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interviewBFMTV· 8 juillet 2024 19 min

Dissidents LFI, futur Premier ministre... L'interview de Clémentine Autain en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:03
Présentateur

BFM TV face à face. Apolline de Malherbe. Il est 8h32 et vous êtes bien sur AMC et BFM TV. Bonjour Clémentine Autain. Bonjour. Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes députée du nouveau Front populaire de Seine-Saint-Denis. Vous avez été réélu dès le premier tour. La question qu'on va se poser à l'instant c'est « et maintenant ? ». Vous avez immédiatement dès hier soir lancé un appel à ce que tous les députés de gauche se réunissent pour proposer en leur sein un premier ministre. Mais je voudrais d'abord savoir à qui j'ai affaire ? Au nom de qui est-ce que vous parlez ? D'abord, est-ce que vous avez l'étiquette LFI ?

0:40
Clémentine Autain

Non, je ne siègerai pas dans le groupe de la France Insoumise. Mais ce qui est important ce matin, c'est de construire.

0:48
Présentateur

Mais depuis quand ? C'est-à-dire qu'en fait, moi si j'ai vérifié, il me semble bien qu'au premier tour vous aviez l'étiquette LFI.

0:54
Clémentine Autain

Oui, mais entre-temps, vous savez qu'il y a eu ce qu'on appelle une purge dans ma formation politique puisque mes camarades, Alexis Corbière, Raquel Garrido, Daniel Simonnet, Hendrik Davy et encore un autre aussi, Frédéric Mathieu. Bref, cinq camarades qui n'ont pas été investis par la France Insoumise au dernier moment.

1:16
Présentateur

François Ruffin lui-même a également annoncé dans l'entre-deux-tours qu'il ne siègerait pas à la France Insoumise. Est-ce que ça veut dire qu'avec tous ceux que vous venez de citer, vous pourriez vous retrouver ensemble, soit tout seul dans un coin, soit au côté du Parti Socialiste ?

1:31
Clémentine Autain

On n'a pas décidé d'être tout seul dans un coin. On a décidé de rester nous-mêmes, de dire très franchement qu'il faut qu'il y ait une gauche franche attachée à un projet de transformation en profondeur et démocratique. Mais vous avez été viré ou vous êtes parti ? Non, vous savez bien qu'il y a eu des désaccords, mais je ne suis pas venue ce matin pour vous parler de ça.

1:50
Présentateur

Oui, mais j'ai d'abord besoin. Je vous demande pardon Clémentine Autain, mais à 8h34, je veux qu'on prenne quand même le temps de comprendre au nom de qui vous vous exprimez encore une fois.

2:00
Clémentine Autain

Il y a eu des duels fratricides parce que la direction...

2:04
Présentateur

Mais lâchez-vous, c'est pour ça que je vous pose la question.

2:05
Clémentine Autain

Non, mais il y a eu avec mes camarades, je vous les ai cités, donc des duels fratricides qui ont été remportés. Alexis Corbière a gagné, Daniel Simonnet a gagné, Hendrik David a gagné. Donc ça veut dire qu'un message a été envoyé par les électeurs, assez clair dans ces circonscriptions, c'est que oui pour une force politique qui défend une gauche de rupture pour aller vite, mais non pour des méthodes qui tournent le dos aux principes démocratiques que nous...

2:30
Présentateur

C'est quoi ces méthodes ? C'est des méthodes antidémocratiques, les méthodes de Jean-Luc Mélenchon ?

2:32
Clémentine Autain

Écoutez, c'est des méthodes qui ne vont pas, vous le savez bien. Et puis par ailleurs, nous avons eu un débat sur le profil politique qui est le nôtre, vous le savez, et tout cela n'arrive pas de rien. C'est un débat qui a commencé avec l'affaire Adrien Quatennens, qui s'est poursuivi sur la façon dont n'est pas correctement organisée la France insoumise, et enfin avec des débats depuis le 7 octobre où il y a des nuances sur notre profil politique.

2:56
Présentateur

Si Jean-Luc Mélenchon n'avait pas soustrait votre siège du nombre d'élus du premier tour, si j'ai bien compris, c'est comme ça aussi que vous expliquez les choses, vous dites avoir découvert en quelque sorte en direct que vous étiez exclue de la France insoumise, lorsque Jean-Luc Mélenchon s'exprimant a dit qu'il n'y avait eu que 19 élus la France insoumise au premier tour, alors que vous êtes la 20ème, vous avez donc compris que c'était de vous qu'il s'agissait et que vous étiez exclue du groupe ?

