Marine Le Pen, l'interview Présidentielle "Une semaine pour convaincre"
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Bonsoir Marine Le Pen. Merci beaucoup de nous recevoir dans votre bureau, dans le bureau de votre QG de campagne, alors que les sondages vous placent tous au deuxième tour, à quelques jours maintenant de ce premier tour. Je précise qu'on a un drapeau évidemment, un buste de Marianne dédicacé par Brigitte Bardot, voilà cet endroit très personnel. Je le remarque parce qu'en fait c'est la même configuration qu'en 2017. Vous serez peut-être au deuxième tour, c'est les sondages qui le disent, comme en 2017. Est-ce que vous avez changé ?
Je ne crois pas qu'on soit dans la même situation que 2017. D'abord parce que je ne suis pas la même qu'en 2017. La réalité c'est que je pense qu'il arrive un moment au bout de cette troisième candidature présidentielle où j'ai acquis en même temps une maturité personnelle et j'ai l'aboutissement d'un travail qui n'est pas un travail des cinq dernières années, même si je l'ai accéléré dans les cinq dernières années, qui est le travail en fait des vingt dernières années. Et ce travail m'a permis de concevoir un projet avec les Français que je suis allée rencontrer tout au long des mois qui viennent de se passer.
J'en suis à ma 29e semaine de campagne et dans tous les aspects de ce projet, je suis allée le frotter à la réalité de ce que vivent les Français, je suis allée l'affiner avec eux. Et aujourd'hui effectivement je suis prête à gouverner le pays. Je sais comment je vais le faire, je sais avec qui je vais le faire. Je vais vous interroger là-dessus justement parce que peut-être que les Français veulent savoir. Je ne sais pas ce que vous allez m'interroger que je vais vous répondre. J'espère quand même.
Mais en tout cas je sais la méthode du gouvernement que je mettrai en œuvre, je sais la relation que je veux créer avec les Français dans le cadre de ce quinquennat, une relation de respect parce que je crois qu'ils en ont beaucoup manqué, une relation de confiance, une relation aussi où ils auront la parole par l'intermédiaire d'un référendum d'initiative populaire, par l'établissement de la proportionnelle qui leur a été promis mais en réalité jamais mis en œuvre.
Est-ce que vous dites aujourd'hui, merci Eric Zemmour, parce que votre image a changé, c'est lissé, c'est adouci, vous savez très bien tout ce qu'on a dit comme commentaire là-dessus ?
Non, la réalité c'est que non, je persiste à penser qu'en réalité il a quand même divisé les électeurs nationaux, c'est-à-dire il a divisé ceux qui croient en la France, puisque vous savez moi j'ai dit qu'il y avait ceux qui croient en la France et ceux qui n'y croient plus, c'est-à-dire les nationaux et les post-nationaux. Eh bien il a quand même contribué à une forme de division de l'électorat. Je suis convaincue qu'au moment où on se parle, s'il avait renoncé à sa candidature, on serait en tête devant Emmanuel Macron dès le premier tour. Et quoi qu'on en dise, eh bien ce serait une situation qui serait positive.
Bon c'est pas grave, ça change rien, il y aura de toute façon le deuxième tour, c'est une deuxième campagne. Et aujourd'hui tout dit que je peux gagner cette élection présidentielle.
Je ne suis pas dupe du ripollinage, c'est ce qu'a dit aujourd'hui Emmanuel Macron sur votre image justement. Et on a vu fleurir comme ça des commentaires sur, mais en fait derrière cette image lisse, c'est l'extrême droite. Marine Le Pen, c'est l'extrême droite.
Oui mais ça c'est l'anathème qu'on répète en boucle quand on n'a aucun autre argument. Moi je n'ai pas entendu de la part du président de la République candidat, un seul argument de fond contre le projet que je présente, contre le projet que je propose. Donc je trouve que c'est une démonstration de faiblesse de sa part, que de ressortir ces arguments qui sont pour le moins datés, j'avais dit vintage, mais je suis gentil, vintage c'est sympa, qui sont très datés et qui démontrent une forme de fragilité dans la confrontation des idées qu'ils refusent par ailleurs.
Alors voyons votre programme justement et ce que vous pourriez faire, notamment on commence par l'Ukraine bien sûr qui est le sujet brûlant. Si vous étiez présidente, si vous aviez été présidente ces derniers mois, est-ce qu'on aurait aidé l'Ukraine de la même façon ?
Ah oui, j'ai été d'ailleurs la première à dire qu'il fallait immédiatement qu'on ouvre nos frontières aux réfugiés ukrainiens.
Je parle de l'armement, je parle du soutien politique, je parle de l'opposition à Vladimir Poutine assez claire.
