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interviewLCP (sur YouTube)· 1 février 2025 13 min

Nadège Abomangoli, députée La France insoumise de Seine-Saint-Denis | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Elle a fait ses armes au Parti socialiste avant de rejoindre la France insoumise. Mon invitée est née à Brazzaville et a grandi à Epinay-sur-Seine. Elle est aujourd'hui vice-présidente de l'Assemblée.

Générique Bonjour, Nadège Abomangoli. -Bonjour. -Avant chaque séance à l'Assemblée, les tambours de la garde républicaine retentissent dans la salle des pas perdus.

C'est un cérémonial un peu immuable pour accompagner le ou la député qui va présider la séance. On va revoir des images de ce moment qui est plein de solennité, des images qui ont été tournées au mois d'octobre 2024. Tambours Applaudissements -La séance est ouverte.

L'ordre du jour appelle la discussion du projet de loi de finances pour 2025. La parole est à monsieur Antoine Armand, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. -Alors vu comme ça, ça a l'air d'une séance banale, on va dire, ordinaire.

Sauf que ce jour-là, vous êtes entré dans l'histoire, d'une certaine façon, vous êtes devenue la première femme noire à présider une séance à l'Assemblée nationale. Ca a fait de vous un symbole pour beaucoup de gens. Comment est-ce que vous le vivez ? -D'abord, en fait, ce qui me fait plaisir, c'est que cela a fait plaisir à beaucoup de gens.

Evidemment, mes proches, ma famille, mais aussi vraiment des milliers de militants. J'ai reçu énormément de messages de France, mais aussi de l'étranger. -De militants uniquement ? -Non, de militants de France et d'étrangers et... des personnes lambda.

J'ai rencontré il n'y a pas longtemps dans une boutique une jeune fille qui m'avait vue, qui sait que je suis la première femme noire vice-présidente de l'Assemblée et qui va faire un stage chez moi. Donc en fait, ça signifie que c'est inspirant, ça signifie que c'est un symbole fort. -Vous l'assumez pleinement d'être un symbole en soi ? -Je l'assume pleinement.

Quand Yaël Braun-Pivet a été la première femme à présider l'Assemblée, c'était une étape importante. Maintenant, l'idée, c'est que ça ne reste pas un symbole, mais que ça dit que la France est nouvelle, la France est diverse et la France mérite d'être représentée partout. -Je m'interrogeais parce que j'ai vu comment vous aviez un peu commenté cet événement au moment où ça s'est produit.

Vous avez dit qu'il faut aller au-delà de la politique de représentation. Vous expliquez que le fond est plus important que les personnes. Ca donnait peut-être le sentiment que ça vous agaçait un peu qu'on en parle autant en se focalisant sur ce point précis. -Non, c'est pas que ça m'agace.

Moi, j'assume totalement les deux. Franchement, je l'assume. Lorsqu'on m'a dit que j'étais la première femme noire à présider l'Assemblée, j'ai moi-même fait une publication pour dire Nouvelle-France, donc je l'assume pleinement.

Mais en effet... -Vous ne voulez pas être réduite à ça. -Déjà à titre personnel, mais même à titre général, on fait de la politique.

Ce qui compte, c'est le fond. Ce qui compte, c'est ce qu'on défend. Parce qu'on peut très bien mettre une femme noire à des responsabilités et défendre une politique qui n'est pas de nature à être inclusive. -Enfant, ça vous aurait fait quoi de voir une femme noire présider l'Assemblée nationale ?

Est-ce que ça aurait...

éveillé quelque chose en vous ? -En fait, il faut savoir que ma génération a grandi avec très peu de figures qui nous ressemblaient. Je ne dis pas que ça a été un traumatisme, mais c'est quand même dans la construction des personnes, dans ce qu'on perçoit de la société, c'est quand même très important.

Et oui, je pense que ce n'est pas anodin si ce sont essentiellement des femmes, des jeunes femmes, qui viennent me parler de cette accession à la vice-présidence de l'Assemblée nationale. -Je l'ai évoqué, vous êtes née à Brazzaville. Vous êtes arrivée en France à deux ans. -C'est bien ça. -Et vous avez grandi à Epinay, en Seine-Saint-Denis.

Vos parents étaient engagés sous une forme ou une autre ? -Oui, mes parents étaient engagés sous une forme diverse. C'est-à-dire que, d'une part, du côté de ma mère, dans sa famille, il y a eu deux députés. -Ah oui ? -Oui, il y a eu des députés vraiment au tout début des indépendances du Congo.

Et du côté de mon père, mon père est un militant politique. Il a été membre du parti de Pascal Lissouba. Il l'est encore.

Et donc moi, j'ai vu dans ma jeunesse, entre deux jobs, des engagements politiques, des réunions à la maison... -Donc la politique était présente pendant votre enfance.

