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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 2 juin 2025 24 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

Florence Seyvos, 51e prix du Livre Inter : "C'est un prix qui n'a pas de prix"

Source d'origine 4 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 90 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:23OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui vous a traversé quand vous avez reçu le coup de fil vous annonçant que vous étiez la lauréate 2025 de ce prix ?

  • 2:46OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il a une saveur particulière pour vous ?

  • 4:01OuverteRéponse directe

    Racontez-nous comment se sont passées les délibérations.

  • 5:25OuverteRéponse directe

    Quelle présidente avez-vous été ?

  • 7:20OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous pouvez dire les deux ou trois autres livres qui ont marqué ?

  • 9:26OuverteRéponse directe

    Pourquoi ce livre vous a particulièrement touché ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:32Invité politiqueFait
    « J'étais tellement abasourdie, parce que vraiment je n'y pensais pas du tout. »
  • 1:54Invité politiqueFait
    « Peut-être parce que c'est un livre, enfin je me disais, c'est juste un petit roman. »
  • 3:01Invité politiqueFait
    « C'est un prix qui n'a pas de prix. »
  • 3:39Invité politiqueFait
    « Donc là, je suis extrêmement émue. »
  • 9:34InvitéFait
    « J'ai trouvé ce roman-là m'a touchée coulée. »
  • 10:31InvitéFait
    « J'ai trouvé ma place en tant que lectrice. »
  • 11:56Invité politiqueFait
    « C'est un peu indécidable comme ça. »
  • 14:03InvitéFait
    « Je suis originaire de Guinée, effectivement. »
  • 17:10InvitéChiffre
    « Cette année, 7 écrivains sur 10 sont des femmes. »
  • 18:13Invité politiqueFait
    « C'est une époque qu'on est quoi ? Dans les années 80. »
  • 20:30Invité politiqueFait
    « Les liens d'adoption, c'est un thème qui me... »
  • 21:54Invité politiqueFait
    « C'est quand c'est confus, quand on est un petit peu perdu dans ses sentiments. »

Temps de parole

  • Invité38 %
  • Invité politique19 %
  • Présentateur14 %
  • Invité 212 %
  • Invité 35 %
  • Invité 45 %
  • Invité 53 %
  • Invité 62 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Un grand entretien spécial autour de la lauréate 2025 du prix du Livre Inter que nous vous révélions dans le journal de 8h. Avec Léa, nous sommes en studio avec une trentaine de personnes. Oui, voilà, on peut le dire.

0:14
Invité

On peut dire qu'il y a bien 30 personnes un peu partout, debout, assis, partout. La présidente du jury de l'édition 2025, Marie-Hélène Lafon, qui est avec nous. Bonjour et bienvenue. C'est toujours un plaisir de vous voir et de vous avoir accompagnée de l'impératrice du Livre Inter. Oui, oui. L'année dernière, on avait dit que Rennes, donc c'était un peu... On s'est dit, il faut monter d'un cran cette année. Eva Betten qui est là et en studio également tous les membres du jury du Livre Inter. Ça a discuté sec hier, on a compris toute la journée. Et vont prendre la parole notamment Marie-Duriquière Carfontan. Vous êtes orthophoniste à Versailles.

Bonjour à vous, Monique Chestakova, professeure et chef d'établissement. Aujourd'hui à la retraite, vous venez d'Alsace. Une bergère et une vachère, les deux à la fois, qui nous vient de Grenoble. C'est Florence Guillermet, bonjour et bienvenue. Et Ahmed Ba, qui vient de Guinée et qui est juriste. Bonjour à tous les quatre, on vous donne le micro dans un instant.

1:06
Présentateur

Et enfin, la lauréate, Florence Sévos. Bravo et bienvenue à ce micro. Vous avez donc reçu le prix du Livre Inter pour un perdant magnifique aux éditions de l'Olivier. Première réaction, vous êtes heureuse. Qu'est-ce qui vous a traversé quand vous avez reçu le coup de fil vous annonçant que vous étiez la lauréate 2025 de ce prix ?

