Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewLe Média — Podcasts· 4 avril 2025 31 min

Après la condamnation de Le Pen, le nouveau scandale qui menace Bardella et le RN

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue pour votre émission au cœur de l'actu sur le média diffusé du lundi au jeudi à 19h en direct sur le canal 165 de la Freebox, sur Molotov et sur le site internet lemédiatv.fr. Au cœur de l'actu, c'est un regard neuf sur les soubresauts du milieu politique, de la société dans son ensemble, avec nos experts, analystes, chroniqueurs et les reportages de nos journalistes sur le terrain. C'est parti pour ce nouveau numéro.

Et l'actualité sociale du jour est marquée par la grève et la mobilisation des agents de la fonction publique partout en France à l'appel de plusieurs syndicats, dont la CGT, qui alerte sur les conditions de travail et les salaires, notamment, demande aussi l'abrogation de la réforme des retraites. Le reportage de nos journalistes Sarah Dieu et André-Imanivy qui ont suivi le cortège de la manifestation à Paris.

1:05
Invité

Réforme des retraites, baisse de l'indemnisation des arrêts maladie, dégradation du pouvoir d'achat, les fonctionnaires se mobilisent ce jeudi 3 avril pour alerter sur le risque d'une année noire dans la fonction publique. À Paris, ils se sont rassemblés ici devant le ministère de l'économie et des finances. Leur message ? Les agents et usagers des services publics n'ont pas à payer le prix du budget d'austérité. Et vous allez voir, tous les services publics sont concernés.

L'objet de ce rassemblement est de démontrer au gouvernement que les fonctionnaires territoriaux et les fonctionnaires dans leur globalité sont contre les mesures qui sont prises aujourd'hui d'appauvrir les fonctionnaires, notamment avec cette amputation de 10% sur les congés maladies ordinaires. Ils vont être pénalisés parce qu'ils sont malades. La grande majorité de nos collègues, quand ils sont malades, quand ils doivent s'arrêter, ils ne le font plus parce qu'ils savent qu'ils ne seront pas remplacés, que personne ne compensera leur absence et que ce sont les élèves qui vont en pâtir. Donc c'est vraiment un sacrifice personnel à chaque fois de ne pas se mettre en arrêt.

Et en plus, la double peine, c'est que là on sera imputé sur nos salaires. Aujourd'hui, on a des concours qui ne font pas le plein en termes de candidats dans l'éducation, justement à cause aussi des salaires. Et les recrutements permettront aussi de baisser le nombre d'élèves par classe et donc d'améliorer les conditions de travail. La question des hausses de salaire est indispensable aussi pour rendre attractifs les métiers, que ce soit d'être enseignant, d'être hospitalier. Je travaille à l'hôpital de Pontoise depuis un peu plus de 40 ans. On manque de lits, on manque de moyens, on manque de reconnaissance, on manque de formation.

La retraite à 64 ans, c'est toujours non, c'est hors de question. À 50 ans, les hospitaliers sont déjà pour la plupart complètement démolis. Et on va les faire travailler jusqu'à 64 ans, c'est juste impossible. Les services publics ont besoin d'un exécutif qui soit fort derrière eux, parce qu'on ne peut pas les applaudir à une année parce qu'ils sont en première ligne. Et après, effectivement, leur faire reposer le poids de la dette. Ce n'est pas possible. Nos collègues, ils savent faire leur métier. Ils l'aiment. C'est un métier vocation. Ils s'engagent dedans. Et le service tient. Le service est rendu. Donc, ce serait bien d'arrêter le fonctionnaire bashing.

Évidemment, ceux qui sont très aisés n'utilisent pas le service public. Ceux qui utilisent le service public, c'est les classes moyennes et c'est les classes sociales basses. Et c'est à eux qu'on répond. Et donc, en ayant un service public dégradé, on ne répond pas à leurs besoins. Donc, on crée une inégalité sociale. Les résultats des tests physiques des élèves en classe de 6e à l'entrée au collège sont corrélés aux classes sociales aussi d'où ils viennent. Tout va ensemble. Je veux dire, il faut des politiques publiques sportives, un ensemble de choses qui permettent à tous les enfants, tous les futurs adultes d'avoir cette émancipation par le sport, par la culture sportive.

