Jérôme Guedj est l'invité de la matinale de Franceinfo.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Jérôme Guedj, on va évoquer la situation au Parti Socialiste mais avant on commence avec ce drame un vendredi dans le Gard, un Malien musulman a été tué à coup de couteau dans une mosquée par un individu qui s'est rendu ce matin en Italie, cet individu a tenu des propos anti-musulmans, comment vous qualifiez les faits, est-ce que c'est pour vous de l'islamophobie ?
Incontestablement c'est une manifestation odieuse, insupportable de ce qui est dans l'atmosphère, ce racisme anti-musulman, cette haine anti-musulman qui a abouti à ce crime odieux, donc la première chose c'était en effet de marquer la solidarité de l'ensemble de la nation parce que à juste titre nos compatriotes de confession musulmane ont peur, quand on va tuer un musulman dans un lieu de culte, c'est toute la république qui est concernée, on dit la même chose quand il y a une attaque contre une synagogue, contre une école juive, quand il y a eu, et c'est à ça que j'ai pensé, à la mort d'Abou Bakar Sissé, c'est ça qui m'a arraché le cœur, j'ai pensé à l'école Osara Thora à Toulouse, j'ai pensé au père Hamel dans son église, c'est-à-dire qu'on vient frapper des personnes pour leur confession, et ça c'est vraiment, c'est la négation même de ce que doit être la concorde républicaine.
Et dans ce cas présent, François Bayrou par exemple, il parle d'une ignominie islamophobe, Manuel Valls lui, parle de haine à l'égard de l'islam, mais se refuse à utiliser le terme d'islamophobie, vous, vous n'avez pas de problème avec ce mot-là ?
Je vais vous dire, c'est vraiment pas le moment d'avoir un débat sémantique, nos compatriotes de confession musulmane ressentent cette islamophobie comme telle. On peut avoir un débat, un débat un peu intellectuel, sur l'utilisation que certains font du terme islamophobie pour contester des lois de la République qu'ils jugent attentatoires aux musulmans, mais c'est vraiment pas le sujet à cet instant, à cet instant il y a eu un crime raciste absolument insupportable et vécu comme tel, et donc on doit faire bloc, on doit faire bloc, l'ensemble de la société doit faire bloc.
Et moi je m'inquiète de l'espèce d'indifférenciation qui pourrait exister en se disant bon ben voilà c'est ainsi, et de la résignation, on ne peut pas laisser passer ça.
Et donc pour faire bloc, vous avez voulu souhaiter participer hier soir à Paris au rassemblement contre l'islamophobie à l'appel de Jean-Luc Mélenchon, vous avez été hué, pris à partie, vous avez dû quitter les lieux, ça dit quoi ? Est-ce que ça dit que vous êtes finalement le symptôme de la fracture à gauche sur ces questions-là ?
Là aussi tout ça peut apparaître très secondaire, moi je suis allé justement parce que dans ces moments-là, moi je suis un universaliste républicain. Et donc quand un musulman est assassiné, quand un catholique est assassiné, quand un juif est assassiné, je pense que c'est la République qui est fragilisée, et qu'on ne doit surtout pas laisser les uns et les autres à leur sentiment de solitude. Et donc moi j'ai répondu à l'appel, ça devait être une veillée silencieuse. C'est un appel lancé notamment par SOS Racisme et plusieurs associations, certains ont voulu en faire un meeting politique.
Vous pensez à Jean-Luc Mélenchon ? Il instrumentalise les choses ?
Non mais moi j'étais triste pour deux choses, d'abord il n'y avait pas beaucoup de monde, et ça m'a désolé. Et j'ai pensé aux musulmans qui pouvaient se dire mais on n'est pas à nos côtés. Donc moi comme parlementaire de la nation, ma place était là-bas.
Mais vous avez été rejeté ?
J'ai été rejeté par quelques excités qui justement abandonnent, renoncent à ce combat antiraciste unitaire. Quand j'étais là, sur quel terme ils m'ont rejeté ? Ils m'ont dit « dehors le sioniste ». Vous voyez où on en est.
