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interviewC à vous· 6 septembre 2025 52 min

François Bayrou, L’heure de vérité - C à Vous l’intégrale - 06/09/2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

6 septembre avec E.Eméyé, A.Bégot, Y.Goosz.

P.Larrouturou, bonsoir. Vous êtes en forme?

Emission spéciale ce soir avec F.Bayrou, à 2 jours d'une probable chute du gouvernement. Le Premier ministre est notre invité alors que la France traverse une nouvelle crise politique. - Je crois que la tournée d'adieu de F.Bayrou est en train de s'éterniser. - Je crains qu'il ne profite bientôt de son nouveau bureau à Pau. - Il devrait se regarder dans le miroir et se dire: "où est-ce que j'ai merdé?" - M.Bouhafsi: Votre édito concerne F.Bayrou. - Y.Goosz: Pourquoi et comment F.Bayrou a caché son combat contre la dette? - M.Bouhafsi: Les Républicains font leur rentrée.

Ils sont dans les starting-blocks, les yeux rivés vers Matignon. - J'attends une parole très claire de la part du Premier ministre disant: "Nous sommes prêts à défendre la France qui travaille." - P.Larrouturou: Je vous ai recueilli des témoignages de tous ceux qui ont un message pour le Premier ministre. - M.Bouhafsi: Ce soir, une image qui choque: un policier gifle et crache sur un jeune homme. - A.Bégot: Image qui a été postée sur les réseaux sociaux hier et qui fait beaucoup réagir.

On demandera au Premier ministre ce qu'il en pense. - M.Bouhafsi: Dans la partie 2, on vous donnera des petits secrets pour bien aborder la rentrée.

On retrouvera D.Segard pour conclure l'émission. Avant, il y a un autre cadeau: Eglantine.

Chaque samedi, vos recommandations culturelles. - E.Eméyé: Je vais vous offrir une pause tendresse avec un film plein de justesse.

C'est "Une place pour Pierrot". - M.Bouhafsi: Avant cela, le Premier ministre. 3300 milliards de dette, une économie qui s'effrite, des grands patrons en colère, des Français inquiets et désemparés qui épargnent plutôt que de consommer.

Aucune issue politique en perspective. Pire encore, un gouvernement qui s'apprête à tomber lundi et qui pourrait plonger la France dans le chaos. - Pourquoi avons-nous l'obligation de se prononcer avant la négociation? - Il a commis une vraie erreur. - Je ne voterai pas la confiance. - Je la voterai sans enthousiasme. - Nous n'avons aucune confiance dans un gouvernement qui s'apprête à augmenter la fiscalité. - Je n'ai pas compris pourquoi il l'avait demandée.

Il aurait pu demander un débat. - Sa décision est irrévocable. Lundi, nous voterons contre la confiance. - Le 8, ce sera le jour où nous ferons partir le Premier ministre. - Evidemment que je vais voter contre la confiance.

Il faut changer, radicalement et totalement, de logique économique. - Est-ce que vous regrettez avoir fait appel au vote de confiance, monsieur Bayrou? Soyez franc. - M.Bouhafsi: F.Bayrou est notre invité.

Bonsoir, monsieur le Premier ministre. Merci d'avoir accepté notre invitation. Avant de vous donner la parole dans quelques secondes, l'édito de Y.Goosz.

Yaël, sauf retournement de dernière minute, lundi soir, F.Bayrou tombera après un bail de 8 mois et 26 jours à Matignon. Pour vous, ce vote de confiance demeure une énigme. - Y.Goosz: Il va bien falloir essayer de la résoudre.

Soit c'est l'histoire d'une chute programmée, scénario selon lequel F.Bayrou aurait décidé du moment de quitter le pouvoir, d'éviter la censure, soit c'est un plan qui a déraillé. F.Bayrou aurait cru naïvement que les oppositions attendraient encore un peu pour le faire tomber.

Dans les 2 cas, c'est un coup d'arrêt. Un Premier ministre bientôt stoppé net dans son action, alors qu'il voulait incarner dans la durée le combat contre la dette. Priorité de ses priorités, on s'en souvient dès ses 1ers mots lors de son discours de politique générale le 14 janvier à l'Assemblée. - F.Bayrou: Cette dette est une épée de Damoclès au-dessus de notre pays et de notre modèle social. - Y.Goosz: On ne peut pas lui enlever ça, à F.Bayrou: cette constance, ce combat contre la dette.

On peut le dire lanceur d'alerte sur la dette. C'était déjà le cas en 1993. - F.Bayrou: On est dans l'Etat d'une famille très endettée.

Chacun des Français est endetté pour plusieurs dizaines de milliers de francs, chacun, bébés et personnes âgées. - Y.Goosz: Maintenant, le compteur est en euros et en milliards d'euros.

Le compteur va continuer à tourner, avec ou sans lui, à Matignon. - M.Bouhafsi: Vous en parlez déjà au passé, comme si vous regrettiez un gâchis. - Y.Goosz: F.Bayrou ne s'est pas rendu service à lui-même, Comme s'il s'était autodissous à force d'accumuler des erreurs et des maladresses. - M.Bouhafsi: Lesquelles? - Y.Goosz: Si vous savez que tout est fragile, vous pesez vos mots.

Vous faites attention à la manière avec laquelle vous vous adressez aux adversaires, aux retraités, et aux Français. - F.Bayrou: On ne va pas passer son temps à dire: "Que faisiez-vous au mois d'août?" Au mois d'août, ils étaient tous en vacances.

