Vote de motions de censure, budget 2025... Le "8h30 franceinfo" de Astrid Panosyan-Bouvet
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Info Bonjour Astrid Panosian-Bouvet. Oui, bonjour. Toujours officiellement ministre du Travail et de l'Emploi. Est-ce que vous avez commencé à faire vos cartons au ministère ?
Ah non, pas du tout. Pas du tout parce que je voulais aussi profiter de ce moment pour rappeler à tous ceux qui nous écoutent qu'en ce moment même, ont lieu des élections syndicales pour 5 millions de nos concitoyens qui travaillent dans des TPE, qui sont employés à domicile. Et ces élections, elles ont lieu jusqu'au lundi prochain. Et c'est important de pouvoir aller sur cette plateforme TPE Élections pour pouvoir défendre ses droits parce que c'est important.
Vous parlez des travailleurs là encore ce matin,
dans ce jour important. Tout à fait, parce que ça permet à des employés à domicile de pouvoir avoir des formations pour pouvoir se projeter. Des transporteurs routiers, ça a été négocié sur des dispositifs de retraite anticipés. C'est du concret. Et donc moi, je suis dans la vie concrète des gens jusqu'au bout et même après. Mais vous, votre travail, Astrid Panosian-Bouvet,
vous risquez de le perdre cet après-midi ? Est-ce que vous l'avez envisagé ? Ou alors vous avez encore de l'espoir ?
Moi, je dirais, lundi dernier, enfin il y a deux jours, j'étais à Bruxelles pour avancer sur le sujet de l'indemnisation de l'assurance chômage des frontaliers qui coûte 800 millions d'euros chaque année à la France. Voilà, moi je suis jusqu'au bout à ma tâche, que ce soit sur les élections des syndicats dans les petites entreprises, que ce soit sur le règlement des transfrontaliers. Il n'y a pas du déni.
Mais vous imaginez, vous, être présente demain au Conseil des ministres. Qu'est-ce que vous apporteriez demain au Conseil des ministres à 10h ?
Tout va dépendre effectivement du vote qui a lieu aujourd'hui. Mais moi, ce que je voudrais quand même dire aujourd'hui, c'est que ce vote, ce n'est pas simplement priver la France d'un gouvernement. Il y a eu déjà un vote de censure. Mais là, on est en train de priver la France d'un budget. C'est un budget qui n'est pas parfait, ça c'est clair.
Mais le budget, c'est toujours le résultat d'un compromis entre des objectifs qui, dans une situation financière très tendue, d'une situation économique qui se durcit, j'espère qu'on va aussi parler, ça intéresse, des défaillances d'entreprises, des plans sociaux, d'un contexte international qui se tend également, ça arrive à un moment très difficile pour le pays. Ça ajoute de l'instabilité et de l'imprévisibilité à une situation qui n'est déjà pas stable et imprévisible.
Le gouvernement en place depuis un peu plus de deux mois. Quel est le sentiment qui prédomine chez vous en ce jour particulier ? Il y a de la frustration, il y a de la colère ?
Il y a de la gravité, il y a de la tristesse parce qu'on ne réussit pas en France à instaurer une culture du compromis qui est vue comme de la compromission, qui est vue comme de la concession, qui est vue comme de l'ultimatum et du chantage. Et donc, il y a effectivement de la tristesse et de l'inquiétude pour la suite parce qu'on a quand même besoin d'un budget. Je pense que ça a été rappelé à différentes échéances. Les conséquences très concrètes aujourd'hui de ne pas avoir de budget pour pas mal de sujets. On va y revenir évidemment.
Mais politiquement, vu de la gauche, on l'entendait encore hier matin, il y avait Marine Tondelier qui était là pour les écologistes et pour elle, discuter avec le Rassemblement national, ce n'était pas possible. Il n'y a pas de compromis possible pour une partie de la gauche avec le Rassemblement national.
