Ukraine, Israël, quand les histoires se rencontrent
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Questions et réponses
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- 1:14OuverteRéponse directe
Pourquoi ces appels à la mort des Juifs dans les universités américaines ?
- 4:25OuverteRéponse directe
Quel espace reste-t-il aux progressistes face à la gauche radicale antisémite et à la droite radicale ?
- 5:54FerméeRéponse partielle
L'attaque du 7 octobre est-elle un génocide ?
- 7:59OuverteRéponse directe
Parle-t-on de nettoyage ethnique de la part d'Israël ?
- 9:46OuverteRéponse directe
Les civils meurent parce que le Hamas les utilise comme boucliers humains. Votre point de vue ?
- 11:06OuverteRéponse directe
Comparaison Dresde/coalition contre Daesh : votre avis ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:02Invité politiqueFait
« Il y a clairement une montée de l'antisémitisme, comme dans d'autres parties de l'Europe aussi. »
- 6:15Invité politiqueFait
« L'opération menée par le Hamas le 7 octobre était une attaque terroriste et qui peut aisément être définie comme un crime de guerre et très clairement un crime contre l'humanité. »
- 6:42Invité politiqueFait
« La charte originelle du Hamas appelle à la destruction de l'État d'Israël. »
- 7:30Invité politiqueChiffre
« On parle de probablement 19 000 personnes tuées. Un tiers serait des combattants et tout le reste des civils. »
- 8:33Invité politiqueFait
« Je crains qu'il puisse y avoir des signes de nettoyage ethnique. »
- 8:53Invité politiqueChiffre
« 85% de la population de Gaza a été déplacée et les maisons dans lesquelles ces populations vivaient ont été grandement détruites. »
- 13:49Invité politiqueFait
« En 1935, ma mère qui n'avait qu'à 11 ans et ses deux frères, les frères plus jeunes et leurs parents ont quitté Bouchach et sont partis pour la Palestine. »
- 14:11Invité politiqueFait
« Le reste de ma famille, qui était une grande famille comme toutes les familles de l'époque, est resté sur place et quelques années plus tard, ils ont tous été assassinés dans la Shoah par les Allemands et par leurs collaborateurs locaux. »
- 32:00Invité politiqueFait
« On peut créer une confédération entre un état juif et un état palestinien sur les frontières de 1967. »
- 33:24Invité politiqueFait
« Je crois que la plus grande partie des maires et des pères palestiniens et israéliens veulent un avenir différent. »
Temps de parole
- Invité47 %
- Présentateur29 %
- Invité politique22 %
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Les Matins de France Culture Guillaume Erner Et nous sommes donc en compagnie d'un grand historien, Omer Bartoff. Bonjour. Vous êtes traduit ici par Maître Zlotowski. Vous êtes américano-israélien. Il faut que j'explique en quelques mots à quel point votre œuvre est importante, notamment dans la compréhension de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah. L'un de vos ouvrages, par exemple, l'armée d'Hitler, traduit en français, est aujourd'hui un ouvrage classique.
L'ouvrage que vous faites paraître aujourd'hui en français aux éditions plein jour, Compte des frontières, faire et défaire le passé en Ukraine, est une sorte de condensé de l'actualité dans laquelle nous vivons, puisqu'il est question de l'Ukraine, de la montée des nationalismes ukrainiens et polonais, de votre famille, de votre famille qui a émigré depuis l'Ukraine à la Palestine. Bref, en lisant cet ouvrage extrêmement riche écrit à la première personne, on a l'impression de se retrouver télescopé dans cette actualité, d'en comprendre les tenants et les aboutissants.
Mais avant d'évoquer cette actualité ukrainienne et le conflit au Proche-Orient, j'aimerais, Omer Bartoff, que vous nous donniez votre sentiment sur ce qui se déroule aux États-Unis. Vous êtes professeur d'histoire européenne à l'université de Brown aux États-Unis, dans la ville de Providence, et j'aimerais que vous nous disiez pourquoi ces images qui nous viennent de là-bas, ces vidéos de présidentes d'universités américaines, évoquant des termes lunaires, la manière dont on peut comprendre ou dont il faut contextualiser les appels à la mort des Juifs, qu'est-ce qui se passe dans les universités américaines ?