Tout ça pour le confort des boomers. T'en fais pas Simone, le bateau flotte encore. Excuse-moi, Jeannot.

Va voir en Espagne. - Après Simone, Jeannot. - F.Bayrou: Il faut bien qu'on essaie d'expliquer les choses comme dans la vie.

Jojo regarde la situation comme elle est. - Y.Goosz: Un peu en roue libre, F.Bayrou est illisible quand il commence à faire des concessions trop tardivement, et à l'envers.

Mardi midi, l'Elysée convoque pour un déjeuner l'ensemble des responsables du socle commun. Que demande-t-il à F.Bayrou?

Tendre la main vers les socialistes, vers la gauche. Le lendemain matin, il tend la main au RN en proposant des concessions et une réduction de l'AME pour les sans-papiers. - M.Bouhafsi: F.Bayrou aurait-il pu faire autrement? - Y.Goosz: Oui, ne pas se piéger tout seul avec cet article 49-1.

Personne ne fait ça sans majorité absolue, ou c'est kamikaze, sauf si vous avez négocié, scellé des compromis en amont. Ca n'a pas été fait. La méthode Bayrou est devenue stérile contre lui.

A la campagne de 2009, à Epinal dans les Vosges, nous avions discuté ensemble. Vous m'aviez parlé d'Henri IV, béarnais comme vous, ce roi libre dont vous avez écrit la biographie. C'est votre modèle.

Sur un ton mystique, vous m'aviez dit que F.Mitterrand, telle une bonne fée sur votre carrière politique, vous avait prédit un destin présidentiel. Aujourd'hui, vous n'êtes ni roi ni président, mais pour quelques heures encore Premier ministre.

Un demi-siècle au moins de vie politique pour en arriver là. Tout ça pour ça? - F.Bayrou: On est obligé de supporter des affirmations de quelqu'un qui n'a aucune expérience et qui ne sait pas ce dont il parle, et qui prétend que F.Mitterand m'avait prédit un destin présidentiel.

Jamais F.Mitterand n'a eu cette conversation avec moi. Il en a eu beaucoup d'autres.

Votre assurance et votre manière d'asséner des vérités, vous ne comprenez pas que c'est gênant pour ceux qui vous écoutent? - Y.Goosz: Ca s'appelle un édito.

C'est un regard... - F.Bayrou: Non, ce sont des affirmations fausses.

Je ne vous ai jamais dit ça. - M.Bouhafsi: Monsieur le Premier ministre, c'est un édito.

Y.Goosz affirme les choses. Vous avez le droit de répondre. - F.Bayrou: Inutile de le défendre.

Comme il attaque, il se défendra bien tout seul. - Y.Goosz: Cette émission commence très bien. - F.Bayrou: Beaucoup de gens aimeraient comprendre les choses. - Y.Goosz: On a le temps de le faire. - F.Bayrou: Ils considèrent que lorsque quelqu'un qui a peu partagé de ces choses assène des contrevérités aussi lourdes...

Je vais vous dire pourquoi j'ai fait ça. C'est inédit, sans précédent. Etait en train de se passer dans le pays quelque chose dont j'ai conclu que ce mouvement m'empêcherait à coup sûr de conduire la politique nécessaire... - M.Bouhafsi: Une censure dans la foulée?

C'est ce que vous expliquez? - F.Bayrou: Non.

J'ai annoncé la situation. On a vu de très nombreuses déclarations de moi depuis mon plus jeune âge. Qu'est-ce qu'on change, dans la vie! - A.Bégot: C'est le cas pour tout le monde. - F.Bayrou: J'ai toujours été alarmé par la situation d'un pays qui se laissait aller à financer sa vie de tous les jours par des emprunts que devront payer les plus jeunes.

Aujourd'hui, on y est. On a vu monter cette marée-là. Ce sont les plus jeunes des Français qui sont réduits à devoir trimer pendant des décennies parce qu'on n'a pas fait ce qu'il fallait pour organiser les comptes.

J'ai alerté très tôt, depuis le mois d'avril, dans une conférence de presse importante. J'ai alerté depuis le mois de juillet en présentant un plan. Je me suis aperçu assez vite qu'on était en train de perdre totalement de vue le sujet, l'obligation que nous avons de tenir compte de ça.

C'était en train de disparaître sur des débats seconds sur des mesures. Est-ce qu'on accepte de travailler des jours fériés? Est-ce que c'est l'année blanche qui est acceptée ou pas?

Ma certitude, c'est que s'organiser ...s'organisait autour de cette rentrée un mouvement social profondément injuste...

On fait croire aux Français que ces décisions étaient contre eux, alors que c'est le seul moyen de les protéger. - M.Bouhafsi: On va parler de cette décision dans quelques secondes. - F.Bayrou: Vous me demandez pourquoi j'ai fait cette vérification, cette clarification.

Je l'ai faite pour qu'on sache que s'il y avait un soutien pour le gouvernement, tout gouvernement, les gouvernements...

S'il n'y en a pas, ma présence au gouvernement n'aurait aucun sens. Je ne suis pas là pour enfiler des perles, pour attendre que le temps passe. Je ne suis pas là pour profiter des avantages supposés du pouvoir.

Je suis là parce que ce qui menace notre pays est si important, dangereux et inéluctable si on ne fait rien qu'il fallait un électrochoc. - M.Bouhafsi: On a 52 minutes pour vous écouter.

On a beaucoup de sujets à vous proposer. Vous avez parlé aux 4 chaînes d'info en continu. On apprend que seuls 14 % des Français ont confiance en vous.