Mais la question, ce n'est pas une discussion avec le Rassemblement national, c'est discuter de sujets concrets aujourd'hui qui font que sur la question de la facture d'électricité, sur la question du pouvoir d'achat, ce sont des préoccupations et heureusement qui sont partagées par bon nombre de partis politiques et bon nombre de nos concitoyens. Donc, il n'y avait pas de concessions. C'est l'impression quand même qui a été donnée. Et c'est d'ailleurs peut-être un peu ça, ça a pu apparaître comme de la foire à la concession. Et non, on est d'abord dans le compromis. Non mais la street, pas nous enbouer,
juste sur ce qui s'est passé sur les dernières heures, la négociation, elle ne s'est faite qu'avec le Rassemblement national, qu'avec Marine Le Pen. Le dernier communiqué de Matignon est adressé à Marine Le Pen. Le Rassemblement national est cité. La honte, disait hier Marine Tondelier qui était à votre place, sa patronne des écologistes, parce que vous avez aussi cédé sur des sujets annexes, comme l'AME, l'aide médicale d'État. Est-ce que vous avez honte ?
Moi, je veux quand même rappeler dans ce budget qu'il y a des choses sur lesquelles la gauche, que la gauche ne peut pas renier. Enfin, je veux dire, et ça d'ailleurs, ça n'aura pas lieu si ce budget n'est pas voté, mais sur la taxation des hauts revenus, sur pour la première fois, puisqu'on veut parler du travail, sur la conditionnalité des aides publiques aux entreprises, sur, mais ça, ce ne sera pas voté, la réactivation de l'activité partielle de longue durée pour les entreprises, pour qu'elles n'aient pas à mettre la clé sous la porte et de pouvoir mettre leurs travailleurs au chômage partiel. Ça, c'est des choses qui sont concrètes.
En plus, parce que tout n'est pas dans le budget, d'un dialogue social qu'on a su rétablir, notamment en négociant des choses importantes sur la réforme de l'assurance chômage, sans que ça polarise et fracture plus le pays qu'il ne l'est déjà.
Il y a ce chiffre qui a beaucoup fait réagir hier dans la bouche du Premier ministre. 18 millions de Français verraient leurs impôts sur le revenu augmenter en cas de non-vote, en cas de censure et donc d'absence de budget. Qu'est-ce qui doit être fait dans les prochaines heures, de manière urgente, si jamais le gouvernement tombait, pour éviter cette situation ?
Là, rien ne peut être fait pour éviter cette situation parce que c'est la loi de finances qui décide de faire que le barème de l'imposition suit l'inflation. Donc là, ça veut dire très concrètement, et je pense que ça a été dit à plusieurs reprises, 380 000 foyers qui étaient exemptés d'un impôt sur le revenu qui le seront, 17 millions de foyers qui verront leurs impôts augmenter, alors que, c'est ça qui est fort de café, les plus hauts revenus dont on avait prévu une augmentation d'impôt seront exemptés puisque la loi de finances ne s'applique pas. Mais vous savez aussi ce qui vous est reproché,
Astrid Panogent, par exemple, si on prend un peu de recul après toutes les concessions qui ont été faites, notamment au Rassemblement national, on est en train de se demander si le gouvernement ne va pas tomber pour 3 milliards. 3 milliards, en fait, c'est le coût de l'indexation des retraites sur l'inflation et finalement, le Premier ministre a dit non, je ne vais pas céder à cette demande du Rassemblement national. Est-ce que vous risquez la crise politique, la crise financière de l'accentuer
pour 3 milliards ? Parce que le budget, c'est un compromis entre la stabilisation de l'endettement et on arrivait à quelque chose d'autour de 5%, mais il ne faut pas que ça dépasse non plus parce que la facture commençait à devenir lourde. Enfin, je veux dire, ça a été rappelé aussi par Laurent Saint-Martin entre les différentes concessions sur l'électricité, effectivement, les retraites, vous nous dites que ça va être sur la question du pouvoir d'achat. Oui, mais il y a un moment donné où on n'est pas dans le chantage ou dans l'ultimatum non plus.
Un budget, c'est l'équilibre entre la stabilisation de l'endettement, le pouvoir d'achat, les conditions d'exercice des entreprises, les services publics et puis aussi des crises ponctuelles. Je pense à nos agriculteurs qui, là, pour le coup, seront aussi les premiers pénalisés de ne pas avoir de budget ou ce qui s'est passé en Nouvelle-Calédonie où il faut aussi financer la réparation.
