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interviewRadio France (sur Site radio)· 30 juin 2026 12 min

Parti socialiste : un projet en attendant un.e candidat.e

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Culture de l'info, le rendez-vous quotidien de la rédaction de France Culture. Le Parti Socialiste a présenté ce matin son projet pour le XXIe siècle, une base dans laquelle devra piocher le futur candidat pour la présidentielle de 2027 afin de construire son propre programme. Compte tenu du projet avec Adrien Toffolet, invité l'eurodéputée Chloé Riedel, un podcast proposé par Mathieu Laurent. Un projet donc pour le PS qui doit se donner les moyens de désigner une candidate ou un candidat. Alors, comment y parvenir ?

Eh bien, les militants choisiront la méthode lors d'un vote interne le 9 juillet prochain, en attendant le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, et ses opposants bataille pour déterminer la question qui leur sera posée. Ils ont jusqu'au Conseil national ce soir pour se mettre d'accord. Bonsoir Adrien Toffolet. Bonsoir. Avec vous Adrien, prenons d'abord connaissance de ce contenu programmatique et posons-nous peut-être d'abord ensemble cette première question. Pourquoi le PS se met en 2026 à proposer un projet ?

1:05
Invité

Oui, alors plusieurs raisons. D'abord parce que ces huit dernières années, c'est-à-dire depuis qu'Olivier Faure est à la tête du Parti Socialiste, et même on pourrait dire depuis presque dix ans avec la fin du quinquennat de François Hollande, le Parti Socialiste a été totalement absent du monde des idées. Et ça, ça ne vient pas seulement de leurs détracteurs, eux-mêmes le reconnaissent. Ceux qui ont produit des idées, des concepts, qui se sont donné les moyens d'en avoir avec un think tank et d'autres outils, eh bien ce sont les insoumis. C'est ce qu'ils disent, les socialistes. Nous, socialistes, nous n'avons rien produit. Et un parti qui ne produit pas d'idées, eh bien il meurt.

Il y avait donc un retard à rattraper. Olivier Faure l'avait donc promis lors du dernier congrès du PS l'année dernière. Il avait expliqué à ce moment-là à ses opposants en interne que le parti aurait un projet pour la présidentielle, et même pour irriguer le débat politique au-delà. L'idée, c'est d'aller au-delà de 2027. Et il a confié la tâche à l'eurodéputée Chloé Riedel, qui a tout organisé. Alors il y a eu des ateliers avec des sympathisants de gauche pour recueillir leurs préoccupations, leur vision du monde. Il y a eu un appel aux contributions, contributions citoyennes, via un site dédié. Les fédérations ont été mobilisées aussi pour faire des propositions. Les militants également.

Tout cela a été confronté à des avis d'experts et d'universitaires. Pour aboutir donc à une première version du projet en avril dernier. Mais vous savez qu'au PS, il y a différents courants. La ligne d'Olivier Faure, celle de Boris Vallaud, le chef des députés socialistes. Et puis celle du maire de Rouen, Nicolas Meyer-Rossignol, qui elle-même est constituée de plusieurs courants. Tous ont donc été sollicités pour amender le projet. Puis les fédérations et enfin les militants qui ont adopté le texte définitif la semaine dernière. Donc vous voyez que c'est un très long travail qui a été réalisé. Aujourd'hui, on est à dix mois de la prochaine présidentielle.

Et les socialistes peuvent dire, oui, nous avons un projet. Et puis un sénateur socialiste me disait récemment, on se dispute sur beaucoup de choses ces temps-ci. On montre un visage désuni, au moins avec le projet. On montre qu'on arrive à se mettre d'accord, parfois, quand le sujet est important.

3:23
Présentateur

Et ce n'est pas une mince affaire, on l'aura compris, Adrien. Mais alors, quelles sont les priorités émises dans ce projet ?

3:29
Invité

Alors le projet est un document qui fait grosso modo une centaine de pages. Et la ligne directrice, en quelque sorte, elle tient sur une opposition. La liberté, et tout ce que cela implique comme projet de société, face à la menace autoritaire, liberticide de l'extrême droite. Olivier Faure a expliqué, en présentant ce projet, que le parti socialiste comptait mener un combat existentiel. Ce sont ses mots. Qu'il adoptait désormais une attitude de combat frontal contre l'extrême droite. Et ça passe, selon lui, par la fin de la parenthèse libérale. Alors libérale au sens économique du terme. La fin du capitalisme prédateur et débridé. C'est aussi une citation.