Si on détruit l'hôpital public, les usagers n'auront plus accès aux soins. On a entendu, il se voit dans les médias, des femmes qui accouchent sur le bord de la route. Ce n'est pas un seul cas. Donc, évidemment que les usagers trinquent de la destruction de tous les services publics, évidemment. Depuis ces dernières années, on a un gouvernement qui cherche à diviser. Donc, se réunir aujourd'hui, justement, toute la fonction publique réunie, c'est aussi renvoyer ce message important au gouvernement. On fait le choix de ne pas dire l'éducation nationale, c'est plus important que la santé ou la sécurité. Tout est important. Des mobilisations ont lieu aujourd'hui partout en France.

Et les syndicats comptent bien poursuivre leur mobilisation jusqu'à cet été.

4:22
Présentateur

L'actualité en France, évidemment, est toujours dominée par les démêlés judiciaires du RN et de Marine Le Pen, condamnées, je vous le rappelle, à deux ans de prison ferme, aménagées sous bracelet électronique et à cinq ans d'inéligibilité avec application immédiate. La déflagration de cette peine, qui devrait être jugée en appel l'année prochaine, a éclipsé un autre dossier, tout aussi embarrassant pour le parti d'extrême droite, Jordan Bardella, présenté à tort ou à raison, comme le plan B du RN va devoir lui aussi répondre à des accusations de détournement de fonds publics et recèles, ainsi que de faux et usage de faux, ainsi que d'escroqueries.

C'est l'association anticorruption Adélib qui a déposé plainte le 25 mars dernier contre le président du RN qu'elle accuse d'avoir occupé un emploi fictif d'assistant parlementaire européen dans la même affaire qui a vu Marine Le Pen être condamnée. Maître Jérémy Afan-Jacquard, l'avocat de l'association Adélib, est notre invité. On décrypte avec lui cette nouvelle affaire qui pourrait contrarier les plans présidentiels du RN. Bonsoir, Maître Jérémy Afan-Jacquard. Bonsoir, Monsieur. Bonsoir à tous. Alors, je le disais, avocat, vous êtes avocat au barreau de Paris et donc, je le disais, avocat de l'association anticorruption Adélib.

Pouvez-vous tout d'abord nous dire plus précisément ce qui est reproché à Jordan Bardella dans cette affaire ?

5:54
Jordan Bardella

Ce qui est reproché à Jordan Bardella, c'est un faisceau de preuves qui ont été dévoilés par Tristan Barthelot de Libération. Il y a un certain nombre d'éléments qui ont été apportés par Libération, qui sont notamment des agendas qui ont été achetés en 2018, mais qui sont datés de 2015, ou encore des revues de presse qui ont été faites a posteriori et qui ont été signées de la main de Jordan Bardella. Et ces éléments montrent qu'il y a une volonté de dissimulation potentiellement d'autres délits qui ont été commis.

6:27
Présentateur

Jordan Bardella, donc visé, pourquoi ce cas n'a pas été examiné dans le procès des assistants parlementaires qui vient d'aboutir, on le sait, à la condamnation de Marine Le Pen ?

6:40
Jordan Bardella

Il y a deux versions, une officielle, une officieuse. La version officielle, c'est que les montants qui ont été détournés, qui sont de l'ordre de 11 000 euros, auraient été trop faibles pour constituer quelque chose d'assez important dans tout le dossier tentaculaire du Rassemblement national et du Front national. Vous avez vu les sommes qui font l'objet aujourd'hui des condamnations de Marine Le Pen et autres. Ça, c'est la version officielle.

L'autre version qui, à mon avis, est très valable, c'est que précisément ces dissimulations qui auraient pu être entreprises, à savoir le carnet, les revues de presse, etc., ont certainement conduit les autorités d'enquête et de poursuite, peut-être de croire qu'un véritable travail avait été fourni par Jordan Bardella et donc de ne pas donner suite à l'enquête. Alors qu'en réalité, Jordan Bardella n'a pas été accrédité, donc il n'a jamais pu entreprendre un travail au sein du Parlement européen.

7:34
Présentateur

Vous avez tenté, vous ou l'association Adélib, de confronter Jordan Bardella face à ces faits depuis que vous en avez eu la connaissance ?