Pourquoi êtes-vous là ce soir? Qu'avez-vous envie de dire aux Français? - F.Bayrou: Je vous trouve gonflé.

Je suis là car vous m'avez invité. Ce n'est pas moi qui m'invite. - M.Bouhafsi: Mais vous avez accepté cette invitation. - F.Bayrou: Vous êtes venus dans mon bureau pour m'expliquer qu'il fallait que je vienne, que vous aviez envie et besoin de me rencontrer.

Et maintenant, vous me dites: "Pourquoi êtes-vous là?" - M.Bouhafsi: Ce n'est pas lié à l'invitation.

C'est quel message vous portez aux Français. Vous avez accepté cette invitation. Pourquoi êtes-vous là?

Quel message voulez-vous porter aux Français? - F.Bayrou: Peut-on sortir des jeux de rôle? - M.Bouhafsi: On est là pour éclairer les Français. - F.Bayrou: Ce n'est pas moi qui ai voulu venir chez vous.

C'est vous qui m'avez invité. J'ai accepté parce que je saisis toutes les occasions, sans exception, de pouvoir faire entendre à nos concitoyens ce qui est inéluctable, dangereux et ce que toute personne de bonne volonté devrait affronter. On a vécu ça à d'autres époques de la France, dans les années 30, avant la guerre.

On est en train de vivre une situation qui menace l'avenir même du pays, et tout le monde sifflote comme si ça n'existait pas. Tout le monde détourne le regard, se sert des réponses que l'on pourrait apporter pour gagner des avantages partisans ou électoraux. Ceci est une situation qu'un citoyen ne devrait pas accepter.

Je saisis toutes les occasions pour faire face à cette fatalité et à ces dérives. - M.Bouhafsi: C'était l'objet de ma question. - F.Bayrou: Elle a été mal formulée. - M.Bouhafsi: Vous avez encore des marges de manoeuvre avant lundi?

Vous avez des choses à dire aux Français, des annonces ou des capacités de faire changer le vote des députés lundi? - F.Bayrou: Les annonces, ça veut dire qu'on fait des marchandages.

Je n'en fais pas. Avec la représentation nationale, les députés, ceux qui sont envoyés à l'Assemblée nationale pour porter le regard et la parole des Français...

On espérerait que les députés puissent se libérer des mots d'ordre des partis politiques dont vous avez entendu qu'ils sont dans une situation tout à fait éclairante. Ils ont tous décidé qu'ils feraient tomber le gouvernement et, en même temps, ils ne sont d'accord sur rien. Au contraire, ils sont en haine les uns envers les autres.

Une situation d'opposition haineuse, j'entends. Les injures d'un bout à l'autre de l'Hémicycle. Ont-ils quelque chose en commun?

Rien. - A.Bégot: Quand vous voyez ça, vous ne vous dites pas "j'ai fait une bêtise"? - F.Bayrou: Je ne crois pas.

Je pense qu'il y a des moments où il faut des électrochocs. Il y a des hommes politiques très importants, très grands dans l'histoire...

De Gaulle a fait ça. Il venait de libérer la France. Ce n'était pas tout à fait rien.

Il avait commencé le redressement du pays. Au bout d'un an ou un an et demi à peine, où ce commencement de redressement du pays s'est installé, il constate que les forces politiques ne lui permettront pas de faire son travail. Il a vu sur plusieurs votes que ce n'était pas possible de mobiliser la bonne volonté.

Alors, qu'a-t-il fait? - E.Eméyé: C'était prévisible que les autres partis ne se mettent pas en accord les uns avec les autres? - F.Bayrou: C'est peut-être une naïveté de ma part.

Je crois toujours en la bonne foi, l'honnêteté, le sens de l'intérêt général, qu'ils peuvent l'emporter...

Je le crois encore, jusqu'au moment du vote. Je plaiderai cela. Jamais à mes yeux dans l'histoire il n'y a eu une situation aussi claire et impressionnante, aussi aveuglante.

On est un bateau qui a un trou dans la coque. Il s'enfonce peu à peu. Qui paye pour essayer de faire en sorte que le bateau flotte encore?

Les plus jeunes. - M.Bouhafsi: Je vous propose qu'on les écoute. - J'ai 25 ans.

Je suis chauffeur privé. Monsieur Bayrou, question: est-ce que les jeunes Français peuvent ravoir confiance en vous? C'est la question qu'on se pose, moi en particulier. - M.Bouhafsi: Vous répondez quoi?

C'est une génération sacrifiée? - F.Bayrou: Il dit exactement ce que j'ai annoncé, avancé, et qui a fait des polémiques, comme vous le savez. - M.Bouhafsi: Les "boomers"... - F.Bayrou: Ca m'a beaucoup ému quand j'ai fait cette déclaration sur les jeunes, sur qui on fait peser tout le poids des négligences des autres.

J'ai reçu plein de messages de jeunes qui disent "nous, génération sacrifiée". - Y.Goosz: Ils vous écrivent? - F.Bayrou: Oui, et d'autres m'appellent.

Il y en a qui m'envoient des SMS. Ils ont le sentiment d'être une génération sans avenir. Ils pensent tous qu'ils n'auront pas de retraite.

C'est absolument général. Ils savent la difficulté pour trouver un CDI. Sans CDI, vous ne pouvez pas acheter un appartement.

Ils ont beaucoup de mal à se loger car le logement est dans une crise considérable. Quand ils sont étudiants, ils ont du mal à trouver un logement étudiant. Il tousse.

Pardon. De surcroît, il y a de très grandes difficultés à trouver son orientation à l'université. Vous savez bien la panne du système éducatif en France.

