Iran : l’engrenage sanglant
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France Culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent. Bonjour à tous, l'Iran reste coupé du monde et la répression demeure féroce. Voilà trois semaines qu'une nouvelle flambée de colère, de désespoir, soulevait le peuple iranien contre le régime des Mollahs, à Téhéran, dans les petites villes, partout dans le pays. De ce que l'on sait par bribes, grâce à quelques coups de téléphone, de brèves connexions internet qui échappent au blocage officiel, les arrestations se poursuivent et les cadavres s'amoncellent, des civils abattus à bout partant, des sacs mortuaires entassés dans les rues.
Les chiffres varient, les informations sont encore éparses, mais il y aurait plus de 3000 morts, 20 000 arrestations. On se souvient des mouvements sociaux de 2009, 2017, 2022, « Femmes, vie, liberté », mais le rythme et surtout l'ampleur croissante des manifestations témoignent du rejet massif de cette théocratie chiite, de cette idéologie en armes fondée depuis 47 ans sur l'alliance entre le clergé et les forces de sécurité, une alliance cimentée par la corruption, le pillage des richesses de ce pays somptueux, plongé dans la misère.
L'Iran compte 92 millions d'habitants, plus de la moitié vivent aujourd'hui en dessous du seuil de pauvreté, tandis qu'une économie parallèle, alimentée en partie par les sanctions internationales, bénéficie à une oligarchie déterminée à défendre ses privilèges. Pour sa survie, le régime fait montre d'une brutalité sans précédent. Début janvier, tout à la satisfaction de son coup d'éclat au Venezuela, Donald Trump menaçait de taper très fort, je le cite, « Tenez bon, l'aide est en route », lançait-il mercredi encore aux manifestants, avant d'affirmer jeudi que la situation se calmait, qu'il n'y aurait plus de massacre, plus de pendaison, il en avait reçu l'assurance.
Y aurait-il une sorte de négociation entre Téhéran et Washington ? Pourquoi les amis arabes du président, l'Arabie saoudite, les Émirats, mais aussi la Turquie et même Israël, qui rêvent pourtant d'un changement de régime à Téhéran, ont-ils fait pression pour le dissuader d'intervenir ? Moscou et Pékin sont en principe les meilleurs alliés des Mola, on les entend à peine. Quelle que soit la cruauté de la répression, le régime paraît à terme condamné en Iran et dans la diaspora ? Les forces d'opposition sont-elles en mesure de préparer une relève avec ou sans Reza Pallavi, le fils du chat déchu ?
Quel espoir pour la société iranienne quand encore une fois l'attention du monde se détournera de son sort ? C'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous Azadeh Kian, vous êtes professeur émérite de sociologie à l'université, Paris-Cité. Je suis ravie d'accueillir téléphoniquement Sophia Maroug, professeure assistante en histoire des relations internationales à la Sorbonne à Abu Dhabi. Bruno Tertret, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, conseiller géopolitique à l'Institut Montaigne, et Clément Term, chargé d'enseignement à l'université Paul-Vert-Hillerie de Montpellier, chercheur associé au programme Turquie-Moyen-Orient de l'IFRI.
Clément, commençons ensemble. Est-ce que ce matin, il y a une sorte d'accalmie, autant du côté des manifestants que du côté des forces de répression ? Je ne parlerai pas d'accalmie, mais je dirais que la surenchère sécuritaire et idéologique, la violence d'État, les milliers de morts, ont produit un couvre-feu, ont produit un déploiement sécuritaire massif dans tout le pays pour reprendre le contrôle des rues.
Et donc après la dissuasion qui a été mise en place par le pouvoir avec les tirs à balles réelles, l'usage de la force, notamment la semaine dernière dans les grandes manifestations, on est passé dans une nouvelle phase, une phase d'enquête par le pouvoir, une phase judiciaire avec les procès qui vont commencer, les confessions forcées à la télévision nationale, et l'utilisation de la vidéosurveillance, l'identification. Et donc on va passer dans une deuxième phase de la répression qui va viser à instaurer la peur, la terreur, pour que le calme, ce que vous appelez l'accalmie, perdure.
Mais il faut bien comprendre que cette situation sécuritaire n'est pas soutenable pour le régime même, c'est-à-dire la coupure Internet nationale qui a dépassé celle de 2019. Et à l'époque, on avait connu le bilan de 1 500 morts après le rétablissement de la connexion Internet. Cette fois-ci, il y a eu aussi la coupure des lignes fixes, des réseaux mobiles. Donc là, on voit une très légère reprise du réseau Internet à 2%. Ce matin, on voit aussi des connexions téléphoniques qui sont partiellement rétablies.
Mais le régime a peut-être menacé d'une reprise en plusieurs phases, c'est-à-dire jusqu'au mois de mars, parce qu'il craint les funérailles et l'anniversaire de la mort des manifestants, qui pourrait être aussi l'objet d'une nouvelle mobilisation. En d'autres termes, si vous voulez, la réponse sécuritaire ne peut pas durer, parce que le coût de la coupure Internet sur le plan économique est immense. Et donc la situation n'est pas tenable pour le régime non plus. C'est-à-dire que certes, ils ont réussi à empêcher les manifestations de perdurer et de s'étendre, mais la force, les moyens utilisés ne peuvent pas l'être dans la durée.
Donc ils envisagent une reprise de la connexion Internet d'ici au nouvel an iranien, au mois de mars. Mais plusieurs milliards de dollars seront perdus pour l'économie iranienne. Donc cette répression a un coût économique, mais un coût politique également, puisque la question va se poser de la loyauté des forces de sécurité dans un contexte d'appauvrissement accéléré du pays. Pour le moment, en tout cas, le comptage des victimes reste évidemment partiel. Il y a une ONG basée en Norvège, Iran Human Rights, mais qui ne comptabilise que des chiffres venus partiellement de quelques provinces.
Et là, ce matin, le ministre français des Affaires étrangères a précisé qu'une franco-iranienne a été blessée. Azadeh Kian, vous avez, je crois, de la famille, une sœur, à Téhéran. Comment pouvez-vous avoir des nouvelles ?
