Discours de François-Xavier BELLAMY - Fête de la Pomme 2023
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Chers amis, cher Hervé, merci infiniment pour ton invitation, merci pour votre accueil, c'est vraiment un grand bonheur d'être ici. Et je voudrais te dire à quel point je mesure l'honneur que tu me fais de m'associer à cette fête de la pomme, à cet événement rituel. Je crois qu'on a besoin de rites aujourd'hui et on a besoin de se retrouver aussi pour pouvoir partager nos inquiétudes, tu viens de le faire, mais aussi nos espoirs parce que tu l'as dit, nous n'avons pas de raison de désespérer, bien au contraire. Et ici, je crois qu'on est bien placé pour le savoir en particulier. Ce sera peut-être, peut-être, la dernière fois que je volais, en effet.
Mais même si c'était le cas, ça valait le coup pour être là, même s'il fait quand même objectivement beaucoup moins chaud ici que dans le Caucase. Mais enfin, on est bien quand même en Normandie. C'est vraiment une joie de vous retrouver tous. Je ne veux pas citer à nouveau tous les élus qui sont là, mais leur dire le bonheur que j'ai de pouvoir les retrouver, qu'ils soient normands ou d'ailleurs, et de retrouver en particulier mes deux collègues de la délégation française du Parlement européen.
Agnès, qui est vice-présidente de notre délégation, avec qui nous avons mené campagne tout au long de l'aventure de 2019, avec qui nous avons partagé ce mandat européen, avec ses difficultés, avec ses combats, avec ses succès parfois. Et puis, bien sûr, Nathalie, Nathalie, qui, au sein des centristes, incarne cette sensibilité au sein de la délégation française du PPE. Et je crois pouvoir dire qu'avec notre équipe, nous étions bien sûr peu nombreux, moins nombreux que par le passé.
Mais je crois pouvoir dire qu'avec notre équipe, avec le lien qui nous a soudés tout au long de ces années, nous aurons, j'espère, essayé d'être à la hauteur ensemble de la confiance que vous nous aviez témoignée, essayé en tous les cas d'apporter à notre pays les nouvelles, les bonnes nouvelles dont il avait besoin pour pouvoir croire à nouveau dans sa place dans l'Europe, dans son action européenne.
Agnès, tu t'es engagée fortement sur les sujets d'environnement, et puis en commission des affaires économiques, ces sujets d'environnement qui te lient avec Nathalie, puisque vous étiez toutes les deux dans la commission de l'environnement, qui aura été au centre de ce mandat, ce Green Deal qui a été le cœur de la politique européenne.
Nous sommes évidemment, et nous avons dû nous battre pied à pied contre les délires de décroissance dont Hervé parlait à l'instant, nous sommes inquiets de voir à quel point cette idéologie finit par mettre en danger notre vie économique, notre prospérité de demain, nos libertés, mais nous avons tout à fait conscience de la nécessité d'engager ce tournant écologique dans le sens du pragmatisme, dans le sens des résultats.
Et c'est ce que nous aurons fait au cours de ces années, évitant le pire et confortant le meilleur, pour obtenir notamment ce qui avait été notre première promesse de campagne en 2019, ce que nous avions appelé la barrière écologique, c'est-à-dire une véritable taxe carbone à l'entrée du marché unique, pour faire en sorte qu'enfin, les vaches argentines qui traversent la planète puissent se voir appliquer les mêmes règles, les mêmes contributions que celles que payent nos producteurs sur le sol français, pour qu'enfin, on rende à nos producteurs une concurrence loyale et qu'on fasse en sorte, évidemment, de mettre fin à cette mondialisation dérégulée qui aura contribué à la crise sociale dans nos pays, à notre crise économique, mais aussi, évidemment, à la crise écologique.
Cette barrière écologique, nous l'avons faite, nous l'avons gagnée, grâce à vous, Agnès, Nathalie, en commission de l'environnement, grâce au combat que tu as mené, Agnès, sur ces sujets autour du Green Deal. Et puis, Nathalie, je sais que vous en avez parlé ce matin avec Sonia sur les questions de santé.
