Benjamin Griveaux : "L'objectif est que l'extrême-droite soit absente du second tour en 2022"
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Bonjour Benjamin Griveaux, d'abord qu'est-ce que vous retenez de cette première soirée présidentielle parmi les images et les symboles choisis par Emmanuel Macron
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et que vous avez peut-être aidé à choisir, qu'est-ce qui vous semble important ?
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« L'hymne à la joie, avant son discours qu'il prononce dans la cour carrée du Louvre au pied de la pyramide parce que... C'est la cour Napoléon. »
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Bonjour Benjamin Griveaux, d'abord qu'est-ce que vous retenez de cette première soirée présidentielle parmi les images et les symboles choisis par Emmanuel Macron et que vous avez peut-être aidé à choisir, qu'est-ce qui vous semble important ?
L'hymne à la joie, avant son discours qu'il prononce dans la cour carrée du Louvre au pied de la pyramide parce que... C'est la cour Napoléon. La cour Napoléon, pardon. Nous y tenions, peu de sommeil, mais je vais retrouver mes forces petit à petit. Oui, nous y tenions beaucoup. Lui, il tenait beaucoup. Il a mis l'Europe au cœur du projet qu'il a défendu depuis un an avec beaucoup de courage parce que dans la période, il aurait été facile de dire tout le mal qu'on pensait de l'Europe. C'est ce qu'ont fait nos gouvernements depuis 20 ans en expliquant quand ça allait bien que c'était grâce à eux et quand ça allait mal que c'était à cause de Bruxelles.
Et je crois que c'est ma génération, en tout cas cette nouvelle génération qui va prendre des responsabilités demain dans le cadre des élections législatives. Nous, on a l'Europe chevillée au corps. On est nés avec, on a grandi avec et on aimerait en être sans doute demain les refondateurs parce qu'elle a besoin de beaucoup de réformes.
L'hymne à la joie comme Mitterrand en 81 déambulant dans les travées du Panthéon. Cette écho à Mitterrand 81, c'est voulu, Benjamin Griveaux ?
Il ne faut pas avoir des symboles partout. Je crois que le lieu parle pour lui-même. C'était à la fois un lieu d'histoire et de culture, mais c'est aussi un lieu d'audace. C'est l'audace qu'a eu François Mitterrand de choisir cette architecture très contemporaine à l'époque où ça avait fait débat. Et donc c'est plus le lieu sans doute que la scénographie ou autre.
Ce n'était pas votre second choix ? Vous n'aviez pas demandé le champ de Mars en premier ?
Oui, ça nous avait été refusé. Et c'est heureux que ça nous ait été refusé parce que je crois que les images qu'on a données hier du pays ont conquis par de l'un de nos frontières.
20 millions de voix pour Emmanuel Macron, c'est beaucoup et en même temps, comme dirait l'autre, Thomas Legrand le faisait remarquer tout à l'heure. Il n'y a pas eu de ferveur populaire en dehors de la cour Napoléon du Louvre, pas de cris de joie, de rassemblement de foules. Est-ce que vous mesurez, vous sentez ce mélange de curiosité à l'égard du nouveau président et de scepticisme aussi ?
Évidemment, on l'a vu d'ailleurs dans la manifestation sur les chiffres de l'abstention et puis sur le nombre de votes blancs, de votes nuls, qui est un nombre très important. Nous le savions parce qu'il n'y a pas eu de front républicain, comme ce fut le cas il y a 15 ans, suite au 21 avril 2002. Mais nous avons aussi entendu, au-delà de ces abstentionnistes et de ces votes blancs et nuls, la colère, qui est celle du pays dans l'entre-deux-tours. Nous avons eu des moments de tension. Je pense à ce déplacement à Amiens, auprès des salariés de Whirlpool.