La réalité c'est que moi j'ai tout de suite exprimé encore une fois la condamnation du comportement de Vladimir Poutine. Tout de suite, dès le début, j'ai dit je suis une souverainiste, je dépends la souveraineté territoriale de mon pays et sa liberté. Par conséquent, je défends aussi la souveraineté territoriale de tous les pays du monde. Et la liberté des peuples a disposé d'eux-mêmes. Donc lorsque un pays est attaqué de manière unilatérale comme l'Ukraine l'a été, évidemment on est du côté de l'Ukraine. La question ne se pose pas, c'est du côté des Ukrainiens.
Vous avez récemment dit que Poutine pourrait redevenir notre allié après la guerre. Vous le pensez toujours après le massacre de Boucha par exemple ?
La réalité c'est que je pensais plus à la Russie qu'à Poutine, même si les deux sont liés depuis tellement longtemps. L'idée c'était de dire quoi ? C'était de dire en réalité un pays ne reste jamais ad vitam aeternam dans une situation d'éloignement ou de conflit. On a eu des guerres par le passé, on a réussi à retrouver des relations normales avec les pays et en l'occurrence des pays qui nous ont fait la guerre. Mais effectivement vous avez raison de dire que c'était avant les massacres épouvantables de Boucha. Ces images bouleversantes qui ont été rendues publiques après d'ailleurs cette déclaration. Vous avez changé d'avis ? Non mais les choses sont très claires.
Les faits qui sont révélés par ces vidéos sont des crimes de guerre. Car lorsque l'on tire sur des civils des armées, c'est la définition du crime de guerre. J'ai demandé, comme j'avais demandé d'ailleurs pour Mariupol, tout de suite une enquête de l'ONU. Immédiatement. Bon, elle n'a pas pour l'instant eu lieu. Je l'ai redemandé ce matin pour Boucha et je vois que le secrétaire général des Nations Unies réclame une enquête indépendante pour évidemment savoir quelles sont les responsabilités. Le président de la République vient de dire, vient de faire un tweet en disant que la responsabilité était celle de la Russie.
Sans des images satellitaires américaines qui indiquent que les corps ont été retrouvés par les images satellites, étaient morts alors que l'armée russe était toujours sur place.
Bien sûr, mais vous voyez moi depuis le début de ce conflit, j'ai dit que je n'essaierais pas d'être un président de la République, un shadow président de la République. C'est-à-dire une sorte de doublure de président de la République. Le président de la République, c'est Emmanuel Macron. Il a des éléments, manifestement. Les renseignements français ont des éléments. Peut-être que l'ont donné les renseignements américains. Moi, je ne les ai pas. Mais si Emmanuel Macron a des renseignements fiables qui indiquent que ce sont les Russes qui sont responsables de ces massacres épouvantables, alors il faut en tirer les conséquences. C'est-à-dire ?
Il faut en tirer les conséquences sur le plan diplomatique. Notamment peut-être avec le rappel de notre ambassadeur.
Comprendre nos relations, augmenter notre aide à l'Ukraine.
Et donc je termine mon propos. Je pense qu'à partir du moment où il y a des crimes de guerre qui sont de la responsabilité d'un pays, eh bien celui-ci sort du concert des nations. Voilà. C'est ce que je crois. Maintenant, je voudrais rappeler tout de même que la responsabilité nous oblige à quand même essayer de trouver une issue à ce conflit. C'est-à-dire que la France se doit, comme le fait d'ailleurs Israël, comme le fait la Turquie, de continuer à œuvrer pour trouver une solution diplomatique. C'est-à-dire faire taire les armes et que l'Ukraine puisse retrouver sa souveraineté territoriale.
C'est ce que fait Emmanuel Macron en parlant avec Poutine. Mais c'est ce qui est aussi critiqué par certains en disant que c'est inutile, les Polonais nous le reprochent, d'autres nous le reprochent.
Non mais c'est jamais inutile, si vous voulez, parce qu'il n'y a pas 50 possibilités. C'est ou la diplomatie, ou la guerre.
Alors Marine Le Pen, vous savez bien que sur ces questions-là, il y a beaucoup de doutes sur votre position et il semble bien que vous vous êtes adapté à la situation où vous avez réagi. Parce qu'en 2017, vous aviez dit que de votre point de vue, votre point de vue sur l'Ukraine coïncidait avec celui de la Russie. Or Poutine n'a jamais considéré autre chose que l'Ukraine étant russe. Il n'a jamais pensé que l'Ukraine n'était pas russe. Et pardonnez-moi, je finis.