1:32
Invité politique

J'étais tellement abasourdie, parce que vraiment je n'y pensais pas du tout. Donc j'ai eu une espèce de dialogue de sourd avec la directrice des éditions de l'Olivier qui me disait « Mais je ne fais pas ce genre de blague. » Je lui disais « Je sais que vous ne faites pas ce genre de blague, mais je ne vous crois pas. » Mais pourquoi c'était si difficile à croire ? Peut-être parce que c'est un livre, enfin je me disais, c'est juste un petit roman. Et c'est un livre qui ne parle pas du tout de sujets de société. Peut-être c'est aussi pour ça.

2:08
Invité

Non, ce n'est pas juste un petit roman, Florence Sévos. Je précise que vous avez reçu il y a quelques années le Goncourt des lycéens pour votre roman Les Apparitions. Et que depuis, vous bâtissez une œuvre singulière, sensible entre vos romans, vos livres pour enfants et les scénarios que vous co-signez pour à peu près tous les films de Noémie Lwowski. Ce roman, Le Perdant Magnifique, est votre septième. Il a été salué quand il est sorti en janvier par toute la presse de Télérama au Figaro. On vous avait reçu à 9h20 avec grand plaisir pour ce livre que j'ai beaucoup aimé. Mais le prix du livre inter, c'est vraiment un prix de passionné de littérature.

Je les vois, oui, c'est des lecteurs exigeants.

2:46
Invité politique

Est-ce qu'il a une saveur particulière pour vous ? Oui. Et puis, je n'arrête pas de le mesurer à chaque instant depuis hier soir, depuis le moment où j'ai rencontré les jurés et Marianne Laffont. À chaque moment, je me dis, en fait, c'est un prix qui n'a pas de prix. Parce que, déjà, c'est toutes ces personnes qui veulent absolument faire partie de ce jury, qui écrivent des lettres, la façon dont ça se passe. Et puis, voilà, qui viennent pour parler, se disputer à propos de livres que les ont touchés. Et quand on écrit, on ne sait pas pour qui on écrit. Souvent, on écrit pour son éditeur. Il y a quelque chose d'abstrait. On se dit, si jamais ça touche une personne, c'est merveilleux.

Donc là, je suis extrêmement émue.

3:42
Présentateur

Le prix qui n'a pas de prix, très bon slogan pour l'an prochain, Eva, vous le notez. Le jury est là, dans le studio de la matinale. On rappelle comment il est composé. 24 auditeurs, lecteurs, 12 femmes, 12 hommes, tous amoureux des mots et des textes. Alors, Eva, Bétan, racontez-nous comment se sont passées les délibérations. Ça a été tendu, disputé, ça a été rapide. Expliquez-nous.

4:12
Invité

Au début, on les chauffe. Je les chauffe à la liberté. En leur disant, c'est ici et maintenant. On ne pleure pas à la machine à café après. Ça ne sert à rien. Il faut même s'entretuer pour des idées. Mais vraiment, parce qu'il faut qu'ils aient conscience qu'on fait tout ça pour eux. On leur donne vraiment le pouvoir. Ils ne seront pas des alibis. Ils se sont entretués ? Je voulais, mais vraiment, j'attendais le premier son.

4:37
Présentateur

Mais oui, quand même, ils se sont. Et c'est une déception ce matin. Le goût du son.

4:41
Invité

Non, mais vraiment, c'est super important. Parce que c'est comme ça que ça devient leur prix à tous. Aucun livre ne pourrait faire l'animité. Sinon, on serait dans une dictature. Mais le prix est leur prix à tous. Parce qu'il est né de tout ça. Et ce qui est très beau, c'est quand on voit aussi des gens dire « J'ai changé d'avis, en fait. Ça m'a ouvert sur d'autres livres. » Il y a des années où ça va plus vite. Là, il a été disputé. Oui, il a été disputé. Mais aussi parce que Marie-Hélène Laffont voulait que, d'abord, que... Moi, je trouve que tous les livres, on leur doit l'honnêteté que tout soit discuté.

Même ceux dont il semble, d'après le premier tour de table, qu'ils n'ont pas beaucoup de chance. C'est la moindre des choses qu'on doit aux livres. Et après, c'est allé, au fond, pousser les gens. Et ça, Marie-Hélène l'a très bien fait.