3:24
Clémentine Autain

Oui, tout à fait, en tout cas que je n'étais pas invitée à siéger dans ce groupe. Mais vous l'auriez souhaité, vous auriez préféré rester ? Écoutez, je pense que justement il faut sortir de tout ça. Donc probablement le fait que chacun soit désormais chez soi doit permettre de retrouver des relations apaisées. Moi je suis une militante acharnée du nouveau Front populaire et vous le savez, je suis pour l'Union depuis très longtemps. Je pense que nous devons avoir un profil à vocation majoritaire sur une proposition politique qui permette de changer le quotidien des Français. Je n'ai pas bougé d'un iota là-dessus.

Et j'invite mes camarades insoumis qui eux aussi vont, pour réfléchir, à savoir dans quel groupe ils siègent, à bien réfléchir, parce que vous savez la purge qui est arrivée à mes camarades là, demain peut arriver à d'autres s'ils bougent un orteil et qu'ils expriment des désaccords. Ça veut dire que la France insoumise, on vit sous une forme d'intimidation en quelque sorte ? Écoutez, oui, mais je n'ai pas envie de faire l'émission sur ça. Vous vous rendez compte, c'est l'avenir des Français. Hier soir, il y a eu un bouleversement du champ politique. L'extrême droite n'a pas été élue et c'est un soulagement immense.

Et donc maintenant, la question, ce n'est pas l'avenir de la France insoumise et nos débats internes. La question, c'est comment on gouverne et comment on trouve un Premier ministre, une Première ministre proposée par l'ensemble du nouveau Front populaire et comment on se met au travail pour abroger la loi sur les traites et pouvoir d'achat. Excusez-moi, mais j'ai été prise un peu de cours parce que je pense que là, on prend les choses dans un sens qui n'était pas ce que j'avais dans ma tête.

4:48
Présentateur

Vous aviez juste ce que vous aviez en tête, mais moi, je trouve ça très important puisque je ne peux pas vous définir comme député LFI de savoir comment est-ce que je peux vous définir. Clémentine Autain, vous dites donc que vous appelez les différents députés de gauche à se mettre ensemble pour sortir en leur sein la personne qui pourra incarner ce nouveau gouvernement. D'abord, quelle méthode ? C'est-à-dire que vous dites à tous les députés, qu'ils soient issus de LFI, du Parti socialiste, des écologistes ou du Parti communiste, on se met tous ensemble, on oublie les étiquettes, on vote ?

5:25
Clémentine Autain

Moi, je pense qu'il faudrait qu'il y ait très vite une réunion de l'ensemble des députés du nouveau Front populaire qui ont une partie de la clé puisqu'il faut que le ou la nouvelle Première ministre ait l'assentiment de ces députés du nouveau Front populaire. Les formations politiques ont également leur mot à dire, ça je l'entends parfaitement. Donc il faut qu'il y ait une discussion à la fois avec les chefs de parti et avec l'ensemble des députés du nouveau Front populaire et qu'au plus vite, nous soyons capables de faire à Emmanuel Macron une proposition qui nous mette en situation de gouverner.

5:56
Présentateur

Au plus vite, dites-vous, encore un point que j'aimerais éclaircir avec vous, quand même je vous repose la question de la méthode, c'est-à-dire qu'évidemment le résultat sera différent si c'est chaque groupe qui de son côté regarde qui dans ses rangs il pourrait proposer et quand j'écoute Jean-Luc Mélenchon, il dit qu'il est logique que cette personne sorte des rangs de LFI et que LFI seule se réunisse pour décider par consensus qui doit être la personnalité à proposer puisqu'en effet ils ont 75 députés là où le Parti socialiste n'en a que 65

6:26
Clémentine Autain

Alors attendez, vous savez comment les groupes se répartissent, je pense que c'est un petit peu plus compliqué que cela.

6:32
Présentateur

Ils n'ont pas 75 députés à LFI pour vous ?