Il y a ce journal russe, Novaya Gazeta, qui est depuis baïonnée par Poutine, qui vous avait présenté, je cite, comme la meilleure propagandiste russe en 2017 et qui avait dit le prêt de la banque russe que vous aviez reçu était une contrepartie de votre reconnaissance de l'annexion de la Crimée par Poutine. Mais ceci est absolument faux.
Et ce n'est pas parce qu'un opposant à venir Poutine dit quelque chose que c'est vrai. C'est absolument faux. J'ai effectué un prêt, je le rappelle, parce qu'aucune banque française ni européenne... Ce n'était pas une contrepartie, je ne sais pas.
Non, non, mais c'est quand même... Enfin, vous en avez déjà parlé, vous êtes expliqué. Mais là, la question, c'est... Non, mais c'est quand même important de le dire.
Est-ce que c'était une contrepartie ? Non, non, non, et non. Et cent fois non. Voilà. Je rappelle qu'aucune banque française ni européenne n'avait accepté de nous prêter de l'argent. Donc, en fait, on nous force à aller à l'étranger pour aller chercher un prêt. En Russie ? Ben oui, enfin, si ça avait été aux Etats-Unis, j'aurais pris les Etats-Unis. Ou le Guatemala, j'aurais pris le Guatemala, si vous voulez. Moi, je ne regarde pas la nationalité de la banque à qui je fais un emprunt. Je suis très contente d'avoir l'emprunt. Point. Ça n'était pas une banque d'Etat. D'ailleurs, si ça avait été une banque d'Etat, elle n'aurait pas fait faillite. Elle a fait faillite. C'était un prêt à 6%.
Moi, ce qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas un taux d'intérêt à mis. Donc, je crois qu'il devient pénible maintenant d'essayer, en réalité, de m'attaquer sur un prêt que j'ai pu faire, que je rembourse d'ailleurs régulièrement, sans aucune difficulté. Et je ne me sens aucune reconnaissance particulière à l'égard de la banque qui m'a fait un prêt. La seule obligation que j'ai à son égard, c'est évidemment de la rembourser. Donc, j'ai toujours...
Là, maintenant, vous avez aussi un prêt avec une banque hongroise. Et on a vu que vous avez félicité Victor Orban pour sa victoire il y a deux jours. Je vais finir ma question. Et Victor Orban, il a dit « Mes ennemis, c'est la gauche internationale, les homosexuels et Zelensky ».
Vous êtes d'accord là-dessus ? Non, mais attendez, ne mélangez pas tout. Franchement, madame Écriève, peut-être que si la banque hongroise m'effectue un prêt, c'est parce qu'elle sait qu'elle ne sera pas sanctionnée si elle le fait. J'en sais rien, moi. Je ne sais pas. Et peut-être que, du coup, les banques françaises pensent qu'elles seraient sanctionnées si elles prêtaient à un parti politique français, ce qui pose plus de problèmes, je trouve, sur le plan démocratique. Donc, revenons quand même au principe démocratique. Deuxièmement, moi, Victor Orban, je partage avec lui la vision qu'il a de l'Europe des nations. Mais nous n'avons pas le même programme.
Vous ne voulez pas être la Victor Orban française ?
Mais non, mais absolument pas. Je veux dire, ça ne me va très bien d'être la Marine Le Pen française. Je veux dire, moi, je cherche en Europe des alliés, pas des clones. Je veux dire, Victor Orban pourrait faire la politique qu'il souhaite. La vraie question, c'est est-ce que le peuple hongrois a le droit de mener la politique qu'il souhaite ? Et il se trouve que, moi, mon sujet, c'est est-ce que le peuple français a le droit de mener la politique qu'il souhaite ? Donc, ce qui nous rapproche en été avec ces pays, c'est le fait de dire, nous considérons que les peuples ont le droit de disposer d'eux-mêmes et que leur constitution a une valeur supérieure au texte européen.
C'est cela qui fait qu'on a des points communs. Ce n'est pas l'intérieur de leur politique. Nous sommes différents, nous n'avons pas la même histoire, nous n'avons pas la même culture.
Justement, sur le fait que le droit français serait supérieur dans tous les cas aux règles européennes... Non, pas le droit français. Le droit national. Non, la constitution, oui, ça change tout. C'est la constitution qui a une valeur supérieure. Parce qu'aujourd'hui, vos adversaires vous reprochent, en fait, un Frexit caché. Je m'explique.
Ils disent que, justement, en affirmant que le droit est supérieur, donc vous dites la constitution française supérieure dans tous les cas, en voulant rétablir des frontières pour la circulation des marchandises importées d'autres pays européens, en voulant diminuer de 5 milliards la contribution française, alors même que le budget européen est déjà voté jusqu'à 2027, vous vous mettez en rupture avec la règle européenne. Et dans le fond, c'est un bras de fer avec Bruxelles qui pourrait conduire à un Frexit caché. Voilà, c'est ce qui vous est reproché.
