Allocution de Macron : "Je suis admirative du temps passé (...) à commenter le vide"
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– Bonjour Clémentine Autain, merci d'être notre invitée ce matin, députée la France insoumise de la Seine-Saint-Denis. On est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale, représentée par Stéphane Vernet de Ouest-France. Bonjour Stéphane.
– Bonjour, bonjour.
– On va évidemment parler longuement de l'allocation d'Emmanuel Macron. Vous allez nous dire ce que vous en avez pensé, Clémentine Autain, le chef de l'État qui a reconnu qu'à l'évidence, la réforme des retraites n'a pas été acceptée par les Français. Il l'a admis, la colère, ça va dans le bon sens pour vous.
– Vous plaisantez, franchement. D'ailleurs, depuis hier, je suis admirative de voir le temps passer sur toutes les antennes à commenter le vide. C'est un exercice qui n'est pas forcément évident, même si c'est un vide signifiant. Et vous aurez remarqué que sur les 13 minutes d'allocution du président de la République, seules deux minutes ont été consacrées aux retraites, où il a commencé par nous réexpliquer ce qu'ils expliquent depuis maintenant deux mois et demi, voire trois mois, que la crise sur les retraites est enclenchée. Et vous imaginez bien que ce n'est pas avec ces mêmes arguments qu'il va convaincre les Français qui sont vent debout.
Et il le sait, il n'a pas de légitimité, il n'a pas d'autorité sur ce sujet, puisque les Français ont dit non par tous les biais où c'était possible de s'exprimer démocratiquement. Il a commencé par les syndicats. Les syndicats ont dit non. Il y a eu des millions de gens dans la rue et des enquêtes d'opinion qui les unes après les autres ont montré que 7 Français sur 10 n'en voulaient pas, et même 9 actifs sur 10. Et enfin, à l'Assemblée nationale, comme il n'y avait pas de majorité, qu'elle était introuvable, il a décidé de ne pas faire le vote du Parlement, de s'asseoir dessus. Le Sénat a voté. Le Sénat, mais pas l'Assemblée nationale, c'est quand même pas rien.
Pas l'Assemblée nationale, qui ne vote pas. Donc il ne tire aucune légitimité d'aucun des biais démocratiques de ce pays. Il avance avec la brutalité, avec l'autorité que lui permet la Ve République. Parce que c'est ça le problème. Dans les commentaires, j'entends beaucoup sa psychologie. Et c'est vrai qu'elle est quand même assez incroyable. Il n'y a qu'à voir cette phrase sur les 100 jours. On se dit avec tous les communicants qu'il a autour de lui, toutes les équipes de gens qui ont fait l'ENA, et qu'il n'y en ait pas un qui lui dit, écoute, les 100 jours c'est grave, ça se termine à Waterloo, à Saint-Hélène.
Comment est-il possible qu'il ait mis son allocution sous le signe de ces 100 jours ? C'est délirant. Bon, il le fait. Mais je pense qu'au-delà de la psychanalyse qu'on peut faire éventuellement du président de la République ou l'analyse sociologique...
Oui, il y a une psychanalyse à faire.
Je l'entends beaucoup. Et c'est vrai qu'à un moment donné, on se demande, parce qu'il est tellement hors sol, tellement déconnecté, tellement dans un délire de toute puissance, qu'il y a forcément une dimension psychanalytique. Mais ce qui nous intéresse, nous, c'est comment des institutions permettent cette situation. Normalement, nous devrions avoir un système institutionnel qui empêche un homme seul de décider contre son peuple. Et c'est pourquoi nous sommes dans une crise de régime. Et je pèse mes mots.
C'est un des problèmes, c'est-à-dire que notre constitution est trop robuste. Elle permet à un président de la République de gouverner alors qu'il n'a plus la majorité.
Mais vous le savez, elle a été construite par un général. Mais dans un autre contexte. Oui, précisément. Mais ça fait 60 ans qu'elle est là. Et au démarrage, on était en temps de guerre. C'était la guerre d'Algérie. Et il s'agissait pour le général de Gaulle, justement, de créer, soi-disant, la stabilité et de lui permettre d'avancer loin de la quatrième, où il y avait un pouvoir législatif.
Il y a compris tous les outils, type 49.3, 47.1. Exactement.
