«Bardella ou Le Pen, tous les deux ont un projet catastrophique pour la France», dénonce Jérémie Patrier-Leitus, député Horizons
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Bonjour Jérémy Patrier-Lettus, bienvenue sur RFI au lendemain de l'entrée dans l'arène d'Edouard Philippe, votre candidat pour 2027. L'ex-premier ministre a fait hier le plein de ses soutiens pour son premier meeting. L'Adidas Arena à Paris, 5000 militants revendiqués, un premier rang, plein de ministres et d'ex-ministres du Bloc Central ralliés à sa cause. La dynamique est lancée, Jérémy Patrier-Lettus, elle est nécessaire mais encore insuffisante pour s'imposer dans cette bataille de la droite et du centre ?
L'élection présidentielle c'est toujours un chemin difficile, long, cette campagne présidentielle en tout cas je crois qu'hier elle a complètement démarré. C'était effectivement un point de bascule, on a vu en tout cas un candidat de la droite et du centre qui était prêt à exercer les responsabilités.
On a vu un candidat qui a expliqué d'où il venait, il a, pardon pour cette expression, mais effectivement fendu l'armure, expliqué que contrairement aux caricatures qu'on faisait souvent de lui, il n'était pas ce technocrate loin des français, qu'il était issu de la classe moyenne, un petit fils de docker, un fils d'enseignant qui avait gravi les échelons, notamment grâce à l'école de la République, bref il a pu expliquer d'où il venait et puis il a fixé un cap pour le pays, pour la France, pour les français, il a fait la démonstration pour terminer qu'il était je crois à la hauteur de ce mandat et de cette fonction présidentielle.
– Édouard Philippe a fixé le cap, on est pour autant sans nouvelles de ce plan massif de redressement de la France qu'il a promis, si pour plus tard, il est resté notamment très flou sur la réforme des retraites.
– Le discours d'hier, ce n'était pas un discours de politique générale, c'était le moment pour lui d'entrer complètement dans l'arène et d'expliquer sa vision de la France et des français et pas de présenter en détail les différentes politiques publiques. Mais j'ai entendu, moi hier, comme beaucoup de français, la priorité qu'il a donnée à l'école de la République, la priorité donnée à la jeunesse de ce pays, dire, et ce n'est pas anodin que demain, s'il est président de la République, chaque mesure, chaque réforme devra être pensée en fonction de l'avenir de la jeunesse de notre pays, demandée aux retraités, aux catégories qui travaillent aujourd'hui de faire des efforts.
Il a dessiné, je crois, un cap pour le pays en faisant de la jeunesse, de l'avenir de nos enfants, la boussole de sa candidature à l'élection présidentielle et de son projet. Et vous savez, c'est important parce qu'il présentera sa réforme des retraites, sa réforme du modèle social, du modèle économique.
Ça viendra.
Mais il ne s'agit pas simplement de dire aux Français, ça va être difficile, on va demander des efforts à tout le monde, on va ramer sans savoir où l'on va. Et hier, l'enjeu, c'était d'expliquer le sens de ses propositions, des efforts, le moment venu qu'il demandera aux Français. Et ce sens, c'est la capacité de la France de préparer l'avenir de nos enfants et de continuer à être puissante, souveraine, indépendante. Et c'était ça qu'on attendait, je crois, de lui hier.
Et c'était un discours également bien ancré à droite, on a entendu l'éloge de la politique de l'offre, la nécessité de travailler plus.
Bien ancré à droite parce qu'il faut regarder la situation économique du pays, la falaise budgétaire qui nous attend. Mais quand il a parlé de l'école de la République, moi je ne sais pas si l'école de la République, elle appartient à la droite ou à la gauche. On pourrait dire que c'était un discours à gauche si on considère que l'école de la République est plutôt un sujet que les responsables politiques de gauche mettent au cœur de leur programme présidentiel.
Moi j'ai vu surtout un responsable politique, un candidat à l'élection présidentielle qui avait envie de redresser le pays en étant effectivement réaliste sur le plan économique, avec des mesures très concrètes, effectivement, pour soutenir les entreprises, sauver notre modèle économique et social. Mais j'ai aussi vu, et ça c'est peut-être plus rare chez un candidat de la droite et du centre, une conviction profonde, celle que l'école de la République doit être profondément réformée, soutenue, accompagnée. Il a parlé des enseignants, de leur place aussi dans notre société, dans notre pays.
Et je crois que ce qu'on a vu hier, c'était la volonté, en tout cas la conviction, qu'il fallait préparer l'avenir de notre pays. Voilà, donc effectivement, il y a eu plusieurs sujets évoqués, mais ne gommons pas cette conviction profonde du redressement de l'école de la République. Il a cité Jules Ferry.
