Le Grand Face-à-face XXL à Cergy avec Eva Sadoun, Stewart Chau et Maxime Lledo
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« la France est l'un des plus grands pays au monde pour les jeux vidéo »
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Bonjour, bonjour et merci d'écouter le Grand Face à Face, un Grand Face à Face au format XXL ce samedi. France Inter s'est installée à Sergy dans le Val d'Oise pour deux heures d'émission en public. Et un merci chaleureux à tous ceux qui sont venus participer à cette émission dans la salle de visage du monde, dans cette salle qui participe de ce lieu de vie, de ce lieu de création qui est un lieu de citoyenneté aussi. C'est une médiathèque, les visages du monde, ce sont des salles pour les associations, c'est une mairie, c'est aussi une salle de spectacle. Les danses actuelles, les arts numériques sont ici à l'honneur, autant dire que la jeunesse et la culture y sont présents.
Et donc nous avions envie de surtout nous appuyer sur vous, amis qui êtes ici avec nous dans la salle. Un applaudissement chaleureux d'ailleurs pour ceux qui sont là et vous connaissez le principe de l'émission. Deux heures donc pour ouvrir le dialogue, prendre le temps d'un débat de fond. Des micros circuleront dans la salle tout à l'heure pour vous donner la parole. Et mes camarades Natacha Polony et Gilles Finkelstein sont à mes côtés. Salut les amis.
Bonjour.
Natacha qui a grandi dans le Val d'Oise, vous le savez, et ça s'applaudit quand même. Elle doit tant à ce département, Natacha. Un grand face-à-face XXL à Sergi, Natacha a grandi dans le Val d'Oise, Sergi c'est là qu'Emmanuel Macron est venu pour son premier déplacement après sa réélection. Il n'y a aucun lien entre ces deux informations, mais c'est ici à Sergi que nous voulions nous installer pour une émission consacrée, je vous le disais, donc à la jeunesse ou plutôt aux jeunesses au pluriel, Natacha Polony insiste sur ce pluriel et elle nous dira pourquoi dans un instant.
Une émission pour parler des enjeux qui sont ceux des jeunes d'aujourd'hui, leur rapport à la démocratie, leurs aspirations, leurs espoirs, mais aussi évidemment leurs difficultés. Vous vous souvenez de ce slogan, de cette phrase devenue quasiment un slogan. C'est dur d'avoir 20 ans en 2020, c'était signé Emmanuel Macron et c'était pendant le Covid, une phrase qui est peut-être encore d'actualité. Mais alors comment se projeter dans le monde de demain quand on a 20 ans en France aujourd'hui ? Pour en débattre, trois invités dans le grand face-à-face XXL, trois invités qui vont nous rejoindre tout à l'heure. On a voulu croiser leur regard, Eva Sadoun, elle est entrepreneur et activiste.
Stuart Shaw, il est directeur des études politiques et opinions à l'institut de sondage Via Voice. Il a travaillé sur les fractures qui divisent la jeunesse et qui séparent aussi les différentes générations. Et puis Maxime Liedot, il est journaliste et séiste, auteur de Générations fracassées. Et ils nous rejoindront donc, je vous le disais, dans quelques minutes maintenant. Mais d'abord, et c'est la tradition, le duel. Le grand face-à-face XXL, Ali Badou sur France Inter. Le duel entre la directrice de Marianne, Natacha Polony, le directeur de la Fondation Jean Jaurès, Gilles Finkelstein. Je le disais, le président de la République, à peine réélu, est venu dans cette belle ville de Sergie.
Juste après, juste après, il était à Strasbourg. À Strasbourg pour prononcer un discours devant le Parlement européen. C'était donc lundi. Cette organisation européenne nouvelle permettrait aux nations européennes, démocratiques, de trouver un nouvel espace de coopération politique, de sécurité, de coopération en matière énergétique, de transport, d'investissement, d'infrastructures, de circulation des personnes et en particulier de nos jeunesses. La rejoindre ne préjugerait pas d'adhésion future à l'Union européenne, forcément. Comme elle ne serait pas non plus fermée à ceux qui ont quitté cette dernière. La politique européenne de la jeunesse, il en sera question tout à l'heure.
Mais d'abord, Gilles Natacha, Emmanuel Macron réélu, donc, qui propose la mise en place, je cite, d'une communauté politique européenne, d'une confédération européenne. Qu'est-ce que vous en avez compris et qu'est-ce que vous en avez retenu de ce discours-là, Gilles ? D'abord, pour bien comprendre, cette intervention arrive au terme d'un processus qui est celui de la Convention sur l'avenir de l'Europe qui avait été lancée il y a un peu plus d'un an, qui avait regroupé 800 Européens tirés au sort et qui a abouti au rapport qui avait été présenté avec un certain nombre de propositions.
Et donc, ce sont les réactions politiques, les propositions d'Emmanuel Macron, à la fois président de la République française et président de l'Union européenne, à ce rapport. Proposition d'Emmanuel Macron dans laquelle il y a une partie qui est celle que l'on vient d'entendre, c'est-à-dire de repenser l'architecture de l'Union européenne en ajoutant une nouvelle catégorie qui est cette communauté politique, on va y revenir, et avec une deuxième proposition qui est très importante, qui est d'améliorer les processus de décision de l'Union européenne en faisant en sorte notamment que l'essentiel des décisions soit prise à la majorité qualifiée et non plus à l'unanimité.
Donc ça, c'est peut-être un mot quand même pour dire le cadre. Un, c'est un pari audacieux parce qu'il lève le tabou de la révision des traités qui, depuis l'échec du traité constitutionnel européen de 2005, est un tabou pour la France, mais un tabou pour beaucoup d'autres pays. Deux, pour un esprit cartésien géométrique à la française, les propositions sont cohérentes parce que, de fait, elles viennent régler ou en tout cas contribuer à régler un certain nombre de problèmes.
Trois, le résultat est aléatoire parce que, à l'esprit géométrique français, peut répondre à des réactions psychologiques d'un certain nombre d'États qui craignent que ce soit un subterfuge pour les reléguer ou les laisser en deuxième division. Donc aléatoire, mais il y a beaucoup de choses que l'on pensait impossibles pour l'Europe ces dernières années et qui ont fini par arriver. Donc aléatoire, mais pas impossible. Natacha ?
Je dirais que ce discours est assez typique à la fois de la pratique macroniste du discours sur l'Europe et des problèmes que rencontre l'Europe aujourd'hui. Pour la pratique macroniste, en fait, c'est un discours intéressant, c'est un discours extrêmement riche qui contient des propositions, en effet, dont on peut se dire pour certaines qu'elles seraient véritablement une avancée pour l'Europe, sauf que derrière ces propositions intéressantes, cette forme de lyrisme parfois pour rêver que l'on va emporter comme ça les autres pays européens, en fait, si l'on se penche dessus, on s'aperçoit qu'il y a une probabilité absolument immense que ça ne se fasse absolument jamais.
J'en veux pour preuve que 13 pays ont immédiatement réagi pour s'opposer formellement à cette idée de majorité qualifiée. Or, en effet, c'est un problème. Cette affaire d'unanimité pour l'ensemble des sujets et en particulier, d'ailleurs, pour la révision des traités, c'est bien le problème. Nous sommes dans une impasse. L'Europe à 27 est une impasse. Et le discours d'Emmanuel Macron n'y changera rien. Et d'ailleurs, sa proposition de communauté politique européenne, qui là aussi est très intéressante, qui permettrait enfin de comprendre qu'on n'est pas obligé d'accueillir immédiatement tout pays dans l'Union européenne.
Il y a des sas, il y a des différences, il y a des cercles concentriques. Mais moi, cette idée de cercle concentrique, qui est une évidence, je l'entends depuis 20 ans, jamais ça n'a été mis en œuvre. Il y a d'autres choses dans ce discours extrêmement intéressantes. Par exemple, tout le passage dans lequel Emmanuel Macron parle de l'Ukraine, dans lequel Emmanuel Macron, en fait, essaye de faire entendre une voix européenne sur la question de la guerre en Ukraine, en langage parfaitement diplomatique.
Mais quand il dit que, finalement, il faut éviter l'humiliation ou l'esprit de revanche pour construire de nouveaux équilibres de sécurité, il est là en train d'essayer d'éviter l'escalade des tensions que nous voyons aujourd'hui. Hélas, la voix qu'il fait entendre se voudrait européenne. En fait, elle est française. Il est très seul là aussi. Et on peut franchement le regretter.
À propos de l'Ukraine, le président Macron qui déclarait que l'Ukraine, par son combat, est déjà membre de cœur de notre Europe, de notre famille. Fermez les guillemets. Gilles Finkstein. En fait, ça pose une première question. D'abord, c'est est-ce que c'est juste de dire qu'il faut réviser les traités ? La réponse à cette question n'est pas si évidente parce qu'il y a déjà beaucoup de choses que l'on peut faire et qui ne sont pas faites dans le cadre des traités actuels, y compris pour aller plus vite à quelques-uns. D'autre part, Natacha l'a dit, c'est vrai que c'est long, c'est compliqué, c'est aléatoire de réviser les traités.
Mais malgré tout, il y a, on le voit, un certain nombre de blocages de l'Union européenne aujourd'hui dont l'origine vient de ces processus de vote. Et bien sûr, il ne s'agit pas... Il suffit du veto d'un seul pays, par exemple, pour tout bloquer. Alors, on l'a vu pendant de nombreuses années sur les questions fiscales. On le voit en ce moment même sur la question de l'embargo contre le pétrole russe où on voit un certain nombre de pays au premier rang desquels la Hongrie qui s'y oppose. On voit que la Pologne a la capacité de s'opposer aux sanctions dont elle peut faire l'objet pour les violations contre l'État de droit. Donc, on voit que ce serait nécessaire, même si...
Et c'est très intéressant quand on s'interroge sur le fonctionnement de l'Union européenne. Même dans les secteurs dans lesquels il est possible de voter à la majorité qualifiée, on le fait très rarement. Parce que la pratique de ce club, c'est d'essayer de faire en sorte qu'il y ait un consensus. Mais le fait que les pays, les États membres sachent qu'on cherche le consensus, mais que s'il n'y a pas de consensus, on peut voter, c'est un puissant levier pour faire avancer les choses plus vite.
Donc, je pense que ce serait très utile et que le président de la République a eu raison de s'engager sur cette voie-là, même si elle est aléatoire, quant à la communauté politique qui regrouperait à la fois les pays qui ne veulent pas aller plus loin, on peut penser y compris à ceux qui en sont sortis, comme le Royaume-Uni, ou des pays qui, aujourd'hui, ne peuvent pas aller plus loin, c'est-à-dire dans l'adhésion pure et simple. Évidemment, on peut penser à l'Ukraine, mais l'Ukraine n'est pas le seul pays qui pourrait être concerné par cette réforme-là.
dès lors que c'est bien conçu, non pas comme un cercle concentrique, et on maintiendrait ces pays-là dans le cercle le plus lointain, avec la crainte qu'ils ne puissent pas aller vers l'intérieur. Mais que ce soit, qu'il y ait un objet, un contenu à ce cercle-là, et que ce ne soit qu'une étape vers une intégration progressive, à ce moment-là, je crois que c'est une idée qui est une idée intéressante. Encore Ramon, Natacha, avant de passer au sujet suivant.
Emmanuel Macron, justement, a laissé entendre qu'il n'était pas obligatoire que ça débouche sur une adhésion à l'Union européenne, et c'est bien cela qu'il y a d'intéressant dans cette proposition. Pourquoi ? Parce que derrière cela, il y a en fait la destruction de l'Europe politique qui a été mise en œuvre par le processus d'élargissement absolument non pensé, fait dans des conditions qui ne permettaient pas de faire en sorte que l'Europe puisse continuer à être une institution démocratique.
C'est-à-dire que les pays d'Europe de l'Est, à la chute du mur, ont été intégrés pour les plus belles raisons qui soient, parce qu'ils étaient l'Europe, en oubliant justement ce que rappelle Emmanuel Macron dans son discours, à savoir qu'il y a une différence entre Europe et l'Union européenne. L'Union européenne, c'est une institution avec ses règles, et c'est un marché qui, au départ, était un marché commun qui devait fonctionner entre pays qui avaient à peu près la même structure économique.
L'élargissement à l'Est pose le problème, et on le voit, du vote à l'unanimité, et donc du blocage complet des institutions, et pose le problème du dumping social qui en a résulté et qui a déséquilibré totalement l'Union européenne. Le duel continue.
Le grand face-à-face XXL, le duel.