Donc ça a été totalement construit pour donner tout pouvoir. C'est un régime hyper présidentiel qui est une anomalie. Une anomalie en Europe, mais même à travers le monde. Aucun régime démocratique ne confère un tel pouvoir à un seul homme. Et quand il n'y a pas de majorité, ça n'est pas la minorité qui gouverne. On cherche des coalitions partout, dans toutes les démocraties à travers le monde. Donc on est dans une anomalie qui, je dirais, aujourd'hui, trouve son point d'orgue. Et devrait maintenant, la cinquième, elle devrait être dans la rubrique nécrologique.
Je vous entends, mais là, en l'espèce, l'exécutif aussi a cherché des coalitions dans la crise à laquelle on est confronté aujourd'hui. Il n'en trouve pas.
Il n'en trouve pas, mais il continue d'avancer. Il n'en trouve pas et il continue d'y aller.
Et donc la solution naturelle ou normale, ça aurait dû être quoi ? Un remaniement ? Un changement de gouvernement ? Une démission du président ?
Déjà, ça commence par ne pas imposer aux Français de travailler deux ans de plus alors que le peuple n'y consent pas. Ça, c'est la base en démocratie. Donc le retrait. J'en connais Pierre Rosanvallon qui... Hier ? Oui, hier, qui, je trouve, ne fait pas partie de ma famille politique. Mais il a dit des choses qui sont tout à fait justes. Tout à fait justes. Et notamment le fait que le président de la République n'a pas d'autorité. Il n'a pas d'autorité parce que...
Pour vous, c'était un des enjeux forts de l'allocution d'hier, restaurer aussi l'autorité par cette prise de parole.
Il n'a pas réussi. C'est l'inverse ce qu'il a fait. Au contraire, c'est extrêmement méprisant. L'inverse, c'est-à-dire qu'il a encore fait du ordre d'autorité de Pierre pour vous ? Évidemment. On aurait dit franchement un enfant avec des allumettes dans une station d'essence et qui s'amuse à cotiser. Alors, d'une certaine manière, je pense qu'il contribue à mettre les Français en colère et à inviter les Français à manifester le 1er mai, qui va être une date, je pense, particulièrement historique. Parce que quand vous le regardez, vous dites que ce n'est pas possible. Quand est-ce que ça va s'arrêter ? Et donc, il ne peut pas calmer la colère.
Donc, il va renforcer la mobilisation du 1er mai pour vous ? Évidemment qu'il a croit la colère.
Il a été moins offensif que lors de l'allocution de l'interview du 22 mars.
Il a fait insulter les Français, alors que par les précédentes allocutions, c'est vrai qu'on avait en prime, en prime de la survie, en prime des discours orwelliens comme on a eu hier. Parce qu'ensuite, sur le détail des 100 jours, il a enfilé les perles avec des mots qui sont l'inverse de ce qu'il fait. Enfin, je veux dire, c'est orwellien, la Macronie, depuis le début. La guerre, c'est la paix. Lui, c'est la réforme des retraites, c'est la justice. J'agis par la force et la brutalité signifie « je vous ai compris ». Enfin, bon, bref, tout ça est dingue.
– En tout cas, vous l'avez écouté, vous n'étiez pas tentée par une casserole.
– J'étais très tentée par les casseroles, mais comme je devais réagir, je me suis dit « je vais quand même écouter ». Mais j'étais de tout cœur avec celles et ceux qui, partout en France d'ailleurs, se sont réunis de façon spontanée devant les mairies avec des casseroles. Et je suis intriguée de voir l'audience. De voir l'audience, parce que je pense que le mot d'ordre de ne pas écouter un président dont on savait, vous avez vu le sondage hier, 90% des Français disaient qu'ils pensaient que l'allocution n'apaiserait rien. Et donc, quelque part, n'attendait rien de cette allocution. Et ce mouvement qui dit « on n'écoute même plus le président de la République » dit cette panne d'autorité.
Or, un président de la République qui n'a plus d'autorité, voyez le problème, c'est que ça veut dire qu'il avance sans légitimité, sans conduire le peuple là où il se doit de le conduire, comme homme qui est garant de l'unité de la nation. Et là, il s'assoit dessus. Et donc, les gens ne le reconnaissent pas. S'ils ne veulent pas l'écouter, ça veut dire qu'ils ne reconnaissent pas son autorité à agir. Quand on est président de la République, vous voyez le niveau de gravité.
