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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 5 juillet 2026 20 min

Canicules, incendies, climatisation... Le "8h30 franceinfo" de François Gemenne

Source d'origine 4 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

Bonjour François Jemen, vous êtes spécialiste de la gouvernance du climat et des migrations, co-auteur du sixième rapport du GIEC, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat. Vous venez de sortir un livre, parler du climat sans plomber l'atmosphère, paru chez Odile Jacob. On va essayer justement de le faire avec vous ce matin en parlant de la canicule, mais d'abord des incendies avec ce millier d'hectares parcourus par les flammes près de Trévilac dans les Pyrénées-Orientales, c'est près de Perpignan. Nouvelle incendie dans les Pyrénées-Orientales, est-ce qu'on doit s'habituer à ce que des milliers d'hectares partent ainsi en fumée chaque été de plus en plus tôt ?

0:40
Invité politique

Oui, malheureusement, effectivement, les conditions du changement climatique font qu'effectivement ça va être des conditions beaucoup plus propices au développement des incendies, même si vous vous rappelez que la grande majorité de ces incendies sont d'origine humaine, accidentelle ou intentionnelle. Très clairement, je veux ici souligner l'exceptionnel travail des pompiers en France. Sans ce travail des pompiers, sans leur approche, sans l'expérience qu'ils ont de ce type de feu de forêt, ça serait vraiment des quantités de terre beaucoup, beaucoup plus importantes qui partiraient en fumée.

Si ces incendies avaient lieu dans d'autres pays, aux Etats-Unis ou au Brésil, vraisemblablement, ça serait encore des étendues beaucoup plus grandes qui partiraient en fumée.

1:19
Présentateur

Qu'est-ce qui fait notre spécificité ?

1:20
Invité politique

C'est une approche de l'incendie qui fait qu'on va s'accarguer très très tôt à l'incendie, qu'on va vraiment essayer d'étouffer l'incendie, notamment avec des canadaires, et c'est ça qui permet vraiment de réduire au maximum la quantité de territoire qui est brûlé.

1:32
Invité

En quoi ces incendies sont liés au réchauffement climatique ?

1:35
Invité politique

En fait, c'est le réchauffement climatique qui va créer les conditions pour que les incendies se propagent. Ça va assécher la végétation, et donc bien entendu, ça veut dire que les incendies vont partir beaucoup plus tôt, vont partir beaucoup plus rapidement, et que malheureusement, effectivement, des incidents, une allumette ou une cigarette, qui n'auraient pas créé un tel incendie dans d'autres périodes, et bien là, ça va partir beaucoup plus tôt, beaucoup plus rapidement.

1:56
Invité

Et c'est donc d'autant plus problématique, parce que les forêts sont importantes pour le réchauffement climatique ?

2:01
Invité politique

Ce sont ce qu'on appelle des puits de carbone, c'est-à-dire que les forêts vont absorber de très grandes quantités de dioxyde de carbone qui se trouvent dans l'atmosphère. Or, les forêts, aujourd'hui, absorbent de moins en moins de carbone, notamment parce que la végétation s'assèche à cause des incendies, à cause aussi de champignons et de maladies qui vont effectivement créer une surmortalité parmi les arbres, et donc on assiste en ce moment à un recul de la capacité d'absorption des forêts, ce qui veut dire que ça retarde la neutralité de carbone le moment où les températures vont se stabiliser.

2:31
Présentateur

On comprend donc l'intérêt effectivement de préserver ces forêts, de les surveiller aussi, parce que vous parlez du travail des pompiers, mais on sait aussi que parfois il y a des défaillances sur la façon dont on pourrait prévenir ces incendies.

2:42
Invité politique

Absolument, sans compter que les trois quarts des forêts en France sont possédées par des propriétaires privés. Ce qui veut dire qu'il y a un vrai travail de pédagogie à faire auprès de ces propriétaires pour qu'ils entretiennent la forêt, je pense notamment aux opérations de débroussaillage qui sont essentielles pour limiter au maximum la propagation des feux.