Il y a un problème de pouvoir d'achat, de pouvoir de vivre, et de sens dans notre pays extrêmement important. Mettre la question de la réforme des retraites, cet automne, sur la table, alors qu'on sait qu'on aura encore un problème de coût de l'énergie, on ne sait pas dans quelle situation internationale on sera, et qu'il faut s'inscrire dans un partage des richesses autre et un autre modèle de développement. Mettre ça sur la table à l'automne, c'est explosif.
C'était le secrétaire général de la CFDT, le premier syndicat de France, Laurent Berger, mardi sur France Inter, et Laurent Berger réaffirmait son opposition au report de l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans, sujet effectivement explosif, sujet qui a émergé à la fin de la campagne présidentielle avec cette proposition d'Emmanuel Macron, sujet explosif. Qu'est-ce que ça veut dire pour vous, Gilles Winkelschein ? Je crois que c'est une bataille absolument essentielle. Le sujet central de la campagne présidentielle a été le pouvoir d'achat.
Le sujet central de la campagne des législatives sera sans doute la question des retraites, et c'est vrai pour les législatives, mais c'est vrai pour après les législatives, et je dirais même que ce qui va se passer là va colorer l'ensemble du second mandat d'Emmanuel Macron. Il est aujourd'hui face à deux options très différentes, et il est un aiguillage. La première option, c'est de faire trois pas en avant. Je l'ai dit, pendant la campagne présidentielle, j'ai un mandat, je le fais. Et je le fais vite, parce que c'est maintenant ou jamais. Ça, c'est la première tentation.
C'est quasiment un pas de danse, et on est ici dans un lieu où les danses contemporaines ont toutes leurs places, un dos tres, ça ressemble effectivement à un début de chorégraphie. C'est la première tentation, et quand on lit, non pas l'interview de Laurent Berger, mais ce que dit Arnaud Robinet, le maire de Reims, maire Horizon, proche d'Edouard Philippe, qui dit c'est une bataille essentielle, c'est comme ça qu'on sauve le système par répartition, on voit cette orientation-là. Et puis la deuxième option, c'est non pas de faire trois pas en avant, mais c'est de faire un pas de côté. J'ai entendu les résistances. J'ai dit, moi, Emmanuel Macron, mandat nouveau, méthode nouvelle.
Et donc, je refixe l'objectif de plus de justice, plus d'efficacité et de sérieux dans ce système, mais je ne fais pas de la modalité, c'est-à-dire de la retraite à 65 ans, impréalable, et on ouvre une discussion. Il est aujourd'hui, face à ce choix, ma conviction, c'est que le passage en force est un grand danger. Un grand danger social. Il est rare d'entendre Laurent Berger, qui n'est pas le plus radical, parler d'un risque explosif. 77% des Français, cette semaine, disaient redouter une explosion sociale dans les prochains mois. C'est sans doute le premier sujet. Lorsque Laurent Berger dit, nous serons, nous, CFDT, vent debout contre cette réforme.
Alors que c'est un syndicat réformiste et qui accompagne en général les réformes. Je crois qu'il faut l'entendre. C'est beaucoup de risques sociaux, beaucoup de risques politiques, et je termine par là, pour très peu de bénéfices financiers. Parce que lorsque une réforme est injuste, les concessions qui vont devoir se multiplier pour rendre cette réforme acceptable, on le voit sur les carrières longues, sur la pénibilité, font qu'à l'arrivée, le risque, c'est qu'il y ait à la fois un gros risque social et peu de bénéfices financiers. Natacha Polony.
Pour prolonger ce que vient de dire Gilles, on se souvient de la façon dont a émergé ce sujet, à partir d'une réforme qui se voulait une réforme structurelle, une réforme de fond. Et la question de l'âge, le fameux âge pivot, a émergé parce qu'il y avait une part de la technocratie, incarnée notamment par Édouard Philippe, qui tenait absolument à ça.
Une technocratie qui voulait envoyer un message aussi à un électorat qui est un électorat plutôt favorisé, électorat de droite, plutôt âgé, c'est-à-dire des gens qui ont refusé, mordicus, une réforme des retraites quand elle pouvait les concerner, mais qui sont maintenant majoritairement favorables, une fois qu'ils ne sont plus concernés, à ce qu'il y ait une réforme des retraites. Ça, c'est le point de départ pour une réforme qui serait injuste, qui serait injuste socialement. Après, la question de la façon dont tout cela s'est mis en place pendant la campagne, là aussi, est significative.
C'est-à-dire qu'on a vu ce sujet mis en avant par Emmanuel Macron pour attirer spécifiquement cet électorat-là, qui en fait une sorte de totem. Et puis, entre les deux tours, Emmanuel Macron adopte un discours tout à fait flottant. On ne sait plus très bien si c'est 65, 64 ans, parce que là, il s'agit dans une volte-face, on est toujours dans la danse dont vous parliez, de parler cette fois-ci aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Donc, ça devient absolument n'importe quoi. Et ça nous démontre qu'il y a là, en effet, quelque chose qui est de l'ordre de l'électoralisme, beaucoup plus que d'une vision cohérente des besoins du pays.
Ce qui serait nécessaire, parce que Gilles l'a dit, et il faut le répéter, ce qui se dessine dans les mois qui viennent peut être extrêmement difficile. On va vers une crise économique, vers une crise sociale dangereuse. L'inflation risque fort de s'amplifier. Et ce n'est pas le moment de fracturer le pays pour des problèmes qui sont avant tout pris de façon politicienne.
Gilles ? Pour continuer de filer la métaphore, cette espèce de pas de deux qu'on a eu pendant la campagne présidentielle, pour le coup, on peut le prendre positivement, c'est-à-dire que les choses restent ouvertes. Et c'est le moment, le moment approche, mais il approche vite, où il va falloir choisir pour le président de la République et pour le gouvernement, dans l'aiguillage, dans quelle direction il va. Je crois vraiment qu'un autre chemin est possible que celui de l'affrontement. D'une certaine manière, la réforme des retraites qui a eu lieu pendant le quinquennat de François Hollande, avec François Chérec à la tête de la CFDT, offre, dessine ce que pourrait être le cadre d'une réforme.
C'est-à-dire qu'il y avait à la fois de la justice sociale. Hier, c'était la question des carrières longues, et de la retraite à 60 ans pour ceux qui avaient leurs années de cotisation. Aujourd'hui, cette question de la justice sociale, c'est celle de l'indexation sur l'inflation, c'est celle des retraites minimales, c'est celle de la pénibilité. Donc autre sujet, autre concrétisation, mais même problématique, la justice sociale. Il y avait aussi le sérieux budgétaire, parce que si on considère que le régime est en déficit, au moins jusqu'à 2030 ou 2035, il faut trouver les voies et moyens pour le régler.
A l'époque, c'était l'allongement de la durée de cotisation, non pas l'âge légal, mais la durée de cotisation, ce qui est plus juste, qui était augmenté. Aujourd'hui, on peut concevoir une accélération du calendrier. On peut travailler sur les fins de carrière, c'est très important. On peut trouver des ressources temporaires. Bref, il y a un autre chemin qui est possible. Encore un mot, Natacha ?
Un mot pour compléter, parce que je suis d'accord sur l'ensemble des possibilités qui s'offrent, mais j'y insiste, qui nécessiterait d'inscrire cette réforme des retraites dans une vision beaucoup plus globale de l'état de la société et de la façon dont on peut améliorer la situation. C'est pourquoi j'ajoute un point. Pensez la dépendance en même temps que cette réforme des retraites, c'est-à-dire financer ce qui va devenir très rapidement un gouffre. Là aussi, il y a un enjeu. Et inscrire cette question de la dépendance dans une réflexion large qui inclurait les retraites me semblerait un bon signal.
Juste une phrase. Je crois que c'est très important d'inclure cette réflexion sur la dépendance. Mais je crois que l'erreur, et c'était l'erreur qu'a faite Emmanuel Macron, c'est de lier la réforme des retraites à celle de la dépendance. C'est-à-dire de trouver dans la réforme des retraites les ressources pour financer la dépendance, comme si c'était seulement les actifs qui devaient financer la dépendance. Et donc je crois qu'il faut décorréler ces deux questions-là. Et vous disiez qu'il était question du président de la République et du gouvernement. Mais quel gouvernement ? C'était jeudi soir. Jean Castex réunissait l'ensemble de son gouvernement pour un pot de départ à Matignon.
Un adieu à ses troupes, alors que l'on ne connaît donc toujours pas le nom de celui ou celle qui lui succédera. Le premier mandat d'Emmanuel Macron s'est terminé officiellement hier à minuit. Jean Castex, quel bilan et quelle trace laissera-t-il comme chef du gouvernement, Gilles ? Alors, puisque c'est la fin du mandat de Jean Castex, la question de savoir si ça a été un bon premier ministre peut évidemment se poser. Et c'est une question dont la réponse n'est pas si évidente, parce que ça pose la question de bon premier ministre, pourquoi et pour qui ? Je crois que ça a été un bon premier ministre pour Emmanuel Macron. Il avait... C'est déjà pas mal.
La compétence technique, c'est-à-dire le suivi de l'intendance du dernier kilomètre, parce que c'était un technocrate. Il avait la loyauté politique qui n'a jamais été prise en défaut. La complémentarité avec le président de la République, et ça c'est un élément qui est très important. Quand vous regardez l'histoire de la Ve République, les bons couples exécutifs sont toujours ceux dans lesquels il y a une complémentarité. Là, il y avait à la fois de la complémentarité politique, il y avait de la complémentarité de tempérament, mais surtout, il y avait de la complémentarité dans l'incarnation.
Jean Castex se voulait être le représentant des territoires, et il y avait de la complémentarité par la pratique, notamment par la... Jean Castex était un homme de dialogue et de négociation. Et donc ça, je crois que ça a été mis... ça peut être mis à son actif. D'ailleurs, je suppose que de ces deux premiers ministres, c'est sans doute celui qu'il a préféré pour ces raisons de complémentarité-là, et que l'espèce de mépris sociologique dont Jean Castex a été l'objet a sans doute été un atout pour lui-même. Donc je dirais, pour commencer, pour lancer le ballon, bon Premier ministre pour Emmanuel Macron. Reste à savoir, on va y venir, si ça a été un bon Premier ministre pour le pays.
Réponse, Natacha ?
Jean Castex illustre parfaitement le déséquilibre de nos institutions. C'est-à-dire qu'en effet, il correspond exactement à la pratique des institutions par Emmanuel Macron, c'est-à-dire la façon dont ces institutions ont été petit à petit détruites, tordues de l'intérieur, et c'est vrai, la pratique d'Emmanuel Macron a amplifié ce phénomène. Donc Jean Castex... Alors, Gilles disait à l'instant qu'il avait souffert d'un mépris sociologique. Je crois que les choses sont plus ambiguës. Il y a eu, en effet, une forme de mépris qui s'illustrait d'ailleurs par les articles et débats sur son accent, que je trouvais absolument effarant. Mais à côté de ça, il a su parfaitement enjouer...
Mais ça, c'était aberrant. Oui, bien sûr, c'est juste un mépris sociologique.
Non, mais ce que je veux dire, c'est que le mépris sociologique, pour un homme qui est passé par Sciences Po, qui a fait l'État, qui est au cœur de l'appareil administratif français...
J'allais y venir, c'est-à-dire qu'il a réussi à faire croire qu'il incarnait les territoires. D'ailleurs, ce terme même de territoire est absolument insupportable. Mais qu'il incarnait la compréhension du pays dans sa diversité, dans sa complexité, qu'à travers lui, Emmanuel Macron avait entendu le message qui avait surgi au moment des Gilets jaunes, de cette désertification, de cet abandon, de ce recul de l'État dans ses missions de service public. Or, il est lui aussi l'incarnation d'une technocratie qui n'a rien de différent, à part l'accent, de ce que pouvait être Édouard Philippe.
Et c'est là où l'on voit que le style, en fait, joue beaucoup, mais que la politique n'a en rien été différente. Strictement rien. Alors, on retiendra des lois...
Parce qu'ils ont fait les mêmes études ?
Non, parce qu'ils ont mené la même politique, tout simplement. Alors, on retiendra quelques lois qui peuvent être tout à fait intéressantes, mais que justement, on ne mettra jamais au bénéfice de Jean Castex, parce qu'il n'a été que le chef d'orchestre, très bon chef d'orchestre, mais il n'a pas porté une vision et une politique. Mais par exemple, la loi séparatisme, il a porté le plan de relance, la loi sécurité globale sur laquelle il y aurait beaucoup de choses à dire.
Mais en tout cas, ces lois qui sont passées à ce moment-là, en fait, ne lui seront pas attribuées parce que nous sommes dans un régime qui est devenu totalement présidentiel, où le Premier ministre n'est là que pour mettre en musique quelque chose qu'il n'a pas pensé.