Et c'est pourquoi je pense qu'on est dans une crise de régime et que la seule solution sage d'avenir, c'est de modifier notre système institutionnel pour sortir de l'hyperprésidentialisme, pour donner plus de pouvoir aux citoyennes et aux citoyens, pour faire que le législatif prime sur l'exécutif, pour revoir aussi tout notre système médiatique judiciaire.
Mais l'hyperprésidentialisme, c'est une question uniquement de constitution ou c'est une question de la personnalité d'Emmanuel Macron qui a rendu ça possible ?
J'insiste, il y a la personnalité d'Emmanuel Macron, mais le système institutionnel lui permet d'agir avec cette psychologie. Et donc je dis que notre constitution doit être revisitée pour empêcher qu'un homme seul décide contre son peuple. C'est pourquoi nous avons une crise de régime et c'est pourquoi il faut une 6ème République.
Les 100 jours, ça sous-entend qu'Elisabeth Borne est reconduite à Matignon au moins pendant ces 100 jours.
Vous le regrettez ? Je pense que ce n'est pas le sujet majeur. Je veux dire, on mettrait quelqu'un d'autre à la place d'Elisabeth Borne, mais pour continuer d'imposer la réforme des retraites, pour continuer la même politique, pour ne rien changer sur le plan institutionnel, écoutez, ça change quoi pour les Français ? Rien. Donc ce n'est pas le problème du nom du Premier ministre ou de la Première ministre. Le problème, c'est le cap politique et le pouvoir du Président de la République qui écrase la majorité.
Sur la réforme des retraites, il est revenu très rapidement sur la promulgation. Ça a été une de ses premières phrases. Le Conseil constitutionnel a validé la loi, je l'ai donc logiquement promulguée. Qu'avez-vous pensé de cette phrase ?
Je pense qu'il y a toujours cette confusion entre la légalité, d'une part, et la démocratie. Les deux ne se superposent pas. Et c'est, je trouve, la démonstration qui est faite à travers cette crise. C'est-à-dire qu'il peut avoir les outils légaux qui lui permettent d'imposer cette loi, mais il n'a pas de légitimité. Et c'est pourquoi ça ne va pas. C'est-à-dire que le Conseil constitutionnel, vous le savez, le droit, ce n'est pas une science exacte, c'est une matière d'interprétation. Donc le Conseil constitutionnel avait matière à ne pas la promulguer, à ne pas la valider. Ce qui, je pense, aurait été une décision sage, parce qu'elle aurait été de nature à calmer dans le pays.
Pour vous, ça a été une décision politique ? Forcément, puisque la matière juridique n'est pas une science, et que vous avez de l'interprétation et qu'ils décident de la valider, ils font un choix qui, me semble-t-il, est de nature politique. Après tout, on peut aussi se dire qu'ils ont trouvé dans la constitution matière à la valider. D'où, toujours, j'y reviens, le problème de cette constitution.
– Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, la bataille politique est perdue pour vous sur la réforme ?
– Ah bah sûrement pas. Mais pas du tout. Elle n'est pas du tout perdue. Et je vois les syndicats très remonter depuis hier. J'ai écouté aussi bien Laurent Berger que Sophie Binet de la CGT, qui était remarquable hier, et honnêtement, ils sont estomaqués, comme les Français d'ailleurs, il y a une forme de sidération devant ce président de la République qui n'entend rien, qui enfile les perles, qui continue à s'arc-bouter comme s'il était dans une bulle à part. On a l'impression qu'il n'a pas du tout atterri, qu'il ne vit pas avec nous, qu'il est hors le monde. Mais c'est grave pour celui qui est censé, encore une fois, nous gouverner et avoir l'autorité de nous amener au plus haut.
– Alors la suite, c'est quoi ? Sur le plan politique et législatif, est-ce que vous allez vous associer au Parti Socialiste qui va déposer une proposition de loi pour abroger les 64 ans ?
– La question que nous posons, c'est où peut-être déposer cette proposition de loi ? – Dans les deux, Olivier Faure dit dans les deux chambres. – Oui, dans les deux chambres, mais à quelle date, etc. – Donc la discussion n'est pas close sur l'opportunité de la signer, pour ce qui concerne mon groupe, et de voir comment on peut la déposer. Mais c'est en discussion. – Mais quelle est la… – Je vous dis, la discussion, c'est de bien maîtriser où est-ce qu'on va la déposer ensemble, est-ce qu'elle a une chance d'arriver. – Mais quelle est l'alternative ? – Là, pour l'instant, on travaille, comme vous le savez aussi, sur une motion de censure.