7:44
Jordan Bardella

Notre travail n'est pas un travail ni de policier ni d'enquêteur. Ma mission est d'alerter le parquet parce que, vous voyez, il y a le travail de la presse qui est fait. Donc, Tristan Berthelot a fait un travail remarquable, mais ce n'est pas non plus ni du travail des journalistes d'avertir le parquet, ni forcément du travail du parquet de revenir à chaque fois sur les revues de presse et de savoir exactement ce que les journalistes ont fait. Donc, il manque un maillon dans cette chaîne qui sont des associations anticorruption et puis des avocats dévoués qui rapportent les éléments dévoilés à la presse et les donnent au parquet. Donc, le parquet mènera l'enquête comme il doit le faire.

8:23
Présentateur

Alors, Jordan Bardella a en tout cas été questionné à ce sujet la semaine dernière, pourtant en terrain conquis puisqu'il était invité de l'émission TPMP, l'émission de Cyril Hanouna, qui n'a pas hésité, évidemment, à voler à son secours après la gêne engendrée par la question. Je vous propose de regarder la séquence.

8:43
Invité

Pourquoi vous avez signé vos agendas ? Si ce n'était pas pour les remettre à la justice. Pourquoi vous avez signé vos agendas ? Qu'est-ce que vous racontez ? On n'entend pas ce que vous dites là. Je disais... Non, non, mais ce n'est pas une interview de Thomas Guénolé. Non, mais je pose la question.

8:55
Jordan Bardella

Pourquoi vous avez signé vos agendas si ce n'était pas pour les remettre à la justice ? Juste, Thomas Guénolé. Dans l'affaire des emplois fictifs, je n'ai pas compris ça. Vous signez vos agendas, vous ? Dans l'affaire des emplois fictifs ? Oui, au Parlement européen. Oui, je ne suis pas concerné par l'affaire. Si, si, il y a une pièce qui vous concerne. Et ma question, c'est pourquoi vous avez signé vos agendas ? Non, non, non, non. Jordan Bardella, il est...

9:11
Invité

Non, non, vous n'êtes pas du tout accusé. Il y a une pièce qui vous concerne. Pourquoi vous l'avez signé ? Thomas Guénolé, juste. Ce n'est pas l'interview de Thomas Guénolé ici. Ok, je m'arrête. Et je vous le dis, et je le dis, non, sur l'affaire des emplois fictifs, Jordan Bardella n'est pas du tout... C'est pas ce que j'ai dit ? Oui, bah non, oui, ici, c'est ce que vous venez de dire il y a un instant. Non, non, je dis que vous avez signé des agendas antidatés. Pourquoi vous les avez signés ?

9:31
Jordan Bardella

C'est ça que je ne comprends pas. Il y a des agendas antidatés qui ont été produits à la justice avec vos signatures dessus.

9:39
Invité

Pourquoi vous les avez signés s'ils étaient antidatés ? Vous demanderez à la justice.

9:42
Présentateur

Voilà, on voit Jordan Bardella, l'air effaré, qui semble ne pas comprendre de quoi on l'accuse. Vous anticipez déjà cette ligne de défense du président du RN de nier totalement ces accusations ?

9:59
Jordan Bardella

Je ne suis pas certain qu'ils ne comprennent pas de quoi il s'agit. Je vois surtout un homme qui est désespéré parce que précisément, comme vous le disiez, il se croyait en terrain conquis. Et en réalité, une question est posée. Et il s'attendait à ce qu'on lui déroule le tapis rouge et pas qu'on lui pose des questions embarrassantes. En réalité, la question lui avait déjà été posée par Benjamin Duhamel, qui l'avait confronté, lui avait montré directement les éléments. Et ce qui m'avait à l'époque mis la puce à l'oreille, c'était l'utilisation d'un certain mot. Au lieu de dire, je n'ai pas signé ces revues de presse ou je n'ai pas constitué ces agendas, il a utilisé un mot particulier.

Il a dit, je ne les ai pas produits. Et personne n'utiliserait ce mot-là. Produit, c'est un mot juridique pour parler d'une preuve qu'on a remise aux autorités de justice. Et donc, à partir de ce moment-là, vraiment, c'est ce mot qui a éveillé mes soupçons. À partir du moment où il a dit le mot produit, j'ai compris qu'en réalité, il voulait faire une distinction entre faux, création de faux, et usage de faux en disant en substance, peut-être que j'ai fait des faux, mais en tout cas, je ne les ai pas dépousés à la justice. Et par là, il voulait dire, de toute façon, c'est prescrit pour moi. C'est ce qu'il pense, en tout cas.