Le Grand Face-à-Face XXL à Cergy continue avec le débat. Le Grand Face-à-Face XXL, le débat. Le Grand Face-à-Face en public depuis la grande salle de visage du monde à Cergy ce samedi, toujours avec Gilles Finkelstein et Natacha Polony. Et merci une nouvelle fois au public chaleureux qui nous accompagne. Un Grand Face-à-Face XXL est consacré à la jeunesse, aux jeunesses. Le pluriel est important. Les jeunes qui ont été peu présents dans la campagne présidentielle, d'abord parce qu'ils ont peu voté, mais ensuite parce que les politiques de la jeunesse étaient loin, très loin d'être au cœur des débats. Et c'est le moins qu'on puisse dire. Mais un nouveau mandat commence.
C'est, on a entendu ce serment, ce serment d'un président de la République à peine réélu. Chaque jour du mandat qui s'ouvre, je n'aurai qu'une boussole. Servir. Servir notre pays. Miracle de la volonté et de la liberté des hommes. Servir nos concitoyens, dont le sens du devoir et l'amour de la patrie sont nos plus sûrs atouts. Servir nos enfants et notre jeunesse, vers lesquels mes pensées vont en cet instant et à qui je fais le serment de léguer une planète plus vivable et une France plus vivante et plus forte.
Serment donc fait aux enfants et à la jeunesse qui regardaient peut-être à la télévision la cérémonie d'investiture du président de la République et trois invités dont on a voulu croiser les regards et que je remercie de nous avoir rejoints ici à Cergy. Bonjour à tous les trois et bienvenue Eva Sadoun, entrepreneur et activiste. Vous êtes auteur d'une économie à nous. C'est publié aux Actes Sud. Bonjour.
Bonjour.
Et vous êtes engagée pour la finance durable, la transition écologique, l'économie sociale et solidaire. Et vous êtes coprésidente du mouvement Impact France et une figure de la tech française. Vous allez nous expliquer ce qu'est Impact France tout à l'heure. Stuart Cho, bonjour. Bonjour. Vous êtes le directeur des études politiques et opinions à l'Institut de sondage Viava Voice et co-acteur de la fracture aux arènes. C'est un livre qui explore la jeunesse française fracturée. Vous avez travaillé également sur les émotions, ces émotions qui travaillent la jeunesse française dans un autre livre publié aux éditions de l'Aube, l'opinion des émotions. Et Maxime Liedot, bonjour. Bonjour.
Vous êtes journaliste, essayiste, auteur de Générations fracassées chez Fayard, un plaidoyer pour une jeunesse libre. Avant d'ouvrir la discussion avec tous les trois, Natacha, vous insistiez sur l'importance de parler de jeunesse avec un S de jeunesse au pluriel. En un mot, pourquoi ?
Je pense que c'est un truisme de dire que la jeunesse, ça n'existe pas. Bien sûr qu'il y a une série d'expériences, de moments vécus qui forment ce qu'on appelle cet âge qu'est la jeunesse. et que peut vivre n'importe quelle personne, n'importe quel être humain, quelle que soit sa classe sociale.
Pour autant, il y a dans les jeunesses françaises des différences de classe, une fracture, qui me semble d'autant plus importante que dans une période où l'ascenseur social, et je pense que nous en parlerons, ne fonctionne plus, dans une période où les inégalités, justement, entre générations se creusent, eh bien la redistribution se fait très peu et du coup, ces différences de destin entre jeunes au sein d'un même pays sont en train de s'amplifier et je pense que c'est un sujet que nous devons penser de façon importante.
Question toute simple, la jeunesse n'existe pas, Eva Sadoun, votre réponse ?
Je pense que la jeunesse existe dans ce qu'elle vit, entre guillemets, en termes de contraintes, notamment la question écologique est centrale dans la progression de la jeunesse. Et après, chaque jeune prend la voie qu'il veut face à ce combat. Il y en a qui nient effectivement ce combat et cette réalité, d'autres qui s'engagent. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il y a une désillusion aussi dans la manière dont fonctionnent nos institutions, nos entreprises, etc. Et que la jeunesse veut autre chose.
Stuart Shaw. Oui, absolument. Alors, quand on a présenté le livre qui s'appelle La Fracture, on nous a tout de suite dit, voilà, la guerre entre les générations. En fait, finalement, c'est beaucoup plus complexe. Et on a essayé, en tout cas, la mission de ce livre, c'était d'essayer de regarder ces trois fractures. Effectivement, une fracture sur quelques sujets, entre les jeunes et les moins jeunes. Une fracture entre les jeunesses des différentes générations aussi, parce que les jeunesses s'enchaînent mais ne se ressemblent pas.
Et puis, une fracture, et Natacha Plumier a raison de le rappeler, intra-générationnelle, qui est à notre conscience, au sein même, au sein même de cette génération de jeunes 18-30, pour reprendre les bandages de notre bouquin, qui n'a ces fractures-là qui n'ont jamais été aussi importantes. Maxime Lédo, la jeunesse ?
Je pense qu'il y a une jeunesse d'un point de vue où tout le monde peut avoir 18 ans en telle année peut être dans la même classe, peut passer les mêmes diplômes, mais je pense que dans la façon de l'aborder, dans la façon de le passer, dans la façon, en quelque sorte, de vivre sa vie, il y a quelque chose évidemment de fondamental, et même la façon dont chacun évolue en fonction justement de son confort économique, de ce qu'il fait comme études, de l'endroit où il fait ses études, justement, et ce sera peut-être un enjeu et un débat de fond, la priorité n'est pas la même.
Pour certains, ça va être en effet l'écologie, pour d'autres, ça va être beaucoup plus la sécurité, et je pense d'ailleurs que c'est la différence fondamentale entre parfois les résultats électoraux et, on va dire, le regard politique entre la droitisation et peut-être une gauchisation de la jeunesse, et c'est assez intéressant entre la réalité électorale et la réalité peut-être un peu plus politique.
Et ça, j'aimerais, avant d'entrer dans le cœur du débat, qu'on fasse une radioscopie très rapidement de la jeunesse quand on parle des 18, des 15, 29 ans, par exemple, ça représente 11 millions de personnes, 11 millions de 15, 29 ans en France, et quand on parle de leur rapport à la politique, ils ont davantage voté Gilles à la présidentielle ? Ils ont voté massivement pour Jean-Luc Mélenchon, on est selon les enquêtes entre un peu plus de 30 et parfois jusqu'à 38% pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour, donc bien davantage que le score sur l'ensemble de la population.
ils ont voté ensuite pour Marine Le Pen, puis pour Emmanuel Macron, pour le coup, avec un score qui est 6 points en dessous de son score national. Ça, c'est ce qu'ils ont voté, c'est malgré tout la génération, la catégorie d'âge qui a le moins voté. Comment est-ce que vous expliquez ça, justement, puisque c'est devenu un lieu commun ? Comment expliquer que les jeunes soient ceux qui votent le moins ? Je pense qu'il y a plusieurs registres d'explications. Moi, j'en vois trois.
Le premier élément qui concerne la jeunesse mais qui partage peut-être avec l'ensemble de la population, c'est la logique un peu du tous pourris, c'est-à-dire qu'il y a une perception assez défiante de la jeunesse vis-à-vis du personnel politique. Plus de 8 jeunes sur 10, 18, 30 estiment que le personnel politique est malhonnête en France. Il y a la logique ensuite du tous, et ça, je pense que c'est très important, mais de l'impuissance aussi des politiques à changer les choses. Donc il y a une idée de vanité du vote. Voter ne sert plus à rien. Voter ne change plus la vie des gens.
Et puis, il y a une troisième raison qui me semble être absolument fondamentale dont on revient assez peu, j'ai l'impression, dans le débat public, c'est, à mon sens, cette crise de la représentativité, du principe même de représentation, c'est-à-dire qu'on a une jeunesse qui ne croit plus en cette légitimité d'être représentée par quelqu'un, qu'il soit politique ou non. Et je pense que ça, c'est aussi un des éléments d'explication. Et face à Doun, puis on ouvre le débat.
Effectivement, on sent qu'il y a une dépolitisation, mais pas dans le sens de l'action, mais plus dans le sens de la confiance, effectivement, qu'on a aujourd'hui en monde politique. Parce que même quand il expérimente des choses, on a pu le voir avec la Convention citoyenne qui a créé un vrai engouement. Et finalement, voilà, on dit que la journaliste se radicalise. Ça n'empêche qu'effectivement, quand même, le premier résultat, ça reste Jean-Luc Mélenchon. Et pourquoi ? Parce que c'est le seul, en fait, c'était un vote aussi utile pour beaucoup de jeunes qui progressistes, qui veulent mettre les questions écologiques, féministes et sociales au cœur d'un programme politique.
C'est vrai qu'aujourd'hui, il y a ce sentiment que même si ces sujets sont prêchés, ils ne le sont pas vraiment portés et qu'en fait, cette illusion du discours politique, nous, on a une sorte de franc-parler, etc. Et on sent qu'il y a plus cette honnêteté intellectuelle. Et c'est pour ça qu'on se dépolitise beaucoup.
Oui, il y a ça. Il y a aussi la différence d'engagement. La possibilité aujourd'hui de s'engager est tellement impressionnante aujourd'hui dans la société que la politique devient presque quelque chose de ringard. On peut s'engager dans une association, on peut s'engager sur Internet. Alors, l'efficacité reste certainement à mesurer. Néanmoins, on peut se sentir beaucoup plus utile dans son association, en étant dans un conseil municipal, en étant sur Internet avec une émission sur Twitch, etc. Que le politique paraît quelque chose aujourd'hui qui, en quelque sorte, n'existe plus. Et puis aussi, peut-être, le désintérêt de la politique.
Ça fait très longtemps que dans un grand débat, je n'ai pas entendu tout simplement un politique, même si les moyens de communication sont souvent intelligents, parler des enjeux de la jeunesse. Je n'ai pas entendu, par exemple, parler de l'université, à part une minute, je pense, durant le grand débat de l'entre-deux-tours, pendant la présidentielle. Je n'ai entendu absolument... On peut y revenir. Exactement. Pas de l'université, ni des grandes études de médecine qui ont quand même été mises à mal durant la crise Covid avec les difficultés qu'on a connues.
Donc, les enjeux de fond pour les années à venir et pour ce que devrait justement faire le politique pour aider la jeunesse à entrer en quelque sorte dans un nouveau monde ou dans une nouvelle époque, ça, ça n'est jamais abordé et encore moins lors d'élections qui sont absolument fondamentales. Natacha ?
Oui, en un mot, tout ce qu'il vient de dire est tout à fait juste. Il y a plusieurs facteurs. La question de la crise de la représentation est sans doute plus prégnante dans une génération qui est davantage encore habituée à penser la question de l'identité et donc le désir de n'être représenté que par des gens qui sont parfaitement identiques à ce que nous sommes, ce qui rend évidemment la représentation impossible.
Mais j'ajouterais un élément à tout ce que vous avez dit, c'est aussi la question de la désinstitutionnalisation, c'est-à-dire la destruction progressive de toutes les institutions qui permettaient d'intégrer les jeunes générations à la société, c'est-à-dire non seulement les partis politiques, c'est évidemment flagrant, mais le service militaire et à travers ça l'encadrement qu'ils pouvaient constituer, les syndicats, les différentes obédiences religieuses. Et à chaque fois, il y avait là une forme d'éducation, de transmission qui permettait, me semble-t-il, de faire en sorte que le passage de relais se fasse.
Aujourd'hui, on a l'impression d'avoir des générations qui ont moins de liens entre elles et qui vivent dans des mondes davantage séparés culturellement et dans leur vision de l'action même.
Stuart Cho ? Oui, je trouve intéressant ce lancement de débat parce que quand on regarde le début de campagne de la présidentielle, c'est toujours un peu ce qu'on écrit dans le livre le concours Lépine de la meilleure solution pour les jeunes. Donc, la revalorisation des APL, le permis de conduire gratuit, etc. Et pour autant, et c'est vrai, même si c'est un peu présent quelquefois dans le débat, il y a un retour investissement qui est finalement très très faible. C'est-à-dire qu'on estime à peu près à 8 millions d'électeurs potentiels des 18-34. C'est beaucoup moins que les autres catégories de la population.
On est à près de plus de 12 millions de la population, par exemple, aux plus de 30 ans. Et donc, du coup, on a des politiques qui essaient de s'adresser à la jeunesse et qui n'y arrivent pas tout le monde. Enfin, on ne les a pas beaucoup entendus. C'est vrai, c'est vrai, mais en tout cas, même quand elle laissait, finalement, c'est vrai. La campagne, elle a quand même commencé sur un débat autour de Vichy et des Juifs sous la collaboration. Mais c'est exactement ce que j'ai...