Alors, il y aura effectivement des choses qui vont être faites et pas d'autres en l'absence de budget. Il y a l'exemple des retraites.
Oui, les retraites, notamment, les pensions des retraités seront indexées sur l'inflation 2,2% contre 0,8% au 1er janvier. C'est ce qui était prévu dans votre budget. Nouvelle augmentation pour les petites retraites en juillet. Les retraités, finalement, ils seraient gagnants de cette situation de censure ?
Les retraités seraient effectivement gagnants, si on peut dire qu'il y a des gagnants, parce qu'effectivement, dans cet océan de difficultés, ils verraient leurs pensions indexées sur l'inflation pour la totalité. On pose la question
à la ministre du Travail. Ça veut dire que les inactifs seraient ce soir, en quelque sorte, bénéficiaires par rapport aux actifs ?
Mais c'est ça, le sujet fondamental. C'est-à-dire que là, moi, je voudrais aussi dire qu'il y a une forme de frilosité et de myopie de la classe politique qui considère les retraités comme un bloc homogène. Eh bien, moi, je suis la ministre du Travail, je peux vous dire que les salariés, ce n'est pas un bloc homogène, les retraités non plus. Il y a 75% des retraités qui sont propriétaires et précisément, les petits retraités, les petites pensions, c'est souvent des gens qui ne sont pas propriétaires et pour lesquels la pension vient payer l'essentiel du logement. Et ceux-là, il faut les protéger.
Mais il y en a d'autres qui peuvent aussi, moi, je le pense, participer à l'effort de redressement de nos comptes publics au même titre que les actifs, au même titre que les entreprises. Il est là, le débat fondamental. Donc, la censure, c'est une bonne nouvelle
pour les retraités. Est-ce que les fonctionnaires qui nous écoutent ou nous regardent doivent s'inquiéter pour le paiement de leur salaire l'année prochaine si le gouvernement tombe ce soir ? Non, il n'y a pas de shutdown
à l'américaine dans lequel il n'y aura plus les crédits pour payer les fonctionnaires. Il ne s'agit pas de verser dans le catastrophisme. Il ne faut pas se rassurer à bon compte non plus. C'est le message que je veux donner ici et ne pas voter un budget. C'est dans le contexte économique que nous connaissons avec 6% de déficit à la fin de l'année, 3 000 milliards d'emprunts pour financer la dette de l'État, de l'imprévisibilité pour les entreprises qui n'aiment pas ça, pour les ménages et pour ceux à qui on emprunte. C'est très concret.
Un point très concret, là encore, qui concerne le SMIC. Le 1er novembre, le SMIC a été revalorisé de 2% en anticipation du mois de janvier sur décision du gouvernement. Là, sans nouveau budget, il y aurait quand même une revalorisation au 1er janvier dès lors que c'est la loi ?
Dès lors que c'est la loi par rapport à une augmentation de l'inflation.
Donc ça veut dire qu'en fait, il n'y aurait pas...
C'est typiquement ce genre de choses que je vais discuter pas plus tard que ce matin puisque je rencontre les comités d'experts de la question du SMIC justement pour discuter de ce sujet.
Dans ce cas-là, c'est vous qui décidez parce que...
Pardon, vous êtes l'une... Non, ce sera décidé de toute façon fin de l'année. Mais c'est précisément ce genre de sujet dont il faut discuter sachant que ce comité d'experts avait dit que le 1er novembre suffisait puisqu'on était simplement dans de l'anticipation.
Tout ça dans un climat social lourd. Il y a demain une grève de la fonction publique, la semaine prochaine grève dans les ports, mouvement reconductible des cheminots. Quel message vous adressez-vous dans ce moment au syndicat ? Appel à la responsabilité ?
Depuis que je suis ministre du Travail, j'ai vu que les syndicats comme le patronat étaient très responsables. Donc, je n'ai pas besoin de faire un appel à la responsabilité sur des sujets aussi potentiellement fracturants que la réforme de l'assurance chômage. Ils ont trouvé un accord où ils ont pu à la fois trouver des économies tout en protégeant mieux ceux qui aujourd'hui sont les plus fragilisés par le durcissement de la situation économique les jeunes pour qu'ils soient mieux protégés par l'assurance chômage.