Et donc, de fil en aiguille, finalement, c'est à chaque fois ces stratégies de dissimulation et de défense qui m'ont conduit, et ont conduit Adélie, à aller plus loin.

11:22
Présentateur

Vous appelez de vos voeux à ce qu'il y ait un procès, à ce qu'il y ait une procédure en justice, dont à la suite de cette plainte, dans un timing, je ne sais pas, défini en particulier ?

11:35
Jordan Bardella

Mon objectif est de faire en sorte que la prescription soit interrompue. Pas qu'il y ait un procès, mais qu'il y ait une enquête qui soit menée, et que les faits soient révélés. Parce que, vous savez, dans les histoires judiciaires, on ne sait pas quand des actes d'enquête ont été entrepris, on ne sait pas quand la prescription a pu recommencer à courir ou non, et donc, dans le doute, il vaut mieux, le plus rapidement possible, avertir le parquet pour que lui entreprenne les démarches. Donc, qu'il y ait un procès, je ne peux pas encore le dire, je ne suis pas au courant de l'ensemble du dossier, mais en tout cas, je fais en sorte que le parquet puisse mettre en mouvement une enquête.

12:11
Présentateur

Alors, bien sûr, il y a la question, Maître Jaka, à fin de Jaka, pardon, il y a la question de l'inégibilité qui est toujours un peu en filigrane, surtout après le cas de Marine Le Pen, même si on sait qu'elle bénéficiera d'un procès en appel avant la prochaine présidentielle. Vous espérez que, dans ce cas, Bardella, il y ait également une peine éventuelle d'inégibilité pour le président du RN ?

12:37
Jordan Bardella

Il me semble que c'est complètement prématuré de s'aventurer sur ce terrain. Comme je le dis, je ne connais pas suffisamment, de manière approfondie, les éléments du dossier qui n'ont été divulgués que par voix de presse. Donc, j'en connais autant que vous, si vous voulez, en matière de presse. La seule connaissance que j'ai supplémentaire, c'est la possibilité pour moi de qualifier juridiquement les faits qui ont été rapportés pour la voix de presse et, comme je vous l'ai dit, de les rapporter au parquet. Donc, parler aujourd'hui d'une inégibilité pour Jordan Bardella, pour la présidentielle, me semble complètement prématuré.

13:11
Présentateur

Mais les faits reprochés

13:12
Jordan Bardella

pourraient éventuellement entraîner cette qualification ? Absolument. Donc, ce sont des faits qui, s'ils étaient avérés, pourraient entraîner des peines qui seraient lourdes. On a vu ce qu'il en a été dans le procès de Marine Le Pen et de ses complices. En l'occurrence, oui, si les faits étaient avérés, tout à fait, ils seraient susceptibles d'être inéligibles. Mais, encore une fois, on n'en est pas là.

13:38
Présentateur

Alors, une condamnation ferait en tout cas tâche pour Jordan Bardella qui déclarait pas plus tard que l'année dernière qu'il faudrait un casier judiciaire vierge pour tout candidat du RN. C'était sur le plateau de BFM TV En Regarde.

13:52
Invité

Pour bien comprendre comment vous choisissez ceux qui travailleront à vos côtés si vous devenez Premier ministre, puisque vous nous avez confirmé que vous avez toujours envie de l'être. Est-ce qu'il faudra un casier vierge désormais pour être candidat du Rassemblement national ?

14:05
Jordan Bardella

Mais c'est toujours la politique que nous avons suivie. À la différence près que quand les faits ont 30 ans, certains ne figurent pas sur le casier judiciaire. Et donc, il y a des gens qui, par du prix, dissimulent un passé qui n'a pas été affiché sur le casier judiciaire en question. Donc, ne pas avoir de condamnation à son casier judiciaire est pour moi une règle numéro une lorsqu'on souhaite être parlementaire de la République.

14:30
Présentateur

Maître Afanjaka, on a envie de lui dire « chiche » et de commencer par appliquer cette règle à Marine Le Pen en attendant son cas personnel.