2:58
Invité

Il y a un autre sujet dans l'actualité, ce sont ces épisodes de canicule qui se répètent avec ces départements placés en vigilance orange. Les températures remontent, la troisième canicule en un peu plus d'un mois. Il faut qu'on s'habitue aussi à ça, ces épisodes de canicule de plus en plus tôt et de manière plus en plus régulière.

3:18
Invité politique

Tant qu'on n'a pas atteint la neutralité carbone, c'est-à-dire le point d'équilibre entre les quantités de gaz à effet de serre qu'on envoie dans l'atmosphère et celles que la Terre est capable d'absorber, notamment avec les forêts ou les océans, les températures vont continuer à grimper. Et ce qui va augmenter effectivement la moyenne des températures année après année, c'est aussi ces phénomènes extrêmes comme les canicules. Donc vraiment, tant qu'on n'aura pas atteint la neutralité carbone, il va falloir qu'on s'habitue à ce que des records de température soient continuellement battus à ce qu'il y ait de plus en plus de canicules.

3:46
Invité

Mais est-ce que vous, le spécialiste, ça vous surprend ce timing ?

3:51
Invité politique

Pas tellement. En réalité, on sait bien que malgré tout, c'est un petit peu plus rapide que les projections, mais ça correspond à peu près strictement aux projections. On sait depuis une trentaine d'années qu'un des effets du changement climatique en France et en Europe, c'est l'augmentation de l'intensité et de la fréquence de ces phénomènes extrêmes, notamment des canicules. Donc ça ne me surprend pas, non ?

4:11
Présentateur

On a vécu un mois de juin très chaud, le plus chaud des mois de juin enregistré par Météo France. On a vu 400 records de température tomber, 44,7 degrés aux herbiers dans l'ouest. On parle beaucoup de cette barre fatidique des 50 degrés. On en est encore loin ou pas ?

4:26
Invité politique

Plus tellement l'un. En réalité, on ne peut pas exclure que d'ici une dizaine ou une vingtaine d'années, on aille gratter la barre des 50 degrés à certains endroits. Alors selon Claire, il ne faut pas faire peur non plus à tout le monde. Ça ne va pas être 50 degrés pendant des jours et des jours, ni sur tout le territoire. Mais on ne peut pas exclure que cette barre fatidique, on aille la gratter effectivement d'ici 10, 15, 20 ans. Qu'est-ce qui nous en protège pour l'instant ? Pour le moment, le fait qu'on n'ait pas encore suffisamment avancé dans l'élévation des températures.

Mais comme je l'ai dit, tant qu'on n'a pas atteint cette neutralité carbone, et la neutralité carbone, c'est au mieux pour 2050, les températures vont continuer inexorablement à monter.

5:02
Invité

Selon les experts, l'Europe se réchauffe deux fois plus vite que les autres continents. Pourquoi ?

5:07
Invité politique

Alors, il y a trois raisons. La première raison, elle est facile à comprendre, c'est qu'on est sur Terre et que la température se réchauffe plus vite sur les continents que sur les océans. Donc, ça veut dire que la température se réchauffe plus vite sur Terre que la moyenne mondiale. Deuxième raison, c'est des questions de courants atmosphériques qui vont parfois piéger des masses d'air chauds au-dessus du continent. La troisième raison, elle est davantage contre-intuitive, c'est que l'Europe a davantage lutté contre la pollution atmosphérique que d'autres régions du monde.

Et si vous voulez, la pollution atmosphérique, c'est un peu comme une sorte de parasol qui vient recouvrir le continent. Si vous vous en débarrassez, vous n'êtes plus directement touché par le rayonnement solaire. Alors évidemment, ça a des impacts très positifs pour la santé publique, mais c'est vrai qu'en termes de réchauffement, ça accentue un peu le réchauffement.

5:50
Invité

La France est particulièrement touchée, on l'a vu avec ses records de chaleur. Et si on zoome encore un peu plus, Paris est également touchée. C'est dû à quoi ?