Donc, je n'ai pas d'appel à la responsabilité à faire aux partenaires sociaux parce que je trouve que, contrairement à beaucoup de partis politiques, ils ont un esprit de responsabilité et ils savent trouver des compromis quand on leur demande.
Mais vous voyez bien que là, dans cette situation particulière, on essaie de déterminer qui sont les gagnants et les perdants de la situation et dans certains secteurs, on est content. On est content qu'il n'y ait pas de nouveau budget
l'année prochaine ? Je pense que la France est comme un organisme vivant, c'est-à-dire interdépendant. Je pense qu'on ne peut pas comme ça se dire qu'il y a des perdants, des gagnants. Je pense que la situation de l'endettement, si elle s'emballe, elle ne sera bonne pour personne. Elle ne sera bonne pour personne. Des taux d'intérêt qui augmentent d'un point sur la dette française, c'est 3 milliards d'euros en plus d'un coup. C'est de l'argent gâché. C'est un tiers du budget de la justice.
L'année prochaine, ça veut dire que là où on avait sanctuarisé des progressions de dépenses sur les ministres régaliens, la police, la justice, le plan prison, la défense dans le contexte international qu'on connaît, on met ça sous la porte.
Juste une mesure qui était importante dans le budget 2025, était prévue donc une surtaxe sur les grandes entreprises, une contribution exceptionnelle.
Ça, il faut oublier. Et ça ne peut pas revenir par un autre texte ? Mais pas par... Ça ne peut revenir que par une nouvelle loi de finances. Là, ce qui peut être fait, c'est simplement soit réexécuter par douzième la loi de finances de l'année dernière qui a été prise dans un contexte politique, économique extrêmement différent. Donc, ce ne sera pas possible. On ne peut pas lever de nouvelles recettes quand on est gouvernement démissionnaire. Il faut bien avoir ça en tête.
Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Braclia. Et notre invité ce matin, Astrid Panosian-Bouvet, ministre du Travail et de l'Emploi dans un gouvernement en sursis. Une motion de censure examinée dans un contexte économique lourd. Beaucoup de défaillances d'entreprises qui inquiètent ces dernières semaines. Fin octobre, 160 000 emplois étaient menacés par des procédures collectives chez Michelin, chez Auchan, notamment chez Arcelor. Tout dernièrement, encore chez Valeo pour ne citer qu'eux. Est-ce que ça va encore s'aggraver si le gouvernement est censuré ?
Alors, vous parlez des grandes entreprises. Moi, j'aimerais aussi parler des plans sociaux à bas bruit, comme l'a dit d'ailleurs le président de la Confédération des PME. C'est-à-dire qu'il y a une multiplication des PSE dans les grandes entreprises, mais ça existe aussi dans les fournisseurs de rang 2 à 5 et pour lesquels les conditions de départ peuvent être beaucoup plus difficiles. Et le fait de ne pas avoir, de ne pas voter de budget va rajouter effectivement de l'imprévisibilité, ce que n'aiment absolument pas ni les entreprises ni les investisseurs. Et je veux encore dire ici que dans ce budget, il y avait deux choses importantes.
Il y avait une chose en particulier qui était importante, c'était la réactivation de l'activité partielle de longue durée qui permettait de trouver une solution intermédiaire avant de mettre la clé sous la porte de pouvoir trouver des solutions de financement et de reconversion. Justement,
c'était la demande ça de Sophie Binet de la CGT. C'était pour qui ce changement
de longue durée ? C'est précisément pour des travailleurs qui travaillent dans des entreprises qui sont en très forte difficulté, notamment des situations structurelles, durables. Vous avez parlé de l'automobile, de la grande distribution. Il y a des secteurs qui subissent des véritables transformations. Et ça, c'est quelque chose qui a été demandé effectivement par les partenaires sociaux, que ce soit patronat, je pense à la métallurgie, mais pas que, et effectivement les syndicats.