Ceux-là, sans leur dire, de manière subreptice, dissimulée...

On est en train d'accumuler une charge sur leur dos qu'ils vont devoir traîner pendant 30 ans. Qui l'a dit, avant moi? - A.Bégot: Vous avez aussi plein de boomers qui aident leurs petits-enfants, leurs enfants, en cas de coup dur. - F.Bayrou: Et c'est bien. - A.Bégot: Il y en a plein. - F.Bayrou: Mais ils le font alors qu'ils ont laissé monter une montagne de dette. "Ils ont laissé"...

Les gouvernants qu'ils avaient élus, qui s'exprimaient en leur nom, pour eux. Ils ont laissé monter une montagne de dette sans le dire aux plus jeunes. Il y a pire.

Il y a des boomers, et je ne suis pas le seul boomer de la vie politique française, qui incitent les jeunes à manifester pour qu'on augmente encore la dette. C'est génial, non? Chacun se reconnaîtra... - M.Bouhafsi: J.-L.Mélenchon? - F.Bayrou: Par exemple.

Il n'est pas tout seul, mais oui. Ils disent que c'est ça, la libération, l'émancipation et que c'est ça, la révolution, alors que c'est une espèce de réduction en esclavage dans le temps. - M.Bouhafsi: Il y a un sujet qui vous a aussi touché, les propos que vous avez entendus quand on a répété que vous aviez préparé un budget pour la France d'en haut.

On vous a fait un procès en déconnexion, sur le fait qu'on ait voulu diviser la France d'en haut et la France d'en bas. - F.Bayrou: Personne n'a vraiment dit ça.

Mais vous avez raison de dire que pour moi, cette perspective ou cette menace est insupportable. Toute l'histoire de ma vie, c'est l'histoire de ceux qui viennent d'en bas pour acquérir des responsabilités. Toute l'histoire de ma famille, du village dans lequel j'habite encore, ce sont des gens qui n'ont pas d'argent, qui n'ont pas de relations.

Toute ma vie, j'ai...

J'ai dit ça lors de ma 1re interview qui date d'il y a un moment. Vous avez vu les photos. Toute ma vie, j'ai voulu être leur défenseur. - Y.Goosz: Pourquoi le budget 2026 repose-t-il exclusivement sur des efforts classe moyenne-classe populaire? - F.Bayrou: Pourquoi vous répétez continuellement des choses fausses? - Y.Goosz: Ce n'est pas faux. - F.Bayrou: Si, ça l'est.

Le 15 juillet, j'ai dit qu'il fallait une contribution spéciale des plus aisés, des plus favorisés, et j'ai même dit que cette contribution pouvait toucher les hauts revenus et les hauts patrimoines. J'ai même dit qu'on allait lancer un plan de lutte contre la fraude pour ceux qui font de l'évasion fiscale, qui s'arrangent avec les règlements. Il y a, comme vous le savez, des professions entières qui sont dirigées vers les arrangements fiscaux.

Ca n'est pas vrai. Tout le monde doit participer, vous m'entendez? Que ce gouvernement réussisse à passer l'obstacle ou qu'il échoue, comme c'est prévisible puisque tout le monde l'annonce et que vous vous en faites les relais en disant "comment pouvez-vous imaginer cette épreuve de force alors que tout le monde est contre vous?" Tout le monde est contre la lucidité.

Tout le monde refuse de dire qu'on a des efforts indispensables à conduire. - Y.Goosz: Tout le monde n'est pas forcément en manque de lucidité mais se dit qu'on peut faire autrement, via une autre méthode que vous. - F.Bayrou: Eh bien, je ne le crois pas.

Chaque jour qui passe, je vérifie qu'en effet, on était condamnés à vouloir une contestation tellement injuste et infondée par des gens qui font croire aux familles, aux citoyens de base, aux salariés de base, aux retraités de base, que c'est contre eux, alors que c'est le seul moyen de les sauver. Il y a des moments, vous le savez bien, quand quelqu'un est tombé à l'eau, on apprend, quand on veut être maître nageur-sauveteur, qu'il faut apprendre à le calmer pour qu'il ne fasse pas... - M.Bouhafsi: On a beaucoup de sujets à vous proposer.

C'est le cas de la story de P.Larrouturou, notamment. - J'ai un message pour F.Bayrou. - Je redis à F.Bayrou ce que j'ai eu l'occasion de lui dire. - Monsieur le Premier ministre... - P.Larrouturou: Chaque week-end, je vous emmène en immersion.

Ce soir, on part dans les Yvelines, où a débuté aujourd'hui le rendez-vous de la droite, à Port-Marly, un endroit transformé pour l'occasion en "pays des honnêtes gens", c'est le slogan de LR. Ils pensent déjà à votre successeur mais ne veulent surtout pas une personnalité de gauche. - Si la gauche est à Matignon, la droite est dans l'opposition.

Voilà notre responsabilité. Nous ne serons pas du côté de la compromission avec cette gauche qui a mis le pays par terre. - P.Larrouturou: "Si ce sont les socialistes, ce sera sans moi", a dit B.Retailleau ce matin dans "Le Figaro".

On est partis voir les adhérents LR pour leur parler de vous. Ce ne sont pas nécessairement des personnes qui vous apprécient. Pourriez-vous qualifier en un mot F.Bayrou? - Fuyant. - Ennuyeux. - Courage et rentre chez toi. - P.Larrouturou: Je vous propose de prendre une feuille et un stylo et de noter des réponses.