6:35
Clémentine Autain

Je ne sais pas qui va siéger et qui ne va pas siéger dans le groupe LFI, je ne sais pas quelle est la composition du groupe socialiste.

6:42
Présentateur

Il n'est donc pas du tout sûr à cette heure-ci que LFI soit le groupe majoritaire ?

6:46
Clémentine Autain

Voilà, ça ne me paraît pas absolument certain et c'est pourquoi d'ailleurs je pense que cette méthode n'est pas la bonne méthode à retenir. Ce qu'il faut c'est qu'il y ait un consensus sur une candidature pour que tous les députés puissent s'y retrouver et non pas le fait majoritaire. Chez les majoritaires s'impose à tous, vous voyez ? Et donc je pense que c'est bien d'avoir une règle qui respecte l'ensemble des députés et qui nous permettent d'être crédibles aussi dans cette capacité de rassemblement.

7:14
Présentateur

Encore une fois, c'est beaucoup de confusion. Est-ce que ça veut dire, Clémentine Notin, que je dois comprendre que dans les 24 heures qui viennent, vous, François Ruffin, vous pourriez par exemple siéger avec le Parti socialiste, ce qui mécaniquement... Non, je ne sais pas pourquoi vous voulez qu'on soit avec le Parti socialiste. Oui, mais après, ce serait une histoire de vase communiquant.

7:28
Clémentine Autain

Je ne vous parle pas de ça, nous n'avons pas prévu de siéger avec le Parti socialiste. Mais vous quittez la France insoumise, il y a une histoire de vase communiquant encore une fois, non ? Ben non, ça n'est pas communiquant. Nous ne quittons pas le groupe de la France insoumise, ou plus exactement, nous ne sommes pas mis à l'écart de la France insoumise pour aller rejoindre le groupe du Parti socialiste avec François Hollande. Ça ne va pas se passer comme ça. Voilà. Donc ce n'est pas ce comptage-là. Je vous appelle juste à être raisonnable dans ce qu'on peut anticiper.

7:58
Présentateur

Donc les chiffres tels que la plupart des résultats nous les donnent, en tout cas nous les catégorisent, y compris dans les journaux ce matin, c'est-à-dire 182... LFI à 75, PS 65, Europe Écologie des Verts 33, PCF 9. Pour vous, ces chiffres ne sont pas stables ?

8:17
Clémentine Autain

Mais bien sûr que ça n'est pas stable. Imaginez que nous créions un nouveau groupe politique. Ça aura des incidences nécessairement. Donc les choses ne sont pas figées. C'est juste ça que je vous dis. Vous appelez donc à la création d'un nouveau groupe politique ? Moi, je souhaite appartenir à un nouveau groupe politique qui soit capable à la fois de défendre fortement l'Union comme stratégie, le programme du nouveau Front populaire, et qui se fasse dans un cadre de démocratie, de pluralisme assumé et pas caporalisé. Voilà. C'est ça que je ne veux plus.

Et je pense que c'est d'autre crédibilité aussi sur ce terrain-là de la démocratie que d'avancer vers une logique qui soit celle qui nous ressemble, en fait, qui ressemble à ce qu'est la gauche.

8:56
Présentateur

Et j'entends évidemment, et ça me rappelle des propos. Ici même, j'avais reçu Manuel Bompard au moment où il avait été désigné coordinateur de la France insoumise. Et alors que je lui avais demandé mais par qui et sur quelle méthode ? C'est un vote. Il répondait que ce n'était pas un vote par consensus, disait-il. Et il avait répondu cette phrase, le vote n'est pas l'alpha et l'oméga de la démocratie. C'est bien à ça que vous répondez.

9:18
Clémentine Autain

C'est un désaccord que j'ai avec Manuel Bompard. Je pense que le consensus est une bonne méthode, mais quand il n'y a pas consensus, alors le vote est la meilleure méthode démocratique. Je n'en connais pas d'autre. Avant d'en venir au programme et au contenu de ce que vous pourriez proposer,

9:33
Présentateur

gouvernez donc avec qui ? On a entendu Marine Tondelier tout à l'heure qui, elle, disait « Un bon Premier ministre doit apaiser le pays et fédérer dans son propre camp ». Elle dit que par conséquent, ce n'est pas parti pour être Jean-Luc Mélenchon. Est-ce que là-dessus, au moins, vous êtes d'accord ?