6:00
Invité politique

Paris, c'est la ville d'Europe où l'on meurt le plus des canicules. Alors ça tient à quoi ? Ça tient d'abord au fait que la température se réchauffe plus vite, comme on vient de l'expliquer, que c'est une ville très minérale, que c'est une ville très très dense, parmi les plus densément peuplées au monde, avec beaucoup de gens qui habitent sous les toits. Et puis ça tient au fait que la ville n'est pas du tout équipée en termes de climatisation, en termes d'urbanisme, en termes de végétalisation. Et on n'est pas du tout adapté aux canicules.

Et c'est ça qui fait que les canicules tuent davantage à Paris et globalement en Europe que dans d'autres régions du monde, même si les températures y sont évidemment inférieures.

6:36
Présentateur

Mais est-ce que ce qui est fait en ce moment, parce qu'on parle beaucoup de végétalisation depuis une dizaine d'années maintenant à Paris, est-ce que c'est suffisant ? C'est pas suffisant.

6:43
Invité politique

C'est utile, c'est nécessaire, mais c'est pas suffisant. D'abord parce qu'on s'y prend très très tard et qu'un arbre, ça ne pousse pas en 15 jours. D'abord parce que ça reste malgré tout insuffisant et qu'il y a encore des travaux de rénovation. Je pense à ceux qui connaissent la Place de la République, par exemple. Je ne comprends pas pourquoi on a fait cette immense dalle de béton Place de la République. Très minérale.

7:00
Présentateur

On parle beaucoup du logement aussi. On s'est rendu compte ces dernières semaines qu'aujourd'hui, on a des logements qui gardent la chaleur énormément, malgré des normes qui sont en place. Comment on peut remédier à cela aujourd'hui à Paris notamment et dans les autres grandes villes de France ?

7:14
Invité politique

Nous avons tout fait en France pour protéger les bâtiments du froid, pour qu'ils résistent au froid. Il faut désormais changer de paradigme pour concevoir des bâtiments qui résistent au chaud. Et ça veut dire que les normes sont déjà dépassées ? Les normes sont déjà dépassées, notamment pour ce qui concerne la climatisation. Et on a aussi financé toute une série de travaux d'isolation face au froid pour éviter des passoires thermiques. C'est évidemment nécessaire. Le problème, c'est que si les bâtiments retiennent mieux la chaleur en hiver, ils le font aussi en été. Et donc, on peut sortir d'une passoire thermique et par contre se retrouver avec une bouilloire thermique.

Donc, il va falloir tout revoir.

7:46
Invité

François Gémen, avec cette situation d'urgence, le gouvernement doit trouver des solutions. Quelle carte, Sébastien Lecornu, a-t-il en main selon vous ?

7:55
Invité politique

Je pense qu'il y a des cartes d'abord de mesures d'urgence. Je pense aux hôpitaux, on a vu la commande un peu tardive des climatiseurs. 30 000 climatiseurs commandés. 30 000 climatiseurs. Sur les bâtiments scolaires, on a vu qu'on a été tardif aussi à réagir. Donc, il y a toute une série de mesures d'urgence qui doivent être prises pour cet été. Mais le problème, c'est qu'effectivement, l'adaptation, c'est un processus de long terme. Je trouve que c'est un peu paresseux de blâmer uniquement ce gouvernement-ci. En réalité, c'est les 10 ou 20 gouvernements précédents qui sont à blâmer.

8:22
Présentateur

Vous parlez de l'école. Alors, les écoliers sont en vacances, justement, pendant les prochaines semaines. Je vous ai entendu il y a peu dire...