Pour autant, j'ai lu que vous ne rêviez pas du tout de devenir députée enfant, mais de devenir cosmonaute. -Je sais pas comment vous avez trouvé ça. Mais bon, j'ai l'impression que c'est un peu le rêve de pas mal d'enfants.

Et puis dans les années... -Et cosmonaute, pourquoi ?

Il y avait... -Dans les années 80, 90 l'évasion.

Et puis, en fait, j'ai grandi en Seine-Saint-Denis et j'ai été assez entretenue par le souvenir du passage de Youri Gagarine. Il avait fait une tournée dans les années 80 et c'est un événement qui avait un peu marqué pas mal de générations et de copains qui en parlaient. Et donc ça m'avait donné cette envie-là. -Vous vous êtes rapprochée de la politique à l'occasion des manifestations contre le CPE, le contrat première embauche, c'était en 2006, et à peu près au même moment, vous avez fait un stage à SOS Racisme, et à l'époque, c'était un peu la succursale du Parti socialiste, est-ce que c'est un peu tout ça qui vous a rapproché d'un engagement politique, d'un engagement au PS ? -Alors, c'est en plusieurs temps.

D'abord, j'ai fait un stage à SOS Racisme, je crois que c'était ma dernière année à Sciences Po. On devait faire un stage de six mois et je n'arrivais pas à trouver de stage. Donc, j'ai fait un stage en 2001.

Il y a eu le 21 avril 2002. J'étais à Sciences Po à ce moment-là. -Dès 2001. -Voilà. dès 2001.

A ce moment-là, j'ai tenté de rentrer au MJS à l'époque. -Le mouvement des jeunes socialistes. -On va dire que les premiers contacts n'ont pas été très positifs.

J'ai pris un peu de recul. Et puis, en 2006, après 4 années de recherche d'emploi, c'est-à-dire que quatre années après Sciences Po : chômage, petit boulot, quelques stages, eh bien, il y a eu ce mouvement-là. Et je me suis dit que peut-être, il fallait passer de l'autre côté.

Parce que moi, j'ai toujours été un peu très critique à l'égard des organisations politiques. -Vous vous en méfiez ? Il y avait quelque chose qui ne vous plaisait pas ? -En fait, une distorsion entre les paroles et les actes, une méfiance.

Aussi, il y a une distance, également, parce qu'on n'a pas le sentiment que c'est fait pour soi. Moi, quand j'étais à Sciences Po, déjà, c'était un peu difficile. Les portes de Sciences Po étaient, à l'époque, très lourdes à pousser.

Et je pensais, de la même manière, que les portes des partis politiques étaient très lourdes à pousser. Je vous racontais, il y a quelques instants, que, dès 2002, j'avais tenté et ça n'avait pas trop fonctionné. -Quoi exactement ?

Vous ne vous sentiez pas la bienvenue ? -Oui, très clairement, parce que d'ailleurs, en 2002, lorsque j'avais voulu adhérer au MJS à Sciences Po, j'étais enceinte de mon fils et on m'a fait comprendre que peut-être les femmes enceintes, ça n'allait pas le faire parce qu'il y avait beaucoup de choses à faire, etc. Tous les rituels aussi de la politique.

Lorsqu'on vient dans une réunion, la première fois, on sent bien que c'est ritualisé, que tout le monde n'a pas le droit à la parole de la même manière selon son statut. Et c'est un peu ce que j'avais retrouvé au Parti socialiste. Moi, quand j'ai intégré le PS, c'était dans le 20e arrondissement.

La première réunion à laquelle j'ai assisté, c'était le débat sur le traité constitutionnel européen. Et c'était un climat très tendu qui a été un peu... un peu difficile. -Avant de parler du PS, j'aimerais qu'on parle de l'antiracisme qui est aujourd'hui encore au coeur de votre engagement.

Vous en avez témoigné en lisant à la tribune de l'Assemblée quelques-uns des messages racistes que vous avez reçus, vous, personnellement, en tant que députée. Est-ce qu'on peut se protéger de ça, ne pas être affecté par la haine des autres ? -Alors, franchement, je mentirais si je disais que ça passe comme ça.

Je ne fais pourtant pas partie des personnes les plus exposées à ça. Il est clair que oui, je reçois vraiment beaucoup de messages sur les réseaux sociaux, par exemple sur Twitter, sur X. Moi, mes messages sont verrouillés, ce n'est pas parce que je ne veux pas répondre, mais c'est parce qu'on reçoit des réponses très... quasiment systématiquement insultantes, misogynes, racistes, et que j'ai par ailleurs une équipe qui lit ces messages, je n'ai pas non plus envie de les exposer à ça, c'est difficile de se blinder, mais après je pars du principe qu'il y a des gens qui subissent plus, je pars du principe que c'est le lot de la politique, je ne dis pas que c'est normal, mais moi je suis députée et vice-présidente de l'Assemblée Nationale, je ne suis pas dans la situation des personnes qui n'ont pas l'occasion de pouvoir répondre, de pouvoir se défendre.