9:50
Clémentine Autain

Oui, cela me paraît tout à fait évident. Et d'ailleurs, nous l'avons dit dans la campagne fortement, nous étions très nombreux à dire qu'évidemment, cela ne pouvait pas être Jean-Luc Mélenchon, comme cela ne peut pas être François Hollande. Et il faut bien comprendre qu'il faut trouver le barycentre de cette nouvelle construction politique. Ni Jean-Luc Mélenchon, ni François Hollande, vous-même vous êtes candidate. Je fais partie des noms qui sont cités et évidemment que je répondrai favorablement s'il y a cette possibilité. Mais je pense que le moment n'est pas à dire « moi », que chacun arrive et dit « c'est moi, moi, moi ».

La bonne personnalité sera celle qui sera choisie par notre rassemblement. Est-ce que Marine Tondelier vous paraît être un bon profil ? Elle fait partie des candidatures, bien sûr.

10:31
Présentateur

Vous avez dit, elle a dit, ce n'est pas parti pour être Jean-Luc Mélenchon. Et pourtant, à 20h05, c'est lui qui s'est exprimé. Et je voudrais qu'on puisse écouter. Le président a le pouvoir, le président a le devoir d'appeler le nouveau Front Populaire à gouverner. Le nouveau Front Populaire respectera le mandat que lui ont donné les votes pour ses candidats. La parole donnée sera tenue. Le nouveau Front Populaire appliquera son programme. Rien que son programme, mais tout son programme. Comment vous avez réagi hier soir, Clémentine Autain ?

11:14
Clémentine Autain

Au même moment, je crois que Marine Tondelier tenait des propos publics. Et les chaînes ont choisi de reproduire. Je vais préciser les choses.

11:24
Présentateur

Marine Tondelier savait que Jean-Luc Mélenchon s'exprimerait à 20h05. Il a été le premier à nous en informer il y a longtemps déjà. Et Marine Tondelier le savait parfaitement. Comme au premier tour d'ailleurs, elle a malgré tout fait le choix de s'exprimer en même temps. Vous comprendrez bien que Jean-Luc Mélenchon, ayant représenté la troisième force du pays aux élections présidentielles, il serait étrange que les chaînes de télévision n'en fassent pas le choix. Et elle le savait parfaitement.

11:52
Clémentine Autain

Alors écoutez-moi, à Pauline de Malherme, je vais vous dire ce qui ne va pas. Mais je vais vous dire ce qui ne va pas du tout dans tout ça.

11:57
Présentateur

Donc ils auraient dû juste se mettre d'accord peut-être tous les deux pour dire on parle de l'un. Non, ce n'est pas tous les deux.

12:00
Clémentine Autain

C'est le nouveau Front populaire qui aurait dû être uni hier soir. Et à 20h10, l'image qu'on aurait dû avoir, c'est une image avec tous les chefs de parti, de l'ensemble des composantes de ce nouveau Front populaire. Et même élargi parce que le nouveau Front populaire, ce n'est pas qu'un cartel d'organisation. Et cela ne doit pas être seulement un cartel d'organisation. La mobilisation de la société civique, comme on dit. Vous avez eu des syndicalistes, des activistes, des militants associatifs, des citoyens et citoyens qui ont permis la bascule, qui ont fait ce barrage, qui ont envoyé des convois de la victoire.

Pour vous, ils auraient dû s'exprimer ensemble comme ils l'ont fait au moment où le nouveau Front populaire est arrivé à un accord. Voilà. Si nous voulons gouverner dans ce pays, si nous voulons gagner, il faut impérativement que ce nouveau Front populaire ait un visage uni, cohérent et qu'on supporte cette diversité-là. Voilà. C'est ce message-là que je veux envoyer ce matin. C'est que nous avons une responsabilité vis-à-vis des Françaises et des Français qui nous ont placés dans cette situation hier soir. Et je les en remercie. La France ne veut pas de l'extrême droite. Et c'est nous qui pouvons apaiser. Et pourquoi nous pouvons apaiser Apolline de Malherbe ?

Parce que nous avons des mesures de justice sociale. Et ce qui est demandé à corps et à cri dans ce pays, c'est plus d'égalité. C'est que les gens arrêtent de ne pas pouvoir vivre de leur travail. C'est qu'on arrête d'avoir des services publics qui sont en décrépitude. C'est ça que demandent les Français. Et c'est ça qu'ils peuvent rassembler et non pas fracturer.