5:25
Présentateur

Alors, quelle présidente avez-vous été ? Une présidente ferme et attentive. Dure et impitoyable. Ça veut dire dure et impitoyable. Ferme et attentive.

5:37
Invité

En tout cas, j'avais à cœur, en effet, qu'il soit question de chaque livre. Que chaque livre soit mis en question. Et ce qui m'a... Nous avons délibéré, donc, pendant cinq heures, trois tours. Troisième tour. Le livre est sorti au troisième tour. Et ce qui m'a beaucoup frappée, c'est que l'intensité n'a pas... Ça n'a pas molli jusqu'au bout. Et en effet, il a été question de chaque livre. Et il a été question aussi de... Il a été question de ce que disaient les livres. De la manière aussi dont la chose était dite. C'est-à-dire, il a été question, pour dire les choses un peu simplement, de fond et de forme. Il a été question de littérature. Il a été question de langue. Vous vous dites...

Enfin, on nous a envoyé des petits SMS.

6:18
Présentateur

Il a eu les coulisses. Il nous est revenu. Il nous est revenu dans l'entourage du livre inter.

6:24
Invité

L'entourage proche. L'entourage proche. Que vous avez particulièrement défendu, vous, comme présidente du jury, le livre de Florence Cévoste, disant que c'était le choix de la langue, le choix de la littérature, le choix du roman, le choix du texte. Oui, le choix du texte. Et justement, c'était vraiment au centre du terrain, au centre de la mêlée hier. Donc, il n'y a pas eu de mêlée au sens physique du terme. Et nous avons, ce que j'ai beaucoup aimé aussi, c'est que nous étions en pleine littérature et nous entendions monter par les baies ouvertes le, on va dire, le feu, le mont du foot. Ah, vous entendez ?

Oui, parce que les supporters passaient devant la maison de la radio pour aller sur les Champs-Elysées ou pour repartir. Donc, c'était le mélange de la littérature et de l'intensité de la liesse footballiste. Mais il y avait de la liesse aussi dans la littérature. Il y a de la liesse dans la littérature. Alors, juste peut-être avant de donner la parole et de parler du livre, de dire quelques mots sur le livre, Eva, ça s'est joué. Est-ce que vous pouvez dire les deux ou trois autres livres qui ont marqué peut-être ? Tout à fait. Il y a eu le livre d'Adélion. Qui a reçu le prix France Télévisions. France Télévisions, exactement.

Et la question s'est posée, mais aussi à quel genre il appartenait. Mais je crois que tout le monde comprend aujourd'hui que les frontières sont floues dans ce qui entre dans la littérature. Il y a eu aussi le livre de Chesnadad et Mégil. Et je dirais qu'à l'arrivée, ça s'est joué entre ces trois livres. Vraiment. Il faut dire aussi que les deux premiers tours sont à la majorité absolue. Donc 25 votants, 13 voix. Et le livre de Florence Evos a failli passer au deuxième tour parce qu'au deuxième tour, il en avait 12. Donc vraiment, ça ne s'est fait à rien pour la majorité absolue.

Alors juste pour les auditeurs qui débarquent et qui n'ont pas lu le livre, pourtant on l'encourage depuis des mois, c'est l'histoire d'une relation atypique de deux adolescentes et de leur beau-père fantasque. C'est lui, ce perdant magnifique. Il est fantasque, il est flamboyant, autoritaire. Elle vive entre le Havre et Abidjan en Côte d'Ivoire. C'est ce Jacques qui couvre ses belles-filles de cadeaux alors qu'il est fauché, qui les regarde alors qu'il est un peu taré. C'est un perdant, un perdant magnifique. Vous allez lire quelques... Tout de suite, peut-être, c'est parce que c'est vraiment l'ambivalence de ce personnage qui vous a plu, à la fois fantasque, flamboyant et loser.

Parfois, je pense que notre mère avait choisi d'épouser Jacques parce qu'elle aimait la difficulté, parce que c'était un choix à la mesure de sa propre combativité, de son besoin secret d'en découdre. Elle l'admirait comme elle admirait Napoléon. Elle aimait que la vie de Jacques ressemble à un destin et que ce mariage fasse d'elle une héroïne. Elle aimait aussi, je crois, même si cela l'exaspérait souvent, que Jacques ne supporte ni les contraintes ni les obligations et qu'il ne fasse les choses que lorsqu'il l'avait lui-même décidé.