Tout cela est une aberration. En réalité, cette argumentation, elle est développée par des gens qui sont des européistes et qui considèrent que l'intérêt de la France ne doit jamais être défendu devant les instances internationales. Alors, je le répète, la constitution française, c'est la loi suprême que les Français se donnent. Il est normal, normal, que ce soit le choix des Français de leur constitution qui prime sur les textes européens. Mais ça veut dire quoi ? En réalité, le seul domaine dans lequel ça va s'appliquer, c'est le droit des étrangers.
Oui, je conteste le fait, si les Français se dotent d'une réforme constitutionnelle que je leur propose par référendum, je conteste le droit, à quelque instance internationale que ce soit, d'interdire au peuple français de se choisir une constitution et dans cette constitution de déterminer quelles sont les règles en matière d'immigration.
Donc, pas de bras de fer avec Bruxelles ou au contraire un bras de fer avec Bruxelles au moment où on est peut-être fragilisé dans cette guerre avec Poutine, par exemple ?
Il n'y a pas de bras de fer à mener. C'est ainsi. C'est la volonté d'un peuple libre et souverain qui s'appelle le peuple français. C'est lui qui décide pour lui-même. Voilà, c'est simple. Donc, si le texte international est contraire à une disposition de la constitution, alors le droit international ne s'appliquera pas en droit interne. Ça s'appelle la démocratie. Car si ça, ça n'existe pas, nous ne sommes plus en réalité en démocratie. Deuxièmement, sur l'histoire des frontières, qu'est-ce que j'ai réclamé, moi ?
J'ai réclamé quelque chose que tout le monde réclame, à savoir que les produits qui sont fabriqués en France ou qui sont cultivés en France, avec des normes que nous, nous sommes choisis, qui sont un choix de société, ne soient pas mis en concurrence avec des productions qui ne respectent pas ces mêmes normes et qui sont importées au sein de l'Union européenne pour faire une concurrence déloyale. Mais c'est tout à fait légitime. La FNSEA réclame la même chose. Est-ce qu'on accuse la FNSEA de vouloir faire le Frexit ? Ça n'a pas de sens. La libre circulation des produits, c'est une règle aujourd'hui de l'Union européenne. Mais pas la libre circulation de n'importe quoi, enfin.
Pas la libre circulation.
Donc, vous me dites, il n'y aura pas de Frexit caché, c'est ça ?
Pas du tout. Pas la libre circulation. Et vous allez bien vous entendre avec vous, c'est-à-dire. De produits qui ne respectent pas nos normes sanitaires, de produits qui ne respectent pas des normes de sécurité et qu'on met entre les mains de nos enfants. Enfin, je veux dire, ce n'est pas le laisser-passer, le laisser-aller, le laisser-faire et le laxisme total. Moi, je crois que la mondialisation doit être régulée, évidemment. Et c'est, je crois, un certain nombre de pays qui le souhaitent aujourd'hui parce qu'ils voient les conséquences d'une mondialisation sauvage
telle qu'elle nous a été imposée. Sur l'immigration, justement, vous avez beaucoup répété pendant la campagne. Moi, j'ai des différences avec Éric Zemmour et vous n'avez pas voulu, par exemple, utiliser cette phrase du grand remplacement. Mais dans votre clip de campagne ou dans d'autres textes, j'ai vu que vous utilisez, vous dites immigration égale submersion, dilution. Ce ne sont pas des termes qui ressemblent un peu au grand remplacement, mais qui sont un peu différents, comme si vous vouliez en fait faire passer la même idée, dans le fond, mais sans les mêmes mots.
Pardon, mais ce n'est pas nouveau. Je n'ai pas attendu qu'Éric Zemmour soit candidat pour dire qu'il y a une submersion migratoire dans notre pays. Il y a une submersion migratoire. Il y a un million et demi de personnes qui sont rentrées en cinq ans. Nous ne nous donnons pas les moyens de renvoyer les gens qui sont clandestins. M. Darmanin nous dit qu'il y a 700 000 clandestins sur le territoire. M. Stéphanie Nils, le directeur de campagne de M. Pécresse, dit qu'il y en a 900 000. Et ce n'est pas possible. On ne peut pas continuer dans cette situation. Je veux dire, tout le monde en souffre. Les Français en souffrent.