Évidemment, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur toi, sur ton expertise, sur ton expérience, pour faire en sorte que, et on l'a vu pendant la crise du Covid, notre continent retrouve les moyens de garantir à tous les citoyens de nos pays de quoi assurer ce besoin premier essentiel qu'est la santé, à travers notamment la relance d'une filière pharmaceutique qui produise les médicaments. C'est le grand sujet que tu as incarné au Parlement européen. Et grâce à toi, nous avons, je crois, marqué des pas essentiels dans ce mandat sur ce sujet si crucial.
Et donc, évidemment, je partage le regard parfois sombre, mais toujours dit avec humour, qu'Hervé nous a proposé sur la situation de notre pays. Et pourtant, je crois que, comme il le disait si bien, nous n'avons pas de raison, en effet, de désespérer. Si je partage ce constat, c'est parce que je crois que nous sommes, et c'est le regard que je voulais partager avec vous, très brièvement, nous sommes en train de voir naître aujourd'hui une société de la défiance. Cette société de la défiance, c'était le terme employé par Pierre Rosanvalon dans un ouvrage qui date déjà d'il y a quelques années qui s'intitulait « La contre-démocratie ».
Une société de la défiance où, finalement, la défiance que les individus éprouvent envers leurs institutions et notamment envers leurs autorités politiques nationales, cette défiance finit, malheureusement, par se corréler avec la distance qu'ils éprouvent avec leurs propres voisins, avec leurs concitoyens, avec leurs élus locaux.
Et nous le savons bien, et tous ceux qui ici sont, Thomas le rappelait à l'instant, je l'ai été, moi aussi, tous ceux qui sont élus locaux voient aussi monter ces comportements de défiance, ces comportements d'individualisme, d'incivisme, qui touchent directement les plus exposés, je pense en particulier au maire, nous l'avons vu dans les émeutes récentes, qui aurait imaginé qu'un maire, l'un des nôtres, le porte-parole des Républicains, qui aurait imaginé qu'un maire verrait sa maison attaquée par une voiture bélier alors que son épouse et ses enfants dormaient à l'intérieur, qui aurait pu imaginer qu'il y a encore quelques jours, un maire soit agressé par des gens du voyage qui voulaient s'installer illégalement sur un terrain agricole, qui aurait pu imaginer qu'aujourd'hui, il soit devenu dangereux en France de devenir élu local ou qu'on puisse se sentir en danger lorsque l'on accepte d'assumer cette responsabilité.
Cette société de la défiance, elle vient de ce que tu évoquais, cher Hervé, elle vient du sentiment de l'impuissance publique qui fait que le chacun pour soi finit par l'emporter. Quand nous ne savons plus, comme tu l'évoquais, quand nous ne savons plus ce qui nous relie, quand nous ne sommes plus capables de mesurer ce que nous avons en commun, quand nous vivons cette crise du lien civique qui traverse aujourd'hui notre société, eh bien il est nécessaire que ressurgissent ces comportements qui abîment le principe même de la République et le principe même de la démocratie. Et cette impuissance publique produit aujourd'hui une défiance inouïe.
Le fait que nous soyons si peu nombreux à avoir lu cet entretien fleuve, qu'on nous vendait pourtant comme un événement, le fait que nous soyons si peu nombreux à l'avoir lu dit quelque chose aussi de cette crise, que le politique parle d'autant plus qu'il se sait incapable de produire des résultats. Il est d'autant plus grand diseux qu'il est d'autant plus petit feuseux. Et effectivement, dans cet excès de communication, il y a une forme d'indifférence qui naît de distance.
Nous voyons tant de nos concitoyens qui décident de vivre désaffiliés à l'écart de la politique, comme si la politique ne les concernait plus, comme si elle ne les regardait plus, comme s'il n'avait plus rien à en attendre ni à en espérer. Regardez en effet la montée, je prendrai seulement trois exemples, mais de façon très rapide pour ne pas revenir sur ce que tu disais. Mais regardez la montée de cette insécurité, la montée de ces violences qui marquent notre pays. Je peux vous dire qu'il y a une chose qui est très frappante quand on va à l'étranger, et c'était mon cas il y a encore quelques heures, en Arménie. J'étais en Arménie.