Tout d'abord, merci de m'accueillir. Ce qui se passe aux États-Unis, c'est une image un peu complexe. Il y a clairement une montée de l'antisémitisme, comme dans d'autres parties de l'Europe aussi. Et il y a une tension entre deux développements aux États-Unis, dans le temps, qui ne sont pas simplement liés à ce qui se passe en Israël et à Gaza.
L'une de ces tendances est un discours politique qui a débuté aux États-Unis sous le président Trump, qui est une polarisation agressive en politique qui n'était pas commune aux États-Unis jusqu'à présent.
La deuxième tendance, c'est qu'il y a eu,
dans l'université américaine,
ce qu'on pourrait appeler le PC,
le politiquement correct, quel terme utiliser, quel terme on ne peut pas utiliser. Donc, on est avec un équilibre problématique en interdisant certains usages de la parole aux États-Unis parce qu'elles sont considérées comme étant polarisantes. Et d'un autre côté, d'une sorte d'insistance sur le patriotisme américain, le nationalisme américain venant de la droite,
qui est aussi, je dirais, sinon unique,
ou en tout cas qui n'a pas été vu depuis longtemps.
Et à l'intérieur de tout ça,
il faut comprendre que ça va de pair avec l'antisémitisme.
Bien qu'il y ait une montée de l'antisémitisme, mais il y a aussi une tentative de faire taire
toute critique de la politique israélienne. Et cette tentative de dire toute critique de la politique israélienne, c'est de l'antisémitisme,
qui vient de la droite américaine,
mais qui vient aussi de la droite israélienne et des cercles gouvernementaux israéliens, complique l'image grandement parce qu'on voit, c'est un bannissement des discussions ou des débats des deux côtés. Et les jeunes étudiants américains, qui sont devenus beaucoup plus politisés que par le passé, prennent part à toute cette histoire.
Mais alors, dans ce contexte-là, puisqu'on comprend qu'une partie des libéraux, libéraux au sens américain du terme, Homer Bartoff, sont pris en tenaille, un progressiste tel que vous, quel espace lui reste-t-il ? Quel discours vous pouvez tenir à la fois avec la gauche, une partie de cette gauche radicale qui dérape dans l'antisémitisme et puis une partie de cette droite radicale qui, elle aussi, est ou bien antisémite ou bien adopte une position radicale vis-à-vis des Palestiniens, Homer Bartoff ?
Eh bien, c'est ça le problème. Il est difficile de parler,
de prendre la parole.
Moi, je l'ai fait.
Et j'ai reçu pas mal de coups à cause de ça.
Mais je dirais que... Je pense important
pour les gens qui comprennent la situation
et qui ont, disons,
une certaine expertise et une compréhension des événements en Israël, en Palestine.
Et dans mon cas,
en ayant étudié la Shoah, le génocide, de faire une distinction très claire entre différentes catégories qui ont été utilisées récemment de façon très inexacte en parlant de génocide et de Shoah en Palestine.
Alors, justement, est-ce que le 7 octobre, autrement dit, l'action menée par le Hamas est, selon vous, un génocide, une tentative de génocide ? Est-ce qu'il se déroule à Gaza aujourd'hui, Homer Bartoff, est un génocide ?
Je dirais que l'opération menée
par le Hamas le 7 octobre
était une attaque terroriste
et qui peut aisément être définie comme un crime de guerre
et très clairement
un crime contre l'humanité. Est-ce qu'il s'agit d'un génocide ? Ça dépend, en fait, de la contextualisation.
La charte originelle du Hamas appelle à la destruction
de l'État d'Israël. Et si nous comprenons cette attaque comme faisant partie des données de la charte, oui, on peut parler d'une action génocidaire.
Donc, ça, c'est un côté de la pièce. En ce qui concerne
ce que fait Israël à Gaza,
pour l'instant,
je dirais qu'il apparaît qu'il y a suffisamment de preuves pour dire qu'Israël devrait être inquiété pour, ou plutôt, on devrait faire une enquête pour crimes de guerre. Cette disproportion entre les buts militaires
et les pertes civiles
est énorme. On parle de probablement 19 000 personnes tuées.