14:39
Jordan Bardella

Non mais, elle est dingue cette séquence, honnêtement. Alors, je ne la connaissais pas, mais elle est complètement dingue parce qu'en plus, il parle de dissimulation. Il reproche aux autres hommes politiques de dissimuler des délits. Alors que là, précisément, faire des carnets qui sont antidatés et des revues de presse signées qui sont défauts, ça serait... Des techniques de dissimulation servent grossières, mais ce sont des techniques de dissimulation qui rentrent exactement dans le cas qu'ils dénoncent. Ce double discours est assez incroyable.

Alors, je ne sais pas si c'est de la bêtise un sentiment d'immunité complète ou une volonté de dissimulation en dénonçant auprès d'autres ce qu'on fait soi-même. C'est complètement fou, je trouve, cette séquence.

15:21
Présentateur

Que nous dit cette affaire et la précédente, celle qui vient de livrer son verdict, du rapport du Rassemblement national à la question de la transparence des fonds, de la gestion des fonds publics ?

15:36
Jordan Bardella

C'est davantage, à mon avis, un rapport de ces personnes à la chose publique à travers la presse. Parce que, depuis un bon bout de temps, vous le savez, il y a quand même une presse connivante qui déroule le tapis rouge, donc on n'a pas besoin de nommer Hanouna, on n'en parlera pas. Mais il y a quand même une presse très connivante qui leur déroule le tapis rouge et donc ils ont finalement l'habitude de se retrouver en terrain conquis et de ne pas avoir à répondre aux questions.

Et je ne doute pas que ce rapport très étrange de ces hommes politiques du Rassemblement national à la presse leur donne l'impression de ne plus avoir à rendre de compte et que finalement, ce sont les autres hommes politiques qui ne bénéficient pas d'un tel marche-pied qui, eux, doivent rendre des comptes. Il y a, à mon avis, un sentiment de différence complète de niveau qui justifie ce genre d'attitude.

16:30
Présentateur

Alors, vous êtes donc l'avocat, je disais, de l'association Adélib, une association qui se présente comme de défense écologiste de la démocratie et des libertés. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette association ?

16:45
Jordan Bardella

Alors, c'est une association assez ancienne puisqu'elle a été déposée en 2015. Elle existe depuis 2015. C'est une association qui est petite, qui n'a pas d'agrément, contrairement à l'association Anticor que j'ai représentée et qui a, pour l'instant, uniquement l'ambition de faire remonter les faits. Donc, pas avec une aussi grande ambition, par exemple, qu'Anticor qui va mener une enquête très poussée. Là, pour l'instant, on est dans l'ordre du rapport au parquet, du signalement. On verra ensuite si on doit augmenter en gamme.

17:21
Présentateur

Alors, je vais un petit peu plus loin parce que ce sont des reproches qui vous seront faits. L'association est présidée par la députée écologiste Léa Balach-El-Mariqui. Est-ce que vous ne redoutez pas que les supporters du RN, les électeurs du RN, voient dans cette plainte une action surtout politique vu qu'elle est portée, cette association, par une députée écologiste,

17:47
Jordan Bardella

une députée de gauche ? Mais en réalité, c'est vrai. C'est aussi une action politique parce qu'on est, alors, c'est uniquement la défense habituelle du Rassemblement national qui consiste à dire nous sommes poursuivis pour des motifs politiques. Mais en réalité, on est précisément à la frontière des deux. C'est-à-dire que quand on fausse les règles électorales, on est à la fois sur un terrain judiciaire et sur un terrain politique. Et donc, quand tous ces gens disent oui, alors, vous allez nous affronter au tribunal parce que vous ne pouvez pas le faire sur l'arène politique, rendez-vous compte, en réalité, ils bénéficient de subventions, de financements publics de leur campagne électorale.

Donc, la campagne électorale est complètement faussée. Dire nous faussons les règles politiques, nous faussons les règles électorales et nous allons nous retrouver dans l'arène, c'est comme si vous veniez, vous, avec des kalachnikovs devant un type qui n'est pas armé dans une arène et que vous lui tiriez dessus en disant regardez, on s'est battus. Oui, mais les armes doivent être égales. Pour que les armes doivent être égales, il faut que les règles du financement politique soient respectées et si elles ne sont pas respectées, précisément, c'est le terrain judiciaire qui doit agir. Donc, s'ils faussent les règles, ils doivent en répondre.