9:18
Présentateur

Magnifique lecture.

9:19
Invité

Marie de Ricard Carfenton, je rappelle que vous êtes orthophoniste. Vous, on nous a dit aussi dans les... On nous a dit que... Alors Marie, elle était prête à se jeter par terre en roule pour que Florence Céveau, c'est le prix. Et pourquoi ce livre vous a particulièrement touché ? Alors en fait, je cherchais un beau roman. J'ai trouvé ce roman-là m'a touchée coulée. Je cherchais à être touchée coulée. J'ai trouvé que la langue était juste, précise. Et ce que j'aime beaucoup, il y avait beaucoup d'implicite. C'est-à-dire que comme Eva Betten le disait hier, nous lecteurs, on a dû être actifs. C'était un livre qu'on ne recevait pas tout cru. Pas tout cru.

Les choses étaient en plein et en creux. Les portraits en plein et en creux. Et j'espère vraiment que beaucoup de gens seront touchés, coulés. Que ce soit des jeunes, des moins jeunes, toutes les professions. J'espère que ça touchera une population aussi vaste que notre jury. Et merci France Inter pour cette très belle aventure.

10:14
Présentateur

Merci à vous d'y avoir participé. Monique Chestakova, même sentiment ?

10:18
Invité

Oui, même sentiment. Moi, j'ai découvert le livre de Florence Céveau avant la liste que nous avons dévorée tous. Et je suis tombée dedans. J'ai trouvé ma place en tant que lectrice. Parce que Florence propose une écriture qui ne dit pas tout, qui laisse l'imagination faire son travail. Et donc moi, j'ai eu beaucoup d'empathie pour Jacques. Et les personnages qu'on lit, qu'on découvre, on les rapporte toujours un peu à soi. Et la question de la déraison, la question de la folie douce, la question de la fantaisie portée jusqu'au bout, c'est une question qu'on peut s'appliquer à soi. Et est-ce bien raisonnable ? Est-ce qu'il est légitime d'être aussi fou que Jacques ? Pas trop, mais un peu.

Et quelle place on fait à ces gens-là dans la société ? Et donc ce Jacques, moi, il m'a porté. J'ai voyagé dans sa vie. Merci Florence de nous avoir donné ce moment de bonheur. Et merci France Inter pour cette aventure. Florence et vous, la folie douce, l'ambivalence de ce personnage-là, elle est présente très souvent dans vos livres-là. Vous dites, c'est ça qui m'intéresse. C'est les mauvais sentiments, c'est la lisière, on ne sait pas s'il est fou ou pas fou. C'est ce fil en équilibre.

11:52
Invité politique

C'est un peu indécidable comme ça. Et d'ailleurs, moi, je suis toujours touchée quand des lectrices ou des lecteurs aiment le personnage de Jacques. Mais je sais que parfois aussi, ils suscitent vraiment des réactions assez vives. j'étais dans une librairie, une fois, au bonheur à Montrouge, où, en fait, les gens se disputaient dans la librairie. « Ah mais moi, je ne peux pas le piffrer. » Qui n'a pas pu le piffrer, là ?

12:23
Présentateur

Levez la main et donnez un micro.

12:27
Invité

Allez-y, c'est marrant, ça. Il y en a un que le personnage... Allez, vas-y. Donnez une vidéo de micro. Présentez-vous, monsieur, avec une très belle chemise à la Magnum, hawaïenne. La Senghorari, 43 ans, parisien. Alors moi, je n'ai pas apprécié le livre car ça ne m'a pas touché, le personnage de Jacques. Je trouve que c'est un peu des certaines longueurs. Après, c'est sûr, je l'ai lu en dernier dans la sélection des 10 livres. Je l'ai lu après Aimé Gilles. Moi, j'ai adoré Gilles. Je vais certainement le relire parce qu'hier, il y a eu des très beaux commentaires. Marie m'a convaincue de le relire. Marie vous a convaincue.