Écoutez, pendant plus d'une semaine, Internet s'est complètement coupé. On n'avait aucune nouvelle. Depuis avant-hier, ils peuvent nous appeler, mais pour quelques secondes, le matin, juste pour dire s'ils vont bien ou non. Et donc, ma famille va bien. Mais j'ai pu discuter très brièvement avec une femme qui habite dans une résidence à l'ouest de Téhéran. Elle me disait que rien que dans sa résidence, trois jeunes qui sont allés manifester ont été tués, un quatrième blessé. Elle me disait que l'ampleur du massacre est vraiment inédit. Attendez, lorsque Internet soit rétabli, vous allez voir. D'autres disent avoir filmé les manifestations et donc le massacre des manifestants aussi.
Mais pour l'instant, ils ne peuvent pas envoyer des images. Et même ceux qui possédaient de Starlink n'osent pas l'utiliser par peur d'être identifiés par le régime. Donc, en fait, la répression est vraiment très, très forte, beaucoup plus que lors des précédents mouvements sociaux.
Ce qui frappe aussi à Zadé, c'est à la fois l'ampleur, l'ampleur géographique. Quand on regarde une carte du pays avec tous les centres, les petites villes, les provinces, évidemment, surtout comme d'habitude, plutôt vers le nord et vers l'ouest, mais un peu partout. Selon vous, quelles sont les différences par rapport aux mouvements de protestation précédents ?
Écoutez, par exemple, si vous prenez le mouvement de protestation de janvier 2018 et aussi 2019, lorsque le prix de l'essence a été triplé, c'était essentiellement le mouvement des classes populaires et des classes moyennes inférieures, des jeunes hommes dans plus de 140 villes du pays aussi à ce moment-là. Ils ont été fortement réprimés, mais il s'agissait juste des hommes des classes populaires. Les femmes n'y participaient pas parce que très peu de femmes travaillent en Iran, en tout cas sur le marché officiel. Le mouvement Femmes de liberté de 2022, ça a commencé en septembre suite à l'assassinat d'une jeune femme kurde, Gina Massa Amini, pour avoir mal porté son voile.
Deux semaines plus tard, une jeune fille balouche de 14 ans avait été violée par le directeur d'un commissariat de sa ville. Et donc, tout ça, effectivement, provoquait des mouvements de protestation, mais qui étaient essentiellement composés de jeunes. Bien évidemment, pour la première fois, on voyait aussi massivement les minorités ethniques et religieuses, donc les kurdes, les balouche, bien évidemment, et puis d'autres. Mais ce n'était pas un mouvement auquel avaient participé les parents, si vous voulez. Donc, c'était essentiellement des jeunes. Parmi les personnes arrêtées, la moyenne d'âge était de 20 ans.
Mais à l'heure actuelle, le mouvement actuel a commencé, comme on le sait, par les commerçants du bazar de Téhéran qui ont rejoint leur albol général du fait de l'inflation très importante, de la perte de la monnaie, de la valeur de la monnaie iranienne par rapport aux devises, etc. La perte au pouvoir d'achat de la population. Et pour la première fois, ils sont sortis de bazar pour manifester. Et là, les étudiants des universités de Téhéran, effectivement, se sont rejoints. À ces manifestations. Et pendant les quelques premiers jours, on voyait aussi, là encore, Internet fonctionner. On voyait des grands-parents, des enfants, des parents.
Tout le monde était dans la rue et manifestait pacifiquement. En tout cas, dans des grandes villes. Et puis, le régime a commencé à réprimer les villes de l'ouest de l'Iran. En particulier, trois provinces pauvres. Le restant, Chahamahal, Barthiari et aussi une autre, Ilam, qui sont des provinces très pauvres. Et là, la répression a commencé par là. Et puis, ça a continué jusqu'à ce que, finalement, même à Téhéran et dans d'autres grandes villes, ils commencent à, effectivement, tirer sur les manifestants. Cette fois-ci, ça a commencé par des revendications économiques, certes.
Mais on sait qu'en Iran, c'est des réseaux mafieux qui dirigent à la fois l'économie iranienne, mais aussi le champ politique. Et donc, les manifestants, le seul slogan unificateur, c'était « mort au dictateur », « mort à Khamenei ». On visait le régime, on visait la tête de ce régime et par là, l'ensemble du régime. Donc, pour la première fois, il y avait à la fois des revendications d'ordre économique, mais également politique.
Bruno Tertré, le président des États-Unis, au début de sept semaines, a, comme d'habitude, il s'exprime extrêmement souvent sur les réseaux, et en particulier le sien, True Social, et donc, il écrit « je vais taper très fort si le régime de Téhéran continue de massacrer les manifestants ». Le mercredi, il dit à ses manifestants « tenez bon, l'aide est en train d'arriver », et je dis « changement de ton ». Ah ben, voilà, j'ai reçu des assurances, plus d'exécution. Comment expliquez-vous, Bruno, ce changement de pied aussi rapide ?
Bon, par la personnalité de M. Trump, tout simplement. Donald Trump aime s'exprimer, tout simplement parce qu'on parle de lui, on attend ce qu'il fait, et il se sent au centre du jeu. Malheureusement, c'est un aspect non négligeable de la manière des explications, de la manière très particulière dont il s'explique. Deuxièmement, je crois qu'il ne faut pas totalement négliger une certaine sensibilité de Trump, même si ça peut surprendre, à l'aspect humanitaire. Rappelons-nous qu'en 2018, lorsqu'il avait décidé finalement de procéder à des tirs sur les installations chimiques de la Syrie, eh bien, il avait été sensibilité au sujet par sa fille, qui lui avait montré des photos.
Donc, cet aspect humanitaire n'est peut-être pas totalement négliger. Enfin, dernier aspect, sans doute le plus important, je crois que Trump a compris, parce que tout le monde lui dit, ses conseillers, le Pentagone et ses alliés, que c'est quelque chose, il serait extrêmement risqué d'intervenir en Iran, d'abord parce que le résultat politique ne serait pas du tout garanti, que des représailles seraient possibles, que chez les Républicains, on n'est pas du tout unanime à soutenir l'idée d'une action massive contre l'Iran. Et puis, bien sûr, tous les voisins, à peu près tous les voisins du pays, et le disent à Trump, craignent que le chaos soit ajouté à la répression.