18:57
Présentateur

Ils vous diront également le timing de cette plainte, interroge, pourquoi elle arrive maintenant à la suite de l'affaire Le Pen comme une envie d'enfoncer le clou ?

19:09
Jordan Bardella

Je dois dire que c'est là aussi assez génial parce que le timing, en réalité, il est dû au fait qu'on a déposé le 25, la plainte, juste après avoir obtenu une sorte de feu vert. Le 21 mars, Libération a été relaxée des poursuites qui ont été intentées par Jordan Bardella de diffamation à leur encontre. Libération avait dit, avait titré « emploi fantôme ». Et j'ignore vraiment pourquoi Jordan Bardella a poursuivi Libération sans avoir l'intention de se défendre réellement. Donc Jordan Bardella a été débouté de sa plainte ce qui fait qu'il n'y a pas de diffamation et donc, ayant vu qu'il y avait un feu vert, on s'est dit dans ce cas-là, s'il n'y a pas eu de diffamation, l'emploi est fantôme.

S'il est fantôme, on va introduire la plainte et on va le rapporter au parquet. Il y a une logique derrière tout ça. Et donc, le timing, il n'est pas étranger à eux-mêmes. C'est tous ces gens qui conduisent à avoir ce timing-là. C'est-à-dire que Jordan Bardella a porté plainte. En diffamation, il a perdu et Marine Le Pen a fait des voies de recours pour faire durer le procès le plus longtemps possible. 10 ans quand même. C'est elle qui a fait durer 10 ans le procès. Après, j'ai entendu dire, je ne l'ai pas vérifié, mais après, 45 voies de recours. Donc bon, le timing, il est dû à eux-mêmes.

20:29
Présentateur

Alors, vous avez également représenté une autre association, Anticor, devant le Conseil constitutionnel pour le maintien de l'exécution provisoire qui donc, a permis à ce que cette décision de justice se fasse contre Marine Le Pen. Vous saluez de vos voeux, vous saluez cette décision qui a été prise par le Conseil constitutionnel. Elle allait dans le sens des réclamations d'Anticor.

20:55
Jordan Bardella

Pour tout vous dire, j'étais presque terrorisé, j'étais en tout cas très angoissé lorsque la question est remontée au Conseil constitutionnel. Parce que si, en ce moment où les contre-pouvoirs sont menacés, et vous voyez, une décision de justice a été prononcée, il y a un déferlement de menaces, de haine, de volonté d'en découdre de la part de certaines personnes d'extrême droite à l'égard des juges. On peut imaginer que si les juges sont dépossédés de ce type de moyens, c'est-à-dire mettre hors d'état de nuire les délinquants et les criminels, il faut qu'un élu qui est un délinquant ou un criminel soit très rapidement mis hors d'état de nuire.

Et donc, cette réponse du Conseil constitutionnel qui consiste à dire oui à partir du moment où un élu représente un danger pour la République doit immédiatement être mis hors d'état de nuire. C'est absolument fondamental.

Si ce n'avait pas été le cas, vous imaginez déjà dix ans pour un procès en première instance, vingt ans pour se retrouver en cassation, mais si l'élu pique dans la caisse ou fait plus grave, c'est-à-dire s'il a par exemple une intelligence avec l'ennemi, en ce moment, c'est ce qu'on peut redouter, c'est-à-dire à savoir une intelligence avec la Russie, c'est loin d'être improbable ou avec maintenant les Etats-Unis qui ont une tournure fasciste, qu'est-ce qu'il adviendrait de nos institutions si on n'était pas capable immédiatement de retirer le mandat d'une personne qui pose un projet grave contre la République ?

Voilà, donc, je ne salue pas seulement cette décision du Conseil constitutionnel, j'estime qu'elle était absolument nécessaire au maintien de nos institutions. Et pourtant,

22:39
Présentateur

vous entendez les voix, notamment politiques, notamment à gauche, qui critiquent le fait de révoquer le mandat d'un élu sous prétexte qu'un élu positionné, placé où il est, où elle est, par le peuple, ne devrait pas être révoqué par la justice. Vous entendez cette voix, même à gauche ?