Alors, je voudrais qu'on donne le micro à Florence Guillermet, à notre bergère vachère ce matin qui vient de Grenoble et qui doit retrouver ses vaches ensuite. Vous, Florence, vous l'avez beaucoup aimé, ce livre-là. Oui, je l'ai beaucoup aimé. Il faisait partie du top 3, en fait. Ce que j'ai aimé, moi, j'ai aimé les personnages, en fait. Moi, ce que j'aime, c'est m'attacher aux personnages. Après, je n'aimerais pas avoir un beau-père comme Jacques parce que je trouve que c'est extrêmement... Ça nous met dans des situations un peu précaires, difficiles. J'ai trouvé très beau la relation des deux sœurs avec leur maman.

J'ai trouvé vraiment un très beau bouquin que j'offrais avec plaisir, que je prêterais à mes copines. Et puis, surtout, demain matin, en fait, j'ai des vaches qui arrivent. J'ai un sac à dos préparé et je le mettrai dans mon sac à dos avec Aimé Gilles, que j'ai beaucoup aimé. Vous en lirez des extraits

13:52
Locuteur non identifié

à vos vaches ?

13:53
Présentateur

Le lait sera d'une qualité sinouïste. Ahmed Ba, dites-nous alors...

14:00
Invité

Il nous vient de Guinée. Oui, moi, je suis originaire de Guinée, effectivement. Je viens de Guinée. C'est un roman que j'ai beaucoup aimé. Surtout, moi, c'est l'atmosphère, en fait. Je me suis dit, en le lisant à la fin, l'écriture et les dépouillés, ça m'a fait penser à Niernaud. Mais c'est l'atmosphère parce que je me disais à un moment est-ce que ce n'est pas un polar ? Parce qu'on n'avait pas de cadavres. Certes, on n'avait pas de cadavres ou de meurtre ou de sang. Mais en fait, l'atmosphère, elle était là, elle était pesante, elle était lourde, même sur la fameuse scène du piano que nos auditeurs pourront effectivement remarquer. Découvrir.

Et d'un autre côté, en fait, je pense qu'on est tous un peu Jacques, un peu fous, c'est les humains, un peu des hauts et des bas. On gagne, on perd. Donc finalement, j'ai beaucoup aimé ce roman et je remercie France Inter pour ce livre et ce magnifique prix. Et ça vous a plu de venir en France pour être un des jurés du livre Inter ? Vous êtes déjà en France ? Je suis venu pour mes études supérieures. J'ai arrivé pour faire des études supérieures. De Guinée, je suis tombé en Savoie. Donc voilà. L'ambiance, elle était déjà menée. J'avais pas des tongs, je vous rassure. Mais c'était... J'ai connu après là beaucoup les médiathèques, les librairies et tout.

Et en fait, j'ai continué à dévorer des littératures françaises et du monde. C'est ce qui me passionne aujourd'hui et qui me fait vibrer et me fait vivre. La lettre était extraordinaire. Vous racontez que vous étiez un enfant Peul au bord d'une rivière et comment les livres sont venus à vous alors que ce n'était pas évident. Et c'est ça qui est formidable. C'est qu'on voit que quand la grève de la lecture a pris, elle reste pour la vie. Et ça transcende les pays, les milieux. Parce qu'on peut... Et les âges ! Et les âges ! Parce que c'est vrai que vous avez choisi Eva. C'est elle qui fait la sélection. Bien sûr, vous avez été choisie grâce à Eva Bétan. L'impératrice ! Attention Léa !

Attention ! Non mais malheureusement, on n'a pas l'image de tout le monde mais il y a tous les âges et tous les métiers et toutes les régions. Et c'est vrai que ça, ça fait plaisir. C'est pas juste... On a une prof et chef d'établissement. Oui, on a les deux profs. Mais ce que je veux dire, c'est pas que ça. Et c'est ça qui est beau. Mais c'est pas que la France est grande ville. Il y a des endroits. Moi, je ne connaissais pas l'Ivaro Pays d'Auge. Je ne connaissais pas l'Antiole Tromagère. Oui, mais bon, voilà, c'est toute la France. C'est des gens qui viennent de partout, de tous les horizons. Et on ne le fait pas statistiquement. C'est ça, les lettres.