Donc, je crois que tout ceci explique ces hésitations de Trump, à la fois sa personnalité, une certaine sensibilité à l'aspect humanitaire, mais aussi tous les freins qui peuvent exister, les freins politiques, stratégiques, militaires, à une action massive des États-Unis contre l'Iran aujourd'hui. Et au résultat, je ne suis pas du tout certain, je pense qu'il n'est pas, évidemment, pas exclu, mais ce n'est jamais exclu, que l'Amérique puisse à un moment décider de frapper, mais je crois que la probabilité reste tout de même assez faible aujourd'hui.
Mais Bruno, quelles seraient les limites opérationnelles ? Parce qu'on sait que l'essentiel de la flotte américaine a été stationné au Caraïbe. Néanmoins, je crois qu'il y a un porte-avions qui fait route maintenant à nouveau vers le Moyen-Orient. Il y a quand même entre 40 000 et 50 000 soldats américains dans les bases déployées au Moyen-Orient, même si je crois que la base qui est au Qatar a été en partie évacuée il y a quelques jours. Donc, limites opérationnelles et aussi, vous l'avez mentionné, mais je crois que cela mérite un peu plus de détails, les pressions autant des alliés arabes que d'Israël pour que Donald Trump reste relativement calme.
Oui, les limites opérationnelles, il n'y en a pas tant que cela, dans la mesure où ce que vous n'avez pas mentionné, Christine, c'est la capacité d'action par des bombardiers stratégiques qui avaient été d'ailleurs utilisés en juin 2025. Or, les États-Unis ont pu constater à la suite des frappes israéliennes et américaines de juin qu'on pouvait, pardonnez-moi l'expression, on pouvait rentrer dans l'espace aérien iranien comme dans du beurre, que les défenses antiaériennes, notamment russes, d'origine russe, n'étaient pas aussi efficaces que ce que pensaient l'Iran et son ami russe. Donc, je ne pense pas que ce soit tellement une question de limites opérationnelles.
C'est plutôt le risque de représailles sur, bien sûr, les installations américaines dans la région, sur les pays voisins et, bien sûr, sur Israël. Enfin, ne négligeons pas tout de même qu'une grande partie du camp Maga, du camp qui soutient, enfin, de cette majorité du parti républicain qui soutient le président Trump, ne soutient pas du tout ce type d'opération, parce que le Venezuela, c'est une chose, et encore tout le monde ne l'a pas soutenu dans le camp Maga, mais l'Iran, c'est évidemment autre chose. Du côté d'Israël, évidemment, du côté israélien, on serait ravi si ce qu'on appelle là-bas la tête du serpent, je cite, devait un jour tomber.
Mais je crois qu'Israël craint encore plus le chaos que la situation qui prévalait jusqu'à il y a une quinzaine de jours avec un Iran affaibli, un Iran qui pensait encore s'éplait après les événements de juin 2025. Le chaos, c'est quelque chose que personne n'aime, mais certainement pas, Israël, il y aurait des risques de fuite de technologies, de fuite peut-être de matériel militaire sensible, peut-être une partie de l'expertise nucléaire. Donc tout ceci rend Israël, en fait, assez prudent dans l'immédiat, même si, évidemment, Netanyahou et une très grande partie, si ce n'est la très grande majorité de l'opinion israélienne, rêveraient que ce régime tombe.
Mais donc, pour résumer, je crois que comme la plupart des voisins immédiats de l'Iran, Israël craint sans doute davantage le chaos qui serait causé par une intervention militaire, qui serait accélérée ou intensifiée par une action militaire, que la situation qui prévalait jusqu'à il y a quelques semaines, sans compter, encore une fois, c'est un dernier point, que les capacités israéliennes d'interception des missiles iraniens ne sont pas encore totalement reconstituées. Le tout dernier point, à l'évidence, Israël suit avec des capteurs sur place, des personnes, des moyens de surveillance extrêmement nombreux et perfectionnés. Israël suit tout ceci avec une très, très grande attention.
Mais je doute fort, on le dit beaucoup, mais je doute fort que les services israéliens soient un acteur important de ce qui se passe sur place actuellement.
Oui, c'est évidemment toujours le refrain du régime que d'accuser l'ennemi, entre guillemets, l'ennemi sioniste et l'étranger en particulier. On sait que les Iraniens sont fiers de leur passé, c'est un trait nationaliste. Allons maintenant à Abu Dhabi, vous rejoindre, Sophia Marouk. Je rappelle que vous travaillez à la Sorbonne, l'antenne locale de la Sorbonne. Vu d'Abu Dhabi, est-ce que la tension est perceptible ?
Elle n'est pas tout à fait perceptible parce que la situation reste contrôlée. En revanche, il y a eu des indications, en effet, de l'ambassade de France qui indiquaient qu'il fallait bien suivre les instructions et les informations qui pouvaient arriver, de crainte justement qu'il y ait une attaque des bases militaires aux Émirats arabes unis.
Vous avez travaillé, je crois que c'est même le sujet de votre thèse, qui a été récompensé d'un prix important. Vous avez travaillé sur les gardiens de la Révolution et en particulier sur toute une mémoire d'archives sur Internet. Comment expliquez-vous l'adhésion, en fait, des forces de sécurité après quelques 47 ans de ce régime, l'adhésion des forces de sécurité au MOLA eux-mêmes ? Quel est ce mariage entre idéologie religieuse, idéologie tout court et violence répressive ?
Alors, je dirais que, justement, il y a de moins en moins de liens religieux et qu'il y a beaucoup plus une logique floutocrate, technocrate et assez répressive. Et d'ailleurs, on n'a pas rappelé comment les manifestations avaient commencé fin décembre et le début des manifestations révèle bien dans quelle situation se trouve le régime actuellement. L'administration Pézechkian, qui est donc le président réformateur depuis 2024, cette administration avait proposé au Parlement iranien une loi au Parlement visant à réguler la fluctuation du change avec un taux de change préférentiel afin d'éviter les fluctuations trop importantes de la monnaie.
Le problème, c'est que si ça pouvait aider une partie de la population iranienne qui est acculée par les effets des sanctions et la fluctuation des prix, ça dessert une partie de ce régime dont les gardiens de la Révolution sont les maîtres qui s'appuient sur cette économie, cette rente des sanctions et ce taux de change très fluctuant. Et ça révèle finalement que les gardiens de la Révolution aujourd'hui ont réussi petit à petit, surtout à partir des années 90, et ça s'est renforcé à partir des années 2000, à pénétrer l'ensemble du système économique du régime, mais un système économique qui est parallèle.