Notre système de protection sociale, évidemment, voit peser sur lui la prise en charge de l'ensemble de ces personnes, notre système hospitalier. Et puis, clairement, je le dis, et je le dis depuis des années, il y a un lien entre l'immigration massive et anarchique et l'aggravation de l'insécurité dans notre pays. Donc, un des moyens, le premier peut-être, pour faire baisser l'insécurité qui pourrit la vie de nos compatriotes, c'est d'arrêter cette immigration anarchique, cette immigration massive. Et je viens redonner aux Français le soin de décider la politique d'immigration dans leur propre pays. Mais c'est la première des choses qu'on fait.
Quand on est chez soi, Mme Ecriève, on a une porte, on l'ouvre, on invite qui on souhaite inviter, on l'en trouve, on la ferme en fonction de la situation. Mais c'est nous qui sommes maîtres de cela. Or, aujourd'hui, nous ne sommes plus maîtres de cela. Et je veux rendre à nouveau les Français maîtres de leur politique d'immigration.
Il y a une affaire qui a ému un peu l'opinion ces derniers jours, celle de la mort d'un jeune homme à Bobigny, Jérémy Cohen. Alors, ce soir, le procureur dit que les motifs antisémites ne sont pas établies. Mais néanmoins, c'est un fait divers tragique. Et on verra évidemment la suite de l'enquête. Mais la question qu'on peut se poser, c'est qu'est-ce qui serait différent si vous aviez été au pouvoir, dans un cas comme ça, précisément ? Non, mais de manière très claire.
Je vais mettre en place une politique qui vise à rétablir la sécurité de manière ferme. Aujourd'hui, c'est le laxisme à tous les étages. Aujourd'hui, Mme Ecriève, vous prenez moins d'un an de prison. Vous n'allez pas en prison. On met en place des peines alternatives. Ça n'est pas possible. Aujourd'hui, le sursis ne veut plus rien dire. Vous prenez un sursis, normalement, une peine avec sursis. Si vous recommencez, le sursis tombe et vous allez en prison.
C'est la sanction que vous durciriez et qui serait une prévention contre ce type de drame ?
Tout. D'abord, je renverrais...
Ça n'a pas été prouvé que ce soit efficace.
Ça ne risque pas d'être prouvé puisqu'on ne l'a pas mis en œuvre. On a tout essayé sauf la fermeté. Or, je suis désolée, s'il faut un volet prévention, il faut aussi un volet répression. Parce que la répression, ça fonctionne. Dans un cas comme ça. Et pour cela, dans un cas comme ça aussi... Et quand on aura les profils de ces agresseurs, de ces images qui sont insoutenables, eh bien, très certainement, on s'apercevra que, comme dans souvent des cas comme ça, ce sont des récidivistes qui n'avaient rien à faire sur notre territoire, qui étaient, encore une fois, déjà condamnés, mais qui étaient laissés en liberté, à chaque fois, c'est la même chose.
Voilà, moi, ce que je remarque, et ça, c'est vrai pour tout le monde, mais c'est particulièrement vrai pour nos compatriotes de confession juive, 73% d'augmentation des actes antisémites en 2021. 73%. Et ça, je suis désolée de vous le dire, c'est l'islamisme. Alors, qu'est-ce que ça changera avec moi ? Eh bien, moi, j'ai une loi de lutte contre les idéologies islamistes.
Il y a presque tous les candidats, enfin, presque tous, pas certains, mais presque tous les candidats ont une loi contre le séparatisme, contre l'islamisme.
Non, ça n'est pas vrai. Non, la loi de M. Darmanin n'a servi à rien. Ils ont fermé 10 mosquées radicales, uniquement alors qu'il y en a des centaines qui posent problème. Donc, moi, j'ai un projet de loi. Je souhaite éradiquer l'islamisme de notre territoire. C'est une idéologie totalitaire. Et en l'occurrence, elle s'attaque à tout ce qui fait la paix civile. Elle s'attaque à nos valeurs. Elle s'attaque à l'égalité homme-femme. Elle s'attaque à la laïcité. Elle s'attaque à notre tranquillité. Il faut éradiquer cette idéologie totalitaire.
Sur les conséquences de la guerre, vous voulez baisser la TVA sur l'essence et sur 100 autres produits de première nécessité. Ça, c'est pour 2022, si vous étiez élu. Mais est-ce que c'est valable aussi pour 2023, dans votre esprit ? C'est valable combien de temps ? Est-ce que ça peut être appliqué longtemps ? Et comment, évidemment, vous financez ? Parce que c'est une perte sèche pour l'État.
Alors, la baisse de la TVA sur l'énergie, de 20 à 5,5%, c'est pour toujours. Je rends 12 milliards d'euros aux Français par an. Parce que je pense que l'énergie est un bien de première nécessité. Et qu'aujourd'hui, on voit bien qu'on ne peut pas laisser des millions de Français avoir le choix entre se chauffer et manger. Ce n'est pas possible. Bon, donc ça, c'est pour toujours. Le panier des 100 produits sur lesquels je supprime la TVA, c'est tant que l'inflation est un point supérieur à la croissance. Tant qu'on est dans cette situation-là, sur 100 produits de première nécessité, c'est-à-dire alimentaire et d'hygiène, je supprime purement et simplement la TVA.