On ne les prend pas avec le cœur mais ils sont représentatifs.

16:28
Présentateur

Impératrice, dans la sélection de cette année, plusieurs romans mettaient à l'honneur des personnages de jeunes femmes qui questionnent les codes amoureux. La passion adultère dévorante dans le livre d'Emma Becker, Le Maljoli, le trio amoureux ardent qui explore la violence des corps dans celui de Sean Haddad, Aimé Gilles, on en a dit un mot à l'instant. Une jeune femme fascinée par des mentors masculins, un télo dans celui d'Emmanuel Lambert, aucun respect. Comment vous l'analysez, ça, Eva ? C'est beaucoup de livres sur les femmes et l'amour, donc, c'est un hasard ou ça dit quelque chose de l'époque ?

17:06
Invité

Il y a deux constatations qui me viennent. C'est que cette année, on a vu le nombre de femmes autrices augmenter au fil des ans. Cette année, 7 écrivains sur 10 sont des femmes. Il y a eu des années à quelles années, je me disais pas possible il ne va pas y avoir que des hommes. Et là, c'est l'inverse. Je me disais mais c'est pas possible. On va avoir que des femmes, quand même. On va croire qu'on a truqué la liste. La première chose, la deuxième chose, je vois aussi que dans certains livres, le féminisme actuel imprime aussi le contenu des livres. C'est-à-dire que l'histoire est aussi vue avec le recul du temps.

Emmanuel Lambert, elle parle de sa jeunesse auprès de Rob Griller en revoyant ça avec le recul du temps. C'était un âge du féminisme et elle parle d'un âge du féminisme plus radical aujourd'hui. Adèle Lyon, elle revoit la folie, la schizophrénie de sa grand-mère dans son enquête avec aussi son regard de jeunes femmes d'aujourd'hui, avec le poids du patriarcat, avec la manière dont on veut conditionner les femmes pour qu'elles correspondent à un modèle. Donc, c'est tout ça qu'on voit dans le contenu des livres et qui est vraiment intéressant parce qu'il donne l'époque. Après, la question, c'est comment on relira ces livres dans 10 ans, dans 15 ans ? Je ne sais pas.

Vous, le perdant magnifique, c'est une époque aussi puisque c'est une époque qu'on est quoi ? Dans les années 80, on communique par fax entre le Havre et Abidjan, les filles regardent Rocky, se bourre la gueule au whisky coca, écoutent des vinyles de Ni Liang coucher sur la moquette. C'est aussi cette époque-là... Après avoir vomi. Après avoir vomi, oui. C'est cette époque-là aussi que vous avez voulu ressusciter dans ce livre-là.

18:35
Invité politique

C'est cette époque-là mais vu depuis, en fait, la narratrice, c'est drôle parce que ça a vraiment à voir, je crois, avec ce dont vous parliez à l'instant. C'est que la narratrice a un recul d'à peu près 40 ans par rapport à ce qu'elle raconte et elle a besoin d'y revenir parce qu'il y a quelque chose qui n'est pas passé. Il y a quelque chose qui la taraude, qui lui cause une espèce de chagrin qu'elle n'arrive pas bien à identifier et c'est pour ça que j'ai l'impression qu'elle éprouve le besoin de se re-raconter cette histoire.

19:16
Invité

Moi, ce qui m'avait touchée aussi, je ne sais pas si ça a touché certains des lecteurs, c'était, vous écrivez sur cette relation si particulière de la belle famille. Je veux dire, ce n'est pas la même chose si ça avait été leur père biologique. Un beau-père et cette relation très particulière qui se crée entre un beau-père et ses belles-filles, en l'occurrence, dans le livre, mais ça pourrait être une belle-mère et son beau-fils, c'est une relation qui est parfois plus belle encore et ce qu'on sent chez ce beau-père à l'endroit de ses deux fils, c'est qu'il les aime à sa manière et qu'il les regarde, ce que peut-être un père ou une mère biologique ne fait pas.