8:28
Invité politique

Oui, mais pour septembre, attention, on pense qu'on va avoir des canicules en septembre. Bien sûr, il y a des écoles qu'il va falloir détruire. Oui, oui. Il faut s'y résoudre. C'est-à-dire qu'on voit bien que le bâti scolaire, aujourd'hui, tout à fait inadapté et très vétuste. Il y a même certaines écoles récentes qui sont tout à fait inadaptées. Alors, bien sûr, on peut toujours se dire qu'il faut rénover. Mais vu le manque de moyens, dans certains cas, ça va coûter moins cher de démolir et de reconstruire que de rénover. Mais ça, il faut l'avoir en tête. Il faut l'avoir en tête. Et c'est pareil pour les hôpitaux ou d'autres bâtiments publics.

8:54
Invité

Jeudi, Sébastien Lecornu, le Premier ministre, présidait une cellule interministérielle de crise. On commence à avoir l'habitude. Habituellement, c'était Place Beauvau. Là, c'était du côté de Marseille. Avec la création du plan hors sec, chaleurs extrêmes. Et une piste du gouvernement mettre en place des centres de protection pour les personnes fragiles, des lieux frais pour éviter d'engorger les urgences. Est-ce que ça va dans le bon sens ? Ça va dans le bon sens.

9:17
Invité politique

Je dirais qu'effectivement, tant qu'on va multiplier les lieux frais pour éviter l'engorgement des urgences et pour que les gens puissent sortir, ne se trouvent pas coincés chez elles, ça va dans le bon sens. Il faut également un grand plan de mesure contre la solitude des personnes âgées. La solitude tue. On va malheureusement, dans les prochains jours, retrouver un certain nombre de corps inanimés dans des appartements de personnes seules. Ça, c'est vraiment un enjeu essentiel si on veut réduire la mortalité. Il faut aussi mettre en place des lieux de baignade. On voit le chiffre des morts par noyade qui me paraît absolument stupéfiant.

Il y a un enjeu, je dirais, y compris sur des piscines privées, dans des campings, dans des hôtels. Comment est-ce qu'on peut les mettre à disposition des résidents pour éviter que les gens se baignent dans des lieux dangereux ?

9:58
Présentateur

Déjà plus de 900 noyades, effectivement, enregistrées depuis une quinzaine de jours. Maintenant, notamment en lien avec cet épisode de chaleur. François Gemmène, co-directeur de l'Observatoire Défense et Climat. Vous restez avec nous. On va continuer à parler réchauffement climatique avec vous et notamment d'un sujet qui fait débat en ce moment, la climatisation. On attend votre avis, ce sera après le rappel de l'actualité à 8h45 avec Philippine Thibodeau.

10:20
Invité

Les Bleus qualifiés, difficilement, mais qualifiés pour les quarts de finale du Mondial de foot. Victoire hier 1-0 face au Paraguay en huitième. Kiel Mbappé a débloqué le compteur en transformant un pénalty à la 70e minute. L'équipe de France qui affrontera le Maroc jeudi prochain. Près de 1000 hectares parcourus et 600 pompiers mobilisés. L'incendie de Trévillac se propage ce matin dans les Pyrénées-Orientales. Le feu n'est pas fixé, mais il a baissé en intensité, selon le préfet, lors d'une conférence de presse. Au total, 7 départements du pourtour méditerranéen sont en rouge. Risques élevés de feux de forêt. Aux Etats-Unis, Donald Trump a finalement prononcé son discours.

D'abord retardé à cause des orages à l'occasion des 250 ans de l'indépendance du pays. Il a renouvelé ses attaques contre ses opposants politiques qualifiés de communistes. Et puis Clément Berthet, forfait pour le Tour de France. Le Français a chuté hier lors du contre-la-montre par équipe au premier jour de la course cycliste à Barcelone. Le maillot jaune est sur les épaules du Danois Jonas Vingegaard. Deuxième étape aujourd'hui, toujours en Catalogne. Premier coup de pédale à 13h45. France Info. Le 8.30 France Info. Benjamin Fontaine. Mathieu Piat.