J'ai croisé de nombreux responsables LR qui ont des questions pour vous. On commence par un ancien député LR. Pour lui, vous avez contribué à creuser la dette. - Monsieur Bayrou, pourquoi avoir lâché N.Sarkozy?

J'étais député entre 2007 et 2012. Je voulais introduire une règle d'or pour éviter les dérives des finances publiques. Pourquoi ne pas l'avoir soutenue et avoir fait le choix de F.Hollande puis d'E.Macron, qui ont largement creusé le déficit du pays? - P.Larrouturou: Passe alors F.-X.Bellamy, député européen et vice-président délégué des Républicains. - Nous sommes d'accord avec lui sur l'alerte qu'il lance.

La dette française représente un immense danger pour tous les Français, en particulier les plus modestes. On est à l'aise pour lui dire que ça fait des années qu'on ne cesse de lancer cette alerte. On reste cohérents.

L'urgence est de faire un budget qui permette de sortir la France de la crise dans laquelle elle est depuis trop longtemps. - P.Larrouturou: Votre ministre de l'Intérieur, B.Retailleau, n'avait pas trop de temps.

Un mot pour F.Bayrou, notre invité ce soir? Par contre, son bras droit avait un message à faire passer sur le fait qu'il y a bien un problème de dette.

Dans les couloirs, j'ai croisé L.Wauquiez, président du groupe LR à l'Assemblée. J'ai cru qu'il n'allait pas y aller.

F.Bayrou est l'invité de "C à vous" ce soir. Avez-vous un message pour lui? - Je l'ai déjà donné: la France qui travaille. - P.Larrouturou: En fait, il a réfléchi.

Il avait un message pour vous. - Je n'ai pas répondu sur "C à vous". J'ai un message pour F.Bayrou.

Il faut qu'il entende la France qui travaille. Je lui ai dit dans son bureau: c'est fondamental. J'attends une parole très claire de la part du Premier ministre, disant: "On corrige les jours fériés et on est prêts à partir sur autre chose, à défendre la France qui travaille." C'est le message que portent les députés de la Droite républicaine depuis maintenant 8 mois.

Je ne comprends pas que ça ne puisse pas être entendu. C'est le bon sens. On ne propose pas d'arrêter le social, on propose d'arrêter l'assistanat. - P.Larrouturou: Vous n'avez pas pris de notes, mais vous avez écouté attentivement.

A qui voulez-vous répondre? - F.Bayrou: Je ne suis pas obligé de répondre. - P.Larrouturou: Ce sont des questions d'intérêt général sur la dette.

Faites ce que vous voulez. - F.Bayrou: Pourquoi n'ai-je pas soutenu N.Sarkozy?

Ca n'avait rien à voir avec la dette. Je ne l'ai pas soutenu car, à mes yeux, il divisait la France. Il était constamment dans la montée des affrontements des uns avec les autres.

Je crois que c'est pour ça qu'il a perdu. Ensuite, est-ce que le travail est important? Oui, même plus que le travail. - P.Larrouturou: L.Wauquiez peut encore changer d'avis en fonction de ce que vous dites ce soir. - F.Bayrou: Peut-être.

Il a annoncé qu'il votait pour. - P.Larrouturou: Mais au sein des LR... - F.Bayrou: Si on s'arrête à l'essentiel, on a parlé de la dette depuis le début, mais ce n'est que l'un des problèmes du pays.

On a 2 problèmes essentiels, avec d'autres comme l'éducation. Mais il y a 2 problèmes qui font la situation où nous sommes. Le 1er, c'est la dette.

Mais la cause de la dette, c'est que nous ne produisons pas assez en France. La France est un pays où la production par tête de Français est 15 % inférieure à l'Allemagne, 35 % inférieure aux Pays-Bas... - A.Bégot: Il y a quelques jours, vous avez dit: "J'ai songé au retour à 36 heures au lieu de 35." C'était dans ce sens, j'imagine.

Pourquoi ne pas l'avoir fait? - F.Bayrou: Heureusement que je n'ai pas souvent peur des frondes.

Passer de 35 à 36 heures, ça avait une conséquence négative à mes yeux: 35 heures, c'est le seuil de déclenchement des heures sup. - A.Bégot: Donc, c'était une perte de pouvoir d'achat. - F.Bayrou: Oui.

Pourquoi j'ai envisagé les jours fériés? Je pensais bien qu'on ne resterait pas à 2 jours fériés, qu'on pourrait trouver un accommodement à un jour férié. J'ai dit que la question était de produire plus.

Quand vous êtes dans un pays où, les jours fériés, tout est fermé, si on passe à un jour férié où tout est ouvert, c'est la production du pays qui augmente. - P.Larrouturou: Vous avez proposé 2 en pensant qu'un, c'était bien? - F.Bayrou: Non, j'ai pensé que ce serait une polarisation et qu'on pourrait négocier après.

Au demeurant, je l'ai dit quand j'ai annoncé cette mesure. - E.Eméyé: Monsieur le Premier ministre, au-delà de votre fonction, je vois un homme qui subit toutes les critiques.

Je me demandais comment votre femme, vos enfants, vos 21 petits-enfants héritiers de cette dette vivent cette situation? - F.Bayrou: Ce n'est pas la pire colère rencontrée. - E.Eméyé: C'est vrai?

Il y a la rentrée scolaire... - F.Bayrou: Comme dans toutes les familles, il y a des boucles.

Il y a une boucle Bayrou. - Y.Goosz: Elle s'appelle comment? - F.Bayrou: Ca ne vous regarde pas.