Imaginez, mes chers amis, l'Arménie, un pays qui en 2020 a connu une guerre lancée par un autre État contre le territoire de son pays, un pays qui risque à chaque instant de basculer à nouveau dans la guerre, qui est aujourd'hui au cœur de ce Caucase dont les plaques tectoniques sont extrêmement mouvantes et instables. Eh bien, en Arménie, mes chers amis, je rencontre des Arméniens qui me disent « Ah oui, je suis déjà venu en France, mais qu'est-ce que c'est dangereux ! » Et de fait, tous ont une histoire à raconter. Tous ont vécu l'expérience de cette insécurité qui aujourd'hui fait que, dans l'esprit du monde entier, la France est devenue un pays où il faut prendre ses précautions.
Un pays dans lequel on ne peut plus être sûr de ce qui nous arrivera dans l'événement qui rassemble le plus de monde, comme dans la ville la plus fréquentée, dans les rues les plus passantes. Regardez le bilan de cet été terrible. Et tu le disais, cher Hervé, il y a quelque chose d'indécent quand on est en charge de la sécurité, à se préoccuper d'abord de sa trajectoire personnelle lorsqu'on sort de cet été. C'est Patrick, à Bayonne, tué sur le pas de sa porte pour avoir demandé à un individu de bien vouloir éviter d'uriner devant chez lui. tué par quelqu'un qui, peut-être, court encore dans la nature. Nous ne savons pas si l'auteur du crime a été retrouvé.
C'est Fayyed, ce gamin de 10 ans, 10 ans, tué d'une balle perdue à Nîmes. 10 ans. Rien que ce geste, rien que cette situation, rien que cet acte devrait révolter un pays tout entier. Et chers amis, j'ai peur de le dire, mais nous avons fini presque par nous habituer. Lorsque Naël a été tuée dans une interpellation policière, nous avons eu droit à l'indignation de tant de belles âmes et de tant de grands esprits. Mais qui aura parlé de Fayyed ? Qui de ceux qui se plaignent que les racisés, pour reprendre leur expression, sont victimes de violences policières ?
Qui s'est ému de la mort de ce jeune garçon, pourtant d'origine immigrée lui aussi, qui est venu trouver la mort en France parce que notre État ne sait plus assurer ne serait-ce que la réglementation sur les armes qui circulent aujourd'hui, nous le savons très bien, dans les rues et dans les quartiers de nos villes. Et puis c'est à Cherbourg ce viol terrible qui, je crois, nous aura tous glacés d'horreur. Et là encore, de la part d'un jeune de 18 ans, chers amis, oui, l'école est un sujet, un jeune de 18 ans qui était déjà accusé de multiples faits et dont les voisins disent, après qu'il ait commis cet acte abominable, que oui, bien sûr, on le savait, qu'on le voyait frapper sa propre mère.
Comment se fait-il que nous en soyons arrivés à une situation de déprise, de dépossession, d'impuissance publique telle que nous ayons fini par nous résigner, presque par nous habituer à des situations aussi terribles ? C'est l'incapacité de l'État à laisser travailler les entreprises, à laisser produire, à laisser agir ceux qui font, à laisser créer, à laisser créer de la valeur et de l'emploi.
C'est cette décroissance organisée que tu évoquais, cher Hervé, que nous voyons dans l'industrie pharmaceutique, que nous avons vécu avec la guerre en Ukraine lorsque nous nous sommes rendus compte que nos forces armées n'auraient pas 3 jours de munitions pour faire face à un conflit de haute intensité. C'est cette question de l'agriculture que tu soulevais, puisque nous sommes à la fête de la pomme. Chers amis, je me suis replongé dans les statistiques de la pomme. Je me suis dit, c'est l'exemple le plus approprié. Est-ce que vous saviez que la France a perdu 1,5 hectare de production de pommes par jour pendant les 10 dernières années ? Par jour.
Et parfois, on accuse l'Europe d'être responsable de ses malheurs. Mais j'étais il y a quelques jours pour aller faire une intervention en Italie où j'avais été invité dans le nord de l'Italie. J'ai été fasciné en traversant le nord de l'Italie de l'intensité de la production arboricole, de voir ces champs de vergers, ces champs entiers que malheureusement, nous avons des paysages auxquels malheureusement nous avons fini par voir disparaître dans bien des régions de notre pays.