Ce qui fait qu'aujourd'hui, on a des gardiens de la Révolution qui sont aussi bien impliqués dans les affaires militaires que dans les affaires commerciales, économiques. Ils ont un monopole assez massif des télécommunications, de la culture, du sport, du BTP, de l'immobilier, etc. Ce qui fait qu'aujourd'hui, et en plus de ça, vous avez une mainmise administrative et bureaucratique. Ce qui fait qu'à l'échelle provinciale, l'Iran est composé de 24... Les gardiens de la Révolution peuvent tout à fait intervenir pour mobiliser la police à l'échelle locale et à l'échelle de la municipalité.
Ce qui fait que leur agenda se dédouane petit à petit aussi d'un clergé chiite qui finalement a de moins en moins de mise sur la population et le régime iranien.
Donc de moins en moins de mise. Néanmoins, ce clergé, il faut rappeler, je crois, au passage que dans la branche chiite de l'islam, en principe, il n'y a pas de hiérarchie à la différence des sunnites. Néanmoins, ce clergé, il est aussi omniprésent. Et le guide suprême, Khamenei, qui a 86 ans, qui ne s'est pas exprimé, semble-t-il, hier vendredi, Sophia, le guide suprême, conserve un ascendant spirituel important. Spirituel important ?
Oui, parce que c'est le fondement du régime qu'on appelle de la Velayette et Fekir, donc celui qui a été créé en 1979, qui est la guidance du juriste, donc le délégué de Dieu sur terre, qui est un principe fondamental de la République islamique.
En revanche, il est vrai que même si officiellement ce corps des gardiens de la Révolution soutient encore ce principe de la Velayette et Fekir, et d'ailleurs c'est la base identitaire du corps des gardiens de la Révolution, c'est pour ça que ce corps a été créé en 1979, c'était pour défendre à la fois militairement et idéologiquement le régime islamique, mais en revanche, on observe quand même qu'il y a de plus en plus de dissensions, voire de prises à distance, non pas à des fins idéologiques, mais plutôt à des fins de pouvoir.
Le but des gardiens de la Révolution, c'est que certains gardiens de la Révolution n'est pas forcément de maintenir le guide suprême coûte que coûte, mais d'avoir les mains libres pour pouvoir alimenter ce système parallèle et cette répression dans tout le pays. Et c'est ça qu'il faut prendre en compte également, c'est une évolution assez contemporaine, mais parler d'un régime des Mola aujourd'hui, finalement, on commence à être erroné dans l'analyse, parce que c'est dans ce système parallèle que tout se passe aujourd'hui.
Et c'est bien pour ça que parler d'un changement de régime sera très compliqué si on n'arrive pas à pénétrer et démanteler ce système économique parallèle et ce système bureaucratique tenu par les gardiens de la Révolution.
Clément Terme, ce système économique, bureaucratique, donc cette forme-là d'oligarchie, correspond aussi à un régime qui est sorti affaibli de cette guerre de 12 jours menée par Israël, soutenue quelques jours après par les États-Unis, donc c'était en juin dernier. Et puis, il y a de l'affaiblissement régional, puisque la République islamique a perdu de large, d'abord la Syrie, Bachar est tombé, le Hezbollah et le Hamas fortement affaiblis. Oui, tout à fait. On observe que ce mouvement social surgit dans un moment qui est différent par rapport à 2022-2023, avant le 7 octobre, le mouvement Femmes, Vie, Liberté.
À ce moment-là, la République islamique disposait encore d'un réseau d'influence dans la région qui était assez important et avec des relais d'influence qui permettaient à cet appareil de sécurité transnationale, parce qu'une autre spécificité des gardiens de la Révolution, au-delà des questions économiques, c'est cette présence idéologique et sécuritaire au-delà des frontières iraniennes. Et c'est là aussi qu'il y a une ambiguïté sur l'avenir du régime, puisque cette projection à l'extérieur entraîne l'affaiblissement à l'intérieur. Donc il faut bien noter qu'en tout cas, la force idéologique des gardiens de la Révolution n'est pas préoccupée d'abord par des intérêts économiques.
Elle est préoccupée par la mission que le guide lui a donnée, qui est celle d'étendre l'influence de la Révolution islamique au Moyen-Orient, au-delà de la société iranienne. Alors c'est vrai qu'il y a cette adaptation, parce que l'endoctrinement a échoué, a convaincé la majorité, si vous voulez, de la population iranienne à l'intérieur du pays. Mais les forces de sécurité, elles, elles continuent de réprimer au nom de Dieu. Donc elles sont dans la mission qu'on leur a donné le guide. Et c'est pour ça que le régime a désigné les manifestants comme ennemis de Dieu. Et d'autres formulations qu'il les qualifie comme terroristes et qu'on parle, les manifestants à Daesh.
Donc ceux qui voudraient voir dans les gardiens de la Révolution une force nationaliste, ou alors, comme vous évoquez la guerre des 12 jours, ceux qui ont mentionné à l'époque un ralliement nationaliste derrière les autorités de la République islamique se trompent lourdement, puisque, encore une fois, il s'agit d'un projet transnational. Il ne s'agit pas d'un projet à l'échelle de l'Iran. Donc c'est là aussi que les rivalités internes au pouvoir sont limitées, en fait, par la confrontation en cours entre l'appareil de sécurité et la majorité de la population.
Donc il faudra voir si, par contre, l'appauvrissement du pays, qui est une réalité, donc la crise économique, finalement, produit une rupture à l'intérieur du régime avec l'affaiblissement des ressources, puisque la loyauté de ses forces est garantie aussi par l'engagement idéologique, mais aussi par le paiement du salaire. Donc pour les gardiens de la Révolution, c'est environ 300 dollars. Pour l'armée régulière, c'est entre 100 et 200 dollars. Donc il y a deux armées pour éviter des coups d'État également.
Donc c'est ça aussi, cette capacité du régime à garder son unité sera décisive, parce qu'il y a cet affaiblissement régional que vous mentionnez et l'argument que, finalement, la République islamique assure une certaine stabilité au pays. C'est un argument qui a été utilisé jusqu'en 2024-2025 avec les confrontations directes avec Israël. Mais aujourd'hui, la République islamique a entraîné l'Iran dans la guerre. Et donc les gardiens de la Révolution, c'est la force aérospatiale des gardiens de la Révolution qui est en charge de la confrontation avec Israël. Donc on a vu le régime, avec l'affaiblissement régional, faire évoluer sa doctrine de sécurité.