11:34
Présentateur

François Gemmène, spécialiste de la gouvernance du climat et des migrations, est toujours avec nous sur France Info pour ce rendez-vous. Petit correctif avant d'entamer la suite. J'ai évoqué 900 noyades depuis 15 zones de jour. C'est plutôt 90. C'est déjà 90 de trop. Mais voilà, petite correction. Au cœur du débat politique depuis plusieurs semaines, François Gemmène, la climatisation. Je vous propose d'écouter Monique Barbu, la ministre de la Transition écologique.

11:58
Auditeur

Je suis horrifiée par les gens qui me disent Ah, mais il n'y a qu'à mettre la clim partout. Très bien, on va mettre la clim partout. Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt ? Vous croyez que ça va éviter la mort des animaux que nous voyons ? Vous croyez que ça va éviter quoi ?

12:15
Présentateur

Rien.

12:16
Invité politique

Vous êtes d'accord avec Monique Barbu ? Je ne vais pas l'accabler, mais je suis horrifié par ce type de déclaration, moi. Pourquoi ? Personne d'abord ne propose de mettre la clim absolument partout. Tout le monde réalise bien que ce n'est pas une solution face au changement climatique et que pour réduire le changement climatique, il faut évidemment commencer par limiter les émissions de gaz à effet de serre. Tout le monde réalise bien que c'est aussi une solution d'adaptation, donc qu'il ne vise pas la décarbonation, et que c'est une solution individuelle et que ce n'est pas une solution collective et que donc, bien entendu, on ne va pas climatiser les champs par ailleurs.

Par contre, la climatisation, je suis désolé, mais ça sauve des vies concrètement. Il y aurait eu moins de morts, notamment moins de morts dans les appartements, si les appartements avaient été davantage climatisés. Donc on ne peut pas dire que ça n'aurait rien changé, ça aurait changé beaucoup de choses, ça aurait épargné beaucoup de vies et on est en retard en France sur la climatisation.

13:03
Invité

Justement sur la climatisation, le Rassemblement national présentait cette semaine du côté de l'Assemblée nationale son plan clim, 20 milliards d'euros sur 10 ans pour climatiser les bâtiments publics, les crèches, les hôpitaux, les EHPAD ou encore les écoles. Et puis une partie du financement va concerner des prêts à taux zéro pour aider les particuliers à se procurer des climatisations à domicile.

13:26
Invité politique

Est-ce que c'est une bonne mesure ça aussi ? Oui, je suis plutôt favorable, très clairement, mais ça ne suffit pas. Si vous avez juste un plan climatisation sans avoir un plan réduction des émissions de gaz à effet de serre, à un moment donné la climatisation va atteindre certaines limites parce que ça reste malgré tout une solution d'adaptation et que sans plan de décarbonation, vous allez atteindre des limites liées à l'adaptation. Mais c'est là aussi où je ne comprends pas les gens, notamment dans l'autre camp politique, qui s'obstinent à refuser la climatisation. Ça veut dire qu'ils acceptent de transformer les canicules en tract électoral pour l'ERN.

Vous parlez des écologistes de la France Insoumise ? Notamment, mais pas les seuls, et qui ont pris certains collègues, y compris la ministre. Ça veut dire que les canicules vont devenir un tract pour l'ERN.

14:07
Invité

François Gemmène, justement, Jean-Luc Mélenchon dit que le tout climatisation dans les villes va entraîner une augmentation de 3,6 degrés de la température extérieure. Vous n'avez pas le même chiffre ? Ces chiffres sont faux.

14:17
Invité politique

Alors il y a des études sur les rejets de chaleur extérieure liés à la climatisation. Globalement, c'est entre plus 1 et plus 2 degrés. J'insiste que c'est des rejets de chaleur qui ne vont pas toucher, qui ne vont pas affecter le climat mondial. Donc c'est un inconvénient local pour les gens qui travaillent dans la rue, pour les sans-abri. Mais sincèrement, je suis effaré de ce type de débat. C'est comme si on ergotait sur la pollution sonore créée par les sirènes des ambulances. Bien sûr, c'est une pollution sonore, les sirènes des ambulances. Mais on voit bien qu'il y a un enjeu de santé publique derrière.