Et ce n'est pas d'une certaine façon de la faute de l'Europe ou pas seulement de la faute de l'Europe, mais d'abord de la faute de cette naïveté française en Europe qui fait qu'en effet, à force de surtransposer, à force d'interdire à nos agriculteurs ce qui est permis partout ailleurs, à force de fixer des règles, des contraintes, des normes de plus en plus compliquées, nous avons découragé le travail, nous avons découragé la création, nous avons découragé la production et que nous nous trouvons aujourd'hui dans cette situation inouïe où la France, depuis 2019, est pour la première fois depuis des décennies déficitaire commercialement sur sa balance agricole.
La France importe plus de biens agricoles qu'elle n'en exporte et je crois qu'il y a là, évidemment, quelque chose à l'échelle de l'histoire de notre pays comme un scandale majeur. Et puis, le dernier exemple que je voudrais citer, c'est celui de l'école parce que je crois qu'il est fondamental. Et là encore, je suis fasciné de voir le déni de réalité dans lequel sombrent les autorités les plus importantes de notre pays. Ils savent tout, mais ils ne voient rien. Lorsqu'Emmanuel Macron, dans cet entretien au point, traite la question de l'école d'abord en disant que les vacances sont trop longues.
On peut discuter indéfiniment du temps des vacances comme on parle indéfiniment de ces questions périphériques qui me semblent tellement marginales quand on voit la réalité de la crise de l'école. On peut parler du temps des vacances, on peut parler, comme on en parlera dans quelques jours sans doute, du poids décartable. On peut parler aussi de l'uniforme à l'école et du drapeau dans les classes et de la marseillaise le matin et du professeur qui doit voir les élèves se lever quand ils rentrent dans la classe. On a répété ça des dizaines de fois. Et nous aussi, d'ailleurs, n'ayons pas peur de le reconnaître. Mais est-ce que le problème, c'est le nombre de jours de vacances ?
Est-ce que le problème n'est pas plutôt ce qui se passe pendant les jours d'école ? Ce qui se passe pendant les jours d'école pour qu'avec tout le temps que nos élèves passent à l'école, nous arrivions à des statistiques telles qu'un jeune Français sur cinq aujourd'hui à 18 ans ne sait pas lire le français. Un jeune Français sur cinq. C'est la statistique officielle, mes chers amis. La journée de défense et de citoyenneté qui a remplacé le service national est l'occasion de faire un test de lecture en temps réel pour tous les jeunes de 18 ans à leur majorité qui consiste à lire un programme de cinéma.
On vous demande, en regardant le programme de cinéma, à quelle heure passe tel film et quel acteur joue dans telle production. C'est un QCM. Il n'y a pas de compréhension. C'est de la lecture. Et bien, cet exercice représente chaque année, bon an, mal an, une difficulté insurmontable pour entre 19 et 21 % des jeunes Français interrogés. Et l'immense majorité d'entre eux sont évidemment nés en France. On passait donc des années sur les bancs de nos écoles. Est-ce que le sujet, c'est le poids des cartables et le nombre de jours de vacances ? Est-ce que le sujet n'est pas plutôt de commencer d'abord par s'interroger sur la cause de cette faillite majeure ?
Et la cause de cette faillite majeure, c'est d'abord que nous avons renoncé à transmettre la connaissance, que nous avons renoncé à transmettre le savoir. Nos élèves sont les derniers d'Europe en mathématiques, les derniers de toute l'Europe en mathématiques. C'est l'enquête TIMSS qui est parue il y a deux ans qui nous l'a dit. Elle aurait dû provoquer un électrochoc national, cette enquête. Les derniers, cher David, les derniers de toute l'Europe. Nous sommes derrière la Slovénie, derrière la Bulgarie, derrière la Pologne. Je ne dis pas ça du tout pour montrer quelques condescendances que ce soit à l'égard de ces pays.
Mais ces pays-là, reconnaissons-le, ils sont sortis du bloc soviétique il y a 30 ans. Ils ont des capacités publiques bien inférieures à celles que notre État mobilise. Nous avons par ailleurs l'État qui prélève le plus de prélèvements obligatoires de tous les pays de l'OCDE. Et dernier élément, qui donne à l'éducation le premier budget de l'État. Même du point de vue du contribuable, il y a quand même un problème de service rendu. On est a priori l'État qui donne le plus de moyens sur les prélèvements les plus importants à l'éducation et qui arrive avec les élèves qui sont les derniers de toute l'Europe en mathématiques.
