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interviewC à vous· 7 avril 2026 8 min

Marine Tondelier : son combat contre l’infertilité

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

on prend un chien. J'ai toujours pensé qu'il ne fallait pas faire de la politique pour la gratitude. Pour les maires écologistes qui ne sont pas réélus, c'est triste, pas toujours très juste, mais ils partent en sachant que ce qu'ils ont fait pendant 6 ans restera.

C'est toujours ça de pris. - A.-E.Lemoine: C'est au terme de ces municipales que vous avez annoncé votre 2e grossesse.

Pourquoi la rendre publique? - M.Tondelier: Déjà, parce que ça allait se voir.

J'ai préféré le dire moi-même, plutôt qu'on me dise qu'il y avait des rumeurs...

Et puis, cette histoire est compliquée. Si j'avais dû en parler pour des raisons techniques et pratiques dans mon parti, j'aurais dû expliquer 100 fois cette histoire. Les gens m'auraient dit que j'avais pas bien choisi mon moment...

J'aurais dû expliquer mon parcours de PMA. Je n'avais pas la force de le faire 200, 300 fois en bilatéral. Donc je l'ai fait une fois et j'ai tenu la promesse que j'avais faite dans les couloirs du CHU de Lille à des couples que je croisais et qui me disaient: "On est contents de vous rencontrer là.

On se sent moins seuls." Je leur avais dit que j'en parlerais. J'ai tenu cette promesse.

Si vous saviez le nombre de messages que j'ai reçus de femmes qui sont dans des parcours, comme moi, de PMA, mais aussi de femmes seules qui font le parcours, de femmes en couple avec des femmes qui font le parcours...

Mais aussi d'hommes qui font le parcours avec des femmes...

C'est une histoire assez universelle. Le 1er trimestre de campagne municipale, c'est dur pour les femmes qui travaillent de nuit, qui élèvent seules les enfants, qui font des métiers pénibles...

Le parcours PMA a été une errance très longue, un parcours du combattant, mais je ne suis ni la première ni la dernière à le vivre. Les fausses couches, ça laisse des séquelles à vie. 1 femme sur 3 est concernée, et on n'en parle jamais dans la société. - A.-E.Lemoine: Pourquoi on ne parle pas de ce combat, qui exige beaucoup plus des femmes que des hommes?

Les traitements contre l'infertilité concernent d'abord les femmes... - M.Tondelier: Ca concerne aussi les hommes.

Dans le monde occidental, en quelques décennies, la mobilité des spermatozoïdes et leur nombre a diminué de 50 %, sans même parler des malformations. - A.-E.Lemoine: Ca, on ne le traite pas?

Dans une FIV, c'est la femme qui est traitée... - M.Tondelier: C'est un problème aussi bien féminin que masculin.

Mais la charge du traitement est beaucoup sur les femmes, comme celle de la contraception, d'ailleurs. Et on n'en parle pas dans la société. Il y a un côté pudique, que je comprends parfaitement, mais qui laisse dans la solitude beaucoup de monde...

Et aussi parce que ce sont beaucoup des hommes qui présentent les sujets du débat public. Je me suis demandé comment ça allait être pris, si je devais renoncer à la présidentielle. Mais il y a tellement de cas...

Chacun fait comme il veut. Moi, je suis pour la liberté. Si on écarte à chaque fois les femmes du champ politique parce qu'elles ont des enfants...

Dans les gouvernements, dans tous les pays développés, la plupart des hommes ont des enfants. En revanche, les femmes, elles sont moins de 10 %. C'est-à-dire que les enfants sont un problème pour les femmes mais pas pour les hommes.

Résultat, il y a très peu de mamans dans les assemblées délibératives, les postes à responsabilité, donc forcément, ces sujets avancent moins vite. 1re réunion à la commission d'agglomération pour moi, on a parlé de l'eau...