De la même manière, quand on va ergoter sur les impacts environnementaux de la climatisation, je crains qu'on n'ait pas mesuré l'enjeu de santé publique que c'était. Moi, je vois l'écologie comme un humanisme. Le but, pour moi, de la lutte contre le changement climatique, c'est de sauver les vies, c'est d'apporter un mieux-être aux gens. Et donc, si vous sacrifiez des vies sur l'autel de la lutte contre le changement climatique, je pense sincèrement que vous n'avez rien compris à l'affaire.

15:08
Présentateur

Mais est-ce qu'on n'est pas là au cœur du problème, de la façon dont on parle d'écologie, d'environnement, aujourd'hui, parce que sur cette histoire de clim, on a du mal à y voir clair. On a d'un côté des gens qui nous disent que ça réchauffe l'atmosphère. Le lendemain, on nous dit que finalement, ce n'est pas si grave, ça pollue moins que les voitures. On ne sait pas qui croire, au final.

15:25
Invité politique

Bien sûr. Alors, je pense que tout dépend, effectivement, de ce que vous allez vouloir mettre en avant. Bien entendu, il y a des impacts environnementaux liés à la climatisation. Un impact dont on ne parle pas, c'est le plastique. Il faut produire les climatiseurs également. L'enjeu, c'est de mettre en regard, je crois, cet impact environnemental avec les bénéfices pour la santé publique. Et bien entendu, si vous voyez uniquement l'angle environnemental et si vous ne voyez pas que cette planète est peuplée d'humains et de vivants, vous allez dire qu'on ne fait pas la climatisation et on ne fait rien du tout pour n'avoir aucun impact environnemental. Et c'est une solution.

Mais le problème, c'est qu'on habite sur cette planète.

15:59
Invité

Parmi les propositions politiques, les écologistes, eux, proposent un congé climatique, cinq jours maximum par an pour protéger de la canicule et les travailleurs particulièrement exposés. Est-ce qu'il faut mettre la France à l'arrêt quand il fait chaud ?

16:12
Invité politique

En tout cas, certaines professions à l'arrêt. Je pense qu'il y a un vrai sujet sur les horaires de travail, il y a un vrai sujet sur les conditions de travail. Cette proposition de congé climatique a été beaucoup moquée quand elle était proposée. Je pense qu'on s'en moque un peu moins aujourd'hui. Alors techniquement, je ne sais pas s'il faut faire cinq jours uniformément pour toutes les professions, mais en tout cas, un vrai enjeu sur les conditions de travail, sur les horaires de travail.

16:30
Invité

Mais on peut se le permettre financièrement ?

16:33
Invité politique

Écoutez, l'équivalent d'un jour à d'un degré au-delà de 30 degrés de température, c'est moins 3% de productivité. Alors moi, je suis frappé, effectivement, des débats sur la productivité, où on n'arrête pas de dire est-ce que les Français sont tout le temps en vacances, les Français sont des feignasses, il faut supprimer un jour férié, regarder les Chinois et regarder leur productivité. Comment est-ce que c'est passé ? On peut avoir ce type de débat entre économistes et c'est des débats importants. Mais une semaine de canicule, c'est l'équivalent d'un jour férié supplémentaire.

Donc à un moment donné, il faut aussi se tracasser de l'éléphant dans la pièce et du coût économique des canicules, des pertes de productivité qui sont encore très largement sous-estimées. On pense trop par le prisme de l'économie aujourd'hui ? Pas forcément trop par le prisme de l'économie, mais simplement, je suis frappé de ce deux poids, deux mesures, y compris sur la question des violences sexistes et sexuelles. C'est évidemment une grande cause nationale, c'est évidemment une priorité. Lors des pics de canicule, on a plus 28% de violences domestiques intrafamiliales. Et là encore, la climatisation pourrait réduire ce chiffre.

Je ne comprends pas pourquoi on ne mette pas davantage en avant les impacts des canicules sur la santé publique. Je pense qu'on verrait les choses différemment.