Ça, c'était dans la loi de finances que je devais discuter au Sénat pas plus tard qu'hier soir et ça devait en principe être rediscuté samedi pour une session au Sénat pour reprendre la suite de la loi de finances sur la section emploi-travail. Deuxième chose très importante, on est en train de fragiliser la position de la France aussi au sein de l'Union européenne au moment où il y a des discussions extrêmement importantes, notamment parce que nous sommes en divergence avec l'Allemagne sur les barrières commerciales à mettre en place vis-à-vis de pays qui ne pratiquent pas des pratiques loyales. Je pense notamment à la Chine, à l'Inde et aux Etats-Unis.
Là, la France, elle aura forcément une voie qui sera beaucoup plus fragilisée sur des sujets qui doivent être là pour défendre nos industriels sur le sol français.
Si on regarde les conséquences en France, est-ce qu'il faut s'attendre à une explosion du chômage dans les prochaines semaines, dans les prochains mois ?
Non, parce qu'il y a un paradoxe, en fait. Il y a un paradoxe. C'est pour ça, ni catastrophisme, ni rassurance à bon compte. Parce qu'il y a toujours une dynamique assez forte des demandes d'embauche qu'on inscrit à l'Ursaf. Par contre, il y a ce qu'on appelle des plans sociaux qui ont augmenté effectivement de 40% depuis l'année dernière parce qu'il y a des secteurs de l'économie tout entier qui subissent des transformations durables qu'on n'a pas sues collectivement, ni entreprises en particulier, anticiper. Je pense notamment à la question de l'automobile qui en plus subit de plein fouet un durcissement de la concurrence internationale.
Alors justement, l'automobile, le patron de Stellantis, Carlos Tavares, a été forcé à la démission dimanche dernier. L'État est actionnaire du groupe. Vous poussez pour que ce soit un Français qui soit nommé à la tête de Stellantis parce que c'est peut-être plus facile de négocier le maintien des usines et des sites en France si c'est un de nos compatriotes qui dirige le groupe ?
Alors là, non. Je vais vous le dire pourquoi parce que moi, je pense qu'il faut d'abord que ce soit quelqu'un qui soit le plus compétent possible. Je vais vous donner un exemple, c'est Air France KLM. Air France KLM, on a fait venir un spécialiste de l'aérien canadien qui était le numéro 2 d'Air Canada pour diriger Air France KLM depuis maintenant 5 ans et il a redressé l'entreprise, il a réussi à mettre du vrai dialogue social dans l'entreprise, chose que beaucoup de ses prédécesseurs n'avaient pas réussi.
Donc pour moi, ce qui compte, et je pense que c'est ce qui compte aussi pour les travailleurs français de Stellantis, et c'est peut-être parce que j'ai été une femme d'entreprise qui le dit, c'est d'abord quelqu'un qui a à cœur à la fois de pouvoir faire gagner des points à l'entreprise tout en maintenant un haut niveau de dialogue social dans l'entreprise.
Mais est-ce que vous êtes inquiète ce matin pour les sites français de Stellantis, Peugeot, Citroën ?
Moi, je suis inquiète indépendamment de la question du changement de dirigeants. Je suis inquiète parce que, que ce soit pour Stellantis ou que ce soit pour Renault, c'est le secteur de l'automobile aujourd'hui et leurs fournisseurs. Il ne faut pas oublier les fournisseurs. Les fournisseurs qui subissent une transformation de plein fouet.
C'est le véhicule électrique alors qu'on était dans le thermique, c'est aussi toute l'électronique embarquée dans un moment où les conditions commerciales se durcissent considérablement considérablement avec l'arrivée des voitures chinoises où on voit que les réponses européennes sont beaucoup plus faibles, on va dire, et accommodantes que les réponses américaines par rapport à la concurrence chinoise des véhicules électriques qui arrivent. Vous parlez de l'image
de la France au niveau européen et cette faiblesse qu'on pourrait avoir si le gouvernement tombait ce soir. Quelles conséquences ? Qui pour succéder à Michel Barnier ? C'est la question qui se pose dès maintenant avant même que la motion de censure soit votée. Qui aurait l'approbation des macronistes pour succéder à Michel Barnier ?