On est passé d'une doctrine de sécurité qui était fondée sur le réseau d'influence à une doctrine de sécurité qui est désormais plus fondée sur l'utilisation des missiles et des drones. Et en ce sens, les éliminations des dirigeants des gardiens de la Révolution par Israël lors de la guerre des 12 jours ont conduit à un affaiblissement de cette force militaire et à sa perte de crédibilité. Mais le guide a nommé des remplaçants. Donc chaque dirigeant, si vous voulez, militaire des gardiens de la Révolution font allégeance au guide. Et la chaîne de commandement est très claire. Le guide contrôle l'ensemble de l'appareil de sécurité.
C'est vrai que l'administration Pézezkan, qui est entre guillemets un modéré, n'a que très peu de pouvoir. Et c'est un jeu de rôle, si vous voulez, au sein de la République islamique puisqu'il est là pour prendre en compte dans une certaine mesure les revendications de certains manifestants tout en reprenant, si vous voulez, le récit du régime. On a même vu le président Ratami répéter dans la guerre informationnelle.
Donc il n'y a pas pour l'instant d'alternative à l'intérieur du système, même si la confrontation perdure à la fois sur le front interne et vis-à-vis des puissances régionales comme Israël et des États-Unis, on pourrait voir dans les prochains mois peut-être aussi au-delà de la question de la loyauté des forces de sécurité, la question de l'unité du régime se poser pour savoir quelle est la meilleure méthode pour sauver la République islamique qui n'a pas de solution à apporter aux manifestants sur le plan économique. Bruno Tertré, Donald Trump dans une...
tout en affirmant, on en parlait tout à l'heure, qu'il avait reçu des assurances, qu'il n'y aurait plus d'exécution, plus de pendaison, comme si la pendaison était devenue l'unité de compte de l'attention qu'on peut porter à ce qui se passe en Iran. Donald Trump a promis d'asséner des droits douanes supplémentaires de 25% à tous ceux qui continueraient de commercer avec l'Iran, à commencer évidemment par la Chine, la Chine qui achète à l'Iran énormément de pétrole. Donc, il y a à la fois pour la Chine le problème du ravitaillement et une relance éventuelle de ce duel commercial avec les États-Unis que jusqu'à présent Pékin a gagné.
Oui, tout à fait. Pékin, on peut dire, en effet, gagnait l'épreuve de force en tout cas temporairement avec Donald Trump tout simplement parce que Pékin a compris, contrairement à un nombre de pays occidentaux, que pour traiter avec Donald Trump, il fallait le faire de façon calme mais ferme et c'est ce qu'a fait Pékin. Alors, je serais très étonné que Donald Trump prenne des décisions majeures sur les droits douanes avec la Chine avant sa visite prévue au printemps. En tout cas, ça viendrait disrupter l'équilibre fragile qui a été trouvé au moins pour quelques mois dans les relations commerciales entre Washington et Pékin.
Il reste que pour la Chine, effectivement, l'enjeu est majeur parce que cette année ou plutôt en fin d'année dernière, l'Iran était devenu le premier fournisseur étranger de pétrole à la Chine. Donc, comme les acteurs régionaux dont nous avons parlé tout à l'heure, la Chine craint aussi le chaos.
elle craint une situation où elle verrait, par exemple, même si elle était beaucoup moins dépendante du pétrole vénézuélien, la disruption et le chaos qui avaient cours depuis plusieurs mois, même avant l'intervention américaine dans la distribution de pétrole vénézuélien, ce serait infiniment plus important pour la Chine si les événements en cours en Iran devaient affecter la fourniture de pétrole iranien à la Chine. Effectivement, c'est sans doute le facteur le plus important à ce stade pour la Chine.
Qu'en est-il de l'autre grand allié, la Russie ? Vladimir Poutine, d'après son porte-parole, s'est entretenu hier avec le premier ministre israélien. il doit téléphoner aujourd'hui au président iranien Pez Eskian pour travailler selon le Kremlin à la désescalade. Quels sont les enjeux pour la Russie qui, franchement, se révèlent un assez mauvais allié qu'il s'agisse de la Syrie ou de Venezuela récemment ?
Oui, la différence entre la Syrie, le Venezuela et l'Iran, c'est qu'il y avait une formalisation de l'alliance militaire entre la Russie et la Syrie puisqu'il y avait une réactivation d'un vieil accord de défense entre les deux pays alors que le Venezuela est un pays ami, l'Iran également, mais ce ne sont pas des alliés au sens formel du terme. Mais vous avez raison d'insister sur ce point parce que les choses se passent plutôt mal pour la Russie dans la gestion de ses amitiés et de ses alliances extérieures depuis plusieurs mois. Alors, les efforts diplomatiques du Kremlin, je crois qu'il ne faut pas y accorder énormément d'importance à chaque fois qu'il y a une grande crise internationale.
Vladimir Poutine se présente, la diplomatie russe se présente comme faiseuse de paix, comme intermédiaire obligée. Je ne suis pas du tout certain que son rôle soit véritablement essentiel là-dessus. En tout cas, il ne fait pas doute que la Russie soutienne encore pleinement le régime. D'ailleurs, il y a des technologies de surveillance qui sont sans doute assez précieuses d'origine russe, qui sont sans doute assez précieuses pour le régime. Mais ce régime s'est sans doute, en tout cas sans doute compris en juin 2025, lors des frappes israéliennes et américaines, que la Russie ne le viendrait pas, ne le viendrait pas au secours militairement.
Je ne sais pas si d'ailleurs il s'y attendait, mais en tout cas, l'absence de toute réaction forte de la part de la Russie en juin 2025 fait que le régime n'entretient probablement pas d'illusions si tant est qu'il ne m'en est jamais tu quant à l'ampleur du soutien russe s'il devait, si les choses devaient s'aggraver pour le régime iranien. Un dernier point important, vous connaissez l'importance de l'assistance iranienne pour l'opération russe en Ukraine, pour l'agression de la Russie en Ukraine dans le domaine des drones en particulier.