– Portée par les indépendants ?
– Liot, qui pourrait être à nouveau portée par Liot. Vous savez que la dernière fois, elle a échoué à neuf voix. Un certain nombre de républicains l'avaient votée en se disant qu'il y avait, vous savez, toutes ces carottes derrière le bâton des 64 ans.
– Il n'y a plus de carottes, ils peuvent changer la vie.
– Il n'y a plus de carottes, elles ont toutes disparues. D'ailleurs, c'était quand même un jeu de dupe, ces carottes, puisque la lettre du Conseil d'État, qui datait d'avant, les promesses et d'avant, les cavaliers législatifs, disaient clairement qu'ils ne seraient pas validés par le Conseil constitutionnel. Donc il y a eu vraiment une entourloupe, comme c'est dit dans le… Vous savez, c'est erroné, ce terme erroné. Mais le Conseil constitutionnel a décidé que ce n'était pas grave, que les ministres pouvaient mentir. Il y a eu un droit au mensonge, d'une certaine manière, octroyé par le Conseil constitutionnel. – Mais il dit qu'après, ça a été débattu.
– S'ils mentent, mais qu'on a le droit d'en débattre, ce n'est pas grave, que des ministres mentent. Non, mais enfin, je veux dire, c'est quand même grave. On prend des procédures inhabituelles, ce n'est pas grave. Allez, prenons des procédures inhabituelles. On se demande vraiment où on est. – Juste sur la motion de censure, Charles de Courson vous a dit oui pour la portée ? – C'est en discussion, voilà, de poser la question à lui, puisque je vous dis, pour l'instant, on est en train de travailler le scénario, de voir si nous avons des chances d'obtenir un vote qui soit meilleur et de gagner cette motion de censure.
Mais je pense que chaque jour, chaque jour, le pouvoir ne tient plus qu'à un fil. Et le fil est de plus en plus petit.
– Et toute la nupe, vous êtes mis d'accord sur cette motion de censure ? Parce qu'hier, Olivier Faure nous disait que la composition, c'était que justement, elle soit au moins à voix égale par rapport à la précédente.
– C'est pourquoi nous en discutons. Voilà, c'est mon collègue Éric Coquerel qui a pris l'initiative, qui est président de la commission des finances, de proposer cette motion de censure. On a pris attache avec Liotte. On discute avec nos partenaires de la NUPES. Il y a cette hypothèse de proposition de loi proposée par les socialistes. Ce que je peux vous dire, c'est que sur le plan institutionnel, nous allons chercher encore toutes les voies possibles et imaginables pour faire reculer le gouvernement.
Mais vous le savez, comme moi, ça ne va pas se jouer principalement là, ça va se jouer principalement dans le rapport de force sociale que nous allons avoir avec le gouvernement dans la rue, et le 1er mai est fondamental. Tous les jours aussi qui passent, où il y a des mobilisations. Vous savez que jeudi, c'est la colère cheminote. Et enfin, la perspective politique, parce que quand on voit une telle crise de régime, et je vous parlais de 6e République, il faut bien travailler à l'alternative, et donc à la force politique que nous devons construire, à même de changer tout ça, de changer ce cadre. Et ça, c'est très politique. Vous ne nous parlez pas du RIB, vous n'y croyez plus ?
Écoutez, vu la motivation donnée par le Conseil constitutionnel sur le refus du 1er RIB, j'avoue que je suis très sceptique sur le 2nd. Mais un miracle est si vite arrivé. On peut toujours rêver d'un coup de théâtre, et c'est toujours possible. Donc oui, espérons que le Conseil constitutionnel atterrisse, lui, et revienne à la raison, et permette cette sortie par le haut. Parce que le RIB, c'est quand même une sortie par le haut. En réalité, le président de la République même aurait dû annoncer hier, par exemple, un référendum. Il aurait calmé la situation. Il aurait calmé la situation. Il décide de ne prendre aucune issue qui permette d'apaiser le pays.
Tout en ayant ces mots, apaiser, unité. Et c'est pour ça qu'on a l'impression qu'il se moque de nous, qu'il nous fait des bras d'honneur à chaque phrase. Parce qu'il dit des mots qui sont des mots doux, vous voyez, sucrés. Et pour, en réalité, ne rien proposer de concret, même sur l'inflation. C'est fou, quand même. C'est le sujet majeur des Français. Et hier, il n'a pas un mot, un mot pour tous les Français qui le regardaient, qui sont aux abois, exempts, qui, vous avez vu, 42% des Français les plus précaires ont enlevé un repas par jour.