Sur la boucle, ils sont assez fiers de ce que je fais. - E.Eméyé: Ils vous disent de continuer? - F.Bayrou: Ils disent que ce que je fais est juste et courageux.

Personne ne prend jamais de risques dans la vie politique française. Les gens passent leur temps à dire ça, ce que monsieur Y.Goosz aurait voulu que je fasse.

Ne parlez pas de méthode. Vous vous trompez. La seule chose certaine, c'est que quand vous êtes devant une menace imminente, si vous êtes un responsable conséquent, cohérent, digne d'être un citoyen comme on souhaiterait que les citoyens le soient, alors vous affrontez l'obstacle.

Donc, vous n'avez pas peur. Vous n'évitez pas les obstacles. Et surtout, quand vous êtes absolument assuré que ça va tourner mal.

Ils sont assez fiers de ça. Je peux vous assurer que s'il y a des gens en France qui ne seront pas tristes que le gouvernement s'arrête, c'est eux. Ils me verront un peu plus.

C'est vrai que tout ça est un peu lourd à porter, un peu violent, écrasant. En tout cas, ils seront assez fiers de cette prise de risque et de cette lucidité à partager. - M.Bouhafsi: Vous êtes venu avec un début d'extinction de voix.

Vous en avez besoin lundi pour votre discours à l'Assemblée nationale. - F.Bayrou: Vous m'avez mis du thé et du miel.

C'est bien. - M.Bouhafsi: Permettez-moi une question plus intime.

Je ne sais pas si c'est ce que vous vouliez évoquer de manière subtile à la question d'E.Eméyé. Il a dû y avoir un moment douloureux pour votre famille: l'affaire Bétharram durant votre passage à Matignon.

Quelles traces ça a laissé chez vous et votre famille? - F.Bayrou: En 2 phrases, c'était une terrible injustice.

Quand l'affaire Bétharram éclate, mon dernier fils a quitté Bétharram il y a 25 ans. Ma fille aînée a quitté Bétharram il y a 40 ans. Je n'avais jamais eu la moindre responsabilité dans tout ça.

Il y a eu une tentative soigneusement menée d'abattre, non pas parce que c'était Bétharram ou que c'était moi, mais parce que c'était le moyen de porter atteinte et de faire du mal au gouvernement. J'ai pu, par un coup de chance incroyable, faire pendant 5 heures 30, devant ce tribunal politique... - M.Bouhafsi: C'était une commission d'enquête. - F.Bayrou: Non.

D'ailleurs, l'ensemble des membres a refusé de suivre celui qui voulait porter cette déstabilisation. J'ai pu faire, accusation par accusation, la preuve par écrit que tout était faux. Ca a été un combat vraiment très dur.

Pour ma famille, ça a été dégueulasse. Et donc, Ga a été humainement très difficile. C'est la seule chose difficile que j'ai vécue pendant ces 9 mois.

Je savais très bien que politiquement, c'était quasi impossible. Je crois même l'avoir dit à la tribune de l'Assemblée lors de la 1re intervention. - M.Bouhafsi: Bien évidemment, j'imagine que vous partagez mes propos: on a une pensée pour toutes les victimes de Bétharram. - F.Bayrou: On n'a pas seulement une pensée.

Nous avons mis sur les rails une organisation qui va permettre, avec la ministre de l'Education nationale, que les victimes puissent s'exprimer. Le problème dans cette affaire, c'est que si je n'avais pas été là, on n'en aurait pas parlé. Il y a bien d'autres faits de cet ordre, pas seulement dans l'école privée mais absolument partout, dans les associations sportives...

Partout où il y a des jeunes et des enfants, le respect, il arrive qu'il ne soit plus là. C'est épouvantablement douloureux car ça se grave dans la personnalité. Toute la vie, même si on l'a oublié...

C'est ça qui est incroyable. Ce qu'a défendu l'une de mes filles, c'est qu'on ne peut pas parler...

Même si vous êtes là, même si vous voyez...

C'est vrai pour ces écoles, pour l'inceste dans les familles. On se doute, mais on n'a pas envie...

C'est vrai pour les violences domestiques, notamment à l'égard des femmes. On ne parle pas, probablement parce que c'est très difficile de parler. - M.Bouhafsi: Elle l'a fait de manière très courageuse sur notre plateau, votre fille.

On passe au Tu préfères. Très simple, vous connaissez ce jeu. J'imagine que vous y jouez peut-être avec vos enfants ou petits-enfants. - F.Bayrou: Pas nécessairement.

Soyons clairs ensemble à l'avance. Il y a un certain nombre de vos questions auxquelles je ne peux pas répondre. - M.Bouhafsi: Vous avez droit à un joker. - F.Bayrou: 3 ou 4. - M.Bouhafsi: A Matignon, si votre gouvernement chute lundi, vous préférez G.Darmanin ou B.Cazeneuve? - F.Bayrou: S'il y a Une chose certaine au monde, dans les institutions, dans la Constitution, c'est que ce n'est pas le Premier ministre sortant qui choisit son successeur. - M.Bouhafsi: Vous avez sans doute une préférence. - F.Bayrou: Non, j'ai de la considération pour les 2, de l'amitié pour les 2 et je n'ai pas de préférence.

Je ne joue pas à ce jeu. - A.Bégot: Ce seraient de bons Premiers ministres? - F.Bayrou: Si vous m'avez entendu dire ça, ce n'est pas ce que j'ai dit.

Je n'ai pas l'intention de le dire. Que serait un bon Premier ministre à partir de la semaine prochaine si le gouvernement se trouvait renversé? C'est quelqu'un qui peut rassembler, faire venir autour de la table des gens de droite, du centre et de gauche et qui peut leur donner un cap suffisamment clair pour que le combat que nous avons mené pendant 9 mois et que je mène devant vous soit porté, poursuivi et si possible imposé.