Et comment vous financez tout ça ?
Je le finance parce que c'est financé. Ça fait 8 mois que j'ai annoncé la baisse de la TVA et ses 12 milliards. Je les ai financés. Ils sont dans mon projet. Et ils sont compensés par des économies sur l'immigration, par des économies sur les fraudes, par des économies sur les agences d'État. Il y a 1 200 agences d'État, madame Écrève, 1 200. Rien que si on baisse de 10%, on économise 5 milliards.
Je voudrais revenir sur les économies sur l'immigration parce qu'il y a beaucoup de contestations sur vos chiffres. Pas tant que ça. Alors, prenons un exemple. L'exemple sur les 18 milliards par an que vous économiseriez sur l'immigration et notamment 16 milliards quand vous voulez réserver les prestations familiales au foyer dont au moins un des deux parents est français. Pas seulement. Non, mais ça, c'est une partie. Mais sur ce point-là, on pourrait en prendre d'autres. La Caisse d'allocations familiales considère que, en tout et pour tout, les prestations touchées, elles s'élèvent à 9 milliards et en plus, elles touchent 30% de ressortissants de l'Union européenne.
Donc, vos 16 milliards, ils sont surestimés. Globalement, d'ailleurs, les analyses qu'on voit, je vais finir ma question, sur votre budget considèrent que toutes les économies que vous évoquez, en contrepartie, des dépenses, des baisses d'impôts, des suppressions de taxes, des recrutements de fonctionnaires, ne sont surestimées. Vos économies sont surestimées.
Madame Eclève, qui fait ces analyses ? La fondation Jean Jaurès, financée à 53% par le Premier ministre ? L'Institut Montaigne ou l'IFRAP, qui sont des instituts indépendants. Non, mais Jean Jaurès, qui est un institut socialiste. Je ne parle pas de socialisme. Je ne parle pas d'autres. Non, mais puis macroniste. Alors, on va parler de l'Institut Montaigne. Qui est un institut plus libéral et qui est très libéral. Un institut extrêmement libéral, dont le patron, qui vient d'ailleurs de démissionner, est un ami intime de M. Macron.
Je veux dire, tous ces instituts qui, sous prétexte en réalité d'indépendance, sont en réalité des armes au bénéfice du pouvoir, il faut avoir un peu de recul sur eux. Parce qu'en fait, ils s'habillent d'une technicité que bien souvent, ils n'ont pas. Et je vais vous donner un exemple. L'Institut Montaigne a dit, la réforme sur la retraite de Marine Le Pen, ce n'est pas 9,6 milliards, c'est 26 milliards. C'est ce que dit l'Institut Montaigne. Et vous savez pourquoi ? Parce qu'ils commettent une erreur majeure. Parce que j'ai dit, la retraite à 60 ans et 40 annuités, ce sera pour les gens qui ont commencé à travailler avant 20 ans.
Et bien, commencer à travailler avant 20 ans, c'est, au regard de l'INSEE, un travail, ce qu'on appelle, significatif. C'est un terme de l'INSEE, ce n'est pas moi qui l'ai inventé. Ça veut dire plus de 3 mois et pas un travail de vacances. Enfin, vous voyez, bon. Or, l'Institut Montaigne, lui, ne fait pas cela. Il prend le financement en disant, si vous gardez des enfants pendant 15 jours, quand vous avez 17 ans, vous rentrez dans le système. Donc, ce sont eux qui se trompent, en l'occurrence. Et plutôt que d'admettre leur erreur, ils continuent à diffuser, là pour le coup, un financement qui est erroné. Donc, c'est nous qui avons raison, pour le coup, et c'est eux qui ont tort.
Ils manquent parfois, vous savez, de sérieux, peut-être parce que, justement, ils ont en réalité une arrière-pensée idéologique.
En même temps, il y a un certain nombre de vos mesures, plus précisément, qui sont mises en cause par des spécialistes de finances publiques. Votre fonds souverain français, qui permettrait de financer, notamment, un certain nombre de vos dépenses. Un spécialiste de finances publiques, François Eccal, dit que l'argent misé dans ce fonds serait rémunéré à 2% par an, ce qui est bien plus élevé que les taux du marché. Et ça coûterait à terme 10 milliards d'euros par an en intérêt pour l'État, si vous arrivez à votre objectif de collecte de 500 milliards. Donc, c'est un joli projet sur le papier, mais ça coûterait très cher à l'État, et beaucoup plus cher que les taux d'intérêt normaux.