C'est exactement ça.
Aujourd'hui, on a l'impression que le personnel politique dans son ensemble, peu importe le parti, ne cherche pas à finalement adresser des solutions aux problèmes de la jeunesse. Il cherche uniquement à parler à la jeunesse, ce qui n'est pas du tout la même chose. On a vanté Jean-Luc Mélenchon très certainement à juste titre parce qu'il a su employer des moyens comme Twitch avec YouTube, s'emparer vraiment des moyens de communication qui étaient les leurs. Ça, c'est très bien.
Mais à aucun moment, il y a eu des politiques au-delà de la communication qui ont cherché à comprendre ce que vivait la jeunesse et à comment essayer de résoudre ou comment essayer d'apporter des réponses à leurs problématiques. Ça, c'est quand même très peu vu. Mais le paradoxe quand on parle de crise de la représentation, c'est que malgré tout, jamais un président de la République n'a été aussi jeune. Jamais il n'y a eu autant de femmes et de jeunes femmes députées. Jamais dans l'histoire de la Ve République, qu'est-ce qui fait l'éloignement, cette distance infranchissable entre les jeunes, on va le dire rapidement, et ceux qui les représentent ?
Parce que c'est essentiellement déjà des personnes, des femmes portes drapeaux dans les fonctions régaliennes et vraiment décisionnaires. Je ne vois pas une femme, il n'y a pas une femme premier ministre, il n'y a pas une femme... Attendez, attendez. Oui, le ministre de l'économie. Ça va arriver, ça va arriver. Et c'est vrai que les jeunes, ils ont quand même conscience, nous on est une génération quand même assez engagée sur des questions qui étaient à la base assez des questions de vieux, des questions économiques par exemple.
Et c'est vrai que sur ces questions économiques, on se rend bien compte que le secteur privé est tellement puissant et tellement fort que les États, ils ont si peu de pouvoir. On l'a vu à la COP21 où en fait, chaque fois, les ministres disaient bon, au final, on a besoin d'argent, mais il n'y a que le secteur privé qui peut nous l'apporter. Et on a l'impression aussi qu'au niveau du gouvernement, effectivement, il y a une forme de conservatisme très très fort et notamment sur la représentativité, même s'il y avait des femmes députées, elles étaient très très très peu... Enfin, elles avaient très peu de pouvoir en tout cas, notamment sur les commissions économiques.
Elles n'ont jamais été aussi nombreuses. Peut-être, mais très honnêtement, c'est comme Copé-Zimmermann, je ne sais pas si vous connaissez cette loi qui force les grandes entreprises à mettre, je dis bien force, parce que c'est comme ça qu'ils le vivent, à mettre 50% de femmes dans les conseils d'administration. Ça n'empêche que c'est souvent des femmes issues de la société civile qui occupent ou des fonctions de communication, etc. Mais toutes les fonctions stratégiques, financières, décisionnaires, c'est toujours des hommes qui les prennent.
Donc, c'est limite même un petit peu humiliant, effectivement, cette vision, comme Emmanuel Macron le fait, et que là, d'ailleurs, je vous avais dû voir ça, qu'il a investi effectivement un député qui a été condamné pour extrême violence conjugale. Donc, en fait, c'est contre-productif même, en fait, de porter cette vision.
Stuart Cho, puis Gilles Finkelstein. Oui, c'est vrai que sur la question politique, je trouve que vraiment, tout à l'heure, on parlait de l'action politique qui ne sert à rien sur les enjeux écologiques pour les jeunes. Vous avez 10% seulement des 18-30 qui considèrent, enfin, qui ont confiance en tout cas, que le politique pourra apporter des solutions efficaces pour lutter contre la chauffe en climatique. Donc, ça montre bien cette idée de vanité du vote et d'exil de l'électoral qui se produit ensuite. Gilles Finkelstein. Oui.
Tout à l'heure, Stuart Cho disait à la question de savoir pour quelles raisons les jeunes avaient moins voté, vous disiez défiance, sentiment d'impuissance du politique et sorte de refus ou de distance par rapport à la représentation. est-ce que ces trois éléments-là sont spécifiques à la jeunesse ? Le sentiment de défiance, il est très largement partagé dans la population, le sentiment d'impuissance également et la difficulté d'être représenté de plus en plus, on l'a vu pendant le mouvement des Gilets jaunes. De la même manière, Maxime Liedot, tout à l'heure, disait... Donc, les jeunes sont des boomers comme les autres.
De la même manière, Maxime Liedot disait tout à l'heure, il voit un engagement sous d'autres formes que la politique, ce qui est vrai, mais ça ne touche pas seulement les jeunes aussi, les Français, dans leur ensemble, s'engagent de plus en plus autrement que par la politique. Et donc, la question que je voudrais vous poser, c'est... J'ai été très frappé, ce que vous disiez tout à l'heure, Maxime Liedot, sur les enjeux, de quoi on a parlé pendant cette campagne présidentielle.
Parce que lorsque vous regardiez ce qu'étaient les préoccupations des 18-24 ans, les préoccupations des plus de 70 ans, je ne prends pas de la moyenne de la population, mais de ces deux catégories, il y avait un point commun qui était le pouvoir d'achat. Pour le reste, il n'y avait pas une préoccupation commune. Et ce dont on a parlé, ce sont les préoccupations des plus de 70 ans, les retraites, l'immigration, et pas du tout les préoccupations l'éducation, la santé des plus jeunes. Et est-ce que l'on n'est pas, et c'est ça ma question, dans une espèce de cercle vicieux dans lequel les jeunes sont moins nombreux, votent moins, et donc on parle de moins en moins des problèmes des jeunes ?
Qui veut répondre ? Maxime Négo ? La réponse va être un peu complexe, ou un peu longue, donc je vais essayer de la raccourcir au maximum. C'est là, puisque vous avez parlé de génération fracassée, en l'occurrence. Oui, mais parce que je pense que c'est très juste dans ce que dit Gilles Finkielstein, c'est-à-dire qu'il y a vraiment un problème de perception entre la façon dont les jeunes vivent certains problèmes, la façon dont ils sont abordés, on va dire, dans l'espace public, et la façon dont le politique est persuadé de répondre à ces problématiques.
Quand on parle du pouvoir d'achat, la question du pouvoir d'achat qu'on peut régler, par exemple, chez les retraités ou chez la classe qui travaille, n'est pas du tout la même, la question du pouvoir d'achat n'est pas du tout identique chez un jeune qui fait des études, par exemple. Ensuite, il y a vraiment quelque chose, à mon sens, qui fait qu'on n'arrive pas à saisir, malgré les enquêtes d'opinion, à quel point les jeunes peuvent se préoccuper de choses dont on ne pense pas forcément que ce soit, on va dire, une évidence.
Quand on pense, par exemple, aux études, je ne pense pas que la façon dont la plupart de la population pense le problème des études va être la même façon de penser le problème des études chez, par exemple, les 18-24 ans. Donc, je pense que c'est ça le véritable problème, c'est la façon dont on n'arrive pas à s'emparer de sujets et surtout de la façon dont ils pensent. Voilà, je ne sais pas si j'ai été très clair mais j'essaie de le ramasser. Non, c'est très clair. C'est Warchop et Eva Salom.
Oui, sur un autre registre au-delà des thématiques, parce qu'on a travaillé et ensemble aussi sur les émotions, je trouve que ce qui est assez frappant, c'est qu'il y a la formulation aussi des enjeux, la formulation du débat politique qui n'est pas du tout en raccord aujourd'hui avec le registre émotionnel des jeunes. Il y a une enquête que l'on mène à la Fondation Jean Jaurès qui montre clairement qu'on est aussi face à une fracture émotionnelle entre, je dirais, les plus de 30 ans qui sont effectivement dans une appréhension de l'avenir très anxiogène, je dirais, assez inquiète.
Ils ont évidemment absolument beaucoup de raisons pour l'être mais on est aussi face à une jeunesse qui est beaucoup plus enthousiaste, beaucoup plus, je dirais, presque jovial. Et finalement, le registre émotionnel qui est, je dirais, démultiplié dans l'espace public, dans le débat même politique et présidentiel, ne convient pas toujours non plus à la tonalité, je dirais, émotionnelle de cette jeunesse qui, malgré les inquiétudes, malgré évidemment... Parce qu'à chaque fois qu'on en parle justement sur le registre émotionnel de la jeunesse ou des jeunesses, c'est pour dire la sinistrose, l'éco-anxiété... Bien sûr, alors non mais c'est une réalité, je ne voudrais pas...
Mais cette jeunesse, elle reste quand même optimiste et bien plus optimiste que leurs aînés. Et ça, on en parle assez peu et quand on fait une campagne sur un pessimisme ambiant et envahissant, on finira par perdre aussi une partie de cette jeunesse-là.
Une phrase
pour compléter ce que dit Stéward Shaw. Juste une phrase. Ce que dit Stéward Shaw est juste, j'aurais juste une phrase, c'est que la jeune génération est plus optimiste que les générations plus âgées mais la jeune génération d'aujourd'hui est sans doute moins optimiste que ne l'étaient les jeunes générations d'hier. Je pense qu'il y a
tellement de transparence que les jeunes ont l'impression qu'ils ne peuvent pas avoir de pouvoir et que même en exerçant leur pouvoir une fois tous les cinq ans, ils ne vont finalement jamais vraiment participer à la démocratie et qu'à chaque fois qu'ils essaient de participer, on leur retire ce droit. Et ce qui peut créer et provoquer des anxiétés, c'est plus la réaction du gouvernement, la réaction des médias, etc. davantage que même la situation. La situation climatique crée moins d'anxiété que l'inaction du gouvernement. Donc si on souhaite revaloriser le pouvoir de la jeunesse, c'est qu'il faut que ces thèmes soient bien traités.
Typiquement, je pense que l'ensemble de la jeunesse consciente des enjeux écologiques sait qu'aujourd'hui ça passera par de la sobriété énergétique, etc. de résoudre les grands enjeux climatiques. Et en parallèle, le sujet du bac, je ne sais pas si vous avez vu ça, mais c'était montrer comment l'innovation va nous permettre de reculer justement les limites planétaires, donc qui s'inscrivent dans un discours extrêmement toujours institutionnel, enfin traditionnel conservateur de la croissance économique telle qu'elle est.
Donc ils ont clairement l'impression qu'on est en train de les brainwacher et ils ont l'impression d'avoir parfois même plus de données, laver le cerveau, pardon, et même avoir l'impression d'être plus sachant parfois, même que le gouvernement sur ces thématiques.
On voudrait qu'il devienne de nouveaux Elon Musk, c'est d'ailleurs une figure qu'on croise dans votre livre. Non, non, rapidement pour dire que quand on dit souvent que la jeunesse, il y a un sentiment comme ça de sinistrose, qu'à chaque fois qu'on en parle, c'est pour décrire une jeunesse qui serait au fond du gouffre, etc. Moi, j'ai souvent l'impression d'entendre justement le discours. Vous avez publié un livre qui s'appelle Génération fracasse. Oui, mais justement, en faisant la promotion du livre et en recitant le titre comme vous le faites, merci. Mais justement, quand on décrivait certaines choses, on avait l'impression que la jeunesse exagérait.
Donc certes, il y a des préoccupations climatiques, il y a des préoccupations sur des sujets, on va dire, beaucoup plus sociétaux comme les violences conjugales. Ça, évidemment. Mais la jeunesse qui se sent optimiste peut-être, néanmoins qu'elle se prend un mur dans la tronche, pardonnez-moi l'expression, assez régulièrement. Ceux qui décident d'aller travailler à l'étranger parce qu'en ayant fait des études en France, ça concerne, je crois, 38% des étudiants, ils sont majoritaires. Quand beaucoup d'étudiants n'arrivent pas dans les études supérieures avec un niveau suffisant, c'est un problème.
Quand la France, aujourd'hui, se retrouve avec un niveau quand même asséminable dans le classement de Shanghai qui classe les mille universités les plus compétentes du monde, il y en a très peu dans le top 25. Donc le sentiment de déclassement dans la jeunesse, elle peut être optimiste, elle peut au contraire donner un sentiment, parfois quand elle s'exprime sur certaines questions, d'être dans une sinistrose permanence. Mais néanmoins, que le sentiment de déclassement, il existe. Et je ne sais pas s'il l'exprime, mais le déclassement, il le vive au quotidien à travers toutes les questions ou toutes les choses que j'ai essayé d'énumérer. Donc c'est ça le problème.
Ce n'est pas uniquement le fait d'être optimiste. Ils peuvent être optimistes, mais c'est très bien. Néanmoins, le mur du déclassement et le sentiment d'être déclassé économiquement, scolairement ou dans à peu près toutes les grandes étapes de notre vie, ça, peu importe le sentiment d'optimisme, c'est présent. Et justement, ça revient à l'idée du politique. Personne ne s'en empare pour essayer de les résoudre. Natacha Polany.