Donc, je ne vais pas être dans la déploration, mais j'insiste sur le fait que c'est très violent. -On va dérouler votre parcours politique à présent. Vous vous êtes engagée au Parti socialiste.

C'était de 2006. Vous êtes élue conseillère régionale en Ile-de-France, conseillère départementale en Seine-Saint-Denis. Assistante parlementaire d'un sénateur.

Et puis, en 2015, vous êtes devenue porte-parole du Parti socialiste. Et dans la foulée, le gouvernement Valls a défendu la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour terrorisme. Et là, vous vous y êtes clairement opposé dans une tribune publiée par Mediapart.

Du coup, qu'est-ce que la porte-parole du PS disait aux journalistes qui l'interrogeaient sur cette mesure-là ? -Que c'était une mesure...

D'abord c'est une mesure à la base du Rassemblement National, que même le Rassemblement National ne promouvait même plus à cette époque-là. -Et vous assumiez ce différent politique, même en étant porte-parole du PS ? -Le problème c'est que... il y a toujours une difficulté quand on est militant politique.

D'ailleurs je suis rentrée au Parti socialiste en 2006, j'avais 30 ans. Donc il y a toujours cette difficulté de se dire : "On est dedans pour faire quoi ?" On est dedans pour se dire : "On va changer les choses de l'intérieur, et y compris sur un certain nombre de sujets." Moi, la rupture avec les aspirations populaires, l'antiracisme, parce que je pense que c'est aussi la bataille pour les années qui viennent, c'est pour moi très important.

Et à cette époque-là, voilà...

J'ai fait le job d'essayer de l'intérieur de changer les choses et je considère que la proposition déchéance de nationalité est pour moi une rupture fondamentale parce que des textes de loi, la loi travail, le CICE, on peut abroger, mais une telle mesure dans la Constitution qui nous dit que finalement certains, qui pourtant n'ont pas de nationalité de rechange, n'ont pas de patrie de rechange, potentiellement, ils ne sont pas membres de la communauté nationale. Moi, j'ai alerté. D'ailleurs, au sein du Parti socialiste, j'ai eu maille à partir avec un bon nombre de personnes qui soutenaient Manuel Valls.

Et ça, en fait, pour moi, c'est une rupture qui a fait aussi le cheminement vers le départ. -Ca n'a pas été immédiat. Vous avez rejoint la France insoumise, je crois, vers 2019 ?

C'est ça ? -En fait, peu de temps avant les Gilets jaunes, c'est là que j'ai commencé à voir l'excellent Manuel Bompard. -Et vous avez été élue députée LFI de Seine-Saint-Denis en 2022, réélue dès le 1er tour en 2024.

Vous êtes aujourd'hui vice-présidente, on en parlait. Par contre, on n'a pas parlé de la fonction elle-même. Qu'est-ce qui fait un ou une bonne vice-présidente ?

C'est quoi les qualités requises pour présider une séance ? -Je dirais concentration, donc en fait, regard à 360, se familiariser avec les personnes, avec les députés, respect du pluralisme, c'est-à-dire essayer de vraiment donner la parole à tout le monde. Mais je trouve que pour l'instant, je trouve que l'Assemblée a été plutôt bienveillante avec les nouvelles vice-présidentes. -On va conclure par notre quiz.

Je vais vous proposer de compléter des phrases que je vais vous proposer. "Pour mes parents, avoir une fille députée..." -Je pense que c'est une très grande fierté et le reflet du fait qu'ils ont bien fait leur boulot. -"Brazzaville, c'est pour moi..." -C'est pour moi très émouvant.

Parce qu'en fait, la première fois que je suis allée à Brazzaville, j'avais 21 ans, et en fait, c'est très étrange à dire, mais c'est comme si un lien avait toujours existé. Brazzaville, pour moi, c'est mes racines. -Enfin, "Etre députée, c'est renoncer à..." -C'est renoncer à avoir beaucoup plus de temps pour...

C'est renoncer à pas mal de temps pour les loisirs, pour les amis. Mais quand on a de très bons amis, ils le comprennent parfaitement. -C'est un sacrifice, du coup ? -Oui, c'est clairement un sacrifice.

Encore une fois, je le dis, on n'est pas à plaindre. Mais c'est un vrai sacrifice. Et surtout en ce moment.

Mais en ce moment, c'est quand même une époque assez palpitante à vivre et je ne le regrette pas. -Merci, Nadège Abomangoli d'être venue dans "La politique et moi". Générique

Nadège Abomangoli, députée La France insoumise de Seine-Saint-Denis | La politique et moi — Nadège Abomangoli · Pourquijevote