Il me paraît difficile de dire, de prévoir si la situation actuelle en Iran peut affecter cette assistance militaire iranienne, mais je crois que les Russes sont quand même beaucoup moins dépendants de l'assistance de l'Iran en matière de drones pour la guerre qu'ils mènent en Ukraine que ce n'était le cas il y a encore deux ans.
Azadeh qui ont hier à Washington le fils de l'ancien chat qui avait été déposé par d'immenses manifestations en 1979. Donc Reza Palavi qui vit aux Etats-Unis en exil depuis longtemps a déclaré lors de cette conférence de presse qu'il était convaincu que la République islamique allait tomber. Il appelle à une intervention ciblant les gardiens de la révolution et il a ajouté qu'il retournerait en Iran on a vu on ne sait jamais avec les images désormais si elles sont fabriquées ou pas mais on a vu des manifestants lors des premiers jours des événements brandir son portrait que représente ce retour éventuel ou cette incarnation d'une forme d'espoir qui est paradoxale.
Écoutez tout d'abord il faut dire que les images il faut faire attention on sait qu'il y a beaucoup de fakes dans les images bien évidemment y compris dans les slogans on sait que par exemple un certain nombre de gens chantaient mort à Khamenei mort au dictateur et on entendait vide le roi donc il faut faire attention je ne nie pas que le Reza Pahlavi et aussi le régime du chat du fait d'une nostalgie fabriquée par un certain nombre de médias occidentaux qui diffusent des programmes en persan et bien a ses propres soutiens en Iran mais en tout cas il a ça fait 47 ans qu'il habite à l'étranger il ne connaît pas l'Iran je pense qu'il a aussi sa part de responsabilité bien évidemment c'est le régime qui a massacré les manifestants mais en fait appeler les gens à les manifester sans aucune structure sans aucun soutien de la part des forces de coercition aurait prétendu avoir le soutien de 50 000 personnes au sein des forces armées et c'est ça aussi qui a encouragé un certain nombre de gens de le suivre enfin de suivre son appel et d'aller manifester et de se faire massacrer et il y a tout ça et donc effectivement Rézapalavi aussi a soutenu n'oublions pas le bombardement de l'Iran par Israël en juin 2025 n'oublions pas aussi les 12 centuées civiles d'Iraniens du fait de ces bombardements des immeubles entiers résidentiels Téhérans par exemple ont été bombardés les civils innocents ont été tués des prisonniers dans la prison des vines ont été tués etc donc pour l'ensemble de ces raisons-là bien évidemment il est loin d'avoir la majorité le soutien de la majorité de la population premièrement 50% de la population iranienne est constituée de minorités ethniques et religieuses à commencer par les Azeris iraniens c'est-à-dire les turcs les kurdes les baluts les arabes les turquemaines etc qui étaient dans la rue dans l'ensemble du pays qui n'ont jamais scandé son nom ils ne sont absolument pas contents du régime du chat non plus parce que c'était des oubliés de ces politiques de modernisation de pas à la vie à l'époque et ils sont toujours aussi contestants comme on le sait par rapport au régime islamique d'Iran reste l'autre 50% de la population
pardon je vous interromps mais on pourrait comprendre que pour les jeunes en particulier il y a une nostalgie d'un certain âge d'or où il y avait à la fois un certain progrès social notamment au niveau de l'éducation de l'éducation des femmes de l'insistance sur la science la technique et de l'autre côté la savac évidemment est un régime torsionnaire mais cette nostalgie par rapport à la désolation pour toute cette jeunesse je crois que la moyenne d'âge en Iran est de 32 ans on peut comprendre cette forme de nostalgie
on peut comprendre cette forme de nostalgie pour qui effectivement c'est ce que je suis en train de vous expliquer pour une partie de la population iranienne essentiellement pour moi constituée de personnes qui habitent dans des grandes villes etc qui n'étaient même pas encore nées à l'époque du Shah d'Iran mais qui reçoivent des images aussi de l'époque du Shah par exemple la grandeur de l'Iran le fait que l'Iran ait été effectivement respecté à cette époque-là etc et donc c'est loin d'être la vérité réelle de l'Iran de l'époque lorsque 53% de la population iranienne habitait en milieu rural sans eau sans électricité le taux d'analphabétisme des femmes était énorme 80% des femmes iraniennes à l'époque étaient analphabètes pourquoi ?
parce que la majorité d'entre elles habitait en milieu rural et était analphabète le taux de mortalité infantile était de 132 etc et chaque iranienne donnait naissance à 8,8 enfants aujourd'hui c'est 1,4 pour vous dire Christine que malgré l'origine islamique sanguinaire incompétent corrompue la société iranienne a beaucoup changé donc cette nostalgie certes existe chez certains y compris moi je connais des gens qui ont cette nostalgie-là mais la vie en fait est devenue pour eux un leader par défaut c'est ça
il y a aussi azadé au sein de la société notamment de la jeunesse un tel dégoût du régime qu'il y a une désislamisation les iraniens sont de moins en moins religieux il y a une étude intéressante qu'a publiée la Fondapol où à peu près 70% de la population ne se sentirait plus concernée par la religion
et effectivement la société iranienne je l'ai dit depuis maintenant 30 ans est une société largement laïcisée c'est-à-dire si vous voulez que même des personnes qui sont religieuses font leur prière chez eux on est face à la privatisation de la religion il y a encore une partie des iraniens bien évidemment qui sont très croyants ou très pratiquants mais en fait la jeunesse iranienne effectivement est largement laïcisée et donc c'est la raison pour laquelle les institutions actuelles le guide au pouvoir le pouvoir de clergé ça ne correspond absolument pas à la réalité de cette société qui n'oublions pas est très modèle 80% des iraniens habitent en milieu urbain ils sont très laïcisés ils sont très bien formés le taux d'alphabétisation des iraniens avoisines les 100% etc même si par du fait de la pauvreté depuis maintenant au moins 5 ans il y a depuis le Covid en particulier il y a beaucoup de pauvres qui ne peuvent plus envoyer leurs enfants à l'école etc mais en tout cas ce que je veux dire c'est que ces institutions politiques religieuses économiques etc ne correspondent absolument pas à la réalité de cette société pour des raisons pour lesquelles tous les ans on voit les gens dans la rue parce qu'il n'y a aucun aussi canon de négociation possible entre les populations mécontentes et le pouvoir donc les gens prennent les rues pour dire non à ce régime effectivement et c'est un pays vraiment au niveau de sa société laïcisé vous savez il y a eu des sondages aussi qui montraient que 80% de la population déjà avant le mouvement fin des libertés était mécontente de ce régime et souhaitait le changement que la majorité écrasante était pour la liberté des femmes de choisir le vêtement qu'elles souhaitent porter etc donc en fait voilà c'est ça la réalité de cette société