Il faudra bien réussir, pour 2 raisons. D'abord, parce que la France ne va pas rester sans gouvernement. Des gens me disent: "Il n'y avait que vous qui puissiez faire ça." C'est sympathique, comme affirmation.

Mais il faudra bien trouver quelqu'un d'autre, de toute façon. Il faudra mener ce combat aussi parce que la France, comme Etat, est en situation de risque. Les agences de notation regardent la situation du pays.

Si le pays est sur une bonne pente pour s'en sortir, ce qui a été le cas...

Bruxelles nous a enlevés de la procédure de déficit excessif. Ils regardent ça. - M.Bouhafsi: Ils pourraient nous y remettre. - F.Bayrou: On ne peut pas l'ignorer.

Quand vous avez des milliers de milliards de dette, les taux d'intérêt jouent un rôle essentiel. - M.Bouhafsi: Je ne sais pas si vous avez encore envie de jouer car la réponse doit être simple, et c'est un choix.

Côté littérature, pour aller plus vite, vous écrivez et vous lisez beaucoup. Vous préférez C.Péguy ou Alain-Fournier?

Ce sont 2 de vos auteurs préférés, je crois. - F.Bayrou: Et ils sont morts exactement dans ce mois de septembre.

C'était en septembre 14, il y a 111 ans, tous les 2. C.Péguy A dû mourir le 5 septembre et Alain-Fournier est mort le 25 ou le 22 septembre, le même mois.

Vous vous rendez compte ceux que ça a fauchés, la guerre de 14? Les plus grands esprits, les plus généreux, les plus brillants. Alain-Fournier devait avoir 27 ans, quelque chose comme ça.

Péguy avait 41 ans. Péguy, c'est l'auteur de ma vie. C'est l'homme qui a eu une vision, une compréhension du monde, une pensée et une langue absolument hors du commun.

C'est un homme qui a tout vu dans les premiers jours du siècle qui s'ouvrait. - P.Larrouturou: Vous écrivez? - F.Bayrou: Tout le temps. - M.Bouhafsi: En 2027, dans le bloc central, vous préférez E.Philippe ou vous-même? - F.Bayrou: Le second, je ne crois pas du tout que ce soit la solution...

Je plaisante! Je ne me suis jamais exprimé sur la candidature à Pau et je ne le ferai jamais dans le cadre d'un média national. Quand j'aurai à parler à mes concitoyens, je leur parlerai chez nous. - Y.Goosz: Les Palois gagnent, au rugby. - M.Bouhafsi: Merci beaucoup.

On a encore plein de sujets à vous proposer dans le 5/5 d'A.Bégot. D'abord, cette image qui choque et qui a suscité beaucoup de réactions depuis ce matin. - A.Bégot: Celle d'un policier en train de gifler un jeune homme.

Cette vidéo a été postée hier soir par un député LFI, postée sur les réseaux sociaux. La scène a été filmée par un habitant depuis son balcon. Elle aurait eu lieu le 28 août à La Plaine-Saint-Denis.

Un banal contrôle de police, a priori. Mais très rapidement, le ton monte et l'un des 3 agents gifle alors la personne contrôlée. Claque.

Quelques minutes plus tard, le policier crache au visage du jeune homme. Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête pour violences par personne dépositaire de l'autorité publique et mène des investigations pour tenter d'identifier ce policier. Pas de commentaire du côté des syndicats, mais un policier cité par "Le Parisien" invite ce soir à la prudence. "On ignore tout du contexte de ce contrôle.

On ne sait pas ce qui s'est passé avant que ne soit filmée la scène." Monsieur le Premier ministre, est-ce que cette image vous a aussi choqué? - F.Bayrou: D'abord, je ne vois pas bien. - M.Bouhafsi: On a flouté les images. - F.Bayrou: D'abord, si les faits se sont passés comme vous dites, c'est inacceptable et il y aura une enquête, puis sanction, et c'est normal.

Peut-être un mot, simplement...

Les policiers sont perpétuellement l'objet d'injures, d'agressions, de toutes les mises en cause possibles. Or, on a besoin d'eux. Eux risquent leur vie pour nous, tous les jours.

Quand il y a des événements comme ceux-là, j'essaie aussi de prendre en compte les risques qu'ils prennent et les pressions qu'ils subissent. Mais c'est inacceptable, si c'est ça. Sanction. - A.Bégot: 100 à 200 personnes ont manifesté hier soir devant le ministère de l'Education nationale en hommage à C.Grandjean, à l'appel de plusieurs associations LGBT, 5 jours après le suicide de cette directrice d'école du Cantal.

Elles dénoncent le manque de soutien et d'accompagnement des institutions. - A.Bégot: C.Grandjean était harcelée depuis 2023 en raison de son homosexualité.

Le manque de soutien de l'institution, notamment du ministère de l'Education nationale, c'est aussi ce que regrette son épouse. - C'était une enseignante passionnée. Elle savait créer un climat de confiance.

Si les enfants sont en confiance, il n'y a pas de problème. Le problème vient de l'extérieur. Ca a commencé par "sale gouine".

Il y en a un qui était grave: "Gouine égale pédophile." J'ai dit: "Attention." - De quoi elle a le plus souffert?

Du manque de soutien ou des insultes? - Du manque de soutien. - A.Bégot: Ses obsèques ont eu lieu jeudi dans le Cantal, là où elle vivait.