Un tiers serait des combattants
et tout le reste des civils. C'est-à-dire plus de 10 000 civils tués. Et le but militaire n'a pas été atteint, en fait. Et il est possible, peut-être, de parler aussi de crimes contre l'humanité à ce point, en raison du grand nombre de pertes civiles.
Est-ce que vous pensez que l'on peut parler aussi de tentatives de nettoyage ethnique de la part d'Israël, une volonté de chasser les Palestiniens de Gaza puisqu'il y avait un plan, on ne sait plus trop où il en est, mais un plan pour laisser les Gazaouis s'enfuir par la mer ou alors le fait de les déplacer, est-ce que ça augure ensuite d'une autre étape, votre point de vue d'intellectuels américano-israéliens Omer Bartoff ?
Je crains qu'il puisse y avoir
des signes de nettoyage ethnique. Les tactiques de l'armée israélienne ont été de faire partir la population civile de zones d'opérations militaires pour ce qu'ils appellent des raisons humanitaires et ensuite de détruire ces régions-là.
pour l'instant, 85% de la population de Gaza
a été déplacée et les maisons dans lesquelles ces populations vivaient ont été grandement détruites comme l'infrastructure et il n'y a aucun engagement du gouvernement israélien ou de l'armée israélienne de leur permettre de revenir. Que va-t-il se produire avec eux ? Ce n'est pas clair et ça peut être considéré en fonction de ce qui se passera par la suite comme un nettoyage ethnique ou comme une deuxième Nakba.
Concernant les morts de civils, les autorités israéliennes Oberbartov expliquent que ces civils meurent parce que, d'une manière ou d'une autre, le Hamas les utilise comme boucliers humains. Votre point de vue ?
Selon les règlements
humanitaires internationaux, les lois humanitaires internationales, même si vous luttez contre un ennemi particulièrement mauvais, méchant, criminel, une fois que vous occupez un territoire ou que vous menez des opérations dans un territoire, vous avez des responsabilités envers la population civile. et si vos opérations
peuvent être considérées
comme étant des crimes de guerre en raison d'actions contre des civils, vous ne pouvez pas vous appuyer sur le fait que l'autre côté soit également criminel. Pour le dire simplement, on ne peut pas réagir à des massacres par un massacre, ni moralement, et certainement pas selon la loi internationale.
Mais selon, hélas, les pratiques de la guerre, Omer Bartov, est-ce que ce qui s'est passé par exemple à Dresde ou bien ce qui s'est passé de manière beaucoup plus récente dans la coalition contre Daesh, quand il y a eu des sièges de villes pour défaire Daesh, il y a eu des dizaines de milliers de morts civiles qui ont été tuées par les armées alliées. Votre point de vue là-dessus, peut-être sur les deux comparaisons Dresde, d'un côté, la coalition contre Daesh ?
C'est pour ça que je dis que le problème principal dans cette guerre est quel est l'horizon politique. Quel est votre but en tant que pays ? Qu'est-ce que vous voulez faire ? Si Israël, même si il disait aujourd'hui que notre but, après la destruction du Hamas, qui n'est plus un partenaire pour les négociations, a été totalement discrédité, nous voulons maintenant changer le paradigme politique et nous voulons trouver une sorte de compromis entre Israël et les Palestiniens. Ça changerait les choses.
Si vous comparez cela avec Dresde, les États-Unis, la Grande-Bretagne et même l'Union soviétique, une fois qu'ils ont gagné la guerre contre l'Allemagne nazie, ils n'ont pas voulu détruire l'Allemagne nazie. En fait, ils ont lancé le plan Marshall, ils ont ressuscité l'Allemagne et donc nous avons lutté, nous, une guerre très dure contre le Hamas, je devrais dire les Israéliens. Nous voulons créer un État palestinien, nous voulons que les autres pays nous aident à reconstruire Gaza. Ça, ça mettrait les choses dans une lumière totalement différente.