L'objectif, dans ces semaines et dans ce quinquennat législatif, mais nous on ne réfléchit pas qu'en termes de calendrier électoral, l'objectif de ce quinquennat, c'est de faire en sorte que l'extrême droite soit absente du second tour de l'élection présidentielle en 2022. Et nous n'adhérons pas, et c'est ce que nous expliquerons dans les semaines qui viennent, à la thèse de ces deux ou trois ou quatre Frances. Parce que la France, c'est une unité, c'est aussi une réconciliation à organiser. Et c'est le rôle, et nous avons commencé à le faire dans le cadre d'En Marche, de recomposer la vie politique française.
C'est aussi le rôle du futur président de la République de réconcilier les Français, de les remettre dans le sens de l'histoire. Ils se sont beaucoup divisés, et la classe politique a beaucoup joué de ces divisions de manière très irresponsable.
On va parler dans un instant de la préparation des législatives. D'abord, le calendrier des jours à venir. La passation de pouvoir avec François Hollande aura lieu dimanche prochain. Le nouveau Premier ministre sera nommé, annoncé dans la foulée. Vous savez qui c'est, vous ? Non. Vous ne le savez pas ? Non. Seul Emmanuel Macron le sait ? J'en ai la quasi-certitude, oui, qu'il le sait. Bon, et simplement, on sait qu'il aura une expérience... Une expérience parlementaire, voilà. Et il symbolisera le renouvellement ? Ou est-ce que le besoin d'expérience sera plus fort que celui du renouvellement ?
Vous savez, on peut incarner le renouvellement avec un peu d'expérience. La jeunesse n'est pas gage, forcément, de renouvellement des pratiques ou des usages. Vous avez des jeunes qui ont des pratiques d'un temps ancien. Et puis, par exemple, je pense moi à Michel Rocard, qui a construit mon parcours politique. Il avait sans doute une jeunesse d'esprit que beaucoup lui envieraient.
Nous verrons. D'ici là, Emmanuel Macron va consulter pour ouvrir la majorité présidentielle. C'est comme ça qu'il faut l'entendre, Benjamin Grigaud ?
Non. La semaine, évidemment, va passer beaucoup de temps aux consultations internationales, par définition. Et puis, ce matin, il a une première commémoration. Il en aura une autre mercredi. Mais vous savez, nous, on n'a jamais sollicité les soutiens. On n'a jamais fait de débauchage parce que c'est le mode de fonctionnement des parties traditionnelles, des circonscriptions qu'on discute, des accords d'appareil. On n'a jamais fonctionné comme ça. Vous ne les sollicitez pas, mais ils vont arriver. En revanche, on a toujours discuté avec les gens qui venaient nous voir avec sincérité, qui n'étaient pas orthogonaux avec toutes les valeurs qu'ils avaient pu défendre les derniers mois.
Parce que là, ça pose une difficulté. Ça ne serait tout sauf du renouvellement. Et donc, c'est ce travail-là qu'on a engagé il y a un an. C'est ce travail-là qu'on va poursuivre. Pas seulement dans les jours ou les semaines qui viennent, mais dans le quinquennat. Parce que la démarche qu'on souhaite engager, c'est une démarche qui a vocation à s'inscrire de manière pérenne et à modifier de manière pérenne le paysage politique français.
Comment accueillez-vous les offres ou les paroles de ces dernières heures de Bruno Le Maire à droite, de Stéphane Le Folle à gauche ? On l'a entendu ce matin. Bruno Le Maire qui dit qu'il est prêt à travailler avec le nouveau gouvernement. Stéphane Le Folle qui souhaite que le Parti Socialiste soit ouvert à cette nouvelle majorité, incarnée par Emmanuel Macron.
Écoutez, nous aurons 577 candidats dans 577 circonscriptions sous une bannière unique qui s'appellera « La République en marche ». Et donc, si certains souhaitent déposer leur candidature, je les invite à le faire rapidement puisque la Commission Nationale d'Investiture annoncera probablement dans la semaine les candidats. Il leur reste quelques heures. Il faut se rendre sur le site en-marche.fr et y déposer une candidature. Sauf que vous ne leur imposez plus de déchirer leur carte de parti à ces candidats. Nous, on n'a pas l'habitude de faire la police des consciences, mais... Bah ça a changé de position là-dessus. Non, ça n'est pas vrai.