Oui, je voulais justement revenir un petit peu plus sur des questions économiques qui permettent de raconter très concrètement ce que sont les jeunesses françaises aujourd'hui et donc l'idée que peut-être si angoisse il y a, si difficulté il y a, c'est aussi parce que la promesse républicaine s'est abîmée et que cela touche particulièrement les jeunes générations. On disait tout à l'heure qu'il y avait dans les représentants aujourd'hui, beaucoup plus de jeunes, beaucoup plus de femmes. Oui, la dernière, en 2017, les dernières élections législatives avaient rajeuni l'Assemblée nationale. Peu importe, elle n'avait jamais été aussi fermée sociologiquement sur des CSP+.
C'est-à-dire que si vous vous concentrez sur une jeunesse, et il y a des étudiants ici à Sergi ou ailleurs, sur une jeunesse qui réussit, qui peut en effet aller faire des études ailleurs, à l'étranger, qui va pouvoir s'expatrier. C'est une dimension de la jeunesse. Mais quand vous êtes, quand vous avez 20 ans, quelque part, dans une ville de province, je ne sais pas, que ce soit Moulin, Issoudun, Châteauroux, que l'État ne joue pas son rôle, c'est-à-dire qu'il n'y a pas d'infrastructures qui vous permettent d'avoir les mêmes chances de rêver et de vous projeter, je rappelle que 13% des jeunes en France ne sont ni en emploi, ni en formation, ni sur le...
Ni en emploi, ni en formation, ça représente un million et demi de jeunes. Voilà.
C'est-à-dire des jeunes gens...
Ce qui est considérable. C'est immense.
...qui vont avoir énormément de mal ensuite à s'intégrer. Je rappelle un autre chiffre. Le patrimoine, aujourd'hui, quand on... Pour des foyers dont la personne de référence a moins de 30 ans, le patrimoine moyen, c'est 38 500 euros. Quand on a plus de 70 ans, enfin, quand la personne de référence a plus de 70 ans, c'est 305 500 euros. Vous allez me dire, c'est logique. On constitue son patrimoine au fur et à mesure de la vie.
Sauf que la possibilité, aujourd'hui, quand on a entre 20 et 30 ans, de se constituer un patrimoine est bien moins forte que pour les jeunes gens qui avaient entre 20 et 30 ans dans les années 1980, du fait du prix du logement, du fait des difficultés sur le marché du travail, de l'entrée de plus en plus tard sur le marché du travail, du fait d'une structure économique de monnaie forte qui a défavorisé, en fait, les emprunteurs, ceux qui n'ont pas de patrimoine, c'est tout ça aussi qui crée les conditions de vie de la jeunesse.
Et va s'adonner.
Moi, d'ailleurs, je suis une fille d'un couple de transfuges, donc il n'y avait rien et ça, ce serait plus possible aujourd'hui. Et on voit que, même si on concentre parfois les inégalités sur les questions de salaire, au final, les plus grosses inégalités, effectivement, sont les inégalités patrimoniales pour ne pas citer le livre de Piketty qui en parlent très bien. Et c'est d'autant plus important quand il s'agit d'ailleurs de femmes, si on lit le genre du capital, on se rend bien compte qu'aux femmes, on ne distribue pas le patrimoine dit productif, c'est-à-dire le patrimoine économique. Et qu'en fait, finalement, aujourd'hui, on n'est pas dans un capitalisme libre, etc.
On est plutôt dans une société de rentiers économiques et d'hommes et d'héritiers qui se transmettent. Et donc, si on veut faire un travail sur les inégalités sociales, malheureusement, on sera obligé de passer par ce sujet du patrimoine en l'abordant sereinement et en se disant qu'il y a une partie du patrimoine qui n'est pas au mérite mais qui se doit à un moment d'être retranscrit, enfin de repartagé, surtout quand on voit la manière dont ce patrimoine ces dernières années s'est accumulé.
Et il n'y a pas de Louvre à Wall Street pour reprendre le titre d'un chapitre de votre livre. Alors, dites-nous justement, Stuart Shaw, sur la perception que peuvent avoir les plus jeunes de ce rapport au patrimoine, à la richesse confisquée, peut-être, par justement les héritiers et par les plus âgés. Est-ce que c'est quelque chose qui est ressenti aussi parmi la jeunesse ou est-ce que c'est plutôt un regard de sociologue extérieur ? Alors, quelques indicateurs, parce que le livre, dans le livre La Fracture, on se base sur une enquête qui a été réalisée depuis 1957 à échéance tous les 10 ans.
Donc, ça nous permet d'avoir une perspective, je ne dirais pas historique, mais en tout cas, comparativement, c'est assez intéressant de voir un petit peu les différentes générations. Si on remonte, je dirais, à la fin du siècle dernier, en 1999, vous aviez une grande majorité des jeunes qui se déclaraient déjà très heureux. Alors, je donne cet indicateur parce qu'il me semble intéressant. Vous aviez plus d'un tiers qui se disent très heureux. C'est 27 points de moins 21 ans après. Deuxième élément qui me semble intéressant, c'est que les jeunes sont absolument convaincus qu'ils vivent à une époque de la malchance.
Vous aviez, en 1999, plus de 8 jeunes sur 10 qui déclaraient vivre à leur époque était une chance. Aujourd'hui, ils ne sont que 47%. Voilà. Donc, c'est deux chiffres aussi qui nous montrent qu'effectivement, il y a un basculement dans les générations de cette perception de la société dans laquelle on vit. et qui vont alimenter le débat puisque nous sommes toujours à Sergie ici en public et nous allons continuer à débattre de la jeunesse, des politiques de la jeunesse avec Gilles, Natacha et vous trois. On se retrouve juste après le journal de 13h.
Le Grand Face à Face Émission spéciale en public à Sergie à Libadou Le Grand Face à Face XXL depuis Sergie et les visages du monde cette grande salle de création de culture de citoyenneté.
On parle de la jeunesse avec nos invités Eva Sadoun entrepreneur et activiste auteur de Une économie à nous Stuart Cho directeur des études politiques et opinions à l'institut de sondage Via Voice et vous êtes le co-auteur de La Fracture et de L'Opinion des Émotions et Maxime Liedot journaliste, essayiste auteur de Génération Fracassée toujours en compagnie de Gilles et Natacha Polony nous sommes ensemble jusqu'à 14h des micros vont circuler dans la salle pour intervenir il suffit de lever la main et nous vous donnerons la parole d'un mot quand même juste avant de donner la parole à la salle puisque nous étions à un point crucial celui de la différence entre les générations et notamment dans la question sociale qui est si crucial au fond pour comprendre ce que sont les jeunesses d'aujourd'hui je vais le dire un peu brutalement mais au fond à vous écouter on a l'impression que bon la France est un pays de vieux pour les vieux Maxime Liedot peut-être peut-être non non non non non mais ce qui m'a beaucoup frappé lors de la sortie du livre de Génération Fracassée il y avait le sentiment et beaucoup le reproche de dire qu'on accusait les vieux d'être responsables pour les vieux alors attention les retraités ou les plus de 65 ans pour le dire poliment d'être responsables de tous les maux pas du tout on expliquait juste que la façon dont ils avaient vécu leur jeunesse on faisait beaucoup le parallèle avec la génération de 68 c'était pas du tout la même situation économique il y avait à l'époque 4,5% de croissance et 2% de chômage ça ne vous a pas échappé que la situation économique est un tout petit peu différente actuellement on avait un pays qui quand même rayonnait à l'époque enfin vous n'étiez pas né oui mais non rassurez-moi vous avez une culture notamment littéraire qui n'est pas celle de l'année à partir du moment dans lequel vous êtes né enfin je l'espère donc ça c'est évidemment la première chose et la deuxième chose il y a en effet aujourd'hui les retraites qui pèsent pour 14% du PIB on en pense ce qu'on veut il n'y a pas 14% du PIB qui est dédié à la jeunesse à la restructuration des universités à la recherche et au développement qui permet par exemple ou qui ne permet pas justement à certains scientifiques notamment à nos prix Nobel formés en France mais obligés de s'exiler en Allemagne c'était le cas d'Emmanuel Charpentier pour son prix Nobel de physique chimie de faire les recherches suffisantes pour justement atteindre le prix Nobel donc on est dans une époque où en effet on a l'impression de privilégier beaucoup plus une certaine classe d'âge de parler beaucoup plus de leurs problèmes que d'avoir on va dire une focalisation sur l'enjeu de la prochaine génération ce n'est qu'un sentiment avant de prendre une question de la salle justement pays de vieux pour les vieux Steve Warchow la France Joker parce que je ne veux pas me prononcer Eva Saloun
pays de l'opacité du paternalisme je dirais oui
la domination masculine
non peut-être pas la domination masculine dans le sens où en fait cette opacité elle est maintenue dans un certain sein et on se rend compte qu'elle est vraiment dénoncée par les jeunes on a lancé récemment une opération pour que justement les jeunes et puis de toute façon tous ceux qui étaient engagés puissent demander à Total d'arrêter un projet très grave qui se passe en Ouganda aujourd'hui je veux juste le dire qui est le projet EACOP qui va déforester une énorme partie de l'Ouganda et la Tanzanie avec du coup toute une biodiversité qui est détruite à peu près 100 000 personnes qui vont être expropriées qui va derrière creuser du pétrole alors que le rapport du GEC nous dit qu'il ne faut plus aujourd'hui sortir le pétrole de la terre et en parallèle on a effectivement les patrons des banques et Patrick Pouyanné pour ne pas le nommer qui derrière passent des accords pour voter une stratégie expansionniste sur la question du climat et en fait c'est des sujets alors vraiment la finance comment avoir un impact ça semble être le truc dans lequel la jeunesse s'intéresse le moins et au final pas du tout on a effectivement mobilisé aujourd'hui énormément justement de plus jeunes pour s'opposer à ce projet et je pense que ce qui distingue les générations là c'est vraiment la question de l'urgence qui malheureusement n'est pas portée au plus haut niveau
voilà une parole engagée on va justement en entendre une autre bonjour
bonjour
merci de participer au Grand Face à Face XXL
Aurore Barbier 23 ans co-auteur de Hockey Boomers des jeunes face au défi du siècle un livre qui traite de l'engagement de la jeunesse qui a été talentueusement préfacé par monsieur Finklstein ici présent
bravo Gilles on peut l'applaudir décidément un boomer qui a donc préfacé un livre sur les boomers
exactement on appelle ça du masochisme on veut surpasser le conflit intergénérationnel
merci d'être avec nous en tout cas Aurore Barbier
ma question traite sur la pauvreté d'une grande partie des jeunes aujourd'hui en France on l'a vu plus tôt le sujet du pouvoir d'achat a été un sujet central pendant la campagne présidentielle mais celui de la pauvreté d'une grande partie des jeunes est un peu passé à la trappe du coup je me demandais est-ce que vous trouverez judicieux de concevoir un tout nouveau système d'aide sociale à destination de la jeunesse est-ce qu'on peut espérer en étant un petit peu idéaliste que le prochain quinquennat d'Emmanuel Macron ce sujet sera saisi
vous pensez par exemple par exemple au RSA pour les moins de 25 ans vous pensez par exemple à une sorte d'allocation universelle de revenus universels pour les plus jeunes exactement mais écoutez on va donner la parole Eva Sadoun
en tout cas le gouvernement n'est pas forcément d'accord parce que le deuxième sujet du bac c'était prouver comment justement l'intégration de la justice sociale dans les politiques publiques crée des effets pervers donc oui c'est clair mais il y a une influence extrêmement libérale ces dernières années et franchement c'est à se demander sachant que l'année dernière c'était montrer que les politiques de flexibilité du marché du travail sont positives pour la croissance économique et le bien-être donc on a un peu l'impression quand même que les thèmes de l'année précédente sont repris c'est peut-être une influence
vous parlez de l'importance justement de prendre soin d'eux qui doit fonder toute politique et notamment toutes les politiques qu'on pourrait extrapoler à destination de la jeunesse
bah tout à fait mais pour ça ça demande effectivement d'évaluer différemment les politiques publiques et c'est pour ça que moi je parle beaucoup du renouvellement des indicateurs ce qui a beaucoup été fait notamment en Nouvelle-Zélande ou en Finlande où justement ils ont intégré les questions de la jeunesse notamment comme la mesure vraiment de la réussite d'une politique publique parce que pour eux c'est le fer de lance de l'avenir et ça paraît assez normal et effectivement je pense que cette politique du CAIR qui s'intègre dans les indicateurs et qui se déploie peut être un levier vraiment d'intégration parce que j'ai peur des micro-mesures aussi qui finalement sont un peu des coups de pouce mais qui ne transforment pas les inégalités et typiquement pour les questions notamment patrimoniales ça aurait du sens plutôt que d'aller retirer le patrimoine entre guillemets ce qui politiquement ne fonctionnerait pas je pense sur des mesures et effectivement de libérer fiscalement les jeunes pendant les 10 premières les 15 premières années ou d'intégrer des subventions pourrait être aussi une réponse je suis tout à fait d'accord