Dans l'OCDE, on est derrière la Géorgie, on est derrière l'Azerbaïdjan, on est juste derrière le Kazakhstan, on est très très loin du Japon, on est très loin évidemment des pays les plus avancés en matière d'enseignement. Comment se fait-il que ceci ne soit pas l'occasion d'un sursaut collectif immense ? Eh bien je crois que ce sursaut, mes chers amis, et c'est ce que je voulais partager avec vous ici, de manière très simple et très directe, je crois que c'est le bon endroit pour le faire, ce sursaut, nous le savons tous, il viendra du terrain. Il viendra d'abord de la base. Il viendra d'un renversement complet de notre manière de penser la politique et de faire de la politique.
Et je voudrais vous dire très simplement ma conviction que je ne sais pas, tu le disais Hervé, nous n'avons certainement pas toutes les idées en commun et heureusement d'ailleurs, c'est ça la beauté de la démocratie et de l'amitié politique. Je ne sais pas s'il faut en finir avec la Ve République. Je ne sais pas si ce que nous vivons, c'est l'épuisement de la Ve République ou bien d'une certaine façon, sa perversion, son renversement par le quinquennat, par le non-cumul des mandats, le non-cumul des mandats qui aura contribué plus que bien d'autres réformes à séparer, à rompre le lien entre la politique nationale et la réalité du terrain.
Nous en parlions à l'instant avec Sonia, mais évidemment, nous le savons bien pour tous les collègues parlementaires qui sont ici, cher Loïc. Nous voyons à quel point ce qui constitue la catastrophe absolue de notre vie publique, c'est la distance abyssale entre ce qui se discute dans nos institutions et ce qui se vit sur le terrain, entre ce qui se pense et ce qui se fait.
C'est la distance entre la culture du processus, de la procédure, la culture de la déresponsabilisation qui naît de cette hypercentralisation et puis l'esprit d'initiative, l'esprit de liberté et de responsabilité qui anime encore non seulement les collectivités locales, les mairies, mais aussi dans les entreprises, chez les artisans, chez les commerçants, chez les agriculteurs, tous ceux qui créent savent bien que c'est d'abord par l'initiative et pas par la procédure qu'on peut réussir à relever les défis qui se présentent à nous.
Eh bien, c'est cet esprit-là qu'on devrait faire venir dans nos parlements, faire venir dans nos institutions plutôt que de croire que c'est à partir du centre qu'on va faire ruisseler, faire descendre jusque sur le terrain une sorte de sagesse innée qui viendrait de la méditation de nos élites déconnectées. Voilà le défi qui est devant nous. Je voudrais le dire en un mot, mais c'est aussi notre expérience au Parlement européen. Au cours des dernières années au Parlement européen, je crois que nous avons essayé de nous battre aussi pour cette méthode. Tu parlais du ZAN, cher Hervé.
Nous avons dû nous battre contre un texte qui a été voté il y a quelques semaines de cela qui s'appelait Restauration de la nature. Nous sommes tous pour protéger la nature. Et restaurer la nature, a priori, paraît évidemment un très beau motif. Mais derrière ce texte, Restauration de la nature, il y avait en réalité rien d'autre qu'un ZAN européen. Une succession de contraintes supplémentaires qui allaient de pair avec cette idéologie de décroissance que tu as si bien décrite. Mettre, par exemple, c'était l'objectif 10% des terres agricoles en friche. Les mettre en friche pour les rendre à la nature. Voyez, là je reviens à mon métier de prof de philo, c'est le grand rêve rousseauiste.
Voyez, il faut rendre la nature naturelle. Et rendre la nature naturelle, c'est finalement faire que la nature puisse revivre sans l'homme. Le seul être vivant qui n'a pas droit de citer dans la nature pour une certaine écologie, c'est l'humain. Et d'une façon tout à fait frappante d'ailleurs, c'est même ce que l'humain a créé qui se trouve désormais protégé par des gens qui voudraient en chasser l'humain. Dans la brène, allez voir des pisciculteurs, ils vous expliqueront qu'aujourd'hui, on vient les surveiller avec une police de l'eau armée qui rentre sur leurs exploitations sans les prévenir pour vérifier la manière dont ils curent leurs ruisseaux.
