Les 4 vérités - Delphine Batho
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Delphine Bateau, nous allons parler de la Convention citoyenne, mais quand même un mot de la campagne de vaccination qui débute aux Etats-Unis. Les vaccins ne me rassurent pas, ce vaccin ne me rassure pas, dit Jean-Luc Mélenchon, et vous ? Non, moi j'espère qu'on n'en peut plus, d'être obligé d'être confiné, de se demander si on peut voir les grands-parents à Noël, d'avoir toute une série d'activités de la vie culturelle notamment, mais beaucoup d'autres choses dont on est privé.
Donc le vaccin est une solution. Ça veut dire que vous faites confiance dans les agences de santé européennes, françaises, qui à un moment donné donneront le top départ ? Plutôt oui, et il y aura de toute façon une vigilance par rapport à effectivement le fait qu'on ne maîtrise pas tout.
Vous avez l'air de dire qu'on n'a pas le choix en réalité. Oui, on n'a pas le choix, mieux vaut le dire clairement, oui. On n'a pas le choix si on veut s'en sortir.
Il n'y a pas d'immunité collective, on a 57 000 morts, on a encore 14 000 cas par jour. Donc tant que ce vaccin n'est pas là, on doit continuer de faire preuve de civisme, de respecter les consignes. Et on attend ce vaccin.
Et on sait bien que dans un premier temps, ce sont seulement les personnes des EHPAD qui auront accès. Du coup, quand vous voyez les images qu'on a vues tout le week-end de fêtes sauvages, organisées avec parfois plus de 300 personnes, notamment à Marseille et ailleurs, ça vous met en colère ? Vous dites qu'il faut une grande sévérité vis-à-vis de ces jeunes-là ?
Il faut surtout chercher à convaincre, sans doute à ne pas infantiliser. Mais oui, c'est complètement irresponsable. Et encore hier, il y a eu des morts du Covid.
Allez, on passe au climat. Je ne veux pas dire que parce que les 150 citoyens ont écrit un truc, c'est la Bible ou le Coran. Ça, c'est du Emmanuel Macron, lors de son interview face aux journalistes de Brut.
C'était ce qu'il a dit aussi aux 150 membres de la Convention citoyenne. Est-ce qu'il a trahi, à vos yeux, le président, l'esprit de cette Convention citoyenne ? Il est empêtré, en tout cas.
La première chose qu'on peut attendre d'un président de la République, c'est du respect. Il en a manqué, là ? Il n'y a aucune raison d'être aussi cassant et aussi méprisant avec des citoyens qui, je le rappelle, n'ont rien demandé à personne.
Ils ont été tirés au sort, ils ont travaillé pendant des mois, ils ont produit quelque chose qui n'est pas un truc, mais qui est un travail parmi les plus sérieux qui a été produit sur la manière dont on doit prendre des décisions aujourd'hui pour lutter contre le changement climatique. Donc cette façon d'être cassant, vindicatif avec Cyril Dion, avec des attaques ad nominem, c'est clairement inadapté. J'ai déjà vu le président de la République faire preuve de plus de diplomatie, par exemple, à l'égard de dictateurs.
Carrément ? Oui, donc d'abord du respect, du respect des personnes. Ce ne sont pas des responsables politiques, les membres de la Convention citoyenne pour le climat.
Ce ne sont pas des adversaires, ce sont des citoyens qui ont fait un boulot sérieux. Qu'est-ce que ça révèle selon vous ? Qu'est-ce que ça révèle ?
On voit que ça vous met en colère, Delphine Bateau. Qu'est-ce que ça révèle ? Ça révèle la façon dont le président de la République considère l'écologie.
C'est-à-dire comme un terrain de manœuvre politicienne, de manipulation. Un jour, on dit qu'on va reprendre les propositions sans filtre, le lendemain, on sort des jokers. Ensuite, on dénonce les amiches.
Maintenant, on dit que les propositions de la Convention citoyenne sont un truc. Il n'y croit pas ? Pour se dérober aux responsabilités.
Et d'ailleurs, on peut s'attendre à ce que cet après-midi, on diffère encore les décisions en annonçant soit une nouvelle commande d'un travail à la Convention citoyenne sur la compatibilité avec l'Europe ou je ne sais quoi, ou un référendum, ce qui serait extrêmement dangereux pour l'écologie. Pourquoi un référendum, ce serait dangereux pour l'écologie ? Parce que depuis 1969, il y a le référendum sur la décentralisation.
On sait très bien que dans un référendum, il y aura zéro débat de fond sur l'écologie. Il y aura pour ou contre Macron. Et en plus, à moins d'un an de l'élection présidentielle, ça pose évidemment un problème démocratique.