On se retrouve dans une vingtaine de minutes, Omer Bartov, Compte des frontières, faire et défaire le passé en Ukraine. C'est le livre que vous publiez aux éditions plein jour. On va revenir justement sur le trajet de votre famille depuis l'Ukraine jusqu'à la Palestine parce que c'est un trajet qui télescope complètement l'actualité du jour. 7h56 sur France Culture. 6h39, les matins de France Culture. Guillaume Erner. Et oui, nous sommes avec vous, Omer Bartov. Vous êtes un grand historien spécialiste notamment de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah.
Vous êtes américano-israélien et vous publiez un livre à la fois riche et bouleversant, Compte des frontières, faire et défaire le passé en Ukraine. C'est aux éditions plein jour. Il sera publié en France le 5 janvier. C'est en partie l'histoire de votre famille, une famille typique finalement de l'histoire contemporaine juive depuis Bouchach en Ukraine et plus précisément en Galicie. Une petite ville, un petit shtetel comme on dit, situé non loin de Ternopil jusqu'à la Palestine. C'est cela par exemple le trajet de votre mère. Quel trajet Omer Bartov ? Qu'est-ce que ça veut dire aller donc de Bouchach à la Palestine ?
En 1935, ma mère qui n'avait
qu'à 11 ans et ses deux frères,
les frères plus jeunes et leurs parents
ont quitté Bouchach et sont partis pour la Palestine.
Le reste de ma famille,
qui était une grande famille comme toutes les familles de l'époque, est resté sur place et quelques années plus tard, ils ont tous été assassinés.
dans la Shoah
par les Allemands et par leurs collaborateurs locaux.
Et la raison
pour laquelle moi je suis ici, c'est que mon grand-père avait décidé de partir en 1935.
C'est quelque chose
qui est toujours
resté au cœur de ma propre compréhension et de plus en plus au cours des années et en 1995, 1995, j'ai parlé
avec ma mère de son enfance, grandir à Bouchach dans ce petit village, de qui elle venait aussi Shmuel Yosef Agnon, c'est un très très grand auteur de la langue hébraïque sur lequel il a écrit aussi,
prix Nobel aussi.
Et j'ai dû comprendre, je devais comprendre les liens entre le monde qui a été créé en Palestine, qui est devenu ensuite Israël, et ce monde qui avait disparu à Bouchach pendant la seconde guerre mondiale.
Alors, justement, hasard des temps et du calendrier vient de sortir en France un film, Stetel, réalisé par Adi Walter, c'est son premier film. Stetel se déroule en juin 1941 dans un village ukrainien à la frontière polonaise, pas très loin de Bouchach, 24 heures avant le déploiement de l'opération Barbarossa, qui fera donc près de 5 millions de morts. C'est un film réalisé en noir et blanc et en yiddish, cette langue dont Singer disait, ce n'est pas une langue morte, c'est une langue de gens qui sont morts. On écoute un extrait de Stetel.
Le seul chemin est le chemin qui nous conduit, товарищ Staline !
Maître Zlotowski, vous qui êtes le plus grand polyglotte du studio, vous parlez yiddish, alors traduisez-nous en substance ce qui vient d'être dit.
C'est un résumé quasiment du film puisqu'au départ on entend quelqu'un qui dit mais avec tout ce qui se passe, moi je ne suis pas magicien, je ne peux pas résoudre les choses. On entend la voix de quelqu'un qui harangue les gens en russe en parlant du camarade Staline et puis on entend ensuite une voix qui chuchote et qui dit on dit que dans les autres villages les gens ont été assassinés déjà et la dernière voix dit à quel monde j'appartiens ?
