L'interview en intégralité de Sébastien Martin, ministre chargé de l'Industrie
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Nous accueillons à l'instant le ministre délégué chargé de l'Industrie, Sébastien Martin. Bonsoir, Monsieur le ministre. Bonsoir. Bienvenue dans cette édition spéciale. Alors que David Calfa est aussi avec nous, qu'on ne présente plus. Sébastien Martin a une réaction tout d'abord à ces images, ce visage que l'on vient de voir, ce premier soldat français qui est donc mort depuis le début de ce conflit au Moyen-Orient.
C'est évidemment une tristesse profonde et une émotion profonde, je crois, pour toute la nation. D'ailleurs, le président de la République lui a encore rendu hommage, le gouvernement également. Oui, la France est un grand pays et elle est présente partout, y compris dans les zones où c'est extrêmement dangereux. Et d'ailleurs, la mission d'Arnaud Frion était d'accompagner les troupes locales à se former dans la lutte anti-terrorisme et son sacrifice quelque part, et sa mort est à l'image aussi de ce qu'est notre pays. C'est-à-dire un combat aussi, quelquefois, pour les valeurs.
Et notre attitude dans ce conflit, je crois, autour de valeurs, de ce qu'est notre pays et du rôle qu'il peut jouer dans cette région.
La France est un grand pays, mais la France est aussi une cible. Qu'est-ce que vous dites à ces Français qui nous regardent ce soir et qui entendent depuis des jours que la France n'est pas en guerre, que la France ne veut pas de cette guerre, et qui se demandent finalement ce soldat, il est mort pour qui ? Il est mort pourquoi ?
Il est mort parce que, vous avez bien vu, la stratégie de l'Iran, qui est d'essayer d'étendre le conflit pour faire une espèce de tâche qui se répand absolument partout, pour qu'une crise qui, normalement, devrait être régionale, s'étende le plus largement, et que par voie de conséquence, ce conflit pèse sur les opinions publiques. Et je crois que la France, jusqu'à présent, justement, en étant sur cette attitude de position défensive, dit bien qu'elle n'entend pas participer directement à ce conflit, mais que par contre, elle protège toutes celles et tous ceux qui, dans la zone, partagent avec nous la nécessité de ne pas céder face à ce pays.
Le président de la République dit ce soir, « Pas question de changer de posture, parce qu'il veut prendre le temps, selon vous, avant de tirer des conséquences de ce qui s'est passé, ou quoi qu'il en soit, il ne sera pas question de changer de posture dans ce conflit. Nous restons dans une posture défensive. »
Écoutez, moi, j'ai la modestie de dire que je suis ministre de l'Industrie et pas président de la République, et que ces décisions, elles sont prises à son niveau. Par contre, la position de la France, jusqu'à présent, a toujours été aussi de prendre un peu de recul par rapport à des situations de crise et de jamais réagir à chaud. On voit bien tous ceux qui réagissent à chaud sur mes dossiers économiques qui font des propositions parfois un peu farfelues. Je crois qu'on a, alors que l'état du monde est aujourd'hui extrêmement tendu, on a besoin de la hauteur de vue, et je crois que, et le président de la République, et le gouvernement essaient d'être à ce niveau-là.
On va aller dans votre domaine, évidemment, mais juste une question à titre personnel. Est-ce que vous pensez qu'il faut rendre un hommage national à ce soldat ?
L'émotion est aujourd'hui, évidemment, nationale. Je laisserai le président de la République exprimer ce qu'il doit faire à ce sujet.
On est au 14e jour de ce conflit, et les conséquences pour la France, les conséquences de cette guerre, elles sont déjà très concrètes, et ce, dans plusieurs domaines. Qu'est-ce que vous dites ce soir à tous ces secteurs qui sont impactés ? Certains tirent leur épargne du jeu, mais beaucoup de secteurs sont impactés. Qu'est-ce que vous leur dites ce soir ? Est-ce que vous êtes inquiet ?
Moi, j'admire la capacité avec laquelle les secteurs économiques prennent cette situation avec quand même une forme de calme. J'ai reçu un certain nombre de secteurs industriels qui, aujourd'hui, voient la situation telle qu'elle est. Et le paradoxe, c'est qu'on parle beaucoup du pétrole. Oui. Et du cours du pétrole. Et en réalité, nos secteurs industriels sont plus inquiets, finalement, par les questions de gaz. Oui. Car il y a aussi une partie de gaz qui vient de cette région. Donc, pour le moment...