Le sujet, c'est d'abord de trouver l'axe central. Moi, je l'avais d'ailleurs dit après les élections de la dissolution. Comment trouver un socle ou un dénominateur pour ne pas avoir à dépendre ni du Rassemblement National ni de la France Insoumise ? C'est ça le véritable sujet.
Je voudrais vous faire réagir à ce que dit ce matin le premier secrétaire du Parti Socialiste chez nos confrères du Monde, Olivier Faure. Il parle d'une divergence fondamentale sur ce que nous voulons faire. Divergence avec la France Insoumise. C'est le Parti Socialiste allié au sein du nouveau Front Populaire qui le dit ce matin. Est-ce que ça veut dire que vous, on rappelle que vous êtes l'une des fondatrices d'En Marche au tout début de l'aventure macroniste, est-ce que vous êtes prête éventuellement à travailler avec un parti socialiste qui se détacherait de la France Insoumise ?
Je pense que c'est ce qu'on souhaitait, mais c'est ce que beaucoup de républicains, démocrates et européens souhaitent depuis le début dans ce pays. C'est-à-dire que le Parti Socialiste c'est un parti qui a été du gouvernement, qui sait ce que c'est que tenir un pays, tenir un budget, qui sait aussi ce que c'est que tenir un pays dans un contexte international qui se durcit. Et donc, c'est, je pense, ce qu'auraient souhaité beaucoup de gens démocrates aujourd'hui.
En choisissant Michel Barnier Premier ministre, il a d'emblée mis Michel Barnier entre les mains du Rassemblement National. S'il avait choisi par exemple Bernard Cazeneuve, ça aurait été autre chose.
Je vous rappelle que Bernard Cazeneuve n'était pas le choix à l'époque poussé par le Parti Socialiste. On peut le regretter, mais ce n'était en tout cas pas le cas. Et ce n'est toujours pas le cas aujourd'hui. Et donc, le Parti Socialiste, moi je le pense, effectivement, on parle beaucoup du Rassemblement National, mais parlons aussi du Parti Socialiste qui, contrairement au Rassemblement National et je me battrai toute ma vie pour que ce ne soit pas le cas, ni la France Insoumise et je me battrai aussi n'exerce pas de responsabilité, puisse aussi revenir à la raison pour un chemin qui soit européen et puis également raisonnable.
Et un budget, ça doit être le compromis entre la stabilisation de l'endettement, le pouvoir d'achat des ménages et la capacité des entreprises à pouvoir continuer à se développer.
Mais on a entendu Michel Barnier souhaiter l'élargissement du socle commun quant à autre déclaration ce matin, Yannick Jadot, l'ancien candidat à la présidentielle écologiste et désormais sénateur, dit qu'il faut ouvrir la possibilité d'un pacte républicain transitoire entre le nouveau Front Populaire et le Bloc Central. Vous croyez-vous à la possibilité encore d'élargir ce socle commun après les mois qu'on vient de vivre ?
Je me rappelle que lorsque Michel Barnier est arrivé à Matignon, il a souhaité rencontrer l'ensemble des groupes d'opposition. Olivier Faure et Boris Vallaud n'ont pas souhaité se rendre à ce rendez-vous. Je me rappelle aussi que le Parti Socialiste a déposé une motion de censure avant même d'écouter la déclaration de politique générale.
Mais leur argument, on le rappelle, c'est parce que Michel Barnier était issu de l'un des groupes parmi les plus minoritaires.
Oui, mais je pense que le sujet, c'est qu'est-ce qu'on peut faire ensemble plutôt que de déterminer les histoires des uns et des autres et de se donner des points ou des mauvais points. Le sujet, c'est qu'est-ce qu'on fait ensemble et c'est ce que nous demandent aujourd'hui les Français. Encore une fois, il ne s'agit pas de censurer un gouvernement, de priver le pays d'un gouvernement. Le sujet, c'est de priver aujourd'hui dans un contexte très particulier, on a quand même une dette de plus de 3 milliards d'euros, d'un budget. Et donc, le qui sait, c'est qu'est-ce qu'on fait ensemble ?
