Retraites : Le RN déclenchera-t-il la censure ?
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Le concours général agricole vous présente le club des territoires, quotidienne régionale et les télévisions locales. Merci beaucoup d'être avec nous. Bonjour Louis Frittel. Merci également d'être l'éditorialiste politique à Paris Match. On va parler de François Bayrou face aux accusations d'immobilisme. Un peu plus de 100 jours à Matignon. Quelles sont les réformes ? Que peut-il faire face notamment aux menaces de censure venue du Parti Socialiste et du RN ? Vous nous direz ce que vous en pensez. Et puis on reviendra sur l'agression du rabbin d'Orléans. Bruno Retailleau parle d'ensauvagement des mineurs.
Ça fait aussi suite à cette rixe qui a eu lieu dans l'Essonne où un jeune de 17 ans a été poignardé. Le Sénat, Steve, il examine depuis hier soir la loi, le texte de Gabriel Attal sur la justice des mineurs.
Oui, et la gauche qui accuse la majorité sénatoriale de faire de la communication politique autour de cette loi.
Et on en parle dans quelques instants. D'abord, on regarde ensemble l'actualité dans nos régions. L'actualité dans nos régions, c'est avec nos partenaires de la presse régionale. Bonjour Delphine Blanchard. Merci beaucoup d'être avec nous depuis Poitiers, journaliste à la Nouvelle République. Delphine, avec vous, on va parler de la semaine de la presse à l'école.
Oui, parce que depuis lundi et jusqu'à vendredi, se tient comme chaque année la semaine de la presse à l'école. Et hier matin, nous avons rejoint le temps d'un cours, les bancs de l'école, attablés avec des élèves de grande section de maternelle à Poitiers, 12 élèves âgés de 5 ans, concentrés et sages, et oui, ça arrive, autour de leur instituteur romain. Et bon, vous allez le voir, il n'y a vraiment pas d'âge pour toucher du papier et comprendre ce qu'est un journal. C'était le but de ce cours qui était intitulé « Fais la une de ton école ». Pour modeler la une du journal Le Petit Quotidien, titrer ce jour-là « Les seuls pandas triplés fêtent leurs 10 ans ».
Les petits élèves détaillent la couverture et leur institute leur explique « Alors ici, c'est le titre, là, il faut mettre le prix, c'est important, il ne faut pas l'oublier parce qu'un journal, on le paye. » Bien vu, monsieur le professeur, on ne sait pas s'il aura dit ça parce qu'on n'était pas très très loin. Un peu plus tard dans la matinée, le groupe s'est divisé en trois pour créer leur propre une, rien qu'à eux. Le premier groupe devra mettre des mots sur une image, les autres dessinés selon cette même source, le troisième est chargé de s'entraîner à écrire. Je peux vous dire que les petits écoliers pendant toute la matinée n'ont vraiment pas chômé.
La première image, c'est celle d'un hélicoptère déversant de l'eau sur une forêt enflammée. Pour certains, trouver les mots est aisé, pour d'autres, ça se complique fortement. Romain, l'instituteur, il nous confiait en aparté que le but, c'était de les habituer au contact des médias, de l'information, des images qu'on décrypte, le fameux poids des mots, le choc des photos. Car certains, en fait, les élèves de 5 ans n'ont jamais vu un journal papier à la maison, n'ont jamais regardé les informations et n'ont jamais décrypté les actualités. À la fin de la journée, chaque élève aura fait sa une à partir d'une dépêche de l'AFP.
Et puis tout cela va se retrouver collé sur les murs de la classe pour tout le reste de l'année. Et puis nous, ici à la rédaction, en fait, on espère qu'on en retrouvera un ou deux dans la rédaction en stage de 3ème, les fameux stagiaires de 3ème.
– Merci beaucoup Delphine, merci d'avoir été avec nous un week-end de foot sans arbitre officiel. C'est à la une de votre journal. Merci Delphine. – Merci. – Belle initiative, cette semaine de la presse à l'école. Voilà, on n'en dit pas un petit mot, allez, on enchaîne. On continue, c'est parti, on va faire l'actualité politique et l'actualité au Sénat, notamment, puisque ça se rejoint, Steve, c'est le Sénat qui a entamé hier l'examen de la proposition de loi pour durcir la justice des mineurs.
– Texte porté par Gabriel Attal, adopté par l'Assemblée nationale mi-février. L'une de ces idées phares, c'est de responsabiliser les parents de mineurs délinquants. L'objectif est de les inciter à assumer davantage leur responsabilité, selon les mots de l'ancien Premier ministre. Hier soir, en séance, c'est Gérald Darmanin qui a parlé au nom du gouvernement. Il a fait un point sur la situation actuelle, écoutez.