Pour vous, c'est même le sujet le plus à risque, le gaz.
C'est le sujet qui est important pour un certain nombre de secteurs industriels. Je vais prendre deux secteurs industriels. Par exemple, la production de verre. La production de verre, eh bien, pour faire des fours... Pour faire des fours... Il y a certains fours qui sont des fours électriques. Et il y a aussi des fours qui marchent avec du gaz. Le gaz, le prix du gaz a augmenté. Mais, mais... C'est pour ça que je dis mais... Beaucoup d'industriels sont couverts par des contrats. Et ils ont donc une partie de leur fourniture qui a des tarifs qui ont été fixés par des contrats et parfois une partie aussi avec les prix directement sur le marché.
Donc, pour le moment, pour le moment, ils arrivent à encaisser cette secousse. Il est évident que par contre, si ça devait durer des mois et des mois, les contrats devraient être revus. La part reprise sur les marchés serait sans doute plus importante. Et les conséquences se verraient sur notre secteur industriel. Pour le moment, ça tient. Mais il ne faudrait pas que tout ça dure encore des mois et des mois.
Mais combien de temps ça peut tenir ?
Je ne sais pas. Deux mois, trois mois. Je pense que nos secteurs industriels aujourd'hui arrivent à réguler cette situation en adaptant parfois les pics de production par rapport au moment où ils ont besoin d'aller prendre de l'énergie sur les cours des marchés. Et donc, on est très attentifs. Les industries très énergo-intensives, le verre par exemple, la chimie aussi, qu'on suit de très près parce qu'ils utilisent du gaz dans le process.
Ces coûts supplémentaires, ils vont forcément se répercuter à la fin sur la facture des Français.
Pour le moment, bien sûr, il peut y avoir certains secteurs industriels qui, si les choses venaient à durer, bien évidemment, il y a un moment où si des surcoûts sont trop importants, il y aura des discussions pour voir de quelle manière ils peuvent arriver à répercuter. La réalité aussi, c'est que nos tissus industriels ont eu l'habitude d'affronter des chocs. On a eu 2020 Covid, on a eu 2022 crise énergétique ukrainienne, on a celle-là aujourd'hui. Donc, ils arrivent à adapter les choses et pour le moment, je dis bien pour le moment, il n'y a pas trop d'impact.
Mais sans tomber dans le catastrophisme, il y a assez de choses pour le faire. Oui, mais essayons d'être concrets aussi. Est-ce qu'il y a forcément des choses que les Français vont payer plus cher dans les semaines qui viennent ?
Je pense qu'on ne va pas revenir sur la question du carburant.
Le carburant, vous avez dit que les prix du carburant dépendent d'une sécurisation du D3 d'Ormus à laquelle la France est en train de travailler. Nous sommes mobilisés au maximum.
Et même, attendez, sur le prix du carburant, je vous rappelle qu'hier, Roland Lescure a tenu une réunion très importante à Bercy. Et à la suite de cette réunion, les distributeurs se sont engagés sur des baisses de prix. Aujourd'hui, je ne vais pas citer des noms car je ne peux pas faire de publicité, il y a quatre distributeurs qui ont baissé les prix aujourd'hui. D'autres s'étaient engagés également sur des prix plafonds. Donc, tout ça doit se mettre en place entre aujourd'hui et ce week-end. On devrait avoir des premiers signes. Et ça, c'est suite à l'engagement de Roland Lescure, de Serge Papin également.
Donc, il n'y a aucune raison que les prix à la pompe augmentent dans les jours qui viennent. Ça devrait être même l'inverse.