23:00
Jordan Bardella

Elle m'inquiète parce que ce sont des postures, en réalité, qui sont des postures circonstancielles. Je doute que ce soit des affirmations qui soient motivées par des motifs d'intérêt général ou des grands principes. En réalité, ça traduit une certaine forme de fébrilité, peut-être la crainte dans la même situation que le peine. Et ça incite certaines personnes, certains élus, à prôner des principes qui sont complètement aberrants. C'est complètement aberrant. Oui,

23:33
Présentateur

mais dans certaines situations, on peut imaginer des élus de gauche, d'autres élus de d'autres camps politiques qui seraient mis en cause pour des faits liés à leurs convictions politiques et qui pourraient donc être instrumentalisés. Est-ce qu'on ne va pas vers quelque chose de dangereux aussi dans l'instrumentalisation de cette mesure ?

23:57
Jordan Bardella

Et dans ce cas-là, le problème, ce n'est pas l'exécution provisoire, c'est la loi qui est derrière tout ça. Je m'explique. Mettons qu'il y ait une loi qui commence à restreindre la liberté de parole parce que c'est quelque chose aussi qu'on peut craindre. Cette loi serait problématique en elle-même, mais ce n'est pas les conséquences qu'on attacherait à la peine à savoir l'exécution provisoire qui conduira à la démission d'office qui serait le problème. Donc, on ne peut pas mettre toutes les peines si vous voulez. On a un ensemble de peines qui sont quand même très graves.

Je parlais de l'intelligence avec l'ennemi qui serait quelque chose de très inquiétant mais très valable dans les circonstances actuelles. Mais toutes les affaires de corruption, on le voit beaucoup en ce moment, les affaires de corruption, les affaires de délits d'initié, de détournement de fonds publics, de recel, de détournement de fonds publics, escroqueries, etc., ce sont des choses qui n'ont pas à voir avec la liberté d'expression. Et donc, pour tous ces faits délictueux, on aurait une sanction qui n'aurait pas d'effet sur les élus ? Vous voyez, c'est une manière, je trouve que c'est une manière de noyer le poinçon.

Encore une fois, on essaye d'invoquer des grands principes qui seraient, on a une exécution provisoire qui est dangereuse à restreindre notre liberté d'expression. Non ! Si on doit s'attaquer à des règles qui sont non valables, ce n'est pas sur la procédure d'application des peines qu'on devrait regarder, mais c'est dans la direction des sanctions en elles-mêmes pour des lois qui seraient liberticides. Mais regardons, dans ce cas-là, au cas par cas, quelle loi serait problématique ? Sans jeter tout avec l'eau du bain.

25:26
Présentateur

Alors, toutes ces affaires, Bardella, éventuellement, on verra jusqu'où elle ira cette affaire, Bardella, Le Pen, Sarkozy, Fillon, on a quand même l'impression que les politiques ne sont pas des justiciables comme les autres. On le voit comment, malgré la foule d'affaires en justice qui le concernent, Nicolas Sarkozy passent entre guillemets entre les gouttes finalement et ne fait pas de prison ferme pour l'instant. Est-ce que le politique aujourd'hui n'est pas considéré comme injusticiable comme un autre ?

26:05
Jordan Bardella

Votre question est double parce qu'elle parle à la fois des sanctions qui sont imposées par les juges et de la procédure qui est conduite. En ce qui concerne la procédure, effectivement, les élus ont tendance à ne pas vouloir affronter la justice et donc Le Pen, par exemple, avait fait valoir initialement son immunité parlementaire. Très bien. Mais en ce qui concerne les peines, je ne suis pas en mesure de me substituer au juge pour décider quelle peine est la meilleure. Effectivement, on a une marge d'action qui peut être plus grande. On peut demander à ce que les peines soient potentiellement plus fortes.

Mais en tout cas, cette exécution provisoire me semble-t-il est absolument nécessaire. Ça, c'est une chose. Également, peut-être améliorer plutôt les moyens de la justice pour qu'elles soient plus rapides. Dans l'affaire Sarkozy que vous avez évoquée, il n'y avait pas un commandant qui était à plein temps. Il y avait un commandant de police qui était chargé de l'enfer. Il n'était pas à plein temps sur le dossier. Ça fait peut-être du bien également de se retirer la tête du dossier et d'en traiter d'autres. Mais ça montre l'absence de moyens consacrés à la lutte contre la fraude des élus qui devient une fraude de plus en plus raffinée et pour laquelle on doit avoir des personnels suffisants.

