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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 27 octobre 2025 26 minComplaisantPortrait personnelSécuritéSanté

Montrer "ces petites choses dans lesquelles se glisse le terrorisme" : la série “Des Vivants” raconte l'après-Bataclan

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Chapitres

Questions et réponses

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  • 0:03OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'être en vie ?

  • 0:14OuverteRéponse directe

    Qui sont les rescapés du Bataclan ?

  • 0:22OuverteRéponse directe

    Combien de rescapés sont devenus amis ?

  • 0:33OuverteRéponse directe

    Quand sort la série 'Des Vivants' ?

  • 0:39OuverteRéponse directe

    Qui a réalisé la série ?

  • 0:45OuverteRéponse directe

    C'est votre histoire qu'elle raconte ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:01InvitéFait
    « le terrorisme se glisse dans ces petites choses qui sont absolument dégueulasses, qui viennent nous chercher dans l'après »
  • 2:16InvitéFait
    « Dans, effectivement, les effets sur la vie sexuelle, sur la vie professionnelle »
  • 3:10InvitéFait
    « lorsque les lumières s'éteignent le soir, on demeure victime, on est victime »
  • 4:43InvitéFait
    « Tourné dans le Bataclan »
  • 5:10InvitéFait
    « il fallait attendre que toutes les parties civiles aient la possibilité de venir à la barre »
  • 6:36InvitéFait
    « les proches se retrouvent vraiment face à l'impuissance »
  • 8:17InvitéFait
    « je comprends, et peut-être que moi, si j'avais été proche de victime ou victime, j'aurais peut-être exactement la même réaction »
  • 10:12InvitéFait
    « représenter les terroristes, ça a été une question centrale »
  • 10:56InvitéFait
    « ce sont quand même des personnes humaines aussi »
  • 12:22InvitéFait
    « il faut le traiter comme un humain, non pas par humanisme, mais parce que le processus de justice juge des humains »
  • 13:41InvitéFait
    « ce sont des humains et c'est une rencontre d'humains qui se passe malgré tout dans ce couloir-là »
  • 16:14InvitéFait
    « dix minutes avant, j'étais en train de boire une bière avec des potes, dix minutes après, j'étais plus en otage »
  • 18:13InvitéFait
    « il y a un an et demi, Fred Deville, bédéiste, victime des attentats du 13 novembre au Bataclan, s'est suicidé »
  • 24:00InvitéFait
    « le 13 novembre, c'est quand même les terrasses, c'est quand même le stade de France »
  • 24:07InvitéFait
    « il y a une victime qui est décédée au stade de France qui s'appelle Manuel Diaz, personne n'en parle »

Temps de parole

  • Présentateur25 %
  • Invité24 %
  • Invité 222 %
  • Invité 319 %
  • Invité 410 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:03
Présentateur

Qu'est-ce qu'être en vie ? Voilà une question que l'on se pose tous, mais pour eux, eux qui ont survécu au pire, qu'est-ce que cela veut dire ? Eux ce sont les rescapés du Bataclan, plus précisément les otages qui ont été retenus pendant deux heures et demie par deux terroristes dans un couloir. Ils étaient onze, tous sont ressortis vivants et sept d'entre eux sont devenus amis pour la première fois, dix ans après, une fiction raconte leur histoire et leur retour à la vie. Elle sort aujourd'hui sur la plateforme France.tv à partir du 3 novembre sur France 2 à la télé. Cette série s'appelle « Des vivants » et c'est vous, Jean-Xavier de l'Estrade, qui l'a réalisé. Bonjour. Bonjour.

C'est votre histoire qu'elle raconte, David Fritz-Guppinger, bonjour. La vôtre est celle donc de ces potages, contractions de potes et otages, vous allez nous en parler. C'est la vôtre aussi un peu, Sandrine Laramendi. Bonjour. Bonjour. Merci d'être en duplex avec nous. Vous étiez à l'époque psychologue clinicienne à la direction de la police judiciaire. Vous étiez ce soir-là devant le Bataclan avec les négociateurs de la BRI et vous avez ensuite suivi plusieurs rescapés, dont vous, David, je crois. Avec Alexandre Abdelsaïd, on est vraiment très heureux de vous recevoir tous les trois en avant-première pour parler de cette série.

Si vous voulez participer, vous qui nous écoutez, vous connaissez le numéro 0145 24 7000 et l'application de Radio France, évidemment, pour nous écrire. Comme spectateur, on ressort, je vous le dis tout de suite, bouleversé de ces huit épisodes. Je ne peux pas imaginer ce que ça a dû être pour vous, David Fritz-Guppinger, de voir cette histoire, la vôtre, portée à l'écran et votre personnage incarné par un autre. Qu'avez-vous ressenti ?