17:38
Invité

On parle de plus en plus du réchauffement climatique. Est-ce qu'on ne devrait pas organiser l'élection présidentielle en août, François Gemmelle ?

17:45
Invité politique

C'est une proposition qui a été faite par un de mes collègues, Théodore Talente. Le problème, effectivement, derrière ça, c'est que nous parlons du changement climatique et de ce qu'il faut faire uniquement à l'occasion des épisodes extrêmes. C'est-à-dire, on en parle toujours quand il est trop tard. L'enjeu, ça serait aussi d'en parler en dehors de ces épisodes extrêmes pour qu'on voit ensemble ce qu'on va faire et qu'on sorte un peu de ces mesures d'urgence. Et le drame, malheureusement, c'est que le sujet risque de disparaître à nouveau de l'actualité médiatique dès que les températures vont en descendre.

18:11
Présentateur

En tout cas, aujourd'hui, on en parle, on en parle beaucoup et les différentes alertes sur le réchauffement climatique semblent marcher. L'opinion publique s'inquiète. Selon un sondage Ipsos BVA pour le réseau Action Climat de 2025, 91% des sondés considèrent que la hausse des événements climatiques extrêmes sont liées au changement climatique. Est-ce que vous constatez aussi cette prise de conscience, vous, aujourd'hui ?

18:29
Invité politique

Oui, je pense qu'on prend conscience de plus en plus des conséquences du changement climatique. On prend conscience de notre impréparation, on prend conscience de notre vulnérabilité. La grande difficulté, c'est de savoir comment nous allons agir. Et j'ai l'impression que, malheureusement, si on prend conscience de tout ça sans agir et sans avoir des solutions, ça crée aussi un sentiment très anxiogène.

18:48
Présentateur

Mais votre livre s'appelle « Comment parler du climat sans plomber l'atmosphère ». Justement, est-ce que toutes ces données, tous ces records dont on parle, ce climat anxiogène, le manque de vision de certains politiques aussi, est-ce que ça, de toute façon, ça ne plombe pas l'atmosphère ?

18:59
Invité politique

Bien sûr. Mais le problème, c'est qu'on ne parle pas non plus de ce qui avance à côté. On ne parle pas non plus des progrès qui sont réalisés. On ne parle pas du fait que, par exemple, en 2025, la hausse de la demande mondiale de consommation d'électricité a été complètement absorbée par les énergies bas carbone. On ne parle pas du déploiement spectaculaire de l'énergie solaire, notamment en Chine et dans le monde. Et donc, si on ne parle pas aussi des progrès qui sont réalisés, forcément, vous allez avoir toujours une accumulation de mauvaises nouvelles et ça va finir par lasser les gens.

19:24
Invité

François Gemmène, dernière question pour les auditeurs qui nous écoutent, pour les téléspectateurs qui nous regardent. Qu'est-ce qu'ils peuvent faire au quotidien pour lutter contre ce réchauffement climatique ? Surveiller leur épargne.

19:34
Invité politique

Se demander où leur argent est investi. Je pense que beaucoup de gens, aujourd'hui, connaissent un peu les petits gestes qu'ils peuvent faire au quotidien. Je pense que beaucoup méconnaissent le pouvoir de leur épargne. La première chose qu'ils peuvent faire, c'est lundi, aller demander à leurs banquiers ce que finance leur épargne-pension, ce que finance leur assurance-vie et se demander si c'est vraiment à ça qu'ils souhaitent que leur épargne soit consacrée.

19:57
Présentateur

Merci beaucoup, François Gemmène, directeur de l'Observatoire Défense et Climat, d'avoir été avec nous sur France Info. Je rappelle votre livre sorti aux éditions Edil Odile Jacob, « Parler du climat sans plomber l'atmosphère ». Merci beaucoup, Majid. Cette interview est à retrouver en vidéo et en intégralité sur franceinfo.fr. L'info continue.