13:26
Présentateur

Jean-Luc Mélenchon faisait hier soir tout le programme, rien que le programme. Et il parlait de mesures qui pouvaient être prises dès cet été par décret. L'abrogation des retraites, le blocage des prix, le SMIC à 1600 euros. Là-dessus, vous êtes pour le coup à 100% d'accord ?

13:40
Clémentine Autain

Bien sûr. Bien sûr qu'il faut… Si nous gouvernons, ce n'est pas pour faire un bricolage, c'est pour essayer d'améliorer le quotidien des Français. Et sur les mesures citées, nous avons une majorité dans le pays. Les Français sont d'accord. Les Français ne veulent pas de cette retraite à 64 ans. Les Français veulent qu'on augmente les salaires et les minima sociaux. Les Français ont un problème avec les prix. Quiconque fait ses courses le voit bien. L'autre jour, j'étais au marché de Sevran. Il y avait un monsieur, il avait 5 kilos de patates dans les mains. Il me dit « Vous voyez, Madame Autain, ça c'est ce qu'on va manger cette semaine.

» « Vous voyez, ça c'est plus possible, c'est insupportable. » Et ça crée du ressentiment. 40 ans de politique néolibérale qui nous ont amené dans cette situation de chaos, avec en plus des comptes publics, parce que je les entends tous nous faire des leçons sur les comptes publics, c'est censé être le chaos. Mais qui a mis les comptes publics dans le rouge ? Mais le rouge total ! Ce sont ceux qui gouvernent depuis tout ce temps-là, et notamment depuis 7 ans, la Macronie. 1000 milliards de dettes qui ont été faites pour engraisser les hyper-riches et les grands groupes économiques.

14:37
Présentateur

Aurez-vous les moyens, si vous arrivez à vous mettre d'accord pour avoir un gouvernement, aurez-vous les moyens de gouverner, à la fois parce que la situation économique, comme vous le dites, est extrêmement tendue, mais aussi parce que malgré tout, à un moment, il faut quand même regarder les chiffres. 182 députés Nouveau Front Populaire, ça ne fait pas une majorité ? Oui, c'est la réalité, bien sûr, tout à fait.

15:01
Clémentine Autain

Et elle suppose donc de changer de méthode. On peut gouverner comme l'a fait... Alors il y a deux options.

15:06
Présentateur

Soit c'est changer de méthode en faisant des décrets, c'est-à-dire sans majorité, comme le dit Jean-Luc Mélenchon, soit quoi ? Vous pourriez tendre la main à d'autres formations politiques ?

15:14
Clémentine Autain

Non, c'est-à-dire qu'il faut chercher des majorités au Parlement. Et sur un certain nombre de sujets, on peut trouver des majorités au Parlement. Lesquels ? Sur quel sujet et avec qui ? Avec qui ? C'est chaque député. Moi, je ne suis pas en train de faire un mercato. Ce n'est pas comme ça que ça va se passer. C'est des propositions concrètes. Chaque député, devant son bouton, en conscience, devra voter. Est-ce qu'il y a une majorité à l'Assemblée nationale totalement décalée avec le pays pour dire on n'abroge pas la retraite à 60 ans ? Ce n'est pas sûr. D'ailleurs, il n'y a pas eu de vote. Donc peut-être que ça se tête. C'est passé par 43. Donc peut-être que ça se tête.

Et peut-être qu'il y a une majorité. Et la question est, chaque député en conscience, dans son rapport au pays, qu'est-ce qu'il fait pour l'intérêt général des Français ? Pourquoi vous voulez faire sauter les groupes ? Sauter même les partis ? Non, je ne veux pas faire sauter les groupes. Et que chacun se décide en conscience ? Je ne veux pas faire... Les groupes politiques existent. Et chacun prendra ses responsabilités, à la fois comme groupe et comme individu, sur les mesures que nous proposons. Il y a cette logique de décret. Il y a aussi la possibilité de faire des référendums sur des grands sujets. De demander aux Français, enfin, leur avis sur si ça coince. Sur quoi, par exemple ?