1:44
Invité

En fait, on assiste à une forme de miroir déformant. On regarde son histoire, mais ce n'est en même temps pas la nôtre et en même temps, c'est celle que Jean-Xavier a créée, a tissée. Et c'était absolument émouvant, déjà, de voir que la relation avec mon épouse, Doris, était mise en avant à ce point. Et j'ai dit à Jean-Xavier, une fois qu'on l'a vu, que finalement, le terrorisme se glisse dans ces petites choses qui sont absolument dégueulasses, qui viennent nous chercher dans l'après. Et je trouve que cette série le montre extrêmement bien. Dans, effectivement, les effets sur la vie sexuelle, sur la vie professionnelle.

Voilà, le délabrement de la vie sexuelle, professionnelle, pourquoi on arrête de travailler, qu'est-ce qui nous abîme, qu'est-ce qui nous répare. Et les potages sont au centre de tout ça.

2:22
Présentateur

Oui, c'est Thomas Goldberg, je le dis, excellent comme tous les comédiens qui incarnent votre personnage, David. Vous aviez beaucoup témoigné avant cette série, en interview, en podcast, en photo, c'est votre métier, vous êtes photographe, en livre. Le dernier est sorti il y a quelques semaines à peine. Est-ce que pour vous, le fait de passer désormais à la fiction, c'est une page qui se tourne, c'est une libération, c'est une dépossession de votre histoire ?

2:45
Invité

Je ne parlerai pas de dépossession, parce que ça reste un peu la nôtre, j'ai envie de dire. Il y avait des rôles, je m'étais donné des rôles après le 13 novembre, qui étaient de parler aux journalistes, de parler à la presse chilienne, moi je suis né au Chili, de raconter dans un documentaire très connu ce qui nous était arrivé, etc. Et je pense que ça, c'est une étape de plus, je ne sais pas s'il y en a d'autres, mais celle-ci, c'est celle qui montre pour moi le mieux, ce qui s'est passé dans nos foyers. Et je dis souvent que lorsque les lumières s'éteignent le soir, on demeure victime, on est victime, et cette série-là le montre en fait.

Il y a cette scène où c'est Stéphane, qui est joué par Cédric Écoute, qui est dans son lit et qui repense au tir dans le Bataclan. Et je pense que c'est très significatif de tout ça. Donc ça raconte bien, et non seulement ça rentre dans toutes ces missions que je me suis données derrière. Jean-Xavier de Lestrade, vous êtes le réalisateur. Quand David dit que ça n'est pas une dépossession, c'est aussi parce que vous avez travaillé à partir de ce matériau-là, de la parole, des otages qui étaient dans ce couloir. Oui, oui, exactement. Ça, c'est un processus très inédit.

C'est-à-dire qu'avec Antoine Lacomblez, le scénariste, ce qu'on s'est immédiatement dit, c'est qu'il fallait écrire les scénarios à partir, et exclusivement à partir du récit des sept potages, plus quelques opérateurs de la BRI, le patron de la BRI et la psychologue... La BRI qui est intervenue ce soir-là, les policiers, pour qu'on comprenne bien. Exactement. Et comment est-ce que vous êtes arrivé à la conclusion, dix ans après, que ça y est, le moment de la fiction était venu, puisqu'on l'a bien compris, c'est la première fois qu'on fait une oeuvre de fiction autour de ces attentats ? Oui, c'est la première fois. Il y a eu quelques films, il y a eu des films qui étaient autour.

Il y a eu le film d'Alice Vinoco, mais qui était un peu autour. Effectivement, là où on est frontalement avec les faits, avec le Bataclan, avec des otages du Bataclan, tout est cité, nommé, rentré. Tourné dans le Bataclan. Tourné dans le Bataclan. Je voulais aussi, à la fois moi-même, me confronter au lieu et au récit. Et je voulais que le spectateur, le téléspectateur, soit aussi confronté vraiment au réel, à ce que ça avait pu être. Donc là-dessus, il ne fallait pas tricher. Dix ans après ? Oui, le temps de la fiction, je pense qu'il fallait, ça m'est apparu comme une évidence après le procès.

Je pense qu'il fallait, il y a le temps du recueillement, le temps du deuil, le temps de la justice aussi. Et là, il fallait attendre que toutes les parties civiles aient la possibilité de venir à la barre, déposer leur récit, pour que leur récit devienne aussi, soit sur la place publique, et devienne public, quelque sorte. Et à partir de là, je pense que nous, auteurs de fiction, on pouvait s'en emparer, et on pouvait raconter cette histoire.

5:35
Présentateur

Sandrine Larimendi, il y a aussi, pour vous, le fait de voir votre personnage porté à l'écran, et puis, il y a votre regard de psychologue sur cette série, et sur le fait, comme le dit Jean-Xavier Delestrade, de voir la fiction s'en emparer. Quel rôle peut jouer la fiction, alors d'abord pour les victimes, mais aussi pour la société tout entière, après un événement aussi traumatisant ?