Chère madame, si demain, le D3 d'Ormus devient une zone de conflit encore plus intensive, encore plus forte et qu'il n'y a plus aucune visibilité sur les approvisionnements, que les cours du bétrole explosent à 150 ou 200 dollars, bien évidemment que ça aura des impacts. J'essaie de prendre la situation telle qu'elle est aujourd'hui avec un environnement international qui est parfaitement imprévisible, avec des décideurs, qui ne sont pas européens, qui sont complètement imprévisibles. Je vous dis simplement qu'aujourd'hui, dans l'état actuel des choses, des distributeurs ont pris des engagements.
les industriels arrivent à être assez résilients pour faire face à la situation et que le risque d'inflation pour l'instant est maîtrisé, mais qu'il est évident que si vous me réinvitez sur ce plateau dans trois mois ou dans quatre mois et que la situation n'a pas changé, ça aura un impact sur l'inflation dans ce pays sur le coût pour les consommateurs.
Alors que la tension militaire atteint un seuil critique quand même dans ce détroit d'Hormuz. Mais juste pour comprendre, puisque vous dites que la France est en train de travailler à la sécurisation du détroit d'Hormuz, comment la France, à son échelle, travaille à cette sécurisation ?
Avec ses alliés. Mais ça, je pense que le général serait beaucoup plus qualifié que moi sur ces questions-là. Avec ses alliés, pour voir comment on a pu le faire, par exemple, sur la mer Rouge, à un moment, il y a des opérations qui ont été menées pour escorter un certain nombre de navires. Et je crois que ça fait partie des options qui sont aujourd'hui sur la table. Pour en venir peut-être juste sur la question économique aussi, tout ce qui arrive aujourd'hui nous montre de la nécessité de sortir d'un certain nombre de dépendances, y compris énergétiques.
Il y a quelques semaines sur ces plateaux, on avait les débats sur la question énergétique, sur la fameuse programmation pluriannuelle de l'énergie. Le gouvernement a fixé comme objectif de plus électrifier. Je vais juste donner un exemple. Je ne dis pas que tout le monde va aller acheter une voiture électrique aujourd'hui, mais 100 kilomètres faits avec un véhicule électrique, c'est 5 euros, ce n'est pas 15 euros. Une pompe à chaleur, c'est 30% de réduction de coûts par rapport à des énergies fossiles. Donc, ce n'est pas l'occasion aujourd'hui maintenant de dire tout le monde à l'acheter des véhicules électriques.
Mais il y a des stratégies, il faut qu'on arrive à s'en tenir parce que ces dépendances vis-à-vis de ces pays, 60 milliards d'importations d'énergie fossile, c'est aussi des enjeux face auxquels nous sommes confrontés et il faut suivre la stratégie d'électrification de notre économie.
Juste une dernière question sur les drones et les mines. On parle beaucoup des drones ces derniers temps, mais aussi des mines et de la possibilité notamment que les Iraniens décident de poser des mines dans ce détroit d'Harmouz. En France, il me semble que nous avons des experts dans ce domaine. L'industrie du drone en France est une réussite, est une fierté, on est bien d'accord. Tout à fait. Et des experts qui sont de très haut niveau pour contrer ces mines, pour sortir ces mines. Où en est l'industrie du drone en France et quel rôle elle pourrait jouer dans ce conflit si elle pouvait jouer un rôle ?
Je crois que l'industrie du drone en France est extrêmement performante. Là, le sujet que l'on a peut-être plus, c'est la question des interceptions, des brouillages de ces drones. D'ailleurs, vous le savez, il y a des coopérations qui se mettent en place avec l'Ukraine, par exemple. On a aussi...
Et c'est pour ça que je vous pose la question.
On a aussi à apprendre et nos industriels ont aussi à apprendre de conflits qui sont en cours et qui montrent qu'il y a certaines technologies que nous devons nous aussi développer parce que nous avons une vraie expertise dans l'armement. Mais sur certains points comme ceux-là d'interception ou de brouillage, il y a peut-être des technologies qu'on doit encore développer dans notre pays.
Mais on pourrait apporter notre expertise ?
On doit apporter notre expertise, bien évidemment, dans ce conflit. Mais moi, je vous parlais plus en matière effectivement offensive, mais ce n'est pas le cas aujourd'hui pour nous, nous ne sommes pas dans une attitude offensive. Par contre, en matière de politique défensive, de pratique défensive, on a une expertise mais aussi à aller s'appuyer sur l'expertise de ce qui se passe en Ukraine. décision urlera,
c'est une attitude ça se passe en France, c'est ce qui se passe en France. Merci. Je vais à la finir, c'est ce qui se passe en France.
Sébastien Martin