Vous mettez de côté les histoires de personnes, sauf que ce sont les personnes qui déterminent la politique qui est menée. Là, dans les noms qui circulent pour succéder à Michel Barnier, c'est Sébastien Lecornu, François Bayrou, ce sont les noms qui circulent. Il faut forcément que ce soit un proche du président, en fait, pour succéder, pour arriver à Matignon ?
Il faut que ce soit une personne qui soit capable, moi en tout cas, c'est mon espérance, de pouvoir avoir suffisant, un dénominateur commun qui ne fasse pas dépendre la politique de notre pays, ni du Rassemblement national, ni de la France insoumise. Ce qui n'est pas le cas, un bon moment pour Michel Barnier. C'est vraiment aujourd'hui le souhait que j'avais exprimé dès effectivement juillet après la dissolution.
Et on donnait cette information ce matin sur France Info, Gabriel Attal souhaite mettre tout le monde autour de la table, à l'exception de LFI et du Rassemblement national pour réfléchir à l'élargissement du socle commun. C'est la bonne personne, Gabriel Attal, pour faire ce travail ?
Je pense qu'il faut que tout le monde se mette autour de la table. Il faut qu'on arrête. Je pense que les Français en ont un peu marre aussi de tous ces sujets de personnes. Je pense qu'à un moment donné, il y a la capacité à s'élever de sa propre condition mais tout parti confondu pour pouvoir trouver des solutions pour nos concitoyens parce qu'encore une fois, nous priver d'un budget, ça aura des conséquences lourdes et une bascule dans l'inconnu que personne ne peut aujourd'hui préciser.
Éloigner les histoires de personnes, sauf qu'il y a une personne qui est au centre de toutes les discussions dans le monde politique aujourd'hui, c'est Emmanuel Macron. Nombreux sont ceux à dire qu'il est responsable de tout ce qui se passe aujourd'hui depuis sa décision incompréhensible, jugé incompréhensible de la dissolution. Appel à la démission, c'est partagé aussi par une majorité de Français, vous qui le connaissez bien puisqu'on l'a dit, vous avez fondé En Marche avec lui, est-ce qu'il pourrait aboutir à une démission ?
Je pense qu'il faut être très respectueux des institutions. Emmanuel Macron, il a été élu pour 5 ans, il est la clé de voûte des institutions, il est garant de la stabilité des institutions. Je pense qu'il faut vraiment se garder de commencer à entrer dans ce genre de discussion. C'est rajouter, encore une fois, de l'imprévisibilité et de l'instabilité à un moment donné où on a besoin d'un cadre. Mais vous voyez bien
que depuis 2017 où il incarnait l'espoir, là on est en 2024, les gens veulent qu'ils partent, les Français en majorité. Qu'est-ce qu'il a raté ? Qu'est-ce qu'il n'a pas compris ?
Pour l'instant, moi je me focalise sur la situation actuelle du budget, pas sur les incompréhensions qui ont pu avoir lieu.
Vous savez pourquoi je vous pose la question ? Parce qu'hier sur France Info, on avait un invité qui s'appelait David Lissnard qui est membre des LR, président des maires de France et ce n'est pas quelqu'un qui veut le chaos. Mais il lui-même pense à la démission. On a un autre, Jean-François Copé, lui aussi LR, pareil, maire de mots, et qui dit il y a la question de la démission. Vous entendez ces personnalités qui ne sont pas de nature à vouloir le chaos dans le pays mais qui disent la démission d'Emmanuel Macron quand même, elle se pose.
Je pense que pour l'instant, le sujet, c'est une stabilité gouvernementale avec un budget. Voilà. Je pense que vraiment, ça, ce serait rajouté, encore une fois, à du désordre. Vraiment, et on n'en a pas besoin et les Français n'en ont pas besoin aujourd'hui.
Astrid Panosian-Bouvet, on a compris que vous aviez encore du travail. Ce matin, vous serez à l'Assemblée cet après-midi, ministre du Travail et de l'Emploi dans ce gouvernement qui est donc en sursis. On suivra ça, bien sûr, sur France Info. Je vous laisse en compagnie de Salia Braquilla, Renaud Delis pour les informer dans un instant.
Astrid Panosyan-Bouvet