Mais ces ruisseaux, ils ont été creusés par des hommes. Ils ont été creusés par les moines du Moyen-Âge. Et depuis des siècles, ils sont entretenus par le savoir-faire de ces hommes qui n'ont pas attendu les associations écologistes pour savoir effectivement que respecter la biodiversité, c'est prendre soin de cet environnement qui est aussi le résultat du travail de l'humain. Derrière ce texte Restauration de la nature, il fallait par exemple détruire des barrages. Parce qu'il faut rendre les cours d'eau naturels, retirer la trace de l'homme de la nature partout. Donc décroître aussi la production électrique, décroissance toujours.
C'est le même geste idéologique qui combat avec détermination contre le nucléaire tout en prétendant combattre le réchauffement climatique. Et c'est là le caractère fascinant en effet de cet agenda du « en même temps » qui fait que le président de la République explique à Paris qu'il défend le nucléaire mais sa majorité au Parlement européen continue de lutter contre le nucléaire à toutes les occasions possibles. Quand j'ai déposé un amendement mes chers amis dans la commission ITRE où j'essaye de seconder humblement mes collègues qui travaillent sur les sujets environnementaux.
Quand j'ai déposé un amendement dans la commission chargée des questions d'énergie pour que dans le plan de relance européen sur l'énergie 210 milliards d'euros plan de relance européen 210 milliards d'euros qui avaient exclu a priori l'énergie nucléaire. On se demande bien pourquoi. J'ai déposé un amendement il n'était pas très compliqué à comprendre c'est un amendement qui faisait trois mots l'énergie nucléaire voilà juste pour rajouter cette ligne dans la liste des énergies éligibles à ce plan de relance 210 milliards d'euros pour entretenir des centrales nucléaires même du point de vue là encore du contribuable français la France avait un intérêt évident en la matière.
J'ai déposé cet amendement qui a voté contre ? Contre qui avons-nous dû nous battre ?
Nous avons gagné cet amendement contrairement à tout ce qu'on nous avait prédit on m'avait expliqué que ça ne marcherait jamais qu'on allait prendre une raclée et que ça allait être une catastrophe on a été convaincre un par un patiemment des socialistes tchèques des conservateurs lituaniens il a fallu aller voir des écologistes suédois il a fallu aller voir des membres de l'extrême gauche portugaise tous ces gens là avaient évidemment envie de comprendre étaient capables d'entrer dans une logique étaient capables d'accepter qu'il y avait un sens à considérer que pour pouvoir lutter contre le réchauffement climatique il faut faire avec toutes les sources d'énergie décarbonée et avec ce travail patient pendant des mois autour de cet amendement de trois mots nous avons gagné une majorité et cet amendement a été adopté mais il a été adopté à quelques voix près et malgré le fait que les députés de la République En Marche ont tous voté contre cet amendement ont tous voté contre l'énergie nucléaire et ça mes chers amis vous voyez c'est cette ambiguïté cette ambivalence qui fait qu'en effet aujourd'hui la société de la défiance ne cesse de se propager parce que nous organisons notre propre fragilité parce que nous organisons aussi la confusion du débat public la confusion de la vie démocratique et tous ceux qui savent ici les maires comme Joël Bruneau tous ceux qui savent ici les présidents de départements les présidents d'intercommunalité tous les élus locaux savent à quel point la confiance repose d'abord sur la clarté ce dont nous avons besoin c'est d'un changement de méthode c'est de reconstruire la confiance reconstruire la confiance ça veut dire ne pas fixer des règles incompréhensibles au niveau européen qui devront s'appliquer dans le détail millimétrique sur le terrain à la fin c'est ne pas par exemple comme dans le texte sur la rénovation énergétique des bâtiments qui nous a été soumis et tu parlais tout à l'heure de l'explosion des prix de l'immobilier je crois qu'il viendra aussi ce problème de logement de ces règles environnementales complètement inapplicables dans le texte sur la performance énergétique des bâtiments on nous a proposé de fixer une norme pour le nombre de places de vélos par mètre carré construit la surface des places de parking de voitures électriques par nombre de mètre carré construit est-ce que ça veut dire quelque chose de fixer des