– Chacun mesure combien notre société est actuellement
confrontée à une délinquance des mineurs toujours plus prégnante. Des situations de plus en plus violentes qui heurtent et qui ne sont en aucun cas tolérables.
– Et l'autre grand axe du texte, c'est de durcir la réponse pénale à l'égard des mineurs délinquants.
– Cela passerait notamment par la parution immédiate de ces mineurs délinquants. Aujourd'hui, le jugement d'un mineur se fait en deux temps. Audiences de culpabilité, puis plus tard, audiences de sanctions. Gabriel Attal souhaite raccourcir les délais, mais ce nouveau dispositif ne convainc pas le rapporteur de la Commission des lois. Écoutez.
– Je voudrais faire remarquer à cette Assemblée, puisque souvent les faits divers illustrent les démarches, que celui qui a agressé un rabbin à Orléans, où est-il ce soir ? Il dort en prison, et il sera jugé dans trois semaines. C'est bien la preuve que la comparution immédiate n'est pas un outil nécessaire, que la comparution n'est pas un outil nécessaire, puisque l'audience immédiate permet de répondre efficacement à la délinquance de ces jeunes.
– Le dispositif a été supprimé en commission des lois, puis réintroduit en séance. La majorité sénatoriale a même élargi le dispositif de la comparution immédiate aux mineurs de plus de 15 ans contre 16 ans dans le texte voté à l'Assemblée nationale. La question de l'âge, oriane, ce n'est pas du tout anecdotique. Enjeu, tout simplement, la constitutionnalité du texte. Écoutez.
– En réalité, vous venez de supprimer la justice des mineurs, purement et simplement. Voilà pourquoi je donne un avis défavorable. Vous le voterez, vous en prendrez la responsabilité. Quand le Conseil constitutionnel vous renverra à vos chères études, nous verrons ce qu'il en est.
– La gauche qui accuse la majorité sénatoriale de faire de la communication politique autour de cette loi et cette bonne ambiance devrait se poursuivre ce soir, oriane. L'examen du texte va continuer au programme. Deux grandes mesures qui vont faire débat, les sanctions pour les parents de délinquants mineurs et la dérogation à l'excuse de minorité.
– Merci Steve. On voit effectivement des positions divergentes sur ce texte au sein même de la majorité sénatoriale et au sein même des Républicains. Sur un texte dont on s'attendait plus tôt, est-ce qu'il fasse consensus tant il reprend la ligne des Républicains d'un germain ?
– Oui, mais il est très politique. Et là-dessus, la position du rapporteur Francis Pitzer est assez juste en droit. C'est-à-dire qu'en effet, il y a un principe fondamental reconnu par les lois de la République, révélé par le Conseil constitutionnel, qui considère qu'il doit y avoir une spécificité de la justice des mineurs. Cette spécificité-là, avec une atténuation de la responsabilité, si jamais vous mettez en place les dispositions qui ont été votées, ce n'est pas certain, mais il est quand même très probable que le Conseil constitutionnel regarde ça d'un œil torve et censure tout ou partie du dispositif.
Et donc derrière, ça veut dire que l'efficacité de votre nouvelle disposition, elle sera nulle puisqu'elle aura disparu. En revanche, du point de vue politique, surtout en pleine campagne interne au sein des Républicains, on est évidemment sur quelque chose qui est fondamentalement signifiant. Donc les deux logiques sont différentes. D'un côté, vous avez une logique d'efficacité et, je dirais, de modification logistique. De l'autre côté, vous avez une logique de signal politique.
Et donc, par définition, ça crée des bisbilles sous un œil qui va être un œil, évidemment, plutôt rigolard d'une partie de l'opposition sénatoriale et de la gauche qui se rend compte que ça clive au sein même de la majorité.
On va revenir sur la constitutionnalité. Benjamin, on a évidemment envie d'avoir votre regard sur l'angle plus politique. On pouvait s'attendre à de telles divisions au sein des Républicains sur un texte qui reprend la ligne des Républicains ?
Alors, déjà, cette division, en réalité, elle est assez circonscrite. C'est une minorité à l'air, vraiment, qui s'est opposée à cette disposition. Francis Piner, il ne faut pas oublier non plus que c'est un avocat. L'institution judiciaire est une institution qui est assez conservatrice. Les avocats ne veulent pas, effectivement, voir trop d'évolution dans l'arsenal judiciaire parce que ça pourrait porter atteinte, effectivement, à la liberté de client, par exemple. Donc, par principe, effectivement, la position de Francis Piner n'est pas totalement surprenante. Ensuite, Francis Piner, il ne faut pas oublier non plus qu'il est prétendant à la mairie de Paris.
Ce n'est pas quelqu'un non plus d'extrêmement connu du grand public, si ce n'est pour les affaires dans lesquelles il a travaillé. Sa position, c'est aussi une position frontale contre Gabriel Attal. Même si Gabriel Attal, pour l'instant, a exclu de se présenter à Paris, il va y avoir un vote cet été chez Renaissance pour savoir qui sera soutenu pour la mairie de Paris. On ne doute pas qu'il soutienne plutôt la frange Rachida Dati. Ce n'est pas du tout la frange Francis Piner. Donc, Francis Piner, politiquement, il fait un coup. Il se fait connaître du grand public.
Il fait un coup, mais est-ce qu'il fait un coup en se détachant autant de la ligne des Républicains ? Est-ce que, politiquement, ça ne peut pas lui revenir en bonbranche ?
Au Sénat, ce n'est pas pareil non plus. Au Sénat, il y a des positions un peu plus individuelles. Il y a le droit à la discussion. Et en soi, c'est aussi du parlementarisme. C'est ce qui se passe aussi à l'Assemblée nationale. Regardez sur la réforme des retraites en 2023. C'était avant qu'on soit dans la situation dans laquelle on est aujourd'hui, avec vraiment une absence totale de majorité. Mais à l'époque, les Républicains se sont déchirés à l'Assemblée nationale pour savoir s'il fallait passer à 64 ans, pour savoir s'il fallait avoir des dispositifs sur les carrières longues, etc. Donc, finalement, chez LR, déjà, c'est une habitude d'avoir des positions individuelles.
Et au Sénat, ce n'est pas quelque chose de très étonnant.
– Sur la constitutionnalité, puisqu'il y a un débat, évidemment, sur ce sujet, et sur est-ce que le Conseil constitutionnel va retoquer les mesures, notamment la mesure qui a été votée, alors pour le coup, qui a été durcie hier soir par rapport à la version initiale du texte de Gabriel Attal, c'est la comparution immédiate pour les mineurs, non pas de 16 ans, mais de 15 ans. Et on a entendu Francis Piner, il dit, ça ne passera pas le Conseil qu'on cite. Il y a une chance, il y a un risque que ça ne passe pas le Conseil qu'on cite, Benjamin ?
– Il y a un risque que ça ne passe pas, en effet, les fourches codines du Conseil constitutionnel. Il y a un principe fondamental reconnu par la loi de la République. Un principe fondamental reconnu par la loi de la République, c'est un objet jurisprudentiel que dégage le Conseil constitutionnel. Pour faire simple, ce principe implique la spécificité de la justice des mineurs, avec plusieurs piliers, une spécificité organisationnelle, l'éducation qui doit permettre la réinsertion, et finalement, une atténuation de la responsabilité des mineurs. Donc, ça implique que vous ayez une différenciation de cette justice des mineurs. Là, qu'est-ce qui se passe ?
On aligne de manière extrêmement claire le régime des mineurs sur le régime général. Alors, on peut toujours modérer un droit. Un droit, il n'est pas absolu. On peut évidemment jouer sur ensuite son application. Mais à quel moment le fait de jouer, de le modérer, justement, le fait effectivement disparaître ? C'est ça la marge d'appréciation.
– À quelques mois, parce que c'est ce que disait Francis Piner hier, si le seuil avait été à 16 ans, il y a discussion. Mais là, comme le seuil est descendu à 15 ans, ça ne passera pas le conseil constitutionnel. Ça se joue à quelques mois ?
– Ça peut se jouer à quelques mois. Souvent, c'est très symbolique. On a des débats en matière de constitutionalité, souvenez-vous, également pour la rétention de sûreté. C'est la même chose. C'est-à-dire, jusqu'à quel moment vous augmentez, vous augmentez, et à quel moment vous passez un seuil symbolique, politique, constitutionnel, qui conduirait à considérer que là, ça a été trop loin et que vous portez atteinte de manière excessive à un droit, voire même que vous l'évidez de sa substance. C'est cette question qui va se poser. Et là, pour l'instant, on ne peut pas être certain de ce que décidera le conseil constitutionnel.
Ce qui est certain, c'est que plus on aligne la chose, plus on prend le risque de l'inconsalité. C'est quelque chose qui avait été vu dès le dépôt de la PPL. Le défenseur des droits avait déjà fait un petit rapport pour dire « Attention, il y a des dangers en matière de constitutionnalité. » Donc là, très très clairement, la version qui sortira du Sénat prend de gros risques devant la rue de Montpensier.
Et il y a une volonté aussi très politique de la part de Gabriel Attal sur ce texte, Lou, d'affirmer sa ligne et d'afficher sa fermeté, ses positions ?
Alors sur ce texte, ce qui a été souligné par plusieurs personnes chez Renaissance, c'est que Gabriel Attal a vraiment fait fonctionner le téléphone portable. Il a requis le plus de présence possible dans l'hémicycle, ce qui est une singularité. C'est-à-dire que vraiment, c'est le moment où il s'est le plus mobilisé sans doute. C'est un moyen pour lui effectivement d'exister dans un moment politique où il n'est pas très présent. Alors il a fait son rassemblement lundi soir justement à Paris de représentants européens pour essayer de rattraper le wagon international.
Mais c'est vrai que ce n'est pas un moment politique facile pour lui, d'autant plus qu'à côté de ça, sur l'écriture du texte, nombreux dans l'ex-majorité dans le camp présidentiel lisant le texte se sont rendu compte qu'effectivement, ce n'était pas très bien écrit, qu'il y avait de grandes chances que ce soit en partie censuré par le Conseil constitutionnel, ce qui est assez habituel en réalité quand vous regardez les textes présentés par Renaissance. Donc Gabriel Attal, oui, est dans un moment particulièrement compliqué.
– Et l'examen de ce texte au Sénat, il intervient quelques jours après l'agression du rabbin d'Orléans. Le suspect est un mineur âgé de 16 ans hier soir. À Orléans, justement, un rassemblement s'est tenu en soutien au rabbin. Et après cette attaque, Bruno Retailleau va demander au préfet de sécuriser les lieux de culte juifs. Et cette question de l'antisémitisme, elle était au cœur des questions d'actualité au gouvernement hier à l'Assemblée. On voit ça avec Jérôme Rabier.
– Ils sont plus d'un millier à s'être réunis en silence à Orléans pour dénoncer l'agression subie samedi par un rabbin et dire stop à la hausse des actes antisémites. Au milieu de la foule, le maire d'Orléans espère une prise de conscience.
– Il faut que ce message soit entendu et pas que ce soit une nouvelle marche silencieuse et puis on va passer encore à autre chose et puis il y a encore des événements graves et puis on refera des marches. Non, ça va, ça va là. Là, ça va.
– Plus tôt dans l'après-midi, l'agression était aussi à l'ordre du jour des questions d'actualité à l'Assemblée. Interrogées sur la responsabilité de certains politiques, le ministre de la Justice a ciblé la France insoumise.
– Vous avez raison de dire que des discours politiques et des attitudes politiques mènent à l'atmosphère parfois du passage à l'acte et nous le regrettons. Et il est vrai que certains dirigeants de la France insoumise ont de l'ambiguïté, ont un problème avec l'antisémitisme.
– La chef de file des députés insoumis, Mathilde Panot, a rejeté les accusations et dénoncé les amalgames qui mènent à ces actes.
– Il est intolérable que des Français, parce que juifs, puissent être tenus responsables de la politique génocidaire de Netanyahou à Gaza. Comme il est dangereux d'instrumentaliser la lutte nécessaire contre l'antisémitisme pour réduire au silence les voies de la paix comme une arme dirigée contre vos adversaires.
Les actes antisémites ont explosé en France depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 et la guerre menée par Israël à Gaza. Plus de 60% des actes anti-religieux recensés en 2024 touchent la population de confessions juives, alors qu'ils ne représentent qu'un pour cent de la population française.
– C'est plus par exemple. – Et nous, on l'a vu et on le voit depuis malheureusement cette nouvelle agression antisémite, cette passe d'armes entre l'exécutif et la France insoumise et Gérald Darmanin qui a redénoncé hier les ambiguïtés de la France insoumise.
– Oui, c'est devenu un sujet… En fait, ce qui est grave, c'est que c'est un sujet qui ne devrait pas être politique, c'est un sujet plutôt consensuel. En l'occurrence, c'est devenu un sujet politique et c'est vrai que la France insoumise, sur ce genre de créneau, n'est jamais en reste.
– Benjamin. – Oui, on a en effet quelque chose qui relève aujourd'hui d'une forme de positionnement politique.
Pour la France insoumise, il y a la volonté à la fois de ne pas donner, de ne pas ouvrir le flanc à ses attaques et en même temps, parfois de laisser une forme d'ambiguïté parce que derrière, il y a des enjeux, il ne faut pas se mentir, de mobilisation électorale et cette logique de mobilisation électorale les oblige à marcher sur un fil de l'autre côté des autres camps politiques et à la fois une obligation morale qui apparaît comme étant celle de devoir dénoncer et en même temps, il y a un usage politique, un effet de levier pour montrer qu'en la matière, la lutte qui est la lutte contre un phénomène qui évidemment fait consensus dans la manière dont il faut se battre contre lui peut également être déplacée sur le terrain de la politique politicienne et donc ça fait aujourd'hui, et je rejoins tout à fait ce qui a été dit, que quelque chose qui devrait nous réunir nous divise.
– Juste une chose là-dessus, c'est que c'est quand même vraiment les insoumis les plus bruyants qui en parlent mais au sein de la France insoumise, de la gauche en général mais au sein de la France insoumise quand même, le sujet commence à monter et il y a beaucoup d'élus qui en ont marre d'être amenés à ces questions-là et dont on ne peut pas douter de l'opposition à l'antisémitisme. C'est vrai que c'est sans doute un sujet qui pourrait à terme fracturer aussi la gauche dans la durabilité et en vue de la présidentielle.
C'est vrai que pour l'instant, on n'arrive pas trop à savoir quelle dynamique est en train de prendre le pas, est-ce que c'est la dynamique communautaire ou est-ce que c'est une dynamique finalement, un retour peut-être pas à l'universalisme mais en tout cas, quelque chose de moins clientélisé. On a encore deux ans devant nous.
– Et du coup, est-ce que vous arrivez à savoir, nous, électoralement parlant, puisqu'il y a cette question-là, est-ce que c'est bon ou mauvais pour la France insoumise ?
– Alors après, si c'est s'emparer du sujet de l'antisémitisme pour parler du conflit israélo-palestinien, pour justifier une lecture, une grille de lecture qui est vraiment entre dominant et dominé, qui est très sociologisante et très gile de l'euse, alors effectivement, c'est vrai que ça peut fonctionner dans certains territoires, encore que regarder les municipales à Villeneuve-Saint-Georges, même si Louis Boyard a fait un bon score, honnêtement reconnaissant, il a fait un bon score, ce n'était pas du tout une claque pour LFI, ça n'a pas été suffisant.
L'enjeu pour LFI, c'est un peu comme pour le Rassemblement national sur ce point, c'est d'aller chercher les abstentionnistes, les abstentionnistes dans les banlieues, les abstentionnistes dans les quartiers dans une population minoritaire et issue de l'immigration. Leur pari, c'est aussi un pari démographique, quels seront les futurs électeurs, ceux qui ont aujourd'hui 15-16 ans, qui auront pile l'âge de voter en 2027. Mais il n'y a aucune assurance, vraiment c'est un pari sur l'avenir, et c'est peut-être un pari, selon les experts dans le milieu politique, on est plutôt à un pari qui pourrait fonctionner d'ici 2032, 2027 c'est peut-être un peu tôt.
– Déjà, il y a quand même un effet, c'est-à-dire qu'on voit un effet de surmobilisation dans les banlieues sur une partie de l'électorat. Est-ce que c'est vraiment, et c'est peut-être la faiblesse, est-ce que c'est vraiment ce discours-là qui permet de surmobiliser ? Ce n'est pas tout à fait évident, mais force est de constater que malgré tout, il y a un effet, il y a deux faiblesses par rapport à ça. C'est d'abord, comment est-ce que vous élargissez l'électorat ?
Jusqu'à présent, Mélenchon, il est plutôt bien parvenu, c'est-à-dire que six mois avant une élection présidentielle, ce type de discours assez radical, beaucoup plus républicaine au sein de la FI, ce qui permet de passer de 10% d'un électorat très mobilisé à 15%, à 20%, c'est ce qui se passe en 2022. La deuxième limite à ça, c'est que c'est un électorat qui est très géographiquement localisé.
Et donc, ça peut vous permettre de faire un bon score aux présidentielles, mais pour une élection législative notamment, ça vous permet de faire des super premiers tours gagnés d'avance dans certaines circonscriptions, mais ça ne permet pas d'élargir au-delà de ces circonscriptions en question, ce qui nécessite pour la France insoumise d'avoir des alliés pour aller gagner des circots dans le périurbain, des circots dans le rural, des circots y compris en centre-ville, avec des députés qui aujourd'hui apparaissent comme étant de plus en plus radioactifs pour une partie de la gauche et une partie des électeurs.
Et un tout dernier écueil aussi, c'est que la France insoumise est aussi un parti très progressiste sociétalement, aller chercher des populations issues de l'immigration et souvent très religieuses et pieuses. Ce n'est pas vraiment… Enfin, vouloir parler de la lutte LGBT, ce n'est vraiment pas un sujet qui… Non seulement c'est un sujet dont ils se contrefichent, mais c'est un sujet en plus qui peut les rebuter. Donc, il y a aussi une ligne de crête à tenir qui pour l'instant tient, mais ce n'est pas certain, ce n'est pas dit que ça continue.
Et un peu plus de 100 jours que François Bayrou est à Matignon. Hier, le RN l'a attaqué sur l'inertie, sur l'immobilisme de son gouvernement, un immobilisme dont se défend Sophie Prima, la porte-parole du gouvernement, qui était notre invitée. Il y a quelques minutes, on l'écoute.
La France a un budget aujourd'hui, elle peut fonctionner et repartir. Nous avons fait voter un budget pour la sécurité sociale et donc le principal est acquis. Depuis, nous sommes sur des chantiers que le Premier ministre a décrits dans sa lettre au président de groupe des assemblées et au président des assemblées, des chantiers qui sont des chantiers structurants, la réforme de l'État, la simplification, l'éducation. Il ne faut pas de nouveaux projets. Il faut aller au bout des problématiques qui sont des problématiques qui répondent au quotidien des Français. Pour répondre à peu.
Lou, immobilisme ou le gouvernement, compte tenu d'une majorité restreinte, fait ce qu'il pouvait ?
Honnêtement, je dirais plutôt que le gouvernement fait ce qu'il peut et surtout, les attaques en immobilisme, regardez d'où elles viennent. Elles viennent d'abord d'Edouard Philippe dans le Figaro. Ce n'est pas la première fois d'ailleurs qu'il attaque François Bayrou, merci, sur ce point très spécifiquement. Les deux ont eu des passes d'armes ces dernières semaines, justement sur le sujet de l'immobilisme. François Bayrou attaquant ensuite Edouard Philippe en disant c'est anti-national, etc. Donc il y a un petit règlement de compte et chez Horizon, chez les élus Horizon, il y a une petite musique qui monte effectivement pour dire regardez, le gouvernement ne fait pas grand-chose.
Ce qu'il reproche au gouvernement, c'est de ne pas avoir de grands projets de loi gouvernementales et de travailler à partir de propositions de loi. C'est vraiment une querelle picrocoline, sachant qu'en plus, on est vraiment en train de basculer dans un nouveau paradigme, beaucoup plus parlementaire. Donc que les propositions de loi, les textes de loi proviennent des chambres, ce n'est pas complètement illogique puisqu'il faudra qu'il y ait des majorités pour les adopter. Regardez le gouvernement qu'on a. C'est un gouvernement de personnalité forte avec des opinions différentes et donc une impossibilité finalement, oui, de lignes claires et de fils conducteurs.
Mais ça, c'était possible quand il y avait une majorité absolue ou même une majorité relative. Aujourd'hui, ce n'est pas possible d'avoir une ligne comme Michel Barnier a essayé de tenir. Il est tombé au bout de trois mois. Donc François Bayrou, d'un point de vue en plus plus politique, politicien, c'est très malin. C'est-à-dire qu'il est le fusible du président de la République et devant lui, il a une vingtaine de fusibles parce que ce sont tous des ministres forts, des personnalités fortes qui ont leur petite guéguerre entre eux mais qui ne portent pas atteinte finalement à la conduite des quelques mesures gouvernementales qui sont en train d'être examinées. Benjamin ?
Oui, il ne peut rien se passer de profondément révolutionnaire durant les deux prochaines années sauf dissolution quand même elle mènerait à une majorité. Tout bêtement parce que quand vous n'avez pas de majorité vous ne faites pas passer de grands textes. Déjà, Gabriel Attal, quand il était Premier ministre, n'avait pas un programme législatif qui pouvait faire rêver tout bêtement parce qu'il avait très très bien compris que les dernières grandes lois qui avaient été votées par le gouvernement de Borne, les retraites, l'immigration, avaient été extrêmement compliquées. Et donc on a aujourd'hui une forme de paralysie parlementaire.
On a en effet des propositions de loi mais c'est des palliatifs. C'est-à-dire qu'il s'agit malgré tout d'occuper le Parlement dans une période où justement le gouvernement n'a pas les moyens de nourrir la bête. De l'autre côté, eh bien, que dit ici Édouard Philippe ? Mais que dit également Laurent Wauquiez l'autre jour au QAG ? Il dit, écoutez, vous êtes un gouvernement qui ne sert à rien. Derrière, quelle est l'idée ? C'est l'idée que dans deux ans, d'ailleurs Édouard Philippe le disait très clairement il y a un mois, dans deux ans, il y aura un gouvernement qui servira à quelque chose parce que nous, nous incarnerons quelque chose. Nous, nous pourrons gouverner.
Donc, ce n'est pas tant François Bayrou qui est visé. Ce qui est visé, c'est un immobilisme actuel pour envisager demain une capacité à reprendre le contrôle et jurer, essayer d'être en opposition avec le gouvernement actuel tout en étant dans la majorité. Ça va être le grand mantra de tous les présidentiables venant du socle commun pendant deux ans. Il faut à la fois ne pas faire tomber le gouvernement, certes, mais en même temps, il faut s'indistinguer. En même temps, il faut montrer que ce qui se passe là ne sera pas ce qui se passera demain pour essayer d'incarner une forme d'alternance interne. Et pour ça, François Bayrou aura le dos large. Il va falloir le critiquer.
Il va falloir montrer que là-dessus, il ne fait rien pour montrer que demain, eux feront. C'est très classique, mais évidemment, quand on est François Bayrou, ça ne nous aide pas à gouverner dans une situation de majorité relative, de majorité extrêmement étriquée pour ne pas dire extrêmement remuante. Et donc, c'est quand même un facteur d'instabilité.
Et d'autant que le gouvernement Bayrou est sous la menace de censure venue de la gauche, mais aussi du rassemblement national. Écoute, ce matin, le vice-président du Rassemblement national, Sébastien Chenu, il était sur TF1.
Les retraites et le plan pluriannuel de l'énergie, deux sujets fondamentaux qui concernent le quotidien des Français. Eh bien, si le gouvernement refuse de passer devant le Parlement sur le plan pluriannuel de l'énergie ou si le gouvernement enterre une quelconque réforme des retraites, eh bien, nous avons là deux beaux sujets qui permettraient de censurer.
On a l'impression, Lou, que le Rassemblement national agite la menace de la censure, mais qu'il a un peu du mal à déclencher le bouton.
C'est-à-dire que, déjà, le Rassemblement national, s'il dépose une motion de censure d'emblée, comme il peut le faire une fois par session parlementaire, personne ne va la voter. C'est une règle dans les autres groupes. Si, sur un texte où un 49.3 est activé, il dépose une motion de censure, pareil, personne n'ira voter sa motion de censure. Donc, il est obligé de compter sur les motions de censure adverses, donc sur des sujets, finalement, sur lesquels il peut rejoindre la gauche, donc les retraites, par exemple, effectivement, est à agiter la menace d'une motion de censure sur la loi de programmation pluriannuelle de l'énergie.
C'est plutôt, moi, ce que j'entends au RN, sur un potentiel projet de loi de finances rectificatif que ça pourrait se déclencher. Et là, c'est vrai que s'il y en a un, ce qui pourrait tout à fait arriver parce que la situation budgétaire est catastrophique, que le conclave sur les retraites ne donne rien ou que François Bayrou refait des sorties telles qu'il en a fait et braquant les socialistes. Là, il y a un vrai danger pour le gouvernement. C'est beaucoup de si, quand même.
Et est-ce que le RN a politiquement intérêt à la censure ? Il n'y a pas de dissolution possible ? Marine Le Pen va connaître son avenir politique la semaine prochaine. Elle sera peut-être jugée inéligible. Est-ce que c'est le moment pour le RN d'agiter ses menaces de censure ?
Pour l'instant, personne n'a intérêt à une censure. Du côté du RN, il n'y a pas forcément intérêt à la censure parce qu'aujourd'hui, son électorat la réclame quand on regarde les enquêtes, mais la réclame beaucoup plus timidement qu'au mois de décembre. Ce qui a poussé le RN à y aller, c'est qu'en effet, il y avait une pression de leur électorat. Là, cette pression n'existe pas. Il n'y a pas vraiment d'éléments accrocheurs dans l'opinion. Et vous ne faites pas, quand vous voulez vous crédibiliser, tomber un gouvernement en pleine crise internationale. Politiquement, c'est totalement antistratégique.
