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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 17 juin 2026 3 min

Un peu d’ordre au Bazar de l’hôtel de ville

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Audio original de l'émission.

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Présentateur

6h56 sur France Culture, et c'est l'heure de votre humeur du jour, Guillaume, et ce matin, un peu d'ordre au bazar de l'hôtel de ville. Et j'ai bien évidemment la plus grande clémence, que dis-je ? La plus grande tendresse pour les échecs, et notamment pour les échecs commerciaux. Ils ont quelque chose de profondément humain, les réussites, vous savez, c'est arrogant. C'est pourquoi je regarde avec, disons, une grande clémence la décision du BHCV d'en finir avec son aventure avec Chine, comme le raconte Libération, 7 mois seulement après l'arrivée en fanfare du géant chinois de la fast fashion, le partenariat est terminé.

Mais enfin, cette idée était quand même assez audacieuse, même peut-être un peu étrange. Il s'agissait de convaincre des consommateurs, souvent très jeunes, habitués à acheter des vêtements chines sur Internet à des prix bas, de venir les acheter plus chers dans un grand magasin parisien. Il fallait le faire comme si ceux qui commandent sur Internet n'avaient pas accès à Internet pour comparer les prix. Donc l'affaire a tourné court, mais l'histoire est intéressante parce qu'elle ne parle pas seulement de Chine, elle parle de BHCV, elle parle de Paris, elle parle peut-être même de l'avenir de nos villes.

Le BHCV n'est pas un commerce comme les autres, c'est une institution, un monument historique au cœur de Paris. Et pendant longtemps, on a raconté une histoire très française. D'un côté Paris, ville prospère et attractive, de l'autre les petites et moyennes villes qui avaient des problèmes pour faire vivre leur centre-ville. Les géographes parlaient alors de désertification commerciale. Les maires cherchaient des solutions pour sauver les rues commerçantes et les Parisiens regardaient ça avec une certaine distance. Eh bien aujourd'hui, c'est terminé.

Si vous prenez un certain nombre de rues parisiennes, la rue de Rennes, le boulevard Saint-Michel, certaines portions de la rue de Rivoli, vous verrez là aussi des rideaux baissés, des locaux vacants, des enseignes qui ouvrent et ferment quelques mois plus tard. Les commerces deviennent provisoires, on finit même par oublier leur nom, tant leur existence est brève. La raison est simple, Internet a bouleversé le commerce, autrefois le magasin possédait un monopole, c'est fini. Le paradoxe est que cette révolution frappe désormais les quartiers les plus centraux et les plus fréquentés.

Les loyers sont ceux d'une capitale mondiale, mais les habitudes de consommation sont celles d'une économie numérique. Et ça, ça change tout. Entre les deux, beaucoup de commerces ne trouvent plus leur place. Le fiasco du BHV de Chine est donc plus qu'une anecdote, c'est un symptôme. Celui d'une époque où la distinction entre Paris et le reste du pays s'efface peu à peu. Longtemps, on a opposé Paris au désert français, vous vous souvenez de ce livre. Demain, il n'est pas impossible que Paris devienne elle aussi une forme de désert commercial.

Un désert élégant, éclairé, touristique, mais un désert tout de même, avec de magnifiques vitrines derrière lesquelles il n'y aurait plus grand-chose à vendre. Les matins de France Culture

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