La jeunesse marocaine met le gouvernement à l’épreuve - L'édito de Patric Cohen
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Ce n'est pas un accessoire. - A.-E.Lemoine: Une semaine catastrophe qui s'achèvera demain.
Une partie de la jeunesse marocaine mobilisée contre les inégalités et la corruption. - P.Cohen: Un soulèvement totalement inédit au Maroc. 6e jour de manifestations.
Le mouvement est né sur les réseaux sociaux. On voit l'étoile du drapeau marocain sur le logo. C'est des jeunes entre 15 et 25 ans. 212, comme l'indicatif téléphonique du Maroc.
Un collectif sans leader identifié qui compte plus de 150 000 membres sur Discord. C'est un groupe de jeunes libres qui disent agir par amour de la patrie et du roi Mohammed VI, et réclament des moyens et de l'argent pour le bien commun et pour un meilleur service public. ... - P.Cohen: "Les stades sont là, pas les hôpitaux." Le slogan vise les dépenses pharaoniques engagées par le Maroc pour la Coupe d'Afrique de football et pour le Mondial 2030.
Près de 900 millions d'euros pour la rénovation de 6 stades. Près de 450 millions pour la construction du grand stade de Casablanca. Les aéroports se modernisent.
Le TGV s'agrandit, pendant que les hôpitaux dépérissent. Le déclencheur de cette révolte a été la mort de 8 femmes à l'hôpital d'Agadir. Des femmes décédées faute de soins.
Cette mobilisation de jeunes s'étend à plus d'une quinzaine de villes, bien au-delà de Casablanca et Rabat. ... - P.Cohen: Voilà les images prises à la volée à Rabat.
Ces rassemblements, les autorités marocaines les ont interdits jusqu'à mardi. Les manifestations ont finalement été autorisées. On voit les rues de Tanger noires de monde hier soir.
Un rassemblement qui paraît massif, mais malgré le mot d'ordre pacifiste des organisateurs, il y a eu des heurts. Il y a eu 3 morts. La version officielle de la gendarmerie dit que ces 3 personnes ont tenté d'investir leurs locaux par la force.
Version en partie démentie par le collectif de jeunes. On voit des images de guérilla urbaine. Depuis le début du mouvement, les forces de l'ordre ont procédé à plusieurs centaines d'interpellations. 134 personnes doivent être jugées prochainement. - A.-E.Lemoine: Mais la mobilisation des jeunes se poursuit. - P.Cohen: Des revendications sur le droit à la liberté d'expression.
Les jeunes appelaient hier à la démission du Premier ministre. Il a pris la parole pour la 1re fois: "Le gouvernement est ouvert au dialogue et disposé à répondre aux manifestants." ... - P.Cohen: Après 6 jours de troubles et de manifestations, c'est la 1re prise de parole officielle des autorités marocaines pour une crise qui n'a rien de superficiel.
Le chômage atteint des sommets au Maroc. 34 % chez les 15-24 ans. C'est aussi une crise de génération qui traverse les frontières, avec une jeunesse ultra connectée.
La génération Z vient se soulever contre les élites, comme au Népal, en Indonésie, à Madagascar et au Maroc. - A.-E.Lemoine: Les jeunes se révoltent contre la politique de leurs aînés.
Ils accusent l'Etat de leur tourner le dos. - M.Tondelier: Les jeunes sont souvent précurseurs dans les mobilisations sociales et dans les combats.
On l'a vu dans les marches pour le climat en France il n'y a pas si longtemps. Le slogan est important. Ils disent qu'ils ne veulent pas la Coupe du monde, mais des soins.
Ils veulent des services publics. Ce n'est pas très loin de nos revendications. On voit que les aspirations des jeunes sont les mêmes dans tous les pays.
On ne peut pas comprendre, quand on est jeune, de voir que l'Etat investit en France...
Il y a eu beaucoup d'argent sur les JO d'hiver. Je vous invite à aller voir la rénovation de la piste de bobsleigh...
Il faut tout refaire. C'est des sommes colossales. - A.-E.Lemoine: Il ne faut pas faire les JO d'hiver? - M.Tondelier: On nous parle d'économies à longueur de semaines...
Quand on regarde les sommes dépensées dans les grands événements internationaux, il y a beaucoup de questions qui se posent. En 2025, le monde tourne socialement, démocratiquement, environnementalement. On doit se poser des questions.
Certains ont été habitués à faire comme ça. Il y a un monde qui s'effondre. Une nouvelle génération a envie d'interroger la manière dont ça a toujours fonctionné.
Ca ne peut plus continuer comme si de rien n'était. - P.Cohen: Vous regrettez qu'on ait fait les JO à Paris? - M.Tondelier: J'y ai participé.
Je n'avais pas de place. J'étais aux épreuves gratuites. C'était une belle fête.
C'était chouette. On dit que ça ne coûte rien, mais finalement, ça coûte de l'argent à l'Etat. C'est tous les contribuables qui paient.
Soit on dit qu'il y a de l'argent... - A.-E.Lemoine: Une fête qui a été unanimement saluée par les Français. - M.Tondelier: Soit on dit que ça coûte de l'argent et que ce n'est pas grave, soit on dit que l'argent est rare et il faut interroger toutes les réponses, pas seulement ceux qui ont 5 euros en moins d'APL... - A.-E.Lemoine: En 2010, vous étiez une étudiante qui manifestait contre la réforme des retraites. - Demain, ils manifesteront pour leur retraite.
Leur moyenne d'âge ne dépasse pas les 25 ans. C'est la gauche version jeune, politique et syndicale, avec ses propres mots d'ordre. - M.Tondelier: La retraite, ce n'est pas simplement une histoire d'adultes, mais aussi une histoire de jeunes adultes, étudiants, jeunes travailleurs. - A.-E.Lemoine: Vous pourriez dire ça aujourd'hui? - M.Tondelier: A l'époque, je me disais déjà: "Vu comment ça se passe climatiquement, je ne sais pas si j'arriverais un jour à la retraite." Je continue à me poser la question. - A.-E.Lemoine: Vous avez participé à la manifestation pour tenter de peser sur le prochain budget.
La manifestation est en baisse par rapport au 18 septembre. - M.Tondelier: C'était un record, le 18. - P.Cohen: Non, ce n'était pas un record.
C'était moins que la mobilisation contre la réforme des retraites. - M.Tondelier: C'est une grosse mobilisation qui a surpris beaucoup de gens.
J'ai fait tous les mouvements...
En 3 semaines, il y a eu 3 grosses manifestations.
Marine Tondelier