Sophia Maroug vous avez beaucoup travaillé sur le web sur la mémoire des gardiens de la révolution sur le web ce que l'on voit aussi depuis trois semaines c'est l'épaisseur des entreprises de désinformation de tous les côtés qu'il s'agisse du régime bien évidemment qu'il s'agit sûrement de la Russie qu'il s'agisse d'Israël qu'il s'agisse des Etats-Unis il y a un choc des récits et on ne sait pas finalement même dans un pays où l'internet est coupé et c'est encore le cas en ce moment même à midi moins le quart ce samedi heure de Paris comment est-ce que cette désinformation travaille au cœur l'opinion publique non seulement en Iran mais à l'étranger aussi
oui alors tout à fait il y a une bataille des récits qui est indéniable de tous les côtés et les gardiens de la révolution et le régime iranien l'ont très bien compris et d'ailleurs dès les années 90 la radio-télévision de la république islamique qui avait fait en sorte de créer des chaînes d'information en langue étrangère mais venant d'Iran pour accompagner toutes les initiatives des forces externes des gardiens de la révolution qu'on appelle les forces codes et donc les gardiens de la révolution dans leur doctrine ont très bien compris que la guerre informationnelle était au cœur de tout ce qui était contournement de la lutte armée dans le régime islamique ce qui fait que outre les chaînes d'information qui sont diffusées sur internet et qui sont maîtrisées par les gardiens de la révolution on a plusieurs organes de presse on a les réseaux sociaux aussi qui sont des réseaux sociaux souvent internationaux qui sont pourtant interdits en Iran et on est obligé d'utiliser un VPN à l'intérieur de l'Iran et pourtant les gardiens de la révolution les utilisent aussi donc X, Instagram et les messageries WhatsApp donc il y a cette possibilité de la part du régime de diffuser des récits dans des langues étrangères pour influencer l'opinion publique internationale ensuite il y a une autre stratégie du régime islamique qui est la création d'un internet national un intranet qui a commencé à être construit progressivement à partir des années 2010 au lendemain du mouvement vert de 2009 pour mieux contrôler les messages qui étaient transmis de l'extérieur de l'Iran à l'intérieur de l'Iran donc toutes les chaînes d'informations américaines et britanniques qui sont transmises en persan je pense à Voice of Farci enfin Voice of America Farci BBC Persian etc toutes ces chaînes d'informations le régime islamique cherche à les bloquer et la création de cet internet national vise à créer un internet complètement coupé de l'extérieur pour que les opinions externes créées par des médias d'information étrangers en persan ne parviennent pas à l'opinion publique iranienne et ce qu'on observe c'est que lors du premier blocage qui a duré une semaine pendant les manifestations de 2019 cet internet national était beaucoup moins développé ce qui faisait que quand on était à l'intérieur de l'Iran on pouvait accéder à des applications nationales de messagerie de services de VTC etc mais le système n'était pas assez perfectionné il n'existait pas assez d'applications ou de réseaux sociaux iraniens du régime pour qu'il y ait un écosystème numérique qui se crée aujourd'hui c'est très différent en 2025 2026 parce que se donner pour se créer et développer cet internet national ont fait qu'aujourd'hui ce réseau est beaucoup plus massif donc l'objectif pour le régime iranien c'est de créer un système d'information intérieure où les iraniens seraient le plus possible couper de l'information extérieure et donc couper des messages par exemple de Reza Palavi le fils héritier du chat tout en accoutumant les iraniens à des messageries nationales pour mieux crypter et tracer l'organisation des manifestations les paroles dissidentes etc
Clément Terme cette guerre informationnelle elle a un coût évidemment elle a un coût pour le régime mais ce qu'on voit c'est que la diaspora cette espèce d'Iran global il faut rappeler qu'il y a beaucoup d'Iraniens aux Etats-Unis en particulier cet Iran global s'exprime désormais beaucoup plus qu'auparavant Oui exactement on a vu en 2022-2023 avec le mouvement Femmes Vie Liberté apparaître finalement une autre image de l'Iran que celle que voulait imposer la république islamique donc ce qu'on peut dire sur les dimensions techniques qui ont été expliquées c'est qu'elles ont échoué très largement sur le plan politique à la fois à convaincre l'opinion publique iranienne du bien fondé des préférences idéologiques de la république islamique qu'il s'agisse de la question des femmes de l'égalité femmes-hommes de leur vision des relations internationales de la politique régionale parce que quand on voit les slogans des manifestants dans les manifestations populaires depuis 2009 mais surtout depuis 2017-2018 qui sont des manifestations systémiques où il y a des slogans favorables à l'ancien régime qui sont apparus à ce moment-là on voit finalement l'échec de tout ce système de propagande donc Azadeh a bien expliqué la transformation de la société la démographie mais également sur le plan idéologique on a vu un échec de la république islamique et à travers les médias en persan donc on a parlé de la voix de l'Amérique en persan il y a la BBC en persan il y a la chaîne Iran internationale et on voit que finalement plus que de questionner la crédibilité du récit de l'opposition les iraniens de l'intérieur eux questionnent la crédibilité du récit de la république islamique donc c'est vrai que les débats qu'on a en Occident sur ESA par la vie est-ce qu'il serait par défaut ou positif est-ce que les opinions favorables à l'ancien régime sont fabriquées de l'extérieur ou est-ce qu'elles sont au contraire le produit d'une profonde nostalgie et d'une revanche générationnelle des plus jeunes par rapport à leurs parents qui ont fait la révolution et finalement leurs enfants leur font le reproche aujourd'hui d'avoir participé à ce mouvement il y a de très nombreux iraniens d'un certain âge en Iran qui regrettent d'avoir participé à la révolution islamique puisqu'ils comparent si vous voulez les performances du nouveau régime dans tous les domaines les droits humains l'économie la sécularisation la politique étrangère avec celle de l'ancien