Ce qui est une vraie question Omer Bartov à quel monde j'appartiens parce que ce monde juif qui a été littéralement englouti en Ukraine dont est issu votre mère ce monde est proprement inimaginable comment en tant qu'historien l'avez-vous recomposé puisque vous avez consacré déjà un autre ouvrage à Bouchac
Dans la dernière
conversation que j'ai eue avec ma mère en 1995 elle s'est souvenu un peu de ce monde dans lequel elle avait grandi et qu'elle a quitté en tant qu'enfant et j'ai pensé de plus en plus que ce monde qui avait entièrement disparu
avait besoin d'être reconstruit on l'a complètement
oublié et ce qui était unique à ce sujet très différent du monde qui est advenu ensuite c'était différents groupes de gens différents groupes ethniques différentes religions des langues différentes avaient vécu côte à côte pendant des siècles
et je voulais
essayer de comprendre tout d'abord
comment était
cette vie comment ces divers groupes interagissaient les uns avec les autres et quelle était finalement
la cause
de la fin de ce monde comment est-ce que ce monde a commencé à se désintégrer bien avant qu'il ait été totalement détruit pendant la seconde guerre mondiale
mais alors ce qu'il y a de terrible Homer Bartov donc ce livre résonne de mille manières avec notre présent conte des frontières donc aux éditions plein jour mais on se dit que ce monde juif que vous décrivez ce monde ukrainien qui vivait à côté et comme vous l'avez rappelé et bien le meurtre des juifs là-bas s'est déroulé en partie parce que certains ukrainiens ont collaboré à ce meurtre cela rappelle aussi ce qui se passe au Proche-Orient et d'ailleurs on a parlé de pogroms pour les meurtres du 7 octobre qu'est-ce que vous pensez de ce rapprochement
quand je menais mon recherche pour ce livre et le livre précédent l'anatomie d'un génocide je suis allé souvent
en Ukraine occidentale qui était la Galicie de l'Est
et j'ai vu
ce qu'il restait de la vie juive là-bas
les juifs avaient
disparu ce qui restait c'était
des cimetières
vidées
des ruines
de synagogues des enfants ukrainiens qui élevaient des chèvres sur les cimetières
et graduellement j'ai commencé
à réfléchir à ma propre enfance et le fait que moi j'avais grandi à Tel Aviv
tout à côté
de ce qui était autrefois des vergers palestiniens
il y avait
très très peu
qui en restaient
et on ne pouvait pas en parler ils avaient disparu
et j'ai commencé à réfléchir
quel est le lien
entre le type de vie que moi
j'ai mené en tant qu'enfant
peu après
que tout soit détruit
la seconde guerre mondiale et 48
la destruction de la vie palestinienne et le monde d'où est venue ma mère qui était également détruite comment on peut y réfléchir non pas en termes
de volonté
de destruction mais
de compréhension
comment on peut reconstruire une relation entre vous et le monde qui existait
par le passé
et de cette relation là c'est celle
qui vous permet
de normaliser votre propre expérience votre propre vie donc
le livre
que j'ai écrit les contes des frontières c'est tenté de comprendre ce monde là avant sa destruction sans penser à la destruction qu'elle est à devenir à la fin
et le livre prochain
que je souhaite écrire c'est ma propre génération comment elle a commencé à repenser le monde dans lequel nous avons grandi après la destruction de la civilisation précédente
mais ce massacrer entre voisins ce qui s'est déroulé lorsque les ukrainiens ont perpétré pour partie la Shoah par balle sur les juifs mais ce qui s'est passé aussi le 7 octobre parce qu'on sait que dans certains kibbutz et bien il y avait des ouvriers palestiniens qui ont semble-t-il guidé ou aidé les tueurs du Hamas ça par exemple ça résonne forcément en vous en tant qu'historien Homer Bartov ou en tant qu'homme aussi d'ailleurs
vous avez parlé précédemment d'un pogrom pour qualifier
l'attaque du Hamas et moi j'ai rejeté l'utilisation de ce terme c'est un mauvais mot pourquoi
le problème c'est un terme qui a été utilisé pour des attaques par des bandes dans la Russie du Sud en Ukraine contre les juifs à la fin du 19ème jusqu'au 20ème siècle
les juifs étaient une minorité
une des voies principales du sionisme c'était ces pogroms là justement c'était qu'il était temps pour que les juifs aient un état
qui soit leur
un état
avec les juifs en majorité avec un gouvernement une armée une police juive et ça a été créé donc ce qui s'est passé le 7 octobre était une attaque terroriste mais ce n'était pas un pogrom lorsque les gens utilisent le terme pogrom ils tentent de faire revenir les fantômes du passé pour justifier les actions du présent