C'est une priorité, oui, on l'a bien entendu. Edouard Philippe, qui a également renvoyé dos à dos les extrêmes, le RN et les filles, mais a pris soin dans le même temps de ne pas attaquer ni Bruno Retailleau, ni Gabriel Attal. Il prépare déjà le rassemblement, jamais trop tôt pour y penser.
Ce qui est certain, c'est que si on veut éviter la victoire du RN et l'arrivée au second tour de Jean-Luc Mélenchon et de LFI, il faut que la droite et le centre se rassemblent et ne pas se tromper d'adversaires. Aujourd'hui, nos adversaires sont la France insoumise, ce sont le RN. Et effectivement, il faut être capable, si on souhaite qu'une candidature de la droite et du centre, en l'occurrence celle d'Edouard Philippe, arrive au second tour de l'élection présidentielle, il faut arriver à rassembler. C'est essentiel.
Ces mêmes oppositions, le RN et l'FI, qui renvoient Edouard Philippe à sa condition d'ex-premier ministre de Macron, cette étiquette d'héritier du macronisme, c'est un peu le sparadrap du capitaine Haddock. Est-ce qu'il va être difficile de s'en détacher ?
Il faut qu'il arrive maintenant à convaincre les Français qu'il porte un projet de redressement, de rupture, qu'il a des convictions. C'était l'enjeu hier. Moi j'ai vu, on pourrait en débattre des heures, moi j'ai vu un Premier ministre qui pendant trois ans a essayé de transformer le pays. J'ai vu un Premier ministre qui a pris des décisions fortes pour l'école de la République. J'ai vu un Premier ministre qui a pris des mesures difficiles pour redresser les comptes publics, baisser le déficit, baisser la dette. On pourrait batailler, se quereller sur son bilan comme Premier ministre.
Je crois que les Français, en tout cas, peuvent lui reconnaître que comme Premier ministre, quand il a traversé cette crise inédite du Covid et de la crise sanitaire, il tenait la barre et il parlait aux Français, toujours en leur disant la vérité. Et je crois qu'il a montré aussi de quelle épaisseur et de quel bois il était fait au moment de cette crise sanitaire. Et puis vous savez, je dirais que l'opposition, c'est toujours facile de jamais avoir exercé les responsabilités. Et puis d'attaquer un Premier ministre sur son bilan. Moi, ce que j'ai vu pendant trois ans, entre 2017 et 2020, c'est qu'il a essayé de réformer ce pays.
Et on pourra, le moment venu, répondre aussi sur cette question-là.
Verdict demain en appel dans le procès des assistants parlementaires du RN. Marine Le Pen saura si elle peut ou non se lancer dans la course à l'Élysée ou si elle devra laisser sa place à Jordan Bardella. Qu'est-ce que cela change pour vous ?
Pas grand-chose. Ils ont tous les deux, je crois, un projet catastrophique pour le pays. Ce que ça change, c'est qu'on assiste, sans le dire, à une forme de « en même temps ». Ils ont passé neuf ans à critiquer le « en même temps » du président de la République. Et aujourd'hui, on assiste au « en même temps » RN. C'est-à-dire que Marine Le Pen nous explique qu'elle ne veut pas réformer les retraites et qu'il faut conserver la retraite à 60 ans. Jordan Bardella, lui, a l'air dévolué sur cette question. Marine Le Pen est une femme dirigiste sur le point économique. que Jordan Bardella explique est libérale.
Ce que ça va changer, c'est qu'on aura peut-être demain des clarifications sur le projet politique du RN, car aujourd'hui, il est flou. Et j'irais même jusqu'à dire que, effectivement, c'est un « en même temps » qui ne s'assume pas, comme l'a dit Edouard Philippe hier.
Il n'y a pas un avantage à affronter, possiblement, Jordan Bardella, qui est un candidat moins expérimenté que Marine Le Pen, en quelques mois ?
Il y a surtout un enjeu d'éviter que leurs projets politiques, économiques arrivent au pouvoir. Ils ont des différences, je ne vais pas les commenter à votre micro. Ce qui est certain, c'est qu'il y a des différences idéologiques qui ont l'air de poindre entre les deux. Et quand on prétend gouverner et présider la France, je crois qu'il faut être clair sur ses intentions.
Et donc, ça reste le même combat. Merci, Jérémy Patrier-Létus. Bonne journée.
Merci de votre invitation.
Jérémie Patrier-Leitus