Il y avait un problème pour les femmes enceintes et les nourrissons. Mais on a dit qu'il ne fallait pas en parler parce que c'était anxiogène. Donc, pour ne pas angoisser les gens, on préférait les laisser boire l'eau du robinet alors que c'était dangereux pour eux.

J'avais dit que si c'était un problème de cancer de la prostate, on en parlerait tout de suite... - A.-E.Lemoine: C'est une femme dont je voudrais vous soumettre la réaction.

S.Rousseau a été interrogée hier au sujet de votre grossesse. Elle s'est réjouie qu'on parle de la santé des femmes, en ajoutant à votre propos ceci. - M.Tondelier: Je n'exalte rien du tout.

Je prône une politique féministe du vivant. Quand E.Macron va à la télé prôner le réarmement démographique, d'un air très martial, en culpabilisant toutes les femmes qui n'ont pas d'enfants ou qui ne veulent pas en faire... - P.Cohen: Vous l'interprétez vraiment comme ça? - M.Tondelier: Pour E.Macron, je l'ai vécu comme ça.

On se bat pour une politique féministe du vivant, qui favorise la vie, la vie des écosystèmes, la vie dans la société. Aujourd'hui, les femmes qui ne font pas d'enfants, certaines n'en veulent pas et c'est leur droit. Mais regardez les informations internationales, les informations sur le climat, les problèmes de logement... 53 % des gens réduisent leurs portions alimentaires et d'autres sautent des repas pour des raisons financières.

Je comprends que certains ne se projettent pas forcément dans un enfant ou un 2e enfant. Quand on ne sait pas comment se loger, quand on voit les enfants à l'ASE, quand 1 sur 2 est victime de mauvais traitements dans l'ASE, quand il y a plus de 2000 enfants qui dorment dans la rue, sans compter les appels au 115, les enfants qui dorment dans des voitures, les mineurs isolés...

On n'est pas une société bienveillante, ni avec les mamans ni avec les enfants. Ca pose beaucoup de questions. Je suis pour une politique égalitariste dans ce pays, entre les femmes et les hommes, pour une société à hauteur d'enfant.

Chaque femme prendra son choix en conscience. Ce ne sera pas un choix parce qu'elles n'ont pas osé, parce qu'elles ne savaient pas, parce qu'elles avaient peur pour leur carrière...

Je veux que ce choix soit libre. - P.Lescure: Question sur un tout autre sujet, mais qui est un débat qui va occuper l'Assemblée pendant quelques heures.

Les députés doivent étudier un projet de loi visant à doter l'Alsace des compétences d'une région, ce qui reviendrait à la sortir de la région Grand Est. Dans une tribune publiée avant-hier, les présidents de 10 régions se sont opposés à cette proposition de loi, craignant que chaque lobby local revendique dorénavant l'autonomie et une indépendance. Ce sont des inquiétudes que vous partagez?

Vous pensez qu'on peut étudier au cas par cas des demandes comme cela? - M.Tondelier: Représentant ici le lobby du Pas-de-Calais, je vais m'engouffrer dans la brèche...

Soyons sérieux: J'en ai marre des lois électoralistes qui changent les modes de scrutin avant une élection. Les macronistes ont déjà fait ça avec Paris, Lyon et Marseille. Ils ont voulu tout changer pour gagner ces villes.

Ca n'a pas marché. On ne change pas le modes de scrutin avant une élection. C'est ce que M.Valls avait fait en 2015 en créant ces grandes régions avant les régionales.

C'est vrai que certaines régions sont trop grandes: les Hauts-de-France, l'Occitanie, la Nouvelle-Aquitaine...

C'est valable pour le Grand Est comme c'est valable ailleurs. En tant que régionaliste, le raisonnement pourrait m'intéresser. Mais dans cette réforme, on ne parle pas de culture locale, on parle juste de gouvernance.

Les régions sont élues à la proportionnelle. Pour l'Alsace, ce ne sera plus le cas.