Vous avez des situations qui sont des situations dramatiques, dramatiques face à cette hausse des prix, et notamment de l'alimentation, mais pas seulement, parce que c'est les prix de l'énergie, du carburant, qui se répercutent sur l'ensemble, des loyers aussi, qui se répercutent sur l'ensemble, et qui fait que les gens sont à bout. Et que dit le président de la République ? Rien. On va ouvrir des... Tout est...
Il a parlé de l'augmentation des prix qui pèse sur la vie quotidienne, mais sans mesure, effectivement. Il manquait une mesure nouvelle concrète.
Et le peu de propositions, c'est cocasse, le peu de propositions un peu concrètes qu'il a faites, par exemple, sur l'augmentation du nombre de gendarmes, vous savez que c'est dans la loi. Là, c'est des choses qui sont déjà engagées. Donc on se dit, mais de qui est-il entouré ? Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? De parler 13 minutes et de raconter n'importe quoi.
Mais quand il dit, ma porte est ouverte, notamment aux syndicats qui ont refusé d'aller le rencontrer, après avoir demandé à ce que le président de la République les rencontre, est-ce que ce n'est pas la piste par laquelle il y aurait peut-être moyen d'engager quelque chose de nouveau ? Vous n'y croyez pas ?
Mais ce qui fait très bien que le sujet, c'est l'abrogation de la réforme sur les retraites. Il le sait. Donc il ouvre sa porte, mais sur un autre sujet.
Et quand il propose de parler d'avoir un nouveau pacte de vie au travail, d'améliorer les conditions de vie au travail, les revenus des salariés...
Oui, oui, mais lui, ce nom de petit rêve, d'ailleurs on l'a vu sur le partage des temps, c'est deux minutes, les retraites, hop, on passe à autre chose, et puis il reste 11 minutes sur le reste. Mais sauf que ce qu'il ne comprend pas, c'est que si lui, il veut tourner la page, les Français, eux, n'ont pas décidé de tourner la page. Et les syndicats non plus. Donc il faut d'abord régler cette question, et une fois qu'elle sera réglée, on verra si on est capable de discuter du reste. Mais commençons par là.
Parce que le reste, l'augmentation des revenus, je pense que ça intéresse beaucoup de gens aussi. Mais évidemment. C'est un vrai sujet, là. Bien sûr que c'est un vrai sujet.
Mais il connaît...
Mais donc on reste au niveau du blocage.
Ou alors il n'a qu'à prendre des décisions claires, d'amélioration. Il peut immédiatement dire, j'augmente le SMIC. Pourquoi ne l'a-t-il pas dit hier ? Il peut immédiatement dire, je bloque les prix des produits de première nécessité. L'a-t-il fait hier ? Non. Donc pour montrer sa bonne foi, s'il veut vraiment discuter, qu'il commence par prendre des mesures qui sont des mesures attendues par la majorité des Français, et qui seraient de nature à faire en sorte que les syndicats aient davantage envie de prendre le chemin de la négociation. Mais aujourd'hui, négocier avec quelqu'un qui claque la porte au nez en permanence, ce n'est pas possible.
Laurent Berger a quand même dit qu'il finirait par retourner à la table des négociations pour parler de ces sujets, mais après le respect d'un délai de décence, il a raison.
Bien sûr. Évidemment que c'est impossible de négocier tout de suite. Écoutez, c'est lui. Moi, je ne suis pas à leur place. En fait, le prochain rendez-vous, c'est le... C'est pas moi qui vais dire quelle est la conduite que doit avoir un syndicat.
Le prochain rendez-vous pivot, c'est le 1er mai, en fait. C'est ça, c'est la mobilisation.
Jusqu'au 1er mai, je pense qu'il y a un accord de tous les syndicats pour dire qu'on ne parle pas autre chose que de la réforme des retraites. C'est le sujet. Moi, j'appelle ici solennellement à ce que tous les Français utilisent ce 1er mai pour faire entendre une voix par millions et millions de Français.
De quelle manière la France insoumise va porter cette parole, va prendre sa part à ce 1er mai ?