19:49
Invité politique

Oui, ou en tout cas, les enfants ne s'en rendent pas forcément compte parce qu'il y a quelque chose de naturel dans le regard porté par les parents, mais quand c'est quelqu'un qui arrive de l'extérieur, quelqu'un qui ne vous connaît pas et qui vous regarde et qui vous reconnaît pour la personne que vous êtes et qui vous le fait sentir, tout à coup, vous sentez une personne spéciale, très importante, ça compte énormément et je crois que ces deux sœurs, ça leur donne une espèce de sentiment de puissance, cette espèce d'affection inconditionnelle de Jacques et puis ce sentiment d'être adopté et moi, les liens d'adoption, c'est un thème qui me... Ah oui, parce qu'on se choisit énormément.

On se choisit et d'ailleurs,

20:36
Invité

quand il est question que la mère se sépare de Jacques, qu'elle divorce, ce sont les deux sœurs, Irène et Anna, qui ont des relations orageuses avec ce beau-père mais des relations intenses et passionnées, ce sont les deux sœurs qui, d'une certaine manière, le défendent et le protègent et remettent en question la décision que cette mère finalement ne prendra pas.

20:57
Présentateur

Florence Evos, vous dites je ne m'intéresse qu'aux détails et à l'impureté des sentiments. Expliquez-nous, la bonne littérature doit forcément explorer ces zones-là ?

21:10
Invité politique

Oh, je ne vais pas me lancer dans une définition de la bonne littérature mais... Alors, enlevez bonne ! Mais... Mais... En tout cas, oui, j'ai l'impression que... Enfin, moi, c'est ce qui m'intéresse, c'est quand c'est... quand c'est confus, quand on est un petit peu perdu dans ses sentiments, quand on ne peut pas porter de jument et puis surtout, ça ne m'intéresse pas du tout de porter un jugement. Ce que j'aime, c'est essayer de décrire des situations et des... et parfois aussi de faire des portraits. J'aime vraiment essayer de le faire le mieux que je peux et j'aime...

C'est vrai, beaucoup, décrire des atmosphères donc j'étais très touchée par ce que vous disiez tout à l'heure, monsieur, j'essaye de retrouver parfois l'atmosphère de situation que j'ai connue et d'essayer de les faire exister

22:07
Invité

à nouveau. Et du point de vue des atmosphères, on joue vraiment le grand écart parce qu'on passe, je crois qu'on ne l'a pas dit ce matin en tout cas encore, on passe d'Abidjan au Havre et du Havre à Abidjan. Vas-y, je l'ai dit, Marie-Hélène, vous n'écoutez pas, je l'ai dit au moins deux fois. Pardon, pardon, pardon. Mais donc...

22:22
Présentateur

Vous n'écoutez pas en classe.

22:24
Invité

Ça c'est vrai. Mais on joue vraiment là pour le coup, on joue un grand écart et il y a une puissance d'incarnation dans la langue qui est extrêmement prenante et je crois que les discussions qui ont été intenses tournaient autour de ça. C'est-à-dire qu'on ressent la grisaille d'un après-midi de fin novembre au Havre et aussi la moiteur de la scène, de la maison d'Abidjan qui est un lieu extrêmement particulier. Les maisons ont une présence extrêmement intense dans la langue de Florence Sévost. Il y a une dinde aussi qui a beaucoup d'importance. Oui. Il y a une dinde. Il y a une dinde qui sue dans un four un soir de Noël.

Un moment terrible et la dinde, on suit la dinde, la dinde crue, la petite fille tape la dinde, elle énerve et puis après, c'est formidable. Le suspense de la dinde. Les larmes de la mer et le jus de la dinde.

23:18
Présentateur

Oui. Merci en tout cas. Merci infiniment à tous. Bravo à Florence Sévost, un perdant magnifique aux éditions de l'Olivier. Prix du Livre Inter 2025. Bravo. Merci d'avoir été à notre micro. Bravo et merci à Marie-Hélène Laffont qui a été, je crois, une grande présidente. Formidable. Formidable.

23:40
Invité

Merci de m'avoir offert cette présidence.

23:43
Présentateur

Bravo à l'ensemble du jury présent ce matin dans le studio de la matinale. Et moi, bravo et plein de baisers à Eva Bétan. Merci. Sans laquelle le Livre Inter n'existerait pas. Merci encore à tous.

24:02
Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada