Conférence de presse du Président Emmanuel Macron à l’issue du Conseil européen.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 10:01FerméeRéponse partielle
Sur les avions pour l'Ukraine : les livrez-vous à court/moyen terme ?
- 12:01RelanceRéponse directe
Position commune européenne sur les avions pour l'Ukraine ?
- 14:01OuverteRéponse directe
Craignez-vous une aggravation des protestations contre la réforme des retraites ?
- 16:01OuverteRéponse directe
La réponse européenne à l'IRA est-elle assez puissante face aux 400 milliards de dollars américains ?
- 18:01OuverteRéponse directe
Avez-vous cédé aux gouvernements conservateurs sur la migration ?
- 20:01OuverteRéponse directe
Rencontre avec Meloni sur l'immigration ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:15Emmanuel MacronChiffre
« Les Européens sont les premiers soutiens à l'Ukraine, avec une assistance totale de plus de 67 milliards d'euros »
- 0:30Emmanuel MacronChiffre
« 12 canons CAESAR supplémentaires seront également livrés à l'Ukraine et 150 militaires français déployés en Pologne pour former des soldats ukrainiens »
- 0:45Emmanuel MacronFait
« La décision prise conjointement en fin de semaine dernière avec l'Italie, de fournir un système de défense antiaérienne SAMP/T-Mamba »
- 3:00Emmanuel MacronFait
« Les transitions écologique et numérique, la réduction de nos dépendances stratégiques, l'inflation, les prix de l'énergie et la concurrence parfois déloyale »
- 3:30Emmanuel MacronFait
« Nous avons, je crois, tous partagé les constats et réitéré ces derniers dans nos conclusions »
- 4:00Emmanuel MacronFait
« La communication qui a été publiée il y a quelques semaines a véritablement permis une grande avancée »
- 6:00Emmanuel MacronFait
« Il est également ambitieux dans le déploiement d'une stratégie commune pour les micro conducteurs, les batteries, les matières premières critiques »
- 8:00Emmanuel MacronFait
« Notre priorité reste l'adoption rapide du pacte sur la migration et l'asile, et tout doit être mis en œuvre pour avoir ce couple responsabilité et solidarité maintenu »
- 8:30Emmanuel MacronFait
« Les plans d'action qui ont été élaborés pour la Méditerranée centrale et pour les Balkans occidentaux sont pertinents »
- 11:00Emmanuel MacronFait
« Dans aucun cas des avions de chasse ne peuvent être livrés dans les semaines qui viennent, parce qu'il y a des délais de formation, de livraison, et de formation incompressible »
- 13:00Emmanuel MacronFait
« La discussion s'est concentrée sur les besoins de court terme pour résister et mener les opérations envisagées dans les prochaines semaines et les prochains mois par l'armée ukrainienne »
- 15:00Emmanuel MacronFait
« Je souhaite, d'abord, que le travail puisse se poursuivre au Parlement, à l'Assemblée puis au Sénat »
- 19:00Emmanuel MacronFait
« Nous pouvons le faire sans avoir un débat sur l'argent nouveau, parce que nous n'avons pas mobilisé tout ce que nous avons déjà décidé, y compris comme dette commune pour l'avenir »
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Le Conseil européen de ce jour a donc débuté par une rencontre historique avec le président Zelensky, qui effectuait son premier déplacement à Bruxelles depuis le 24 février de l'année dernière. Il nous a fait l'amitié de se rendre à Paris hier, où nous avons pu échanger avec lui et avec le chancelier Scholz. Comme nous l'avons fait hier soir à Paris avec le chancelier, nous avons marqué auprès du président ukrainien, en Européens, notre détermination à poursuivre notre soutien sans relâche, dans la durée et en lien avec l'ensemble de nos alliés, pour aider l'Ukraine à gagner la guerre.
Les Européens sont les premiers soutiens à l'Ukraine, avec une assistance totale de plus de 67 milliards d'euros, et sauront rester à la hauteur des enjeux. À cet égard, nous poursuivrons activement notre soutien aux forces armées ukrainiennes. La décision prise conjointement en fin de semaine dernière avec l'Italie, de fournir un système de défense antiaérienne SAMP/T-Mamba répondra pleinement aux besoins pratiques exprimés par l'Ukraine. 12 canons CAESAR supplémentaires seront également livrés à l'Ukraine et 150 militaires français déployés en Pologne pour former des soldats ukrainiens.
Nous continuerons également notre politique de sanctions face à cette agression injustifiée de la Russie avec, là aussi, de prochaines mesures qui seront prises. Nous avons également exprimé notre soutien aux initiatives ukrainiennes de paix, en particulier le plan de paix en 10 points présenté par le président Zelensky, et notre unité pour lutter contre l'impunité des crimes commis en Ukraine. Sur ce sujet, je pense que cette rencontre aujourd'hui était importante.
Elle a ensuite donné lieu à plusieurs échanges bilatéraux avec plusieurs collègues du Conseil et le président ukrainien. Ce conseil, ensuite, a été l'occasion d'un échange dense sur la situation économique de notre continent. Il faisait suite à ce que nous avions souhaité lancer dès le mois de décembre dernier, suite à ce que nous avions soulevé lors de la visite d'État à Washington, c'est-à-dire la nécessaire réaction que les Européens devaient avoir face à la politique américaine dite de l'Inflation Reduction Act.
Sur ce volet, je veux ici saluer la grande qualité du travail produit par la Commission. La communication qui a été publiée il y a quelques semaines a véritablement permis une grande avancée. Nous avons, je crois, tous partagé les constats et réitéré ces derniers dans nos conclusions.
Les transitions écologique et numérique, la réduction de nos dépendances stratégiques, l'inflation, les prix de l'énergie et la concurrence parfois déloyale nous conduisent à devoir réagir avec beaucoup de force. Donc c'est ce travail qui est une nouvelle étape, par les échanges et les conclusions de ce soir, en validant les grands axes de la communication de la Commission européenne, et d'abord un des éléments de simplification des formalités et de nos dispositifs existants, notamment les aides d'État, pour permettre de soutenir au bon niveau nos secteurs stratégiques, notamment pour contrer les risques de délocalisation. C'est un volet accélération et simplification de notre réponse.
Il est également ambitieux dans le déploiement d'une stratégie commune pour les micro conducteurs, les batteries, les matières premières critiques, et maintenant les technologies indispensables à la transition verte et dans l'établissement de critères de soutenabilité pour la commande publique en Europe. Ce texte rappelle aussi l'urgence du chantier de la réforme du marché de l'électricité, qui demeure une priorité commune. C'est l'ensemble des piliers sectoriels de cette approche.
Ce plan est équilibré parce qu'il prévoit des financements publics immédiatement disponibles, qui permettront à chaque État membre d'agir autant que de besoin. Nous nous appuierons, en cela, sur les fonds qui existent déjà, notamment la relance européenne et nos outils de soutien à l'investissement, qui seront flexibilisés pour être directement à la disposition des États membres. La Banque européenne d'investissement participera également à cet effort, tout comme le secteur privé avec, là aussi, une volonté d'accélérer l'approfondissement de l'union des marchés de capitaux.
La prochaine étape, c'est la Commission qui nous fera des propositions dans les semaines ou les mois à venir. Sa construction va permettre d'abord, dans les semaines à venir, de finaliser ce texte pour qu'au mois de mars, nous puissions consolider la réponse à l'IRA. La prochaine réponse, ce sera ce paquet qui sera finalisé au mois de mars.
Après la communication et le Conseil d'aujourd'hui, il y aura les textes qui seront présentés, première quinzaine de mars, par la Commission européenne et notre Conseil de mars qui viendra parachever, comme nous l'avions souhaité, au premier trimestre 2023, la réponse européenne à l'IRA. Nous aurons ensuite tout le travail sur le fonds de souveraineté qui a été proposé par la présidente de la Commission européenne, qui se déploiera dans les semaines et les mois qui viennent. C'est un plan complet parce qu'il s'intéresse également aux questions de formation et de compétences, et qu'il s'appuie sur une politique commerciale forte et ambitieuse, qui est fondée sur des outils de politique commerciale que l'Union européenne mettra en œuvre autant que de besoin, pour faire face à la concurrence déloyale.
La clé, maintenant, c'est de continuer à la même vitesse. Lorsque je m'exprimais devant vous au mois de décembre, j'insistais sur la nécessité d'une réponse rapide. La Commission est au rendez-vous et le Conseil l'est aujourd'hui.
Nous devons donc parachever cette première phase du travail au premier trimestre, comme dit, donc au prochain conseil, et on devra ensuite la compléter avec le fonds de souveraineté et d'autres dispositifs si nécessaire. Tout cela s'inscrit également dans la droite ligne des conclusions du sommet de Versailles, qui avaient scandé cet agenda de souveraineté stratégique, formule qui est rappelée dans les conclusions de notre texte aujourd'hui et qui vient consolider cette vision qui est la nôtre, vous le savez, depuis maintenant plusieurs années, d'une Europe plus forte et plus souveraine face aux défis géopolitiques et aux dépendances qui s'étaient constituées. Le Conseil européen a, enfin, été l'occasion d'une discussion sur les migrations, ce qui nous a permis d'apprécier la situation, de constater les progrès déjà engagés et de consolider notre stratégie commune d'adresser un signal fort sur notre volonté d'agir avec un esprit d'unité.
À cet égard, les textes et l'approche qui a été adoptée sont dans le droit fil de la stratégie française sous notre présidence et du sommet de Tourcoing, qui avait été d'avoir une approche graduelle et de favoriser plutôt une approche externe. Notre priorité reste l'adoption rapide du pacte sur la migration et l'asile, et tout doit être mis en œuvre pour avoir ce couple responsabilité et solidarité maintenu, et notre volonté que le pacte puisse être adopté d'ici la fin de la législature. Notre réunion a aussi permis d'examiner les moyens d'agir de façon plus opérationnelle encore et concrète dans les semaines à venir, en Européens, sur la base des propositions faites par la Commission, et que la France soutient pleinement.
Nous devons mobiliser de façon bien coordonnée l'ensemble des leviers européens à notre disposition, pour soutenir et responsabiliser nos partenaires en matière de gestion des migrations, qu'il s'agisse des pays d'origine ou des pays de transit, afin de préserver les vies, prévenir les départs et lutter contre les passeurs. Les plans d'action qui ont été élaborés pour la Méditerranée centrale et pour les Balkans occidentaux sont pertinents, nous l'avons d'ailleurs réaffirmé. Ils doivent être mis en œuvre à un rythme soutenu et répliqués sur les autres routes méditerranéennes.
Il est, enfin, indispensable de renforcer la protection de nos frontières extérieures et de rendre nos politiques de retour plus efficaces. Nous avons, là aussi, réaffirmé l'importance de faire fonctionner l'espace Schengen et les accords de Dublin, en particulier en termes de contrôle et de solidarité. Nous continuerons, et les prochaines semaines donneront lieu à des rendez-vous très réguliers sur ce sujet qui, nous le voyons tous dans nos pays, continue d'être un sujet de très forte pression, compte tenu des chiffres de migration que nous connaissons.
Enfin, je voudrais avoir un mot de solidarité et de soutien à l'égard des populations victimes des terribles séismes qui ont frappé le sud de la Turquie et le Nord-Ouest de la Syrie. J'ai eu l'occasion de faire part le jour même au président Erdogan des condoléances de la France à la Turquie. De nombreux États membres, dont la France, contribuent au mécanisme de protection civile de l'Union.
Deux détachements français de recherche et de secours, représentant 140 personnels, sont à l'œuvre depuis lundi aux côtés des autorités turques. Nous sommes prêts, évidemment, à continuer d'augmenter cette aide d'urgence selon l'évolution des besoins prioritaires, mais je veux ici redire notre soutien plein et entier. Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je souhaitais vous dire avant de répondre maintenant à vos questions.
Bonsoir, Monsieur le Président, [INAUDIBLE], LCI. J'ai une double question concernant l'Ukraine et Volodymyr Zelensky. La première, c'est sur les avions.
Vous n'avez rien exclu, puis vous avez dessiné les trois lignes rouges. Ce matin, en arrivant, vous avez indiqué à la fois qu'il ne fallait pas tout dire parce qu'il y a des choses secret-défense et aussi que, selon vous, il y avait un problème de temporalité et que les avions ne pouvaient pas arriver médiatement. Est-ce que, ce soir, vous nous dites non, moi, la France, je n'enverrai pas d'avions en Ukraine à court ou à moyen terme ?
Première question. Seconde question, hier vous avez fait [INAUDIBLE] légion d'honneur à Volodymyr Zelensky, il y a une petite musique qui monte. Il y a quelques semaines, c'étaient des parlementaires LR.
Là, il y a d'autres voix, comme Bernard Guetta, Raphaël Glucksmann, qui vous demandent, vous en avez le pouvoir, de retirer la Légion d'honneur à Vladimir Poutine qui l'a reçue des mains de Jacques Chirac en 2006. Est-ce que vous y songez ? Je vous remercie.
Écoutez, pour la deuxième question symbolique mais d'importance qui est la vôtre, d'abord j'ai décidé, en effet, de remettre ces plus hautes insignes au président Zelensky, ce qui me paraît un élément de justice et de reconnaissance de notre pays. Je ne m'interdis rien pour le reste, mais ce n'est pas une décision que j'ai prise aujourd'hui. Elles sont toujours lourdes de sens, et je pense qu'il faut apprécier le bon moment pour le faire.
Il m'est arrivé de le faire par le passé, comme vous le savez. Sur votre première question, je vais être très direct, non, je n'exclus absolument rien, et je reste dans la même logique que celle que j'évoquais. Simplement, la discussion très approfondie et très précise que nous avons eue hier avec le Président Zelensky a mis en lumière que la priorité doit être de tout faire pour aider à résister dans les prochaines semaines et mener des opérations utiles dans les semaines et mois qui viennent.
À cet égard, il est essentiel que les alliés privilégient les matériels qui sont les plus utiles par rapport à l'effet final recherché par les troupes ukrainiennes et les plus rapides. Dans aucun cas des avions de chasse ne peuvent être livrés dans les semaines qui viennent, parce qu'il y a des délais de formation, de livraison, et de formation incompressible pour des avions qui ne sont pas connus des pilotes ukrainiens. Donc je ne l'exclus absolument pas, mais ça ne correspond pas aujourd'hui aux besoins.
Par contre, il est sans doute clair que des éléments d'artillerie permettant de lancer des offensives terrestres ou de résister, que nous connaissons et sur lesquels la formation s'est faite, il y a eu des décisions récentes, prises ces derniers mois aussi, peut-être doit-on au contraire les intensifier ou les massifier. C'est ce que nous allons travailler dans les prochains jours. Donc je ne l'exclus absolument pas, mais je retire de la discussion d'hier qu'il y a des priorités qui sont apparues et qui sont autres.
À cet égard, c'est pour ça que j'en ai refait mention, les CAESAR et les SAMP-T sont, je crois, des livraisons très importantes et qui correspondent exactement aux besoins capacitaires de l'armée. Bonsoir, Julien Gasparutto, France Télévision. Je rebondis sur cette question.
Vous venez de le dire, ce n'est pas la priorité pour vous d'envoyer des avions actuellement, mais d'autres pays comme la Slovaquie, la Pologne et les Pays-Bas semblent plus ouverts, en tout cas sur cette question, que vous. Quelle a été la teneur de la discussion européenne sur cette question ? Est-ce que vous avez dégagé une position commune sur ce sujet ?
Est-ce que c'est un non général pour l'instant, parce que vous considérez que ce n'est pas une priorité et qu'il y a un risque d'escalade, ou est-ce que certains pays pourraient peut-être être amenés à en livrer plus rapidement que d'autres ? Nous n'avons pas eu de discussion sur ce sujet, ni avec le président Zelensky, ni entre nous, sur ce sujet spécifique. Je pense que c'est une bonne chose de continuer à l'instruire, mais de hiérarchiser et prioriser les choses telles que je viens de les évoquer, c'est-à-dire d'avoir une analyse de la situation et des priorités capacitaires opérationnelles, et aussi d'avoir des éléments de délai.
Il y a des armées qui ont aujourd'hui, en effet, des avions et des aéronefs qui correspondent à ceux qui sont connus par l'armée ukrainienne, sur lesquels les pilotes sont formés, qui ont d'ailleurs donné lieu à des transferts de capacités ces derniers mois. Il y en a d'autres, comme nous, qui avons d'autres types d'avions et, après, il y a, selon ces types d'avions, des avions qui clairement seraient de nature à créer une escalade parce qu'ils permettraient d'attaquer et d'autres qui permettraient simplement de défendre. C'est tout ça qui s'apprécie de manière technique.
Mais, je vous le redis, la discussion s'est concentrée sur les besoins de court terme pour résister et mener les opérations envisagées dans les prochaines semaines et les prochains mois par l'armée ukrainienne. Donc rien n'est exclu. Nous l'étudions tous.
Nous sommes en lien, et nos armées et nos ministres le sont, mais la discussion d'aujourd'hui a essentiellement porté sur le soutien de court terme, le soutien de civils, l'intensification des efforts qui avaient déjà été faits et les régimes de sanctions à prendre. Nous avons écouté le président Zelensky et, ensuite, il y a eu des sessions par groupes de pays avec le président. Hier soir, nous avons discuté essentiellement de la stratégie militaire et de la stratégie diplomatique, et je pense que c'est comme ça qu'il faut avancer.
Il ne faut pas, je dirais de manière successive, parler d'une capacité puis de l'autre avec, parfois, et j'insiste sur ce point, des chiffres qui sont avancés ou des capacités qui arrivent, pour certaines, en fin d'année. La priorité, c'est de tenir maintenant et de mener des opérations utiles au printemps-été, si on veut pouvoir ensuite mener des actions diplomatiques en parallèle. Bonjour, Monsieur le Président, Thomas Despré pour RTL.
En France, le mouvement de protestation contre la réforme des retraites se poursuit. Après la journée de mobilisation prévue samedi, les syndicats ont d'ores et déjà annoncé vouloir durcir le mouvement, avec notamment des grèves et pourquoi pas des blocages. Est-ce que vous craignez que la situation devienne de plus en plus dure pour les Français et que le mouvement se poursuive ?
Je souhaite, d'abord, que le travail puisse se poursuivre au Parlement, à l'Assemblée puis au Sénat, parce que c'est ainsi que la démocratie doit fonctionner. Donc il est important que ce travail puisse se faire, dans le cadre le plus serein et le plus professionnel, pour que la majorité et les oppositions puissent s'exprimer et continuer de travailler. Il y a ensuite des manifestations et des mouvements de grève qui continueront de s'organiser, dans un cadre qui est prévu par la Constitution, et je sais pouvoir compter sur l'esprit de responsabilité de leurs organisateurs pour que la contestation et les désaccords puissent s'exprimer, mais dans le calme, le respect des biens et des personnes, et avec une volonté de ne pas bloquer la vie du reste du pays.
Bonsoir Monsieur le Président, Frédéric Sys, de la rédaction internationale de Radio France. Une question sur la réponse européenne à l'Inflation Reduction Act. À l'automne dernier, il était question d'un Buy European Act, autrement dit la possibilité de réserver certains marchés publics à des entreprises européennes.
Il n'en est plus question. Même chose sur un éventuel emprunt, un nouvel emprunt en commun pour apporter une réponse vraiment massive. Est-ce que le résultat obtenu ce soir est, selon vous, assez puissant pour rivaliser avec les 400 milliards de dollars qui ont été mis sur la table par les États-Unis ?
Alors oui, parce que je scande les choses par étapes. D'abord, je veux ici rappeler que quand je me suis déplacé en visite d'État à Washington, il n'y avait pas de débat sur l'IRA. On n'en parlait pas, ce n'était pas un problème, tout allait bien se passer.
Et donc je me réjouis plutôt d'avoir été peut-être un peu impoli, mais de dire que c'était, en fait, pour nous, un très gros problème, et que sans vouloir nuire à l'Europe, parce que je crois que ce n'était ni l'intention de l'exécutif ni celle du législateur, les conséquences sur notre continent allaient être dramatiques. La réponse, elle doit se faire vite, parce que les budgets des entreprises se font à la fin du premier trimestre, et donc il faut, comme vous l'avez très bien dit, avoir une réponse à la même magnitude budgétaire. Nous pouvons le faire sans avoir un débat sur l'argent nouveau, parce que nous n'avons pas mobilisé tout ce que nous avons déjà décidé, y compris comme dette commune pour l'avenir, au moment de la crise Covid.
Ça, c'est le premier point. Et donc je dirais qu'on a hiérarchisé les choses, et moi, j'assume d'avoir, aux côtés de la Commission, privilégié la rapidité d'un accord clair pour répondre à l'IRA plutôt qu'un débat qu'on sait toujours difficile, en européens, sur de nouveaux financements. Ce débat viendra mais là, on a la possibilité de mobiliser des financements existants.
C'est ce qu'il faut faire. C'est la bonne approche. Ensuite, on va répondre à la même magnitude.
Deuxième chose, quand on regarde l'IRA, qu'est-ce qu'il faut faire ? Il ne faut pas se précipiter pour faire, dans ce temps de réponse, le Buy European ou le Made in Europe, je vais y revenir, il faut se précipiter pour avoir les exemptions. Le risque de l'IRA, c'est de casser les chaînes de valeur et leur intégration au sein de l'Occident.
D'ailleurs, c'est ce que nous leur avons dit. Donc aujourd'hui, le cœur de notre travail et ce qui est aujourd'hui mené par la Commission, c'est d'obtenir des exemptions comparables à celles que les Canadiens et les Mexicains ont obtenues. Et c'est ce qu'on va faire, secteur par secteur.
Premier point. Et on est en train d'avancer et il y a des leviers pour le faire. Deuxième point, c'est de pouvoir obtenir des clauses de révision des grands projets, comme je vous le disais en décembre, qui fait que quand vous avez un industriel avec lequel vous étiez en négociation sur un projet, si d'un seul coup il renonce à ce projet parce qu'on lui propose deux fois plus, vous pouvez considérer les choses et combler l'écart.
Ça, la communication de la Commission le prévoit et nos mécanismes sont en train de le prévoir. Le troisième, c'était qu'ensuite on bâtisse des mécanismes comparables, en volume, c'est le cas en mobilisant ce qu'on a déjà, en rapidité, et c'est pour ça que la flexibilisation des aides d'État et la possibilité d'utiliser des crédits d'impôt est très importante, et elle est dans nos conclusions comme dans la communication. Pourquoi ?
Parce que l'une des faiblesse relative de nos dispositifs européens, c'est que ce sont des aides qui arrivent parfois deux ans plus tard et qui demandent beaucoup d'instructions. Ça crée une incertitude et ça crée un [INAUDIBLE], là où la force du mécanisme IRA, c'est que vous avez, sur cinq ans, un crédit d'impôt qui tombe de manière certaine. On va pouvoir faire la même chose sur les secteurs-clés.
C'est ce sur quoi la Commission avance. Donc, je pense qu'on a tout le dispositif pour avoir une réponse comparable et obtenir les bonnes exemptions. Une fois qu'on a fait ça, la Commission a prévu un fonds de souveraineté.
Je le disais, il va venir dans un deuxième temps et il permettra de compléter cette réponse, pour accompagner des efforts d'investissement sur certains composants, certaines technologies et poursuivre notre agenda de souveraineté stratégique. Il y aura un débat sur le budgétaire, à ce moment-là, et sur les financements. On connaît les divisions.
Il n'y a pas de consensus, aujourd'hui, entre États membres. Je vous rassure, il n'y en avait pas quelques heures avant d'obtenir l'accord, en juillet 2020. Ce n'est jamais une génération spontanée.
Donc ce débat viendra, mais j'assume totalement qu'il vienne dans un second temps, parce qu'aujourd'hui, on peut répondre à l'IRA avec les crédits dont nous disposons. La deuxième chose, c'est que nous, nous continuerons de porter un Made In Europe, et d'ailleurs, nous avons une vraie convergence de vues avec l'Allemagne sur ce point, puisque on l'a porté, ça faisait partie des propositions que j'avais pu faire dans le discours de la Sorbonne, on l'a avancé. On l'a d'ailleurs fait sur certains sujets, comme la Défense, nos fonds européen de défense.
On a chaque fois veillé, justement, à renforcer la composante européenne et à fermer ces fonds, pour éviter les fuites. Et le chancelier Scholz a défendu cette idée, également, dans son discours de Prague, il y a quelques mois. Donc il y a une vraie convergence franco-allemande et j'ai pu échanger avec le président du Conseil, Sanchez.
Il est aussi sur ce sujet. Donc je pense vraiment qu'on pourra avancer aussi, dans le semestre, sur ce sujet mais voilà comment on va les séquencer dans le temps. Une dernière question, pour Philippe Jacqué, du Monde.
Une question sur la migration ou les migrations. Je voulais connaître, d'abord, la teneur et la tonalité des discussions sur ce sujet, et est-ce que vous n'avez pas trop cédé aux gouvernements les plus conservateurs, voire d'extrême droite, sur ce débat ? Alors, parfois les plus durs ne sont pas les gouvernements d'extrême droite, sur ce débat, pour être transparent avec vous, mais il y a clairement une pression migratoire.
Ceux qui étaient les plus durs sont ceux qui ont en ce moment une pression très forte sur leur pays. Je pense que le débat était beaucoup plus apaisé qu'en 2018, moi qui ai pu le connaître à l'époque, quand on avait un groupe dit de Visegrad, qui était très hostile à toute forme de solidarité, et je pense qu'il est plus apaisé, parce que l'approche graduelle que nous avons initiée il y a quelques mois était la bonne et qu'elle permet de prendre les sujets dans le bon ordre. Je pense qu'on a évité, justement, d'abord des mécanismes de stigmatisation avec lesquels, par exemple, la France comme l'Allemagne ne sont pas à l'aise, et donc le respect de nos valeurs, tout en étant efficaces, et je pense qu'on a évité les mesures qui sont les plus exotiques, en termes de retours et de reconduites, mais je pense que le paquet, l'ensemble de mesures et la philosophie que nous avons collectivement consolidés est la bonne, c'est-à-dire d'essayer de prévenir les flux migratoires, en ayant un vrai débat politique construit avec les pays d'origine et de transit.
Et je crois que plus personne en Europe ne peut comprendre qu'il y ait une dissociation complète de nos politiques d'aide, de nos politiques de visas avec nos politiques d'immigration. Ça ne veut pas dire que tout doit être lié. Ça veut dire qu'il faut un moment de la discussion politique qui doit être mené de manière intelligente, et parfois elle doit être menée avec beaucoup de discrétion, mais on ne peut pas dépenser, parfois, des centaines de millions ou des milliards, et s'entendre dire : désolés, on ne vous reprend pas telle ou telle personne qui n'a pas eu l'asile au bout de 18 mois mais que je ne veux plus revoir sur mon sol.
Ça, je pense que plus aucune opinion publique, ce n'est pas une question de couleur de gouvernement, ne peut le comprendre. Donc c'est un débat qu'il faut assumer. Ensuite, l'idée de mieux nous organiser pour vraiment être plus efficaces face aux filières de passeurs, ce qui permet de sauver des vies, d'éviter des situations de détresse extrême, est une bonne approche.
On l'a défendu, là aussi, il y a quelques années. Je pense que les moyens que nous mettons en place sont les bons. Mais nous le faisons, là aussi, en continuant à respecter le droit international, qu'il s'agisse du droit humanitaire ou du droit de la mer.
C'est la philosophie que la France a toujours défendue et nous resterons attachés à cette philosophie et à ces principes. Et ensuite, nous souhaitons qu'il puisse y avoir un respect et une amélioration de nos procédures de responsabilité, c'est-à-dire de bon enregistrement des personnes, de bon suivi et de répartition de la charge entre États membres pour que les pays de première entrée ne subissent pas la totalité de la pression. C'est là, maintenant, que les débats vont continuer, pour ce faire.
Donc je pense que c'est une approche qui est la bonne, et simplement, notre Europe est confrontée à un accroissement, depuis maintenant quelques années, des flux migratoires, et je pense que nous serons, dans la durée, confrontés à ces derniers. Et il nous faut être en situation de maîtriser davantage ces flux. Ça ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de migrations.
Ce serait à la fois irénique, totalement impossible, et ce ne serait pas bon pour les Européens. Nous avons besoin d'une immigration, pour le travail, les compétences, et nous avons besoin d'une immigration pour aussi nos valeurs et protéger les combattants de la liberté. Mais à côté de ça, il nous faut mieux la maîtriser, parce que quand elle est non maîtrisée, vous intégrez mal, vous avez des situations de grande tension qui se créent, ce qui est aujourd'hui le cas.
Donc, à cet égard, je pense que l'approche est proportionnée. J'en prends une toute dernière et puis après on va tous filer. Allez, j'ai compris, oui, ce sont les deux dernières.
Bonjour, [INAUDIBLE], de Politico. Est-ce que vous avez eu une rencontre bilatérale, aujourd'hui, avec Girogia Meloni, qui a eu des propos très durs envers vous ce matin ? Notamment, est-ce que vous avez évoqué le sujet de l'immigration entre les deux pays, aujourd'hui ?
Allez-y, allez-y ! C'est gentil, merci. Peut-être même que je ne vais pas poser ma question en français, pour une fois.
Je voulais savoir : à quoi ça sert, aujourd'hui, l'accord post-Cotonou, en ce qui concerne les migrations et l'accord tout simple, vu que ça a été initié il y a trois ans ? Il y a, je pense, quatre présidences qui n'avaient pas signé et fait signer [INAUDIBLE], et maintenant l'Afrique du Sud, qui vient de partir de l'ACP. Tout le monde se pose la question : est-ce que cet accord, malgré les efforts de la Commission européenne, est arrivé lettre morte et est-ce qu'il ne faut pas passer à autre chose ?
Alors, je n'ai pas eu de rencontres bilatérales avec Madame Meloni, mais nous nous sommes croisés, et je me félicite surtout que nous ayons, ensemble, fait une chose importante pour l'Ukraine, avec la décision sur les SAMP/T. C'est ça qui compte, c'est l'efficacité. Et moi, je suis toujours respectueux des personnes et des choix.
C'est une question de principes. Pour ce qui est des accords de Cotonou, vous avez raison de souligner la difficulté. Je pense qu'il y a eu une étape, après, qui est le Sommet Union européenne - Union africaine, qui a permis quand-même d'avancer, d'avoir un agenda ambitieux.
Maintenant, je pense qu'il nous faut refonder la relation Nord-Sud et que c'est pourquoi nous travaillerons aussi de manière très étroite avec la Commission européenne et les autres États membres, en vue du Sommet que nous organisons pour le partenariat Nord-Sud, au mois de juin, les 22 et 23 juin à Paris, parce que c'est à ce moment-là qu'il faut réussir à transformer l'essai. Et je partage votre point de vue, je pense que certains cadres sont un peu usés aujourd'hui, et donc il faut savoir passer au-delà. Il y a aussi la réforme de nos institutions financières.
Et donc, je vous donne rendez-vous les 22 et 23 juin pour apporter, je l'espère, en tout cas nous y œuvrerons avec force, une réponse. Merci beaucoup. Je vous souhaite un peu de repos.
Merci. Bonne nuit.
Emmanuel Macron