règles pour fixer la déclivité des montées de parking souterrain pour éviter les risques de glissade dans la neige quand ces règles vont devoir s'appliquer demain par exemple à Mayotte ou à la Réunion est-ce qu'on ne pourrait pas laisser un peu de capacité pour les élus locaux pour les élus de terrain de s'organiser de se décider de déterminer ce que doit être l'efficacité appliquée à leur propre territoire avec sa singularité c'est cette méthode là c'est pour cette méthode là que nous avons combattu aussi nous croyons au travail européen nous croyons à l'efficacité du travail européen mais nous croyons à l'efficacité du travail européen dans ce magnifique principe malheureusement trop oublié qui est le principe de subsidiarité la décision ne doit être prise au niveau supérieur que si le niveau du dessous ne peut pas la prendre elle-même et aujourd'hui c'est l'inverse à quoi nous sommes confrontés on ne décide au niveau local que ce que l'échelon du dessus a bien voulu lui laisser c'est cette pyramide qu'il faut renverser c'est cet état d'esprit qu'il faut transformer et au fond ce qui importe d'abord c'est de retrouver la confiance car que veulent dire ces règles infinies que veulent dire ces complexités interminables elles veulent dire d'abord l'intensité de la défiance l'intensité de la défiance du gouvernement envers ceux qu'il est chargé pourtant de représenter l'intensité de la défiance des gouvernants envers les gouvernés l'intensité de la défiance de ceux qui décident envers ceux au nom desquels pourtant ils sont supposés décider et cette défiance là elle produit ce caractère millimétrique asphyxiant intenable intolérable même invivable une blessure pas seulement pour la capacité d'action d'initiative et d'engagement mais une blessure pour la dignité de ceux qui veulent pouvoir reprendre la main sur leur destin de ceux qui veulent juste pouvoir rappeler qu'ils sont libres et responsables et qu'ils savent décider pour eux-mêmes qu'ils savent décider comme maire pour leur commune comme élus départementaux pour leur département pour leur territoire comme président de région comme élus régionaux pour leur région qu'ils savent peut-être mieux que ceux qui sont au-dessus et qui sont loin ce qui est bon pour le territoire qui leur a été confié cette confiance retrouvée mes chers amis c'est la seule voie c'est le seul chemin pour revenir vers une démocratie qui fonctionne vers une démocratie apaisée et pour répondre à cette question qui nous taraude en effet tu le disais cher Hervé qu'est-ce que nous avons en commun qu'est-ce qui nous relie encore je suis en commission de la pêche parmi d'autres je suis en commission de la pêche fasciné par le caractère de défiance profonde que manifestent nos réglementations et nos législations par exemple par un symptôme un phénomène tout à fait frappant qui doit vous marquer vous aussi je voudrais pouvoir écrire là-dessus il faudrait que j'en ai le temps mais je n'y arrive pas vraiment ce phénomène incroyable qu'est l'acronymisation du monde appelons-le comme ça le monde se transforme en acronyme en commission de la pêche alors après je vais sur le port de Fécamp et il faut que j'explique ça aux pêcheurs alors on se pose la question de savoir si dans la PCP on va pouvoir utiliser les fonds du FEAMP qui est devenu FEAMPA d'ailleurs pour faire passer les budgets fédères de manière à faire en sorte que dans nos discussions avec les ORGP si on interdit les DCP on puisse avoir des solutions il y a un moment où en réalité nos conversations en chambre n'ont plus rien à voir avec la réalité du terrain et elles disent tout et ces conversations disent tout finalement de ce que nous avons décidé peut-être de ce que nos dirigeants ont décidé de confisquer en réalité la décision publique derrière une apparence de technicité pour éviter que ceux qui sont les premiers acteurs et les premiers concernés ne puissent véritablement contribuer à cette décision partagée chers amis je termine en disant que cette transformation je dirais même pourquoi pas cette révolution de la confiance retrouvée elle se vit aussi non pas seulement dans une méthode politique mais dans une certaine manière de faire de la politique et c'est aussi ce qui m'a fait venir ici cher Hervé à ton invitation et je terminerai par là je vois ici tellement d'amis tellement de visages amis qui sont autant de raisons d'espérer Thomas