Alors l'exécutif, évidemment, dit que le travail a été fait. Selon le comptage des équipes du chef de l'État, 40% de mesures sont déjà retranscrites dans le projet de loi en préparation, moratoire sur les zones commerciales, etc., l'interdiction des terrasses chauffées.
Et la majorité dit que personne n'a jamais autant fait sur le climat. C'est faux ? Ce n'est pas le problème.
Comment ça, ce n'est pas le problème ? Non, ce n'est pas le problème. Le problème, ce n'est pas de savoir qui a plus fait ou moins fait.
Le problème, c'est de savoir si ce qu'on fait est à la hauteur de ce qu'il faudrait faire. La réponse est clairement non. Le gouvernement, donc le moratoire dont vous parlez n'est pas repris.
Le gouvernement vient de décider de remettre de l'argent public de la France dans la construction de nouvelles centrales à énergie fossile jusqu'en 2035. Le gouvernement a investi des milliards d'euros dans la relance du secteur aérien et aéronautique. Il fallait les laisser tomber ?
Non, il ne fallait pas les laisser tomber, mais il fallait mettre des conditions écologiques. Il n'y en a pas. Il n'y en a pas.
Et en fait, on a aujourd'hui une opportunité historique. C'est malheureux à dire, mais en mettant à l'arrêt bien des activités, la pandémie, elle a fait voler en éclats les carcans budgétaires. Donc, on a des marges de manœuvre pour transformer notre société, pour transformer notre économie qui n'ont jamais existé.
Et on est en train de passer à côté. Quel est l'effet de la crise du Covid ? Bien que la planète ait vécu deux confinements, ça n'était jamais arrivé avec des économies à l'arrêt ou très ralenties.
La baisse des émissions de gaz à effet de serre a été modeste. Et surtout, la concentration de CO2 dans l'atmosphère n'a jamais été aussi importante. En fait, même confiner l'ensemble de l'économie, comme on l'a fait là, ne suffirait pas à inverser la tendance.
C'est assez désespérant ? Ce qui est désespérant, c'est le fait que...
Je vais peut-être faire un parallèle avec le coronavirus. Parce qu'il y a sur une échelle de temps, sur le climat, le même type de mécanisme. C'est qu'il y a une alerte, il y a des scientifiques qui disent des choses, mais on se demande si c'est vraiment vrai.
On le met en doute. Il y a des théories complotistes, c'était les climato-sceptiques. Et puis ensuite, il y a une forme de déni.
On se rassure à bon compte. La France n'est pas l'Italie, etc. Et il y a en fait sur le climat le même type de choses, mais si vous voulez, sur des années et des années.
Sauf que la différence, c'est que le mur du changement climatique, il est quelque part irréversible. On voit déjà les effets chez nous. On a des sécheresses, on a eu des morts dans les Alpes-Maritimes avec un cataclysme que personne ne pouvait imaginer.
Donc il y a une urgence à ce que désormais, chaque décision prise chaque jour soit respectueuse d'une règle d'or climatique. C'est ça que vous attendez du rendez-vous de cet après-midi ? Oui, pas des engagements pour plus tard.
Pas la France en 2025, en 2035. Non, ce qui est décidé aujourd'hui. Le Royaume-Uni a pris l'engagement, par exemple, que le gouvernement ne soutiendrait plus des projets d'énergie fossile.
C'est ce qu'a dit Boris Johnson. C'est ça le sujet ? C'est ça le genre d'engagement qu'il faut prendre ?
C'est un des sujets. Il y a 9 milliards d'euros de la France investis dans des nouvelles centrales à gaz à l'étranger. C'est un scandale, en fait.
On ne peut pas continuer à financer de nouvelles productions d'énergie fossile. Et quand vous voyez cet accord européen qui a été pris ce week-end avec l'objectif de réduction de 50% des casés à effet de serre d'ici... 55.
De 55%, bien sûr. 55% d'ici à 2030. Ça va dans le bon sens.
Ça prend du temps. Il y a une inertie. Il y a une prise de conscience.
Le problème, en fait, ce n'est pas les engagements. Que les engagements soient revus à la hausse, tant mieux. En fait, vous n'y croyez plus, aux engagements.
En fait, c'est la manière...
Le problème, c'est l'écart qu'il y a entre l'inaction et des promesses d'engagement qui sont toujours reportées à plus tard. Donc, quand les engagements sont bons, très bien. Mais ça ne fait pas les décisions concrètes.
En l'occurrence, l'Europe avance avec le Green Deal. C'est une avancée. Tout avancé est bonne à prendre.
Est-ce que c'est à la hauteur de ce que dit la science aujourd'hui, de ce qu'on sait de l'accélération du changement climatique ? Malheureusement, non. Merci beaucoup, Delphine Bateau.
C'est à vous là.
Delphine Batho