et moi
j'analyse cet événement
dans le contexte correct
le contexte politique correct
qui est celui
de l'occupation israélienne de millions de palestiniens
et le fait justement de raconter en partie la vie de votre famille de votre mère Homer Bartoff avec ce télescopage fou qui passe donc de cette communauté villageoise à Bouchage dont on sait qu'elle était extrêmement arriérée avec une vie extrêmement basique je choque maître Zlotowski mais bon on a tous des récits où on sait que c'était une vie villageoise extrêmement pauvre beaucoup de juifs d'ailleurs partaient non seulement à cause de l'antisémitisme mais à cause de la pauvreté jusqu'à ce monde extrêmement cosmopolite et très moderne qu'était la Palestine justement en tant qu'historien est-ce qu'il y a des télescopages des raccourcis aussi brutaux que celui-ci Homer Bartoff
c'est une histoire
compliquée parce qu'on peut regarder le passé de la Galicie
comme un monde
primitif un monde pauvre un monde que les gens voulaient quitter et je décris dans le livre beaucoup de gens voulaient partir de ce petit bout du monde et aller vers le grand monde vers la civilisation
mais dans le même temps c'était un monde
qui était très créatif
c'était un monde
avec différentes cultures différentes langues différentes religions qui interagissaient les unes avec les autres
alors que le monde
d'après c'est un monde qui a simplifié les choses c'est-à-dire
comme un politicien britannique l'a appelé
c'est la démixité des peuples et ça appauvrit la culture
et ce qui s'est passé
en Israël et dans l'état d'Israël je dirais que
cet accent sur
un pays totalement et entièrement juif a apporté
de la sécurité a apporté
de la prospérité mais a eu
un effet
de diminution culturelle en raison de la concentration d'une certaine
pureté ethnique
et le meilleur moment d'Israël c'est le moment quand il s'ouvrait au reste du monde y compris le contexte
de le lien
entre juifs et palestiniens là ces deux cultures se sont réunies et venaient de plus en plus ensemble
alors justement comment observez-vous le destin juif puisque aujourd'hui les juifs en Israël constituent une nation comme les autres nationalistes certains disent que c'est une sorte de Sparte moderne justement Mère Bartoff autrement dit est-ce que pour vous c'est une sorte d'aboutissement ou bien au contraire une perte de la singularité juive qui était conservée en diaspora
je pense que maintenant
on est au moment crucial à un carrefour
crucial en raison des événements du 7 octobre et en raison
de la guerre en cours
on peut voir que on va vers un Israël
plus spartiate plus militarisé ou alors
on peut y penser
comme une occasion de recréer la vie dans ce pays
entre
la Jordanie et la mer où il y a 7 millions
de juifs
et des millions de palestiniens qui vivent côte à côte qui ne peuvent pas être séparés ils font tous les deux partie de ce monde et il faut repenser les relations qui rendraient la vie possible pour les deux
alors là pour le coup l'Ukraine peut fournir une sorte de témoignage d'espoir puisqu'on a vu à quel point il y avait aujourd'hui à nouveau une possibilité pour les juifs de vivre en Ukraine d'ailleurs le président Zelensky est juif et de l'autre côté de manière très paradoxale est terriblement ironique et bien Vladimir Poutine explique qu'il mène la guerre en Ukraine pour la dénazifier votre regard d'historien Homer Bartov
Poutine a mis en place
une propagande menteuse mensongère sur l'histoire de la seconde guerre mondiale en Ukraine occidentale où il y a eu des nationalistes exacerbés des gens comme Bandera qui
collaboraient
avec les nazis et qui ont aidé à mettre en place et à réaliser la Shoah et l'Ukraine d'aujourd'hui l'Ukraine d'aujourd'hui est un pays qui a essayé de se comprendre en tant que pays démocratique multiethnique que Poutine voit comme une menace à sa Russie
donc non seulement
il veut reconstruire l'empire russe qui de son point de vue doit inclure l'Ukraine mais aussi de torpiller tous les instincts démocratiques qui auraient pu naître en Russie en détruisant l'Ukraine et en la présentant dans le contexte de la seconde guerre mondiale un contexte que les Russes comprennent encore
vous qui avez écrit l'armée d'Hitler Omer Bartov est-ce que le rapprochement qui est parfois fait cette fois-ci entre l'armée russe et les nazis est-ce que ce rapprochement vous paraît pertinent ?