et c'est assez intéressant d'ailleurs la manière dont vous reprenez effectivement les explications qui mettent en place ce système de reproduction des élites économiques qui bloque les nouveaux entrants et la manière dont une société en vient à ressembler à une série télé Succession qui était aussi une série de reportages dans le journal Le Monde Stuart Shaw oui dans l'enquête qu'on a réalisé sur l'année 2021 donc en plein milieu de la crise Covid on avait quand même 16% des jeunes 18-30 qui déclaraient avoir eu recours enfin surtout 18-25 mais qui a déclaré avoir eu recours à une aide alimentaire une association d'aide alimentaire 16% sur un échantillon de jeunes dans une logique je dirais d'extrapolation ça fait énormément de monde donc je l'espère en tout cas qu'il y aura des mesures qui vont être prises entre 20 et 24% des jeunes diplômés ont dû renoncer à un premier emploi à un stage à un contrat d'alternance donc ça veut dire aussi qu'il y a un impact concret évidemment dans le parcours des jeunes et puis un dernier point pour revenir un petit peu à nos propos introductifs vous avez aujourd'hui à peu près 7 jeunes sur 10 qui déclarent quand même que dans 10 ans ils vivront mieux qu'aujourd'hui on va se dire que c'est un motif d'espoir et quand vous regardez dans le détail vous avez là une fracture comme le disait à l'intérieur même de cette génération puisque c'est souvent les plus urbains les plus diplômés donc il y a une fracture évidemment sociologique il y a une fracture territoriale dont on parle assez peu être avoir 18-25 ans dans une grande métropole c'est évidemment très différent que d'habiter aujourd'hui dans un milieu rural avec d'ailleurs en plus je dirais une ode à la mobilité à la surmobilité et puis vous avez aussi alors ça je l'explique assez peu mais une fracture genrée entre les jeunes femmes et les jeunes hommes avec des jeunes femmes qui sont beaucoup moins optimistes sur leur avenir personnel Aurore Barbier justement pour prolonger
oui je pense que c'est un message d'espoir de voir que des jeunes se mobilisent on l'a vu notamment pendant la crise sanitaire c'était souvent des associations étudiantes qui se saisissaient du sujet de l'aide alimentaire des jeunes donc on voit qu'il y a une solidarité inter-jeune qui peut laisser penser que ça ira mieux
Gilles Finkelstein oui peut-être pour revenir sur la question que posait Aurore Barbier sur peut-on avoir un espoir que cette question de l'aide sociale ou de la solidarité envers les jeunes soit traitée dans ce quinquennat l'approche qui a été celle du président de la république et du gouvernement depuis 5 ans est une approche qui a été très centrée sur les questions de formation et d'emploi à destination des jeunes après dont on peut débattre du succès mais avec une forme de cécité sur un phénomène qui a émergé et qui est de plus en plus important aujourd'hui qui est celui de la pauvreté des jeunes les pauvres il y a 40 ou 50 ans étaient les retraités une bonne partie des pauvres aujourd'hui sont les plus jeunes et c'est un point aveugle ou en tout cas partiellement aveugle il y a cette question de ce que Emmanuel Macron a appelé pendant sa campagne la solidarité à la source c'est à dire un peu comme le prélèvement à la source mais pour les allocations qui est un bout de solution mais la France est un des rares pays développés des rares pays européens dans lequel le revenu minimum est pour tout le monde sauf pour les jeunes je voulais juste ajouter sur la question de la précarité étudiante que avant même la crise des chiffres nous expliquaient que 20% des étudiants ceux qui allaient enseigner on va dire qui allaient apprendre plutôt dans l'enseignement supérieur 20% vivaient sous le seuil de pauvreté et ça n'alertait personne alors qu'on était on était on n'avait pas encore passé cette triste crise sanitaire avec ce qu'on connaît comme conséquence ensuite il y a un véritable problème de paiement des jeunes que ce soit par exemple pour des stages que ce soit pour des alternances il n'y a pas des salaires suffisants notamment quand on veut faire des alternances dans le commerce dans le droit etc ce n'est pas suffisant pour pouvoir vivre même pas bien dignement dans des grandes villes et c'est encore pire quand on est par exemple un jeune avocat ou un jeune médecin il suffit un tout petit peu d'aller voir dans certaines professions qui ont justement pour but d'être un tout petit peu les métiers de demain les médecins les avocats les ingénieurs dans tous ces secteurs il y a des burn-out des tentatives de suicide et des salaires qui sont misères à parler avec un jeune ou une jeune interne de médecine et vous comprendrez la douleur que c'est de vouloir en quelque sorte avoir une utilité dans le service public pour avoir cette récompense c'est à dire que même la mission de service public qui sont pourtant un intérêt fondamental chez beaucoup de jeunes aujourd'hui n'est plus grandiose parce que le salaire ou les conditions de vie quand on choisit cette voie là ne nous permet plus de vivre dignement bonjour monsieur le maire merci de nous accueillir ici à Sergi maire socialiste de Sergi Jean-Paul Jandon je rappelle que vous êtes aussi président de la communauté d'agglomération de Sergi Pontoise depuis 2020 je voulais qu'on vous entende parce que c'est une problématique évidemment qu'on rencontre ici à Sergi et Natacha voulait y réagir également mais la question des territoires ou en tout cas des fractures territoriales joue beaucoup il y a la question du logement étudiant à laquelle on est confronté quand on est maire il y a la question de l'emploi des jeunes et évidemment le rapport de vous élu à cette jeune génération et on sait que Sergi c'est une ville jeune
50% des habitants ont moins de 30 ans à Sergi donc ça veut dire qu'en ville jeune c'est extrêmement important nous avons également pour l'étudiant de 27 000 étudiants donc 15 000 étudiants habitent la ville
15 000 étudiants habitent la ville
donc vous comprenez bien que la jeunesse c'est une vraie préoccupation pour le maire que je suis alors ça tombe bien parce que nous avons fait une étude auprès de 2500 Sergissois et je veux dire clairement il n'y a pas une jeunesse pour moi il y a au moins trois jeunesses il y a la jeunesse qui fait des études et notamment un jeune Sergissois qui fait des études il y a une étude du CEREC qui est parue qui montre qu'un jeune Sergissois qui a fait une étude Bac plus 5 il n'a aucun problème pour trouver du travail ça c'est clair par contre j'ai une jeunesse qui 50% en CDD petit boulot dont la majorité se sentent discriminées vous en avez très peu parlé de la discrimination mais la discrimination elle est forte elle n'est pas uniquement un problème de discrimination
on a parlé de discrimination en termes de genre mais on allait y venir justement c'est là c'est la réalité sociale c'est là
elle est extrêmement importante et que globalement la majorité de ces jeunes qui n'ont pas les codes et que dans les quartiers politiques de la ville finalement on n'y met que des gens qui ont de moins en moins de ressources et finalement on en fait des ghettos et comment voulez-vous qu'à ce moment-là à partir du moment où l'ascenseur social n'existe plus véritablement comment voulez-vous que ces jeunes puissent réussir et donc nous en termes de municipalité c'est évident qu'ils vont travailler je reviendrai là-dessus et le dernier point la troisième catégorie on n'en parle pas non plus mais qui est assez grave pour moi très grave même 15% d'invisibles dans notre étude qu'est-ce que ça veut dire ?
invisible c'est ni emploi ni école ni formation et donc ça veut dire
que là ceux dont on parlait tout à l'heure la République
laisse 15% de ses enfants à côté de tout système et moi bien évidemment mais ça fait très longtemps que j'ai dit moi je l'ai écrit je suis pour un RSA jeune je ne sais pas comprendre je ne sais pas expliquer aujourd'hui pourquoi toute la population a le droit finalement à RSA et que les jeunes parce que globalement ils sont jeunes n'ont pas le droit à RSA c'est incompréhensible et vu des jeunes je peux vous dire que c'est une vraie une vraie question et je ne comprends pas aujourd'hui que politiquement on n'est pas encore résolu ce problème là on l'accorde à d'autres qui ne sont pas français je pense qu'il y a quand même des vraies réflexions qu'on doit avoir Natacha Polony oui je prolongerai ce que vous venez de dire vous posez le problème en termes d'aide sociale en effet il y a des choses à faire pour essayer de répondre à cette trappe de pauvreté pour la jeunesse sachant que il faudrait penser l'aide sociale en termes d'autonomie aussi c'est à dire que l'un des gros défauts en France c'est qu'on pense en effet les jeunes que comme faisant partie encore du foyer fiscal de leurs parents et dépendant de leurs parents il serait temps de réfléchir à permettre aux jeunes gens d'exister par eux-mêmes et c'est à l'état de les aider et pas à leur famille je suis moi assez souvent un peu gênée par les discours qui consistent à dire mais regardez c'est formidable il y a une aide entre les générations donc finalement tout va bien mais donc que font ceux qui n'ont pas cette aide voilà c'est des parents des grands-parents
par exemple avec les gamins
voilà le rôle de la République c'est justement de faire en sorte que ceux qui ne sont pas nés dans une famille qui va pouvoir les aider puissent tout de même avoir leur chance et la grande difficulté me semble-t-il c'est que si on veut ne pas se contenter de répondre par de l'aide sociale c'est en fait sur l'ensemble des problèmes qu'il faut agir il y a des problèmes de logement c'est à dire que quand le logement devient prohibitif des jeunes gens ne peuvent pas décemment vivre correctement quand ils veulent aller dans une grande ville pour étudier quand ils veulent se déplacer pour travailler donc tant qu'on agira et le logement a été un des points aveugles de cette campagne présidentielle il y a la question de l'école on parlait de l'ascenseur social nous avons l'école la plus inégalitaire des pays de l'OCDE donc là aussi ça veut dire qu'une partie de la jeunesse est condamnée en particulier ceux qui ne sont pas nés dans les bons quartiers ceux dont les parents viennent d'ailleurs ceux qui n'ont pas les codes et qui ne pourront pas s'en sortir la question de l'orientation qui va derrière il y a aussi la question des familles monoparentales qui sont là aussi des structures familiales qui sont le plus touchées par la pauvreté ça veut dire que là aussi on crée de la difficulté pour des jeunes gens si on ne règle pas tous ces problèmes là en même temps si on ne les pense pas de façon cohérente je parle aussi de l'aménagement du territoire dans la mesure où on le disait il y a des jeunes gens qui grandissent dans des endroits où ils n'ont aucune chance de s'en sortir parce que justement leurs parents ne pourront pas leur payer le déplacement le logement dans une métropole et qui sont dans un endroit où ils n'ont pas les mêmes chances il faudrait une campagne
présidentielle peut-être pour parler de ces sujets là
ce serait pas mal ce serait pas mal
non je le dis en souriant monsieur le maire d'un mot justement sur ces questions très concrètes de logement avant de laisser circuler la parole
sur le logement on a deux problèmes majeurs le premier problème majeur qui est au niveau des étudiants le logement étudiant est un vrai sujet notamment pour ceux qui n'ont pas d'argent et très clairement aujourd'hui il y a peu de logements sociaux étudiants et ceux qui existent sont de faibles qualités je n'irai pas plus loin dans mes propos et puis on a un deuxième point important les jeunes qui travaillent qui sont au-dessus du SMIG aujourd'hui à Cergy ils ne peuvent pas se loger parce que vu les cautions vu les prix au mètre carré c'est impossible et donc ils sont obligés d'aller dans l'Oise et dans l'Eure ils se retrouvent avec le gasoil et l'essence qui augmente et donc finalement ils n'ont pas aujourd'hui de pouvoir d'achat
Eva Sadoun puis Maxime Liedot
et c'est pour ça que c'est bien de traiter le problème jusqu'à 30 ans mais en fait il faut aussi qu'ils aient des opportunités pour que le système fonctionne et les jeunes sont toujours nés avec peu de choses et ont pu en fait dans la société agrandir pour que ça fonctionne il faut qu'il y ait des vraies politiques de conditionnalité notamment c'est pour ça qu'on travaille sur ces sujets dans le monde de l'entreprise on travaille à ce qu'il y ait typiquement de l'éco-conditionnalité des aides publiques ça veut dire que quand l'Etat donne un euro il s'assure que les écarts de rémunération dans la structure sont respectés et sont viables que ça crée des opportunités pour les plus jeunes mais pour ça il faut être capable de mesurer aussi et aujourd'hui tout le problème autour de la statistique aussi sur les questions ethniques etc pose problème parce qu'on n'a pas même de visibilité sur l'ascenseur social qui est très discriminant aujourd'hui et également il faut aider aussi les jeunes à entreprendre et leur créer un cadre autour de ça aujourd'hui il n'y a pas de cadre vraiment qui nous incite à entreprendre de créer notre activité économique et être protégé il y a cette précarisation de l'emploi qui est maintenant évaluée comme un succès c'est à dire on communique on n'a jamais eu aussi peu de chômage mais avec une partie de l'emploi qui est extrêmement précarisée qui n'est pas soutenue moi personnellement j'ai entrepris je n'ai pas droit au chômage parce que j'ai pris trop de risques pour la société alors que j'ai créé de l'emploi c'est vraiment déceptif pour les jeunes effectivement d'entrer dans le marché du travail avec ces conditions là