Du côté des socialistes, on n'a pas non plus intérêt à faire tomber le gouvernement en plein congrès, si vous voulez. Le problème, en effet, il vous l'a évoqué, c'est que vous avez un François Bayrou qui a une politique de communication somme toute assez erratique. Et donc, pour que vous ne soyez pas censurés, encore faut-il donner à vos oppositions des raisons de ne pas vous censurer. Quand vous faites exposer le conclave qui est justifié pour les socialistes en interne qu'on ne vous censurait pas, évidemment, ça devient plus problématique. Donc, il faut bander les muscles, il faut montrer qu'on s'oppose et qu'on est des vrais opposants.
Par ailleurs, les tiraillements au sein de la majorité font que le RN ne peut pas être et il faut donner le sentiment qu'en effet, l'opposition est plus radicale. Pour l'instant, personne n'a intérêt à ce que ça tombe. Donc, on peut penser que, sauf gaffe monumentale, ça tiendra. Dans quelques mois, on verra. La question, c'est qui aurait intérêt à une dissolution ? Clairement pas les socialistes qui se retrouveraient en opposition avec une partie de la gauche et qui feraient acquérir une grande partie de leur groupe. Le RN, pas forcément.
Ils sont dans une position plutôt favorable en vue de 2027 et le fait de détenir une majorité à un an d'une élection en pleine période de cohabitation et de restrictions budgétaires ne seraient pas non plus forcément pour eux un rêve. Donc, ça peut tenir relativement longtemps sauf encore une fois accident de l'histoire, accident de communication et les derniers mois n'en ont très beaucoup.
Merci beaucoup à tous les deux. Vous restez avec nous. On termine comme tous les jours en regardant la une de nos quotidiens régionaux. Et s'y va la une de la presse régionale, l'affaire du petit Émile ?
S'approche-t-on de l'heure du dénouement ? C'est la question que pose la Provence ce matin. L'enquête sur la mort du petit garçon a connu hier un rebondissement spectaculaire avec le placement en garde à vue pour homicide volontaire de ses grands-parents maternels ainsi que d'un oncle et d'une tante. Aujourd'hui, c'est toute une région qui est dans la super, nous dit la Provence.
L'heure des grandes manœuvres pour notre défense.
À la une du Béry républicain qui se demande comment l'effort de guerre demandé par le chef de l'État se matérialise sur le terrain. Dans la ville de Bourges, plusieurs entreprises sont déjà en ordre de bataille entre augmentation des cadences et enjeux de souveraineté. Le journal consacre un gros dossier à cette nouvelle ère pour notre défense nationale.
Une bonne nouvelle, l'Éducation nationale recrute.
L'Académie d'Amiens a organisé hier son premier forum des métiers de l'éducation. Le courrier Picard revient sur cet événement et nous dit que des offres d'emploi à tant de preneurs. Hier mardi, 117 offres étaient en ligne sur le site de l'Académie d'Amiens. Le forum était aussi l'occasion de rappeler que devenir prof d'ici à septembre, c'est possible, même si vous avez fait des choses complètement différentes dans votre vie jusque-là, Aurélien.
Le Covid long à la une également.
Cinq ans après le syndrome reste encore inexpliqué et difficile à traiter. Les DNA se penchent sur ces patients dont la vie est un enfer depuis maintenant plusieurs années. Faiblesse musculaire, troubles de l'attention, anxiété. Beaucoup ont vu leur vie ralentir à partir de mars 2020. Témoignage à lire dans votre journal.
La Bretagne,
Nouvelle-Eldorado. Oui, la région, pourquoi vous rigolez ?
Heureusement que j'ai regardé avant.
J'ai volé les fiches. Normalement, je donne des fiches et j'ai oublié les fiches. Effectivement, la Bretagne, Nouvelle-Eldorado, la région qui suscite l'appétit de certains grands groupes qui cherchent de l'or. Le Télégramme parle d'une véritable rue et vers l'ouest, un groupe canadien souhaite sonder le sous-sol breton pourrait trouver ce métal précieux. Plusieurs zones ont été identifiées et Bercy pourrait se prononcer rapidement sur ces demandes, Aurélien.
Voilà, on y est arrivé. Merci beaucoup. Merci Steve. Merci beaucoup, Lou Frittel, d'avoir été avec nous et merci Benjamin. Merci à vous. À très vite évidemment à tous les deux. Merci à tous de nous avoir suivis à 15h. Vous suivrez évidemment en direct les questions d'actualité au gouvernement, au Sénat et puis à 18h, vous avez rendez-vous avec Thomas et pour Sens Public. Très bonne journée. À demain. Le concours général agricole vous a présenté le Club des Territoires. La presse quotidienne régionale et les télévisions locales vous ont présenté le Club des Territoires. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
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François Bayrou