Le ministère de l'Education nationale a-t-il failli dans cette affaire? - F.Bayrou: Sans doute, mais sans doute que tout le monde a failli.

Toute ma vie, j'ai été obsédé par la solitude. Moi, c'est cette jeune femme qui me crève le coeur. Elle a été toute seule.

Elle a été en butte à des insultes et sans doute pensait-elle que les insultes étaient reprises par tout le monde, et parfois, c'est seulement isolé. Elle y a laissé la vie, après avoir d'ailleurs fait déjà une tentative de suicide, si j'ai bien compris. - A.Bégot: Le jour de la rentrée scolaire. - F.Bayrou: C'est un message à une institution, aux parents, au village, un message dramatique.

C'est le pire du pire. Dans notre société, on devrait mettre en place tous les éléments pour qu'il y ait un recours à la solitude. Ce n'est pas seulement vrai pour ce drame.

Un enfant harcelé dans la cour de récréation et qui se suicide, harcelé sur les réseaux sociaux, c'est exactement le même mécanisme. Si une société n'est pas capable d'entourer, en prévention aussi, c'est une société qui ne fait pas son travail. Cette jeune femme, moi, ça me crève le coeur. - M.Bouhafsi: A l'international, la guerre en Ukraine, avec cette réunion à l'Elysée. - A.Bégot: Sommet de la coalition des volontaires organisé autour d'E.Macron et V.Zelensky. 26 pays, dont la France, se sont officiellement engagés à envoyer des troupes sur le sol ukrainien en cas de cessez-le-feu.

Une force de réassurance pour éviter toute nouvelle attaque russe. E.Macron doit s'envoler le 21 septembre pour les Etats-Unis, à l'occasion d'une conférence au siège des Nations unies au cours de laquelle il devrait officiellement reconnaître l'Etat de Palestine. - E.Macron: Notre objectif, c'est en juin, avec l'Arabie saoudite, de présider cette conférence où on pourrait finaliser le mouvement de reconnaissance réciproque par plusieurs.

Une conférence sur Gaza à New York pour lancer un nouvel élan de la reconnaissance d'un Etat palestinien. Nous sommes convaincus que la réponse ne peut pas être que sécuritaire. Elle doit être aussi politique.

La création d'un Etat palestinien doit en être l'issue. - A.Bégot: Ca fait des mois que le président annonce cette reconnaissance, quitte à se fâcher avec Israël puisqu'il est désormais persona non grata.

M.Rubio a accusé la France cette semaine de faire le jeu du Hamas. Soutenez-vous le président dans sa démarche? - F.Bayrou: Bien sûr.

Je ne pense pas qu'on puisse trouver des responsables politiques qui aient, aussi continuellement que nous l'avons fait, soutenu la sécurité d'Israël, et plus encore. J'ai fait un discours au Crif pour dire ça. Plus encore, je parlais de la part que le monde juif a apportée à la France. - A.Bégot: Vous n'avez pas peur que ça cristallise encore plus les tensions, qui sont réelles, sur notre sol? - F.Bayrou: Peut-on se taire devant ce qui se passe à Gaza?

Vous avez vu le nombre de responsables israéliens, comme E.Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France, une personnalité éminente, et tant d'autres, d'anciens ministres, des responsables, qui disent: "S'il vous plaît, ne soyez pas indifférents devant ce qui se passe"? Il peut aussi être remarqué que ce qui se passe à Gaza, c'est une atteinte, pas seulement à l'histoire d'Israël, mais à une partie de l'histoire des juifs du monde.

Eux aussi ont si souvent été humiliés, massacrés, écrasés. C'est contre cela que s'est bâti Israël. - P.Larrouturou: Ca crée de fortes tensions avec B.Nétanyahou. - F.Bayrou: On peut avoir des tensions avec un gouvernement et aimer un pays et un peuple.

On peut être en désaccord et en compréhension. Ce qui s'est passé le 7 octobre, c'est un pogrom volontaire dans lequel les assaillants du Hamas ont voulu créer de l'irréversible, ont voulu être tellement violents et choquants, tellement sans humanité...

Femmes enceintes, bébés, otages... - M.Bouhafsi: Je vais vous demander de conclure. - F.Bayrou: Cette inhumanité...

La France est le seul pays du monde à avoir organisé une manifestation et une célébration pour les victimes du 7-Octobre. Vous voyez qu'on peut être fidèle à une amitié et en même temps se dire qu'on ne peut pas accepter les dérives incroyables. - M.Bouhafsi: Partons en urgence à Venise. "C à vous", c'est l'émission de la culture, aussi.

C.Jimenez, G.Lellouche et H.Savignac, producteur du film "Chien 51", sont là.

On voulait faire un coucou. Vous êtes à Venise pour la clôture du film à la Mostra. Quelle émotion pour vous, j'imagine! - Oui.

C'est beaucoup d'émotion. C'est un honneur d'être là, de clôturer ce festival magnifique, historique. On est très heureux d'être là pour fermer ce festival avec toute l'équipe du film qui s'est déplacée.

On est très heureux de célébrer cela. - M.Bouhafsi: Gilles, en un mot, l'émotion? - En un mot, c'est la concrétisation d'un travail assez dingue de C.Jimenez et de toute l'équipe, de tous les acteurs et de toutes les actrices qui ont participé au film.

Le film est extrêmement dense, tendu. - M.Bouhafsi: Un mot!

On va être coupés.

François Bayrou, L’heure de vérité - C à Vous l’intégrale - 06/09/2025 — François Bayrou · Pourquijevote