chez qui nous sommes qui a pris ce canton ici tant de ces jeunes que nous avons vus sur cette scène tout à l'heure jeunes élus jeunes futurs élus tant d'élus expérimentés de ceux qui justement sont aujourd'hui le visage de cette confiance que nous pouvons encore avoir envers une génération d'élus qui s'engagent pour le bien commun et qui sert avec loyauté et je voudrais dire que si nous voulons redonner confiance dans la politique demain il faudra que nous sachions aussi réapprendre à nous faire confiance réapprendre la confiance partagée qui fait la force de l'aventure politique qui fait la force de toutes les belles aventures politiques si la Normandie est conquérante si la Normandie est conquérante avec toi cher Hervé c'est parce que tu sais susciter des amitiés et je ne voudrais pas paraître excessivement idéaliste ou naïf mais comme toi je crois en la force des amitiés politiques je vois à quel point la politique est abîmée aujourd'hui par le sentiment que les citoyens ont qu'elle est seulement un champ de bataille individualiste où des égos s'affrontent pour servir leurs intérêts et regardez d'ailleurs le spectacle pitoyable des derniers jours dans cette rentrée politique où nous voyons de toutes parts des sorties individuelles qui s'affirment pour tirer chacune la couverture d'un côté le gouvernement qui semble être déjà devenu simplement le champ de bataille d'une compétition programmée pour une élection présidentielle qui est encore dans quatre ans dans quatre ans est-ce qu'il n'y a pas mieux à faire que de se préoccuper d'abord de sa propre trajectoire nous voyons que partout c'est rentrée politique sur l'occasion d'affirmer des ambitions de présenter des scénarios de faire du billard à cinq bandes et il y a encore je le voyais en arrivant dans l'avion maintenant une ancienne candidate à la présidentielle qui va dans l'université d'été d'un autre parti que le sien dire qu'elle veut bien être candidate pour la gauche tous ensemble qu'est-ce que vous voulez que les français réussissent à retirer de tout cela sinon un profond écœurement et bien ici à la fête de la pomme je crois que nous sommes venus pour dire autre chose nous sommes venus dire que nous croyons que la politique peut être autre chose qu'une compétition individuelle et nous sommes venus dire que la reconstruction de notre propre proposition politique de notre sensibilité politique avec les nuances que nous représentons ici centriste républicain ça ne nous a pas empêché cher Loïc de partager des combats communs importants sur des sujets essentiels la reconstruction de notre proposition politique elle viendra d'abord de ce que nous saurons vivre entre nous et vivre devant les français une amitié politique authentique qui est ce qui naît lorsque nous sommes conscients que nous ne sommes pas d'abord engagés pour nos propres trajectoires individuelles mais que nous sommes là pour servir quelque chose qui nous dépasse qui nous élève et qui nous relie qu'est ce que nous avons en commun cher Hervé je crois que cette question là il faut peut-être que les politiques commencent d'abord par répondre pour eux-mêmes qu'est ce qui nous relie qu'est ce qui nous fait nous engager ensemble et c'est peut-être comme le disait Christopher Lach c'est peut-être d'abord la sécession des élites c'est peut-être d'abord l'individualisme affiché par les gouvernants pendant trop longtemps c'est peut-être d'abord la réduction de la politique à une question de tactique personnelle qui a fait aussi le délitement du lien civique que nous constatons aujourd'hui à l'inverse sa reconstruction passera par le fait de vivre ensemble cette amitié qui nous réunit cette amitié cher Hervé qui nous rassemble depuis quelques années maintenant que nous vivons mois après mois en travaillant sur le fond en essayant de réfléchir aux grandes questions qui nous attendent et que nous vivrons j'en suis sûr aussi dans les combats électoraux qui s'annoncent ces combats qui seront essentiels pour l'avenir de notre pays pour l'avenir de l'Europe et qui seront j'espère l'occasion de vivre la joie et l'enthousiasme de cette amitié politique qui grandit parfois dans le combat j'espère demain dans les victoires comme elle s'est consolidée aussi dans les épreuves par le passé merci à tous de votre fidélité merci de votre présence et merci de votre accueil ici merci de votre accueil ici
François-Xavier Bellamy