régime et c'est vrai que personne ne réhabilite l'ancien régime parce que dans tous les cas la question de Reza par la vie pose pas seulement l'action de la restauration mais celle de l'instauration d'un nouveau système qui pourrait être une république ou une monarchie constitutionnelle et donc on voit finalement que cette cristallisation extérieure sur Reza par la vie est en décalage avec la situation interne du pays puisqu'à l'intérieur du pays la question qui est posée aujourd'hui c'est celle de l'effondrement idéologique du régime qui a déjà eu lieu donc tout ce système de propagande tous ces milliards de dollars que le régime a investi même dans PrestiV la CNN iranienne donc on a cru le 7 octobre que ce système avait gagné finalement puisque à l'époque le fait d'avoir placé la Palestine au centre de l'action politique de la république islamique avait été perçu par la république islamique comme une victoire idéologique dans la région et finalement au contraire on a vu que ça a conduit à l'affaiblissement militaire extérieur du régime à la chute de Bachar el-Assad en Syrie donc au repli finalement de la république islamique sur ses frontières donc finalement on a surévalué si vous voulez la puissance à la fois des gardiens de la révolution de leur appareil médiatique et de leur capacité à convaincre à la fois à l'intérieur et à l'extérieur et les médias en persan en exil ont proposé une autre forme d'iranité l'existence d'une identité iranienne ouverte sur le monde cosmopolite et l'existence d'identités multiples aussi en Iran alors que le régime a voulu enfermer les Iraniens dans une identité essentialiste on pourrait dire intégriste avec pour seule dimension l'adhésion à l'idéologie de l'ayatollah rouménie donc une fusion du religieux et du politique et cela n'a pas fonctionné donc aujourd'hui il y a cette quête de notre Iran au sein de la population une volonté d'une transformation fondamentale non seulement sur le plan idéologique mais aussi économique c'est ce qu'on appelle une normalisation cette Iran normalisée que les Iraniens souhaitent avec un régime qui se préoccupe du bien-être de la population et non pas d'un projet idéologique transnational Azadekian on arrive à la conclusion très provisoire bien sûr de cette discussion mais avant de parvenir à cet Iran revisité normalisé le régime reste en place d'autant plus féroce qu'il se rend compte de ses propres fragilités quel espoir pour une jeunesse pour une société encore une fois qui compte ses morts qui redoute le sort des milliers de prisonniers qui viennent d'être arrêtés
effectivement écoutez pour l'instant ce qu'on voit de l'Iran et ce que j'entends c'est que les gens sont extrêmement déprimés que pour l'instant ils sont en train de compter leurs morts mais ça ne va pas rester comme ça parce que vous savez depuis on l'a dit 2009 jusqu'à aujourd'hui tous les ans ou toutes les quelques années les Iraniens recommencent à manifester recommencent à lutter contre ce régime et recommencent à revendiquer et les revendications restent entières au niveau économique on l'a dit au niveau politique idéologique donc en fait ce que je vois c'est qu'il y aurait bien évidemment qu'après chaque répression féroce et cette fois-ci ce n'est pas seulement une répression c'est vraiment un massacre et bien la société va réfléchir mais les gens vont de nouveau sortir moi je pense que par exemple j'ai vécu donc les événements qui ont abouti à la chute du régime du chat c'était la grève générale qui a complètement paralysé le régime je pense que par exemple une grève générale sans effusion du sang si vous voulez qui avait commencé déjà le 28 décembre peut effectivement continuer et peut constituer d'une façon efficace de paralyser le régime je pense que beaucoup d'Iraniens ont beaucoup compté pas beaucoup mais enfin il y a quand même des manifestants qui ont compté sur le président Trump et sur une intervention américaine mais aujourd'hui après ce qui s'est passé et bien ils se sont rendus compte que les intérêts nationaux des Etats-Unis ne sont pas les mêmes que les intérêts nationaux des Iraniens je pense que cette diversité de l'Iran effectivement comme disait Clément cette volonté de normalisation est partagée par énormément d'Iraniens et donc afin de se libérer de ce régime qui est à la fois corrompu dictatorial incompétents et sanguinaires et bien les Iraniens ne doivent compter finalement que sur eux-mêmes donc à travers leurs propres moyens en faisant appel à leurs propres moyens et pour ça il faut faire une coalition Rézapalavi à lui seul ne pourra pas constituer cette coalition-là cette figure-là pardon mais il faut aller vers à mon sens une coalition de l'ensemble des forces politiques en ligne
avec des forces d'opposition qui seraient capables de s'organiser en interne
en interne ils sont vous savez si vous regardez les baluts les turcs etc on a identifié leurs responsables leurs leaders etc il y a des partis politiques parfois il y a aussi des dirigeants religieux sunnites qui sont vraiment très efficaces aussi et qui sont très écoutés par leur propre population et avec d'autres il y a aussi ce qu'on appelle une gauche nationale en Iran c'est-à-dire des démocrates des républicains il y a des monarchistes effectivement il faut que tout le monde puisse se réunir et constituer
une coalition que tout le monde puisse se réunir c'est évidemment sur cette note d'espoir azadée que nous allons conclure cette émission mais non sans une pensée pour Cécile Collère et Jacques Paris qui sont toujours à l'ambassade de France à Téhéran ils ont pu être extraits de leur prison où ils ont passé l'un et l'autre plusieurs années mais évidemment on pense à eux aussi et on pense à l'Iran merci à vous azadée je rappelle votre ouvrage repenser le genre l'origine ethnique et la religion en Iran c'est paru en anglais aux éditions Bloomsbury et ça a été réédité en 2025 Sophia Marouk vous avez reçu l'an dernier le prix scientifique de l'IHEDN pour votre thèse sur les gardiens de la révolution cette thèse qui sera publiée aux presses universitaires de France en septembre prochain Clément Terme deux livres parus au cavalier bleu l'an dernier idée reçue sur l'Iran et Téhéran Washington aux éditions Hémisphère Bruno Tertrait vous avez publié l'an dernier une nouvelle édition de la guerre des mondes aux éditions Alpha voilà la réalisation ce matin Luc-Jean Reynaud à la technique Nineta Djaoura Théa Corler m'a aidé à préparer cette émission bien sûr ainsi que Patricia Miouat la documentation de Radio France et dans un instant voici Marina Carrère dans cause et ses carnets de santé très bon week-end et à samedi prochain