Mais pas du tout.
Mais d'abord, oui, c'est mieux rémunéré, bien sûr. C'est l'objectif du fonds souverain. C'est de dire aux Français, vous allez devenir actionnaire de la Maison France. Donc, prêtez votre argent au fonds souverain, et vous serez évidemment mieux rémunéré que les livrets qui sont actuellement à votre disposition. Mais ce qu'oublie de dire, ça, monsieur, c'est que l'objectif n'est pas de payer avec ce fonds des frais de fonctionnement. L'objectif, c'est d'investir dans des infrastructures rentables. Or, il y a des infrastructures. Par exemple, les autoroutes. C'est extrêmement rentable, les concessions d'autoroutes. Donc, à partir du moment...
Mais vous allez les payer chers pour les renationaliser. Vous allez dépenser beaucoup d'argent.
Non, on ne va pas dépenser beaucoup d'argent parce que les concessions d'autoroutes, elles ont pris les profits et en réalité, elles n'ont pas remboursé les dettes. Donc, pour l'instant, il y a 30 milliards de dettes. Donc, sur les 40 milliards, il n'y a que 10 milliards. Mais 10 milliards, c'est rien pour des concessions d'autoroutes par rapport à ce que ça va rapporter aux Français. Donc, en réalité, les investissements qui vont être faits vont rapporter 2% plus 4% ou 5%. Eh bien, justement, on va pouvoir rémunérer les Français et en même temps, on va pouvoir créer une nouvelle source de financement pour l'État.
Et on crée ainsi, si vous voulez, un investissement, en fait, keynésien, mais non pas sur fonds publics, comme on le fait depuis des années, mais sur fonds privés. Eh bien, je vais vous dire, ce fonds souverain, il va permettre d'investir, effectivement, dans des entreprises rentables de nouvelles technologies, dans la réindustrialisation rentable de l'économie.
Aujourd'hui, on est dans une situation déjà très inflationniste. On est déjà en situation de surchauffe économique à cause, justement, de la sortie du Covid plus l'inflation à cause de la guerre. Et votre proposition de relance par la demande, elle va faire complètement flamber. Certains disent que c'est le modèle argentin. C'est-à-dire qu'au début, il y a de la croissance et puis après, il y a tellement d'inflation, qu'il y a du chômage et qu'il y a une faillite.
Donc, ces gens-là sont en train de nous dire qu'il faut continuer à appauvrir les Français, comme ça, il n'y aura pas d'inflation. Non, mais c'est une plaisanterie, j'espère. Je veux dire, c'est ceux-là qui sont au pouvoir depuis des années. Il faut appauvrir les Français. Mais non, on ne va pas appauvrir les Français. Parce que l'inflation, elle est importée, Madame El-Krieff, la réalité. La réalité, c'est que si on met en place la politique localiste que je veux mettre en place, si on produit nous-mêmes les produits plutôt que de les importer, alors il y aura moins d'inflation.
Si, contrairement à ce qu'a fait la Banque Centrale Européenne, on arrête d'injecter de l'argent, non pas dans l'économie réelle, mais en réalité dans les banques. Parce que c'est ça aussi qui crée l'inflation. Donc, je veux dire, est-ce qu'on peut admettre une chose ? C'est que depuis 30 ans, ce sont les mêmes politiques qui sont mises en œuvre économiques.
Alors, Marine Le Pen, vous arriveriez au pouvoir. La question qui se pose aujourd'hui, c'est avec qui vous gouverneriez ? Parce que vous avez fait cette campagne, vous êtes aux portes du second tour, et peut-être plus, de l'Elysée éventuellement, mais vous l'avez faite seule. On a l'impression qu'on n'a pas vu autour de vous un gouvernement possible. Merci, Mme Eclève, de m'accorder autant de capacités. C'est vrai, c'est vrai. Non, mais bien sûr que vous... Oui, mais enfin, on ne voit pas.
Et on se dit aussi, oh là là, Emmanuel Macron au début, il ne connaissait pas l'État, et les gens qui sont venus avec lui ne connaissaient pas, on va se retaper ça éventuellement, avec des nouveaux qui ne connaissent pas le fonctionnement de l'État, des amateurs, c'est ça qui va se passer ? Non, non, ils ne vont pas se, entre guillemets, retaper ça.
D'abord, rien que dans les gens avec qui je travaille, tous ceux qui ont rédigé et qui ont travaillé à mon projet, les professionnels, les gens de la société civile, j'ai de quoi faire trois gouvernements, déjà. Mais je ne souhaite pas faire un gouvernement uniquement avec les gens avec qui j'ai travaillé. Je vais faire un gouvernement d'union nationale.