Un peu comme quand François Hollande, candidat, faisait de la finance son ennemi. Donc ça signifie un projet on crée à gauche. Dix priorités ont été présentées ce matin. Alors je ne vais pas tout vous citer, ni trop rentrer dans les détails. Mais on retrouve des mesures comme la hausse des salaires, la reconnaissance des métiers essentiels. Le partage des richesses en imposant la justice fiscale. Et là, c'est le retour de la taxe Zuckmann. On trouve aussi la refondation de l'école, avec moins d'élèves par classe, des enseignants mieux payés. La lutte contre les violences sexistes et sexuelles envers les femmes et les enfants. C'est un sujet ô combien d'actualité.

Et qui peut prendre une grande place dans la campagne présidentielle, etc. Il y a aussi des mesures sur l'écologie. La liste est longue. Tout cela avec une particularité intéressante tout de même. Ou tout du moins originale. En se présentant comme combattant les insécurités. Pas seulement l'insécurité au singulier, comme le fait le Rassemblement national. Mais les insécurités. Les insécurités, c'est à la fois traiter la problématique qu'on pourrait qualifier de classique. La lutte contre la déhincance et le narcotrafic. Mais c'est aussi parler des insécurités sociales. Comme le fait de vivre éloigné des bassins d'emploi. Ou d'avoir des difficultés d'accès à la santé.

C'est parler aussi des insécurités environnementales. Le fait d'évoluer dans un milieu pollué ou loin de la nature. Et en faisant ça, le PS s'inscrit dans un combat contre l'extrême droite. En proposant autre chose. Mais en allant aussi sur ces thématiques. Notamment l'immigration. Les socialistes dans leur projet défendent une politique d'intégration. Par le travail. Et prévoient même, s'ils arrivent au pouvoir bien entendu. De créer un secrétariat d'état à l'immigration et l'intégration.

5:57
Présentateur

Est-ce que l'on peut parler, Adrien, de lignes de fractures programmatiques ?

6:01
Invité

Alors, au sein du parti socialiste, pas vraiment. Du moins, on arrive à se mettre d'accord. À faire des compromis. Le texte a été amendé. Mais la direction du parti parle plutôt d'enrichissement. Il n'y a pas de mesure majeure qui a été sortie du projet entre la première version, qui date d'avril, et la version définitive que l'on découvre aujourd'hui. Et c'est ce qui explique peut-être que ce projet a pu être voté tout simplement aussi rapidement. Alors, attention, des fractures, il y en aura peut-être, avec le potentiel candidat qui sera choisi. Raphaël Glucksmann partage beaucoup de choses sur le plan des idées avec le PS, en particulier en matière de politique étrangère.

Mais par exemple, si je prends cet exemple, la taxe Zuckmann, l'eurodéputé, il n'en veut pas. Sur la question des retraites aussi, les avis divergent. Et puis, autre candidat putatif, François Hollande, lui aussi, en matière de partage des richesses et d'écologie. Il n'est pas tout à fait sur la même ligne. Et ses propres équipes, on le sait aujourd'hui, travaillent à développer des propositions. Alors, la direction du PS insiste sur le fait que le candidat qui sera choisi devra s'en tenir au projet qui a été voté par les militants. Mais bon, il faut le dire, dans les faits, rien ne l'y obligera.

7:20
Présentateur

Merci, merci beaucoup Adrien Toffolet pour ces explications, ainsi que ces éléments de contexte. Adrien, vous avez reçu dans le journal de la mi-journée, l'eurodéputé Chloé Ridel, ça tombe bien, les secrétaires nationales à la coordination du projet du Parti Socialiste. Les premières questions que vous lui avez posées, pourquoi avoir choisi de parler de gauche radicale de gouvernement ?

7:42
Invité

C'est pour moi une gauche qui marche sur ses deux jambes, c'est-à-dire qu'il y a une radicalité dans l'ambition de transformation de la société. Quand on voit la canicule ces derniers jours, les demi-mesures ne vont pas suffire. Il faudra qu'on adapte massivement nos logements, le bâti, nos villes, qu'on mette aussi de la climatisation. Mais vous voyez bien que sur tout un tas de sujets, je pourrais parler du pouvoir d'achat, de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, il faut une ambition radicale et de gouvernement parce que nous serons toujours fidèles à notre méthode qui est le dialogue, la recherche du compromis, le refus de la violence.