D'abord, on prend toujours nos parts. Ce sera la 13e journée de mobilisation. C'est considérable, en réalité, et dans un contexte difficile pour les Français. Parce que je pense que s'il n'y avait pas ce problème de l'inflation et des salaires qui sont des salaires comprimés, le pays aurait été bloqué depuis belle lurette. Et donc, il y a du cynisme aussi de la part du pouvoir parce qu'il le sait bien. Il le sait bien que le niveau de colère est tel que normalement, le pays devrait être bloqué. Et s'il ne l'est pas, c'est parce que les gens sont pris à la gorge.
Mais dans les précédentes journées, vous étiez plutôt en retrait par rapport aux syndicats. C'était un souhait des politiques
de laisser les syndicats en première ligne. dans les manifestations. Est-ce que là, il y aura une action spécifique, ce 1er mai ? Une action spécifique ? On est moteur de la mobilisation, mais comme on l'a été douce fois. Et prendre sa part, ça veut dire appeler au 1er mai, être actif. Et ça, nous allons le faire par tout un biais de matériel militant et de prise de parole publique pour inviter vraiment tous les Français à s'approprier ce 1er mai qui doit être immense et qui doit permettre de réveiller, à Emmanuel Macron.
Je sais que là, c'est difficile, j'entends bien, mais c'est dire le nombre de millions qu'il faut mettre dans la rue pour que peut-être il arrive à entendre ce qui se passe dans le pays qu'il est censé gouverner.
Sur la suite, parce qu'il a tendu la main pour la suite, il a parlé de trois chantiers, vous en avez un peu parlé, dont le premier, celui du travail. Il veut un nouveau pacte de la vie au travail. Est-ce que vous êtes prêts à travailler avec lui sur ce chantier ?
Je ne sais pas ce que ça veut dire travailler avec lui. Nous, on est une force politique, on fait des propositions sur le travail et Emmanuel Macron connaît son projet puisque ça fait six ans qu'il l'applique. Et donc sur le travail, pour l'instant, ce qu'il a fait essentiellement, c'est casser le code du travail, c'est durcir les conditions de travail, c'est nous expliquer qu'il suffisait de traverser la rue pour trouver un emploi.
Donc il y a du mépris sur la reconnaissance du travail et en particulier du travail pénible puisque lui-même avait dit quand il était candidat, je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais il avait dit qu'il fallait mieux reconnaître les métiers pénibles et notamment tous ceux de la première ligne qu'on avait tant salué au moment du Covid. Vous avez vu une augmentation ? Vous avez vu une mesure concrète ? Rien. Strictement rien. Il y a une mesure aussi qu'il faudrait qu'ils prennent. Augmenter le salaire des fonctionnaires, ce n'est pas compliqué, c'est de son ressort. Vous avez un gel du point d'indice qui est indécent. Vous avez une paupérisation, notamment des métiers les plus utiles.
On le sait, dans l'hôpital, à l'école. Que fait-il ? Rien. Strictement rien. Donc il y a un ras-le-bol aussi du blablabla. Il y a certaines mesures qui ont été signées. Non mais il y a ras-le-bol. Mais quelles mesures ? Les mesures, elles correspondent à une certaine logique. Vous voyez ? C'est sortir aussi les revenus du travail des cotisations. Parce que par le biais des primes, par le biais de l'intéressement, vous les sortez des cotisations. Ça, c'est une logique très néolibérale. Très néolibérale. Donc moi, je ne suis pas d'accord avec ça. Je pense que ce n'est pas ce qui est important dans la période actuelle. Donc cette allusion aux primes. Oui.
Mais ce qui est important dans la période actuelle, il faut le comprendre, c'est de rééquilibrer le rapport entre le capital et le travail. Voilà. Parce que ça s'est détérioré. Et que vous le savez mieux que moi, le capital, lui, se porte très bien et les revenus des dividendes qui atteignent des sommets indécents, 80 milliards d'euros ont été redistribués en dividendes l'année dernière. Donc c'est bien ce rapport entre capital et travail qui ne va pas. Et donc un gouvernement, si nous, nous étions au pouvoir en tout cas, nous commencerions par faire en sorte qu'on puisse mieux rémunérer le travail et en particulier tous ceux qui ont des métiers si utiles et qui sont si mal pris.
Un mot pour terminer sur la NUP. Olivier Faure appelle à un nouveau souffle. Qu'est-ce que... Oui, je suis d'accord avec ça. Vous êtes d'accord ? Bien sûr.