Vous allez être obligé de le faire avec Éric Zemmour, Marion Maréchal. Non, mais pas du tout. 75% de ces électeurs voteraient pour vous au deuxième tour. Donc vous allez leur devoir quelque chose.
Vous allez être obligé de les prendre dans un gouvernement possible. Je ne dois rien à personne. Moi, je dois la confiance aux Français qui vont me l'accorder, s'ils me l'accordent. Donc vous ne les prendrez pas avec vous ? C'est tout. Vous ne les prendrez pas avec vous ? Non, mais je ne dois rien à personne. Ni à des partis politiques, ni à des banquiers, ni à des grandes entreprises, ni à personne. C'est peut-être d'ailleurs la grande chance que j'ai. Et c'est pour ça que je suis une femme libre. Et c'est pour ça que les Français ont raison de me faire confiance.
C'est que moi, le jour où j'irai m'installer sur le fauteuil du président de la République, personne ne peut taper à ma porte en disant « Toc, toc, tu me dois quelque chose, renvoie-moi à l'ascenseur. » Personne. Même pas les Russes. Personne. Absolument personne. Je serai donc totalement libre de me concentrer sur l'intérêt exclusif de la France et des Français. Parce que c'est ça l'objectif que j'ai.
Donc vous dites, pardon, mais vous dites quand même aux électeurs d'Éric Zemmour aujourd'hui qui pourraient, ou même de Valérie Pécresse, qui pourraient se reporter sur vous au deuxième tour, que dans le fond, vous ne prendrez pas en compte leur vote en prenant des gens, leurs candidats du premier tour ?
Mais je leur dirais que d'abord, un gouvernement, il sort des urnes, des législatives. Et vous aurez une majorité. Voilà, et j'aurai une majorité. Parce que c'est comme ça que ça se constitue. Et que je ne vais pas venir dire à l'avance qu'il va participer à mon gouvernement. D'abord parce qu'il faut qu'il en ait envie. Deuxièmement, il faut qu'il en ait les compétences au poste auquel ils aspirent à être. Ce que je viens leur dire, c'est que je ne déciderai pas, encore une fois, de faire un gouvernement fermé. J'irai chercher des gens de la société civile, j'irai chercher des gens d'autres formations politiques.
S'il apparaît qu'ils ont avec moi cette obsession de l'intérêt de la France et des Français. J'avais même dit que je pouvais prendre éventuellement quelqu'un comme M. Montebourg. Pourquoi ? Parce que sur le sujet de la réindustrialisation, sur le sujet de la défense de la souveraineté industrielle de la France, eh bien, il est sur les positions que nous défendons. Mais il peut y avoir évidemment des ministres qui viennent de LR, bien entendu. Il peut y avoir des ministres qui viennent de partout, la réalité. C'est ça. Le tout, c'est qu'ils soient d'accord avec moi sur les fondamentaux. Et qu'ils soient compétents, bien entendu. C'est pour ça que je vous dis... L'expérience de l'État.
Parce que c'est quand même ça. La question, c'est que vous êtes dans l'opposition depuis tellement d'années et en même temps dans le paysage, qu'on se dit, mais quelle est l'expérience de l'État ? L'expérience de l'État.
Mais l'expérience de l'État, c'est de faire appliquer la volonté des Français. Il n'y a pas besoin d'expérience pour ça. Il faut avoir des convictions. Vous voulez prendre des gens d'expérience ? C'est-à-dire tous ceux qui ont déjà tout raté ? Qui ont déjà été au pouvoir ? Qui ont déjà trahi l'intégralité de leurs promesses ? Qui ont déjà mis en place une politique économique qui est la même depuis 30 ans et qui fait en sorte qu'aujourd'hui, il y a 9 millions de pauvres en France, 5,7 millions de chômeurs ? C'est ça qu'on veut ? Mais non, je crois que les Français veulent précisément que ça change.
Ils veulent des hommes politiques et des femmes politiques, des vrais qui font de la politique. C'est-à-dire qu'ils ne se laissent pas guider. Par McKinsey. Et qu'ils ne se laissent pas donner une feuille de route par des consultants américains. Par des consultants américains, qu'on paye une fortune alors qu'il y a des hauts fonctionnaires qui sont des grands serviteurs de l'État à qui on ne demande manifestement plus rien puisqu'on fait appel à des cabinets privés américains et qui en plus aspirent les données pour aller les donner aux États-Unis. Bon, eh bien avec moi, ça, ça n'existera pas. Merci beaucoup. C'est moi qui vous remercie.
Merci Marine Le Pen pour cet entretien.
Marine Le Pen