Donc, si on doit regarder le meilleur moyen d'améliorer les choses, c'est peut-être aussi d'offrir aux autorités d'enquête et de poursuite les moyens suffisants, matériels, pour arriver à bon port plus rapidement. La question des moyens,

27:37
Présentateur

c'est le problème principal de la justice aujourd'hui. On le voit que le Rassemblement national essaye de déplacer le curseur, le problème sur la justice, la justice qui serait tantôt trop sévère quand il s'agit du Rassemblement national, potentiellement politisé si on les écoute, ou trop laxiste quand il s'agirait de criminaliser, de traiter les délinquants lambda, est-ce qu'il y a un problème général avec la justice en France ?

28:10
Jordan Bardella

Le problème, à mon avis, le problème aigu comme je l'ai énoncé, c'est les attaques qui sont formulées à l'encontre des contre-pouvoirs, donc pas seulement la justice, c'est l'ensemble des contre-pouvoirs. C'est-à-dire que, on le voit, le Rassemblement national avait pour idée aux législatives de supprimer l'audiovisuel public. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas des chaînes télé. Ils font passer à chaque fois le message que les chaînes de télévision publique seraient des chaînes gauchistes, ce qui fait rigoler tout le monde quand même. Ou alors que la justice serait composée de juges rouges.

On me les montrera quand même, ces juges rouges, je ne les ai jamais rencontrés dans ma carrière, mais ils doivent quelque part exister. Ou alors des juges qui voudraient devenir des gouverneurs. On se demande bien comment à travers une seule affaire dont ils héritent, qu'il aurait en plus donné par le parquet ou un juge d'instruction. Le juge, il ne peut pas se saisir lui-même d'un dossier. Les juges deviendraient des gouverneurs. C'est un truc complètement dingue. Donc c'est, à mon avis, si on doit regarder les inquiétudes qu'on doit avoir, ce n'est pas seulement celles que vous avez évoquées, mais à mon avis, les atteintes qui sont portées à l'ensemble des contre-pouvoirs.

Et donc, je le redis, à l'encontre de la justice, il faut assurer à la justice son indépendance fonctionnelle et matérielle. Assurer, par exemple, l'indépendance du parquet, ça serait une chose qui s'impose. J'étais à l'époque également avocat de l'association anticorps contre Jacques Chirac et déjà à l'époque, la question du parquet se posait puisque le parquet demandait la redaxe pour Jacques Chirac qui a finalement été condamné. Mais ça en était caricatural. Et pour la presse... Le parquet, l'indépendance du parquet

29:47
Présentateur

a questionné aujourd'hui puisque c'est l'argument du rassemblement national, notamment.

29:53
Jordan Bardella

Ils ont raison de le dire, en tout cas. Eux, de toute façon, ils font feu de tout bois. Donc ils disent que le parquet n'est pas indépendant, les juges ne sont pas indépendants. Le problème, c'est que leurs critiques sont complètement indissociées. Rien n'est bien à partir du moment où c'est contre eux. Mais quand c'est contre les autres, c'est toujours mieux. C'est le double discours habituel. Il ne faut pas s'y attarder trop longtemps. Mais en revanche, oui, il y a un véritable problème d'indépendance ou d'absence d'indépendance du parquet.

Le parquet, et en particulier, on le voit pour les affaires de corruption, devrait être complètement indépendant de la chose politique d'exécutif, surtout l'exécutif.

30:24
Présentateur

Merci beaucoup, Maître Jérémy. Avec plaisir. Afan Jacquard, avocat de l'association Adélib, qui dépose plainte contre Jordan Bardella pour détournement de fonds publics, recel faux, usage de faux et escroquerie. Merci à vous d'avoir suivi cette nouvelle édition de Au cœur de l'actu sur votre Freebox sur Molotov ou sur notre chaîne YouTube LeMedia247 et sur le MediaTV.fr. N'hésitez pas à nous laisser un commentaire si vous nous avez regardé sur YouTube ou bien à nous envoyer un email si vous nous regardiez à la télévision.

Si vous en avez les moyens, soutenez-nous, soutenez notre travail, le travail de journalistes indépendants des pouvoirs politiques et des forces de l'argent en allant sur leMediaTV.fr slash soutien. Bonne soirée et bonne suite des programmes sur le Media.