La réforme des retraites, si ça coinçait. Il faudrait demander l'avis aux Français. Je vous assure, je pense qu'on pourrait gagner. Donc pour vous, la solution ? Je pense qu'on pourrait gagner. C'est sûr qu'on gagnerait.

16:32
Présentateur

Donc ça veut dire, Clémentine Autain, c'est très intéressant. Vous dites, au fond, pour contourner d'éventuelles motions de censure qui feraient qu'un gouvernement ne pourrait pas tenir, eh bien, il faut s'en remettre aux Français régulièrement.

16:45
Clémentine Autain

Moi, ce qui m'intéresse, c'est de gouverner avec des mesures qui ont l'assentiment de la majorité des Français. Et je pense que notre programme... Ne pas passer en force. Non, ne pas passer en force. Après, s'il y a un décalage très grand entre l'Assemblée nationale et la majorité des Français, vous voyez bien qu'il y a un problème. et auquel cas, on peut recourir au référendum. Mais je ne veux pas brutaliser. Je pense qu'il faut apaiser notre pays, et y compris dans la méthode. Les Français ont trop soupé de cette méthode où Emmanuel Macron, les premiers ministres... Je comprends parfaitement ce que vous dites,

17:14
Présentateur

ont gouverné à base de 49-3 contre la majorité. Soyons un peu réalistes. Si vous vous retrouvez demain le groupe qui donne un gouvernement à la France avec vos 182 députés, vous-même, vous aurez recours au 49-3. Vous n'aurez pas le choix.

17:32
Clémentine Autain

L'idée n'est pas de passer sa vie à faire des 49-3 comme l'a fait Emmanuel Macron.

17:35
Présentateur

J'ai l'impression d'un dialogue de source. Non, ce n'est pas un dialogue de source. Il faut changer dans les méthodes, etc. Et en même temps, à l'épreuve de l'exercice du pouvoir, vous ne pourrez pas faire autrement puisque vous avez encore moins de députés que n'en avaient les Macronistes.

17:47
Clémentine Autain

Oui, mais c'est mesure par mesure et nous verrons bien. Nous verrons bien. Je veux dire, il faut aussi que la vérité des prix éclate, si j'ose dire. Par exemple, sur des sujets très importants pour les Français qui permettent d'améliorer le quotidien, est-ce que vous êtes sûrs qu'il ne va pas y avoir des prises de conscience ? Si on ne veut pas... Là, on a eu un sursaut. Mais faisons très attention. L'extrême droite est en embuscade.

Et si on continue avec des politiques d'injustice sociale, si on continue avec une fiscalité qui n'est pas juste, si on continue à faire que les salaires ne permettent pas de vivre dans la dignité et que nos services publics soient délabrés, si on continue comme ça, alors le ressentiment va continuer de prospérer dans notre pays et c'est le carburant de l'extrême droite. Donc nous, ce qu'on propose, c'est de prendre le problème à la racine. C'est que si on veut apaiser, il faut qu'on ait des mesures qui améliorent le quotidien des Français. C'est ça qui va permettre de nous renouer de la confiance aussi entre celles et ceux qui gouvernent et le pays. – Clémentine Autain,

18:42
Présentateur

Marine Tondelier dit qu'il faudra prendre des jours, peut-être des semaines, ça prendra le temps qu'il faudra pour qu'on se mette d'accord. Olivier Faure, à l'instant, dit qu'il faut un nouveau candidat du nouveau Front populaire, un candidat pour Matignon, dans la semaine. Vous continuez à dire qu'il faut que ce soit aujourd'hui ou demain ?

18:58
Clémentine Autain

– Le plus vite sera le mieux. Je ne peux pas vous dire autrement. Je pense qu'il y a urgence à ce que nous nous mettions d'accord. Et je pense que c'est possible. Si ça prend la semaine, ça prend la semaine. Si ça prend 10 jours, ça prend 10 jours. Mais je crois que notre responsabilité est en tout cas de dégager la meilleure méthode pour arriver à un consensus, ou en tout cas à un vote, et à dégager au plus vite une solution. – Merci Clémentine Autain. – Merci à vous.

19:22
Présentateur

– Je rappelle que vous êtes donc député, nouveau Front populaire de Seine-Saint-Denis. Il est 8h51 sur RMC BFM TV.