Et ça veut dire quoi ? Qu'est-ce que vous mettez derrière ce terme ? Pour moi, il faut consolider la NUPES. Il faut la renforcer. Comment ? Par le haut et par le bas. Il faudrait qu'à l'échelle du haut, si j'ose dire, on ait un mode de fonctionnement qui soit plus fluide et qui permette aussi d'associer plus la... Mais ce n'est pas déjà le cas. Ça fonctionne plutôt bien. Ça veut dire moins d'égémonie de la France insoumise. Non. Pourquoi vous commencez immédiatement par là ? Non. Je pense qu'il faut qu'on arrive à se mettre d'accord sur un mode de fonctionnement
qui soit plus inclusif. Vous arrivez à travailler ensemble.
Je trouve qu'à l'Assemblée nationale...
C'est quoi ? C'est dans les expressions publiques ?
Mais notez qu'à l'Assemblée nationale, il y a quelque chose qui nous facilite la vie et que tous les députés ont été élus dans le cadre de la NUPES. Donc tous les députés, peut-être, sont particulièrement convaincus par l'intérêt de la NUPES puisqu'on est passé de 75 à 150 députés. Ce qui est quand même un gros succès. Mais plus fluide, c'est quoi ? Ça veut dire, par exemple, créer une structure nationale dans laquelle on puisse avoir du débat stratégique.
Ça veut dire que les instances qui sont les instances exécutives, où on peut prendre des initiatives au jour le jour, soient renforcées, que tout le monde y participe davantage et mieux et qu'on se comprenne mieux, sans hégémonie, sans non plus stratégie de traîner les pieds. Vous voyez ? Tout ça...
Qui traîne les pieds ?
Vous voyez bien. Moi, je n'ai pas envie de cotiser parce que vous voyez, en ce moment, la NUPES, on a l'impression qu'il y en a un qui met un, alors l'autre ajoute, etc. Or, il y a une course à l'irresponsabilité. On n'a pas d'autre solution que la NUPES. Donc ça, je vous parlais du haut, mais je veux aussi parler du bas parce que c'est important. Il faut qu'il y ait des collectifs NUPES dans toute la France. Il faut qu'on puisse être unis par des projections, des projections dans le temps qui nous mettent en action.
Donc moi, je pense, par exemple, que si on était capable de faire des assises sur la démocratie, la VIème République, les libertés publiques dans tout le pays et les mettre en mouvement avec la NUPES, par exemple, ce serait quelque chose qui nous projetterait. Donc il y a une façon de trouver les instances à la fois nationales et locales qui nous permettent d'avancer. Ça, je pense qu'il faut le faire. Mais il faut aussi le faire par la convergence de ce que nous proposons dans le pays. Donc il faut se mettre au travail. Il faut se mettre au travail sur le projet et les propositions concrètes. On a fait un programme en 13 jours, 13 nuits. À l'évidence, ça ne suffit pas.
Donc il faut continuer à travailler. Mais le plus important, c'est d'avoir cette volonté politique. Si vous pensez qu'on peut se passer de la NUPES, que je crois être une folie, à ce moment-là, vous traînez les pieds, si vous savez que dans le cadre de la tripolarisation, soit on est unis et on a une chance de gagner, soit on est divisé et c'est sûr qu'on a perdu, eh bien normalement, vous faites un petit effort et vous vous dites qu'il faut qu'on trouve des solutions et des solutions pour ancrer, pérenniser, faire entendre dans le pays le fait que nous sommes l'alternative. À la fin, vous savez, c'est le Rassemblement national ou c'est nous. Et le nous, il sera uni ou il ne sera pas.
Parce que l'unité ne suffit pas à gagner, mais si vous êtes divisé, alors là franchement, ça va être très très compliqué de pouvoir prétendre gagner notamment à la prochaine élection présidentielle. Et d'ici là, on le sait, il y a les européennes, il y a les municipales, donc il faut qu'on trouve à chaque fois comment passer au mieux ces échéances. Et moi, je souhaite que nous soyons à chaque étape le plus unis possible.
Merci Clémentine Autain. Merci à vous. Merci beaucoup d'avoir été notre invitée. Stéphane Léune de West France, Emmanuel Macron, tente de tourner la page retraite. Merci beaucoup. Merci Clémentine Autain. Merci à vous.
Clémentine Autain