Est-ce qu'il est réglé de dire que le russien est-ce que
pas du tout et toute la notion que la Russie soit maintenant
le nouvel état nazi et que l'armée russe soit l'équivalent de la Wehrmacht non je pense que ce genre d'analogie historique n'aide pas à comprendre quoi que ce soit la Russie a sa propre histoire c'est pas l'histoire de l'Allemagne nazie c'est une histoire d'impérialisme c'est une histoire d'expansionnisme c'est aussi une histoire de l'autoritarisme et il faut comprendre l'histoire selon ses propres termes et de la voir à travers la perspective de l'histoire allemande ça ne peut s'aider ça ne peut pas aider ça distord notre compréhension plutôt que de l'expliquer donc je n'ai jamais fait cette analogie
il est vrai
que Poutine a parlé de l'Ukraine comme un pays qui ne devrait pas exister indépendamment ça n'existe pas la nation ukraine et que les ukrainiens sont des petits russes et on peut dire argumenter que c'est une façon de voir génocidaire
moi je dirais
que
plus dans le contexte
de l'histoire d'une Russie impérialiste où l'Ukraine a toujours fait partie de cet empire et la tentative de Poutine de recréer cet empire russe sans le réussir pour l'instant heureusement
et que l'Ukraine
fasse partie de la grande nation russe c'est ça sa tentative
et de l'autre côté Omer Bartov lorsque l'on observe ce qui est en train de se dérouler au Proche-Orient qu'est-ce que vous pouvez imaginer comme futur pour les Israéliens et les Palestiniens qu'est-ce qu'il est possible d'imaginer
Je fais partie
en fait d'un mouvement qui réfléchit à cela depuis de nombreuses années
qui est appelé
Un pays pour tous
L'idée fondamentale
c'est que
la solution à deux états dont les gens ont parlé
depuis tellement longtemps ne peut plus être réalisée en raison de ce mélange énorme entre juifs palestiniens à travers tous les pays particulièrement en Cisjordanie mais que l'on peut créer
une confédération
entre un état juif et un état palestinien
sur les frontières
de 1967
mais où il y aurait
une distinction entre la citoyenneté et la résidence donc des gens pourraient être citoyens d'un état et résidents d'un autre état ces colons qui voudraient rester en Cisjordanie pourraient rester là
tout comme
mais en étant des citoyens israéliens ils voteraient pour le Parlement israélien mais ils devraient obéir aux lois palestiniennes et les palestiniens qui voudraient revenir de l'exil et vivre à Naplouse par exemple et dont certains voudraient vivre à Haïfa pourraient le faire
en tant que citoyens
palestiniens mais résidents israéliens
ce genre ce genre
de système de frontières
ouvertes permettrait
si vous voulez de résoudre l'équation
mais est-ce que là aussi de part et d'autre il y a véritablement une volonté parce qu'on a l'impression qu'il y a une telle haine de part et d'autre des palestiniens contre les israéliens et des israéliens contre les palestiniens que cela n'est plus envisageable aujourd'hui qu'est-ce que vous en pensez ?
Je sais que c'est
comme un rêve
avec tous les batailles
les morts la haine les craintes mais c'est comme ça qu'on fait la paix il faut se souvenir la fin de la seconde guerre mondiale les français les allemands
il n'y avait pas beaucoup
d'amour entre ces deux groupes humains et il doit y avoir un horizon politique d'espoir
je crois que la plus grande partie
des maires et des pères palestiniens et israéliens veulent un avenir différent et si vous leur offrez un avenir différent ils voteront pour
puissiez-vous être entendu Omer Bartov compte des frontières faire et défaire le passé en Ukraine c'est le livre que vous publierez le 5 janvier prochain aux éditions plein jour traduit de l'anglais par Marc-Olivier Berer tandis que vous étiez traduit ici même par Maître Zlotowski qui