C'est comme ça qu'on vous traite dans ce genre de manifestation ?
Dans quelques manifestations, oui, aujourd'hui c'est devenu, et rendez-vous compte, c'est dingue. Vous venez exprimer la solidarité et sur d'autres sujets, dont on peut considérer qu'ils n'ont pas de lien direct, et bien on vient vous chercher des poux. Et d'une certaine manière on vient vous essentialiser. C'est-à-dire qu'on est sur une manif contre le racisme, et la seule chose que certains trouvent à faire, c'est de renvoyer tel ou tel à ses origines ou à ses combats. Parce que c'est comme ça que je l'ai vécu, on ne va pas tourner autour du pot. Derrière les sales sionistes que j'ai entendus, j'entendais évidemment autre chose.
Ce week-end, les trois candidats au congrès du Parti Socialiste ont présenté leurs orientations. Il y avait forcément le sortant Olivier Faure, Nicolas Maillet-Rossignol, qui est le maire de Rouen, et Boris Vallaud, qui est le député des Landes et qui est aussi le patron des socialistes à l'Assemblée nationale. Vous soutenez Nicolas Maillet-Rossignol, est-ce que c'est parce qu'il veut couper le cordon avec les Insoumis pour la faire court ?
D'abord, je participe à ce congrès parce que c'est utile qu'il y ait un congrès au Parti Socialiste. C'est une formation démocratique. Nous on débat, on nous dit que c'est bizarre des socialistes, ils se pouillent la tête. On a des choix stratégiques, des choix d'orientation et des choix tactiques aussi qui doivent être construits. Moi, dans le précédent congrès, je soutenais Olivier Faure. On peut considérer qu'il y avait un bouger comme Boris Vallaud.
Ça veut dire qu'il a démérité Olivier Faure, il a fait des erreurs ?
Ça veut dire que c'est légitime, c'est comme dans une association, on questionne le bilan et puis ce qui est proposé pour l'avenir. Et on le fait trancher par les militants. C'est sain. Moi, je suis attaché à ma famille socialiste. Je ne suis pas pour que les gens soient indissociables, séparés, etc. Il faudra de toute façon qu'on travaille ensemble, mais avec un cap clair. Et donc, c'est ce qu'on a souhaité faire avec Philippe Brun, avec Laurence Rossignol. On est venu avec des propositions, d'ailleurs, en écho avec ce que je disais tout à l'heure, à un nouveau socialisme qui soit républicain, universaliste, laïque, qui soit féministe, qui soit populaire.
Voilà, on considère que dans le logiciel socialiste, ça doit participer du renouveau. Bon, ben voilà, et puis les militants trancheront.
Mais est-ce que dans ce congrès, ce n'est pas aussi, en quelque sorte, un référendum pour ou contre Jean-Luc Mélenchon ? Parce que c'est quand même l'éléphant au milieu du salon de porcelaine.
Vous avez raison. Mais d'une certaine manière, j'entends dans toutes les positions des uns et des autres, aujourd'hui, que les choses sont claires. Bon, ben ça va mieux en le disant, ça va mieux en le gravant dans le marde, si j'ose dire. On a un adversaire politique qui veut faire la peau des socialistes aux prochaines élections municipales dans beaucoup de villes dirigées par des socialistes, et qui, dans la période précédente, n'a pas ménagé cette brutalisation du débat politique. Donc moi, je l'ai incarné, d'ailleurs, dans des élections législatives. J'ai refusé le soutien de la France insoumise en juillet 2024.
Et voilà, j'ai un peu anticipé ce que le parti, aujourd'hui, acte comme étant la nécessité de sa réaffirmation de sa propre identité. Parce qu'il ne suffit pas de rompre pour rompre. Il faut aussi avoir une proposition alternative sur la question sociale, sur la question économique, sur la réindustrialisation, sur les questions républicaines, sur les questions régaliennes. Il faut avoir une affirmation socialiste forte. Et là, il y a besoin, en effet, d'un parti socialiste au travail, force de proposition. C'est le sens du rassemblement qu'on propose autour de Nicolas Maillard-Rossignol, mais avec des gens venus de tous horizons.