Et donc je crois qu'une gauche qui a une vocation majoritaire dans le pays, c'est cette gauche-là, gauche radicale de gouvernement. Vous pensez qu'au second tour de la présidentielle, le candidat qui sera au second tour devra affronter l'extrême droite ? C'est aussi ce pari que vous faites ? C'est ce que les sondages nous disent et en tout cas c'est aussi ce que l'époque nous montre. Partout en Europe, partout dans le monde, l'extrême droite est forte et puissante. Même si on voit des signaux faibles, la défaite de Viktor Orban en Hongrie, on voit la difficulté aussi de Donald Trump.

Tout ça commence à s'effondrer et nous pensons que c'est nous, la gauche radicale de gouvernement, pour reprendre encore ce terme, qui sommes l'alternative et qui sommes responsables de forger l'alternative. Je pense que le grand combat de notre temps pour la gauche, c'est un combat pour la liberté et un combat pour fermer la parenthèse qui s'est ouverte dans les années 80 de la mondialisation libérale qui aujourd'hui a évolué sous la forme d'un capitalisme ultra-prédateur, autoritaire et qui met en jeu, encore une fois, notre capacité à vivre libre. Un quart de siècle est déjà passé dans ce XXIe siècle.

Vos détracteurs qui apprennent que le Parti Socialiste a un projet vous disent « il était temps ». Alors pourquoi le Parti Socialiste a mis autant de temps et a vu passer autant de crises économiques, géopolitiques, environnementales pour proposer sa vision pour le futur du pays ? Écoutez, vous le disiez dans l'introduction, le Parti Socialiste n'a pas de candidat, encore, mais il a un projet. Et donc moi, pour l'instant, mon candidat, c'est le projet. Et ce projet qui a été validé à 83% de nos militants sera celui qui sera défendu par notre futur candidat à l'élection présidentielle. Ce projet, il a une légitimité. Moi, je la défendrai.

Il est issu d'un processus de refondation ambitieux que j'ai conduit sur plus d'un an avec l'ensemble des sensibilités de notre parti. Donc maintenant, plus personne ne pourra dire que le Parti Socialiste n'a pas de programme, ne travaille pas. Nous avons un projet. Il est ambitieux. Et j'appelle tous les militants de gauche et puis tous les Français à le lire, à s'en emparer. Mais comment pouvez-vous vous assurer qu'un Raphaël Glucksmann, qui porte sa propre vision pour la France, ou un François Hollande, qui sera peut-être candidat, un socialiste, mais qui n'est pas sur la même ligne, que vous, respectera ce projet ? Il n'ira pas juste piocher quelques éléments ?

Je leur dis que ce projet bénéficie d'une double légitimité. La légitimité d'abord d'avoir été travaillée sur le long cours par tous les militants et plus largement les sympathisants du Parti Socialiste, et la légitimité d'avoir été approuvée à 83%. Donc, ils ne peuvent pas s'en laver les mains. Il faudra qu'ils se l'approprient et le récupèrent. Et moi, j'y veillerai. Une dernière question. En quelques mots, les militants PS seront sollicités le 9 juillet prochain pour décider de la stratégie présidentielle, primaire ou non, avec qui, qui doit voter. Mais le PS, on l'a dit, est divisé. Certains cadres du parti soutiennent déjà Raphaël Glucksmann.

Vous avez d'autres, comme François Hollande, qui se préparent, disent se préparer. Est-ce qu'il y aura un seul candidat socialiste ou social-démocrate ? à cette présidentielle ? Moi, je le souhaite. J'ai fait le projet avec beaucoup d'autres. Et je souhaite que le Parti Socialiste ait maintenant un candidat. Et il faudra un processus de départage démocratique. On peut appeler ça une primaire. Mais qui départage et qui choisisse un candidat dans l'espace socialiste.

11:30
Présentateur

Chloé Riedel, secrétaire nationale à la coordination du projet du Parti Socialiste. Ainsi se referme ce nouveau numéro de Culture de l'Info. A demain. Culture de l'Info, le podcast quotidien de la rédaction de France Culture. Abonnez-vous sur franceculture.fr et l'application Radio France. Merci.

11:49
Locuteur

Merci. Merci. Merci.