5:58
Invité

Je pense que pour les victimes, ça leur permet de prendre de la distance, de regarder leur vécu sous un autre angle, avec d'autres approches, d'autres regards, et également, pour le plus grand public, vraiment de découvrir ce que c'est que de vivre un psychotrauma, et de s'en approcher, parce que je trouve que réellement, on voit à peu près tout type de réaction que chacun peut avoir face à un traumatisme, joué par chacun des personnages. Ce sont les victimes elles-mêmes, leurs proches ?

On ne parle pas assez souvent, je pense, des proches, et de l'impact que ça peut avoir pour eux, parce que ça les laisse face vraiment à leur impuissance, parfois à leur sentiment de culpabilité aussi, de ne pas pouvoir soulager les personnes qu'ils aiment. Donc ça, je trouve qu'on le touche vraiment du doigt.

6:50
Présentateur

Vous le disiez d'ailleurs, David Fritz-Göppinger, c'est ce que je retiens de ce que vous avez dit au début de l'interview, vous avez témoigné des dizaines, des dizaines et des dizaines de fois, dans des documentaires très factuels, et là, c'est la fiction qui parle le mieux de ce que vous avez vécu, c'est vraiment ce que vous pensez ?

7:09
Invité

Oui, j'ai eu la chance d'assister au tournage, grâce à Jean-Xavier, je suis photographe, donc j'étais photographe de plateau sur cette série. Je me suis rendu compte que la fiction permettait de créer, en fait. Et c'est là toute la bizarrerie, c'est qu'on va créer sur quelque chose de réel, et en effet, oui. Vous vous êtes dit, en acceptant ce projet, est-ce que vous vous êtes dit, ça peut m'être utile à moi, et ça peut être utile aux autres, parce qu'une fiction, c'est un récit collectif ?

Je pense que, déjà, pour rappeler, c'est Jérôme Korkos qui est venu me trouver, un des producteurs de la série, et Jérôme dit bien que si ça n'avait pas été une décision collégiale, si un de nous n'était pas d'accord, il n'y aurait pas eu de projet. Les sept étaient d'accord ? Les sept étaient d'accord, et je pense que ça, c'était hyper important pour nous. Marie a dit, après les attentats, qu'on s'était serré les coudes dans ce couloir, et c'était impossible pour nous de raconter cette histoire collective, enfin, cette micro-histoire collective, en n'étant pas dans cette collectivité. Et donc, oui, il a fallu quand même décider ensemble.

Et cependant, Jean-Xavier de Lestrade, quand je disais tout à l'heure, ça a été tourné dans le Bataclan, il y a des paroles, on en a entendu ce matin sur France Inter, d'anciens survivants qui disent, ça me dérange, ça ne me plaît pas que ça ait été tourné dans le Bataclan. Ça, vous pouvez l'entendre, vous le comprenez ? Je comprends, et peut-être que moi, si j'avais été proche de victime ou victime, j'aurais peut-être exactement la même réaction. Mais en même temps, je pense qu'ils peuvent aussi comprendre pourquoi on l'a fait, et pourquoi, pour moi, ça me semblait absolument nécessaire.

Parce que sur cette fiction, moi j'en ai tourné des fictions tirées de faits réels, que ce soit Laetitia, Sambre, mais chaque fois, je m'étais décalé, j'avais plutôt tourné dans les décors qui n'étaient pas les décors du réel. Alors que là, j'ai eu le sentiment, mais très très vite, qu'au contraire, il fallait absolument tourner dans les lieux même, parce qu'on ne pouvait pas tricher avec le spectateur. Et le souci du détail que l'on a eu dans l'écriture, ce que rappelait David à l'instant, c'est montrer par où passe le trauma, comment on se relève ou on ne se relève pas. Tout ça, ça ne pouvait pas se faire si on n'avait pas quelques images du trauma et du lieu du trauma.

9:19
Présentateur

Ce trauma qui revient sans cesse à la mémoire des victimes, évidemment qui essayent d'avancer, mais qui sont sans cesse ramenées. On va en parler de ce retour à la vie, mais il y a effectivement le fait de montrer les fauteuils rouges du Bataclan. Vous ne montrez pas la fausse, vous ne montrez pas tout, mais vous montrez aussi les visages des terroristes. En tout cas, vous les incarnez, vous leur donnez un visage, une parole. Vous vous êtes posé la question de le faire ou pas ?

9:45
Invité

Oui, évidemment, oui. Là aussi, pendant tout le processus d'écriture et ensuite de préparation, de tournage, de mise en scène, je pensais, moi je me mettais toujours dans la peau des proches des victimes ou des victimes en me disant comment vont-ils réagir en voyant ces images-