Et encore une fois, je le dis, ça participe du débat démocratique à l'intérieur du PS.
Est-ce que vous demandez dès maintenant ? Enfin, Boris Vallaud risque de jouer le troisième homme. Est-ce que vous lui demandez d'appeler à voter pour Nicolas Maillard-Rossignol au second tour ?
Moi, j'appelle à avoir une orientation claire. Et pour ça, il y a besoin, c'est encore une fois un parti démocratique. Ce vote-là, il va déterminer le poids dans le Parlement du parti, dans ce qu'on appelle le Conseil national. C'est mieux s'il y a une majorité qui se dégage. Mais une majorité, ça ne veut pas dire le gagnant prend tout et ne discute pas avec ceux qui n'ont pas été majoritaires. Il faudra discuter avec tout le monde. On a besoin d'un parti rassemblé. Et donc, avec Boris Vallaud et avec tous ceux qui partagent cette orientation. On peut être très à gauche et très républicain. On peut être authentiquement de gauche et authentiquement républicain.
C'est ça le chemin qu'on propose.
Deux dernières questions. François Bayrou, qui reste englué dans l'affaire Bétarame. Le dernier rebondissement date sa fille qu'il contredit concernant les échanges qu'il n'y avoir eus avec un ex-juge d'instruction chargé, notamment d'une plainte pour viol en 1998. Est-ce que vous estimez qu'au vu de la défense du Premier ministre, il doit démissionner ? Certains, du côté des insoumis, le demandent quasiment tous les jours. Est-ce que c'est aussi votre cas ?
C'est une situation où on a besoin de clarté. Je crois que le Premier ministre est auditionné dans quelques jours. Le 14 mai, devant la commission d'enquête parlementaire. J'attends beaucoup de cette audition, plutôt que dans des micros tendus et des réponses en quelques minutes à l'Assemblée nationale. Il y a besoin de comprendre ce qui s'est passé sur ce que ça dit de l'état de notre société, à la fois d'une omerta collective dans un territoire, dans le rapport à une institution religieuse, dans une forme d'acceptation de ce que peut être la violence. Et donc voilà, il y a besoin de questionner l'ensemble des procédures, des attitudes des uns et des autres.
François Bayrou, manifestement, a vécu aussi ce qui est un drame, d'abord pour sa fille. Et moi, j'ai salué le courage de cette parole extrêmement touchante sur ce qu'elle dit, de ce qu'elle a vécu et ce qu'elle dit de son rapport à son propre père. Après, il faudra qu'il y ait une forme d'examen de conscience de l'ensemble de la société sur ce que ça nous dit au regard de ce type d'institution.
15 secondes, alors ça va être un peu oui-non. La proportionnelle, François Bayrou commence à mercredi, va rencontrer les chefs de parti, présents de groupe, pour se positionner sur cette question. Est-ce que vous êtes pour une proportionnelle ?
Moi, je suis pour qu'on ait des propositions concrètes pour permettre une plus juste représentation des sensibilités
dans le débat politique. Même si ça, ça peut institutionnaliser le chaos, comme le dit Laurent Wauquiez, c'est-à-dire une assemblée ingouvernable.
Ça peut aussi nous permettre de développer ce qui nous manque, c'est-à-dire une culture du compromis, de discussion. Personne ne peut avoir raison tout seul. Il y a une tripartition au moins de la vie politique. Et puis, ça permettra de s'exonérer les uns les autres, parfois de coalitions électorales brinque-ballantes. Moi, je suis favorable, mais il faut regarder les modalités et en même temps ne pas en faire un chiffon rouge. Le diable se cache toujours dans les détails.
Merci à vous. Bonne journée, Jérôme Gage.
Jérôme Guedj