rappelle que votre film Au Boulot, co-réalisé par Gilles Perret, est en salle depuis hier.