La vraie chose, c'est qu'ils ne permettent pas la double appartenance. En marche, on permet la double appartenance depuis le départ parce que vous ne pouvez pas expliquer que vous êtes dans une démarche de rassemblement. et puis ensuite jouer à la police des consciences avec un politbureau qui vous exécute à la première incartade. Donc nous, c'est très simple. S'ils souhaitent être candidats, il faut qu'ils soient adhérents d'En Marche et il faut qu'ils déposent à la préfecture sous l'étiquette En Marche. Comme les autres partis ne se permettent pas la double appartenance, ils prendront leurs responsabilités.
Mais il sera donc compliqué, si les socialistes par exemple ou les républicains respectent leur statut, d'avoir cette double étiquette puisque leur statut l'interdise.
Votre objectif à En Marche, Benjamin Griveaux, l'objectif d'Emmanuel Macron, c'est toujours de casser les vieux partis, le PS et les républicains, ou de les déclarer obsolètes au bout du processus ?
On n'a jamais construit un parcours, en tout cas le parcours qui a été le nôtre, n'a jamais été construit contre les autres partis. On s'en est, pour être très sincère, un peu désintéressé. On n'a pas inscrit par exemple notre agenda de campagne ou l'agenda du mouvement dans le rythme des primaires des uns ou des autres ou dans les choix des uns et des autres. Je crois même que ça aurait été une grave erreur. Donc nous, nous allons poursuivre notre chemin. Nous rejoindrons des militants qui pensent qu'en sincérité, ils ont une caisse de résonance ou un écho ou une utilité plus importante au sein d'En Marche.
Je crois que surtout, on a vu depuis 10 ou 15 ans que les deux grands partis ne répondaient plus finalement aux fonctions premières des partis politiques, produire des idées, être capables d'animer politiquement le débat et de faire la place à la société civile, au monde syndical, au monde associatif, qui se sont détournés des grands partis, et puis choisir des candidats, parce que c'est aussi une des fonctions d'un parti. Ils s'en sont remis à des primaires, dont on a vu aujourd'hui la grande difficulté.
Bon, oui, je ne vous ai pas tout suivi de ce que vous avez... C'est ce que En Marche va faire. Vous êtes issu du PS, Benjamin Grévaud, vous êtes issu du Parti Socialiste. Le PS a un avenir à vos yeux ?
Je pense que ce sera très difficile s'ils ne remettent pas en cause leur manière de fonctionner, et si le PS devient simplement une machine à faire élire tous les deux ou trois ans des personnalités à des congrès ou sur des listes municipales.
Bon, ce sera très difficile. J'ai donné votre âge tout à l'heure, Benjamin Grévaud, 39 ans, c'est le même, à une semaine près, je crois... Huit jours. Je suis le cadet. ...qu'Emmanuel Macron. Vous avez pensé à cette similitude souvent, j'imagine, non ?
Non, je vous rassure, je n'ai pas cette mégalomanie.
Mais ce n'est pas de la mégalomanie, mais quand on a le même âge que quelqu'un avec qui on travaille, on se dit, mais qu'est-ce qu'il a de plus que moi, non ? Beaucoup de choses. Alors, qu'est-ce qu'il a de plus que vous ?
Écoutez, je crois qu'il a un rapport au pays, il a une densité que j'ai rarement croisée chez des gens de cet âge, chez mes congénères, voilà, tout simplement. Qui avez-vous croisé auparavant ? Dominique Strauss-Kahn ? Oui, qui avait une vraie densité intellectuelle, je vais mettre de côté tout le reste, mais sans doute pas la capacité à s'extraire des partis traditionnels, parce qu'ils s'inscrivaient dans un parti politique et dans une histoire politique très marquée. Mais il y a, oui, une forme d'agilité intellectuelle qu'on peut retrouver.
Benjamin Griveaux, merci d'être venu ce matin au micro de France Inter. Merci à vous, il est 8h30.
Benjamin Griveaux