quand on parlait de différents mécanismes pour aider les jeunes à un tout petit peu mieux vivre il y a évidemment l'APL qui revient en tête il faut quand même rappeler je crois qu'on ne l'a pas fait dans cette émission que Emmanuel Macron a commencé son quinquennat en enlevant 5 euros d'APL et on a vu ce que ça pouvait représenter 5 euros sur une semaine sur un plein de course parfois même sur un plein d'essence ou tout simplement pour vivre à peu près normalement ça c'est fondamental il y a une deuxième chose qu'on répète beaucoup avec je crois une erreur majeure qui est de quoi vous vous plaignez parce qu'en France les études sont gratuites non non mais ça n'existe pas les études gratuites en France déjà parce qu'il y a des frais d'inscription même quand on est boursier on en paye un peu moins mais il y a évidemment les frais d'inscription en fonction des professions que nous voulons faire en fonction des classements des établissements publics on préfère forcément aller chercher le privé avec les conséquences que l'on connait c'est à dire que si on n'a pas une situation économique confortable ni nous ni nos parents nous ne pouvons pas accéder on va dire au meilleur moyen de réussir dans la société et puis il y a quelque chose qui me gêne beaucoup qu'on ne rappelle pas assez quand on dit oui mais l'état a fait vraiment des aides immenses notamment pendant la crise ceux qui travaillaient dans le service public on les a aidés oui ceux qui travaillaient mais par exemple les jeunes qui travaillent dans les musées les jeunes qui travaillaient dans les supermarchés n'ont pas eu le droit aux aides qui avaient été proposées par le gouvernement et à titre personnel je supporte assez mal de plus en plus le discours dont en plus on ose se vanter de certains ministres de certains gouvernements notamment de la Vampagne de se vanter que les étudiants vont avoir le droit à un chèque alimentaire ou un chèque essence ou un chèque pour se chauffer on est la cinquième ou la sixième ou même la septième parce qu'on baisse tellement rapidement qu'on ne sait plus puissance économique du monde et on en est à se vanter de faire des chèques alors à des retraités à des travailleurs mais à des étudiants pour qu'ils puissent tout simplement rouler pour qu'ils puissent tout simplement se chauffer pour qu'ils puissent tout simplement manger ça simplement je ne suis pas certain que ce soit digne d'un pays de notre rang et encore moins de la jeunesse de ce pays bonjour bonjour et merci d'être avec nous
merci Mathilde Claude responsable pédagogique et fondatrice de l'association Explicité une association très ancrée sur le territoire de Cergy on accompagne plus de 350 jeunes sur le territoire de Cergy du CE1 à la terminale donc les jeunes dont vous parlez et notamment je rejoins monsieur le maire quand on parle des inégalités sociales et scolaires nous on y est confronté au quotidien
vous occupez notamment de jeunes qui décrochent
exactement on est dans on est une association de prévention du décrochage scolaire et donc on accompagne les jeunes sur la durée et donc les difficultés que peuvent connaître les jeunes en France elles sont multipliées par 10 quand on habite en quartier politique de la ville et qu'on connaît donc un cumul de difficultés sociales, économiques un manque de mixité dans les quartiers un manque de mixité dans les écoles aussi et un souci pour les jeunes à se sentir représentés dans la société et donc à se projeter on a beaucoup parlé de la jeunesse alors là les plus âgés de nos jeunes c'est à dire les 15-25 soucis à se projeter mais même les vieux jeunes exactement tout à l'heure je disais on parle des jeunes mais nous ils sont encore plus jeunes mais même pour les plus exactement même pour les plus petits c'est important de pouvoir se projeter et de sentir qu'on a une place dans la société que la société nous accorde cette place du coup ma question elle est là quelle place peut-on accorder aux jeunes et comment rétablir finalement une égalité entre les jeunesses de France pour que tous puissent se sentir acceptés
vous pensez aussi à la question des discriminations puisque monsieur le maire nous en parlait tout à l'heure mais c'est contenu dans votre question et dans votre expérience sur le terrain
complètement c'est un constat du quotidien c'est un constat de terrain c'est vraiment un témoignage de terrain que j'apporte ce soir et c'est une réalité
Stuart Cho oui moi je pense que c'est vous avez raison de le rappeler je pense que c'est un enjeu qui est profondément ancré dans la jeunesse on a testé enfin on a testé en tout cas on a évalué le triptyque républicain auprès de ces 18-30 alors ils sont un peu plus âgés mais ça me semble les résultats me semblent intéressants on leur a demandé en tout cas de classer les trois grands principes rappelez-nous les trois grands principes ça fait toujours du bien liberté, égalité, fraternité dites-moi avec plus de conviction liberté, égalité et fraternité on oublie souvent la fraternité dans tout cela et ce qui est assez intéressant c'est qu'on a une fracture assez claire là pour le coup entre les plus de 30 et les moins de 30 quand les plus de 30 plébiscitent très largement la liberté les moins de 30 abondent très largement dans le sens de l'égalité et je trouve que c'est oui je trouve que c'est assez intéressant il y a une rupture assez claire et je trouve que c'est intéressant parce que ça va être je dirais le coeur de la matrice aussi de pensée de cette jeunesse qui ne voit la société qu'au travers des inégalités justement et on parlait des discriminations vous testez l'ensemble je dirais des situations auprès des jeunes inégalité sociale discrimination certains même près de 1 jeune sur 4 aujourd'hui considère qu'il puisse y avoir un racisme d'état en France qu'il puisse exister un privilège blanc en France donc on est vraiment donc vous allez aussi interroger les questions de contrôle au faciès par exemple le rapport à la police absolument ou alors quant de l'intégration dans les entreprises de l'idée même de pouvoir accéder à certaines choses il y a une jeunesse qui est profondément marquée par ces discriminations et par ces inégalités donc je pense que c'est à la fois un signal d'alerte pour nos politiques mais c'est aussi je trouve un moyen de comprendre un petit peu la manière dont parfois les jeunes vont aussi interpréter certains principes de manière un peu différente des générations précédentes je parle par exemple de la laïcité etc Gilles Finkelstein puis Natacha on parlait tout à l'heure des difficultés d'accès au logement des difficultés d'accès à l'emploi de cette espèce de parcours du combattant auquel nous nous accommodons dans une sorte de grand bijutage collectif auquel nous soumettons les jeunes un des points de convergence de ces difficultés c'est pas le seul mais un des points de convergence est la question des discriminations et là aussi nous nous accommodons de ces discriminations sans doute beaucoup trop donc la question que vous posiez c'était comment rétablir une véritable égalité entre les jeunes sans doute y a-t-il des réponses politiques y compris budgétaires au sens de territorialiser davantage les politiques publiques c'est-à-dire de donner davantage aux territoires qui ont moins c'est ce qui a d'une certaine manière commencé à être fait depuis maintenant de nombreuses années sur les classes de CP
merci
il y a longtemps Gilles merci merci Natacha mais au-delà de ces réponses politiques il y a une dimension culturelle qui est de changer notre regard collectif sur les jeunes et sur les banlieues
j'ajouterais un point alors d'abord juste une parenthèse sur le triptyque liberté, égalité, fraternité je crois qu'il faudrait insister enfin sur le fait qu'il faut arrêter d'opposer liberté et égalité le sens de mon propos quand je parle par exemple d'aménagement du territoire c'est qu'il n'y a pas de liberté possible quand il y a de trop grandes inégalités ça ne marche pas et dans le sens inverse c'est pareil et le fondement de la fraternité c'est justement que c'est un message universaliste mais bon c'était une parenthèse mais surtout sur la question de l'école je crois que la destruction de l'école c'est-à-dire le fait qu'on voit sur les enquêtes à quel point l'école française devient de plus en plus inégalitaire est un drame absolu et que ça devrait occuper toutes nos politiques d'un mot oui d'un mot mais ça me semble quand même extrêmement important de parler de ça un enfant qui sort du CP sans savoir lire a 80% de risque de ne jamais récupérer son retard donc ça se joue en effet très tôt c'est vrai qu'il y a eu le dédoublement des classes mais ça ne suffit pas parce que vous le disiez quand un enfant est dans un environnement où il y a des difficultés c'est-à-dire où tous les autres enfants ont du mal avec la langue française parce qu'ils sont dans des familles qui ne parlent pas le français ça devient difficile donc c'est lié aussi à la question de l'installation des immigrés qui arrivent en France parce que sinon on crée des ghettos et on renforce les difficultés donc il faut réfléchir en Allemagne il y a une obligation d'installation comme ça on répartit et on peut intégrer on peut aider on peut faire progresser derrière il faut des prises en charge de l'état parce que par exemple le département de Seine-Saint-Denis mais c'est sans doute vrai je n'ai pas regardé les chiffres pour le Val d'Oise mais la Seine-Saint-Denis c'est l'endroit où les professeurs absents sont le moins remplacés donc ça veut dire que les enfants qui ont le plus besoin sont ceux qui se retrouvent sans professeur c'est tout ça qu'il faut régler parce qu'en effet quand on part avec un boulet au pied dans la vie ça n'aide pas
notre question oui bonjour
bonjour bonjour à tous je suis Asala Bouaza étudante en troisième année des droits à l'UCP et j'aurais aimé qu'on aborde plus en profondeur la thématique de la fuite des cerveaux en France de nombreux étudiants universitaires doctorants choisissent de s'expatrier à l'étranger notamment dans les pays anglo-saxons en Allemagne comme on a pu le dire dans le cadre de leurs études de recherche etc pour parfois ne jamais revenir est-ce qu'il y aurait un moyen de combattre cette fuite des cerveaux et aujourd'hui comment concrètement donner envie aux jeunes hautement qualifiés de rester en France
alors je ne sais pas si justement ces jeunes hautement qualifiés ont une réponse à vous donner et ça donne
je ne vais pas prêcher pour ma paroisse mais je pense que clairement si la France ou en tout cas l'Europe porte vraiment une politique hyper ambitieuse en matière de transition écologique en matière de bien-être évalue différemment la manière dont l'économie fonctionne et crée des opportunités là-dedans ça donnera envie en fait aux jeunes de participer à cette transition-là si on continue à être extrêmement conservateur ça ne fonctionnera pas la raison pour laquelle il y a eu beaucoup de fuite des cerveaux et j'ai fait aussi des études économiques donc je l'ai vu aussi beaucoup c'est parce qu'il y avait aussi cet appel de pied des pays anglo-saxons sur l'innovation sur la recherche sur le récit en fait qui était porté qui était hyper créatif etc qui donnait envie d'aller découvrir plein de choses alors qu'on se dit ici finalement les chercheurs ils sont hyper mal payés hyper mal valorisés et en même temps de toute façon pour l'ascenseur social dans les grandes entreprises ça ne fonctionnera pas donc autant que je me casse et plutôt que d'essayer de copier les pays anglo-saxons et tenter de faire des licornes qu'on arrive à beaucoup moins faire et qui dans tous les cas si on fait des licornes donc c'est les entreprises donc une start-up
qui vaut un milliard d'euros
voilà c'est ça le président a dit on veut 25 licornes en France et au final pour devenir une licorne il faut souvent aller chercher des fonds étrangers donc ces entreprises se retrouvent souvent reprises par les pays anglo-saxons notamment par les investisseurs américains essayons de développer un modèle de prospérité de bien-être qui donne envie notamment aux jeunes de venir travailler sur ces questions hautement scientifiques et hautement porteuses de bien-être pour les générations à venir
je suis ravi de cette question parce que je pense que justement c'est l'un des sujets que vous abordez d'ailleurs dans votre livre absolument parce que justement déjà des médecins français commencent à partir doucement à l'étranger alors qu'on sait que ce sont les études françaises qui sont les plus sélectives c'est pareil je crois notamment dans votre filière c'est-à-dire pour le droit et c'est dingue de voir les chiffres c'est-à-dire qu'il y avait 1,5 million justement de jeunes qui décidaient de partir à l'étranger pour y rester un peu plus de 10 ans un peu plus de 10 ans et ils décidaient de s'y installer et d'y travailler et aujourd'hui ils sont un peu plus de 2 millions donc en à peine 10 ans on a pris 500 000 personnes qui décident de faire le choix d'aller travailler et de on va dire vanter ses compétences et de vendre ses compétences à d'autres pays ça c'est fondamental bien sûr et la deuxième chose c'est de voir à quel point même la France ne croit plus en son secteur vous parlez de ces jeunes là mais parce qu'on ne fait plus rien le niveau et la façon dont on investit par rapport aux Etats-Unis ou même par rapport à l'Allemagne dans la science dans les nouvelles technologies dans les parcours universitaires et dans les parcours médicaux ne sont pas du tout en effet à la hauteur de ces jeunes là et les plus diplômés quand ils restent en France pour la plupart du temps ou sont mal payés ou ne trouvent pas de travail donc évidemment que c'est un enjeu qui est colossal
qui est éminemment politique juste parce que pardon désolé c'est éminemment politique typiquement sur les métiers du soin etc on l'a vu sur le plan de relance notamment économique il y avait moins de 7% du plan de relance qui était dédié à ces métiers du soin et du coup moins de 5% qui étaient dédiés à des métiers de femmes et je trouve que c'est extrêmement important de commencer à donner un peu de lisibilité de ces outils politiques et comprendre l'impact qu'ils ont réellement Je dirais qu'il y a deux dimensions il y a une dimension économique en effet il y a une carence d'investissement dans l'enseignement supérieur et la recherche qui dégoûte énormément de jeunes gens qui ne trouvent pas de poste de doctorant qui se retrouvent dans des situations absolument épouvantables et c'est une absence totale de reconnaissance de l'excellence et c'est un gâchis d'argent puisque ce sont quand même des gens qu'on a formés et qui vont aller offrir leurs compétences ailleurs et il y a une dimension culturelle c'est-à-dire une absence de confiance dans la jeunesse une absence de capacité à s'ouvrir à différents parcours qui peut parfois dégoûter des jeunes gens d'ailleurs de différents profils soit des jeunes gens qui vont avoir eu un parcours d'excellence et qui vont avoir l'impression que ce pays n'accorde pas suffisamment d'importance au dynamisme soit des jeunes gens qui ont vécu des discriminations et qui vont des discriminations notamment raciales et qui vont avoir l'impression qu'ils en vivront moins dans un pays anglo-saxon donc différentes formes de problèmes mais cette dimension culturelle est importante mais la dimension financière on aurait pu là aussi en parler pendant la campagne présidentielle je n'ai toujours pas entendu le moindre mot Maxime Liedot le disait sur les questions d'enseignement supérieur de recherche il faudrait revoir et tout remettre à plat refaire ce qui a été fait en 1958 sur l'université ça n'a pas été fait
il y a une très grande université l'une des plus grandes du pays ici mais il y a aussi la meilleure école de commerce l'ESSEC qui est une école avec un rayonnement international mais bien sûr
mais il y a de l'excellence dans l'enseignement supérieur français bien sûr heureusement mais c'est réservé hélas c'est trop sociologiquement fermé même si ça a beaucoup progressé et s'il y a eu des ouvertures des filières etc mais c'est l'ensemble du système qu'il faut revoir
Gilles Finkielstein alors un contrepoint d'abord pour commencer on l'a pas dit mais c'est formidable que des jeunes pendant leurs études voire après leurs études aillent découvrir ce qui se passe en dehors de notre pays non mais il ne faut pas être seulement le problème c'est qu'il y reste il ne faut pas être seulement dans la déploration le problème c'est effectivement s'ils ne reviennent s'ils ne reviennent jamais donc là dedans pour qu'ils reviennent il y a les questions matérielles qu'évoquait Natacha c'est vrai notamment mais pas seulement sur les questions de la recherche c'est vrai et il y a la dimension culturelle qui tient aussi au climat du pays la confiance la reconnaissance la bienveillance mais c'est à dire que ce pays dans lequel il fait il peut faire si bon vivre que ce soit un pays dans lequel il soit aussi dans lequel les relations soient un peu différentes mais alors justement quand on parle de la recherche en France on accorde 2% 2,19% 2,219% à la recherche et au développement la moyenne de l'OCDE c'est 2,48 la moyenne européenne c'est 3,07 et en Allemagne c'est 3,19 donc on n'est pas du tout mais alors on n'est pas du tout au niveau ensuite on oublie que ce qu'on peut aller trouver ou ce que certains jeunes peuvent aller trouver notamment aux Etats-Unis les grands groupes les grandes start-ups qui cartonnent aujourd'hui en France on a décidé de les brader ou de les vendre on n'a plus de géants français où on en a de moins en moins et de plus en plus les grands groupes décident de supprimer des emplois à l'étranger des emplois avec des savoir-faire français où justement on a une excellence qui est hors du commun et préfère justement aller réemployer à l'étranger notamment et Natacha Polony en parlait tout à l'heure parce qu'il y a une compétitivité sur le marché de l'emploi et parce qu'ils savent que ça coûte beaucoup moins cher d'aller les faire travailler là-bas et ça en effet ça pose c'est un véritable drame évidemment selon vous parler c'est un problème politique et on voit l'ampleur des défis à relever est-ce que c'est quelque chose qui relève selon vous de choix partisans est-ce que c'est quelque chose de récent ou est-ce qu'il faut vraiment remonter loin dans le temps pour voir se gripper le système à un point vous avez fait un tableau très sombre quand même de ce qui bloque en France ou est-ce qu'il faut remonter vraiment très loin pour voir d'où ça vient rapidement tous les trois Maxime et deux si on prend trois quatre grands thèmes qu'on a abordés quand on regarde aujourd'hui les études PISA quand on les lit attentiment que ce soit sur l'inégalité sur le niveau par exemple de la lecture au niveau des mathématiques c'était la une de l'opinion il y a trois jours quand on regarde aujourd'hui Gilles Fikenshal l'a parlé tout à l'heure l'ambiance du pays c'est-à-dire le fait de ne plus retrouver certaines valeurs la sécurité Gilles était une bouffée d'air frais optimiste bien sûr seulement elle ne correspond pas à une totale réalité parce que de plus en plus de jeunes décident de quitter la France justement parce que le climat soi-disant français qu'on adore vanter n'intéresse plus les jeunes parce qu'ils préfèrent aller le rechercher je vous assure qu'il y avait un papier fascinant dans le Figaro hier et ça se confirme alors je sais que c'est le Figaro c'est le premier quotidien ou l'un des premiers quotidiens de France mais en l'occurrence c'est uniquement pour dire que tous les jeunes n'ont pas quitté le pays encore non non mais bien sûr seulement non mais heureusement la preuve on en a trop là mais justement pour dire que ce qu'on peut vanter comme on va dire la bonne ambiance française et le bon climat français marche de moins en moins beaucoup préfèrent aller notamment en Grèce ou en Hongrie pour aller retrouver ce qu'ils ne retrouvent plus en France Siward Cho oui trois petites choses la première c'est que on enregistre sur ces 15 dernières années une proportion de jeunes beaucoup plus importante qui déclare pouvoir être heureux ailleurs qu'en France et ça c'est quelque chose qu'on n'avait pas enregistré dans les enquêtes précédentes donc ça montre bien qu'il y a une éventualité d'une vie meilleure à l'extérieur de notre pays L'herbe peut être plus verte qu'ailleurs Absolument on parle toutefois d'une jeunesse et d'une minorité de la jeunesse c'est à dire celle qui est capable et qui est en mesure de se poser ces questions là donc ça je pense qu'il faut aussi le rappeler et puis il y a le troisième élément et Gilles le rappelait très justement cette vision que l'on a de cette société française où vous savez nous on a testé une batterie de mots et on a demandé aux plus de 60 et aux moins de 30 de les classer selon leur ordre de préférence et vous savez il y a un mot qui arrive en premier chez les jeunes c'est le mot famille alors ça s'explique par plusieurs raisons on y reviendra peut-être et puis il y a une rupture totale sur un mot c'est le mot France qui arrive en je crois première position chez les plus de 60 mais en vingtième position chez les moins de 30 donc ça montre qu'il y a effectivement une perception aujourd'hui du climat en France qui est peu porteuse de temps de jasme pour une partie de cette jeunesse là
je pense que la France a toujours été assez conservatrice en soi elle a toujours un pied de retard on l'a vu notamment sur la question du digital à une certaine époque où en fait justement il y avait une émulation du digital ailleurs et nous on a mis vachement de temps à s'adapter et puis au final on s'est adapté mais un peu trop tard et on n'a pas construit l'écosystème qu'il fallait et je trouve qu'on vit exactement la même chose aujourd'hui sur les questions de transition écologique de démocratie du soin mais le paradoxe
c'est que ça reste la cinquième ou sixième puissance économique au monde
ah bah ça c'est un héritage industriel assez fort effectivement qu'on a mais là on parle des transformations de ces 40 dernières années qui sont plus du tout les mêmes en tout cas moi je parle effectivement de ça où on n'est plus l'empire qu'on était à une certaine époque et il va falloir effectivement
regretter Napoléon
non moi surtout pas parce que clairement j'étais même pas j'étais plutôt dans dans une ferme de la région berbère du Maroc donc non
qu'elle ne m'atteignait pas à l'époque alors c'est l'empire de Moulay Ismail peut-être
Eva Sajoun c'est dans le panorama que vous faisiez d'une France conservatrice qui n'a pas pris le tournant du numérique il me semble qu'il y a une vision j'allais dire peut-être un petit peu récente et sans recul historique de ce qu'est la France la France est aussi un pays d'ingénieurs un pays d'inventeurs un pays qui a eu un rayonnement justement scientifique absolument énorme et jusqu'à une période récente enfin le plan calcul de la fin des années 1970 début des années 1980 c'était une vision qui permettait de comprendre justement d'embrasser les modifications bien sûr c'est ça je ne suis pas particulièrement nostalgique justement là c'est fini c'est plus l'époque pardon oui je disais la question n'est surtout pas d'être nostalgique mais d'essayer de comprendre ce qui a basculé et je pense qu'il y a un ensemble de choses qui en effet donne l'impression que ce pays et j'y reviens il y a les questions purement non seulement économiques mais d'organisation de structures qui explique la perte d'innovation de capacité à inventer et à créer et il y a une question culturelle vous le disiez Stuart Shaw le mot France ne fait plus rêver je pense que nous devrions collectivement nous poser la question de ce que ça signifie du rapport que nous créons à notre propre pays
vous êtes sûr que le mot ne fasse plus rêver
c'est ce qui vient d'être dit chez les jeunes gens
vous ne pouvez pas participer c'est ce qui vient
d'être dit c'est que chez les jeunes ce sentiment d'attachement à la France l'idée que c'est un pays qui aurait une spécificité où il ferait bon vivre n'est plus si puissant il y a sans doute une dimension qui est une dimension de globalisation culturelle c'est à dire que les jeunes générations ont grandi dans un monde qui est totalement imprégné d'une culture globalisée souvent importée des pays anglo-saxons à travers les réseaux sociaux les séries
en revanche
il manque aussi la transmission culturelle qui permet d'aimer son pays tout simplement
vous êtes tous d'accord on ne va pas devoir rester là mais après tout quand on parle de culture et de transmission culturelle la France est l'un des plus grands pays au monde pour les jeux vidéo ça aussi ça fait partie de la culture et les arts numériques et de la créativité et on a justement besoin d'ingénieurs de gens surcompétents en maths qui aujourd'hui préfèrent évidemment de streamers même évidemment alors ça je ne suis pas sûr que ce soit très compatible avec la transition écologique mais merci infiniment en tout cas à tous les trois d'avoir participé merci à cette émission merci d'être venu nous rejoindre ici à Sergi Eva Sadoun Stewart Shaw et Maxime Liedot merci infiniment à vous de nous avoir accueillis dans cette formidable salle de visage du monde je remercie chaleureusement la ville de Sergi pour son accueil l'équipe de visage du monde et évidemment toute l'équipe Natacha à Gilles Mathilde Clad qui a préparé cette émission à la réalisation Marie Merier à la technique Rémi Gouriau Maitran Alexandre Martin et un grand merci à Marine Claude et Gaël Amaillon qui nous accompagnent chaque mois à travers la France et nous aimons la France Gaël et Marine merci à tous les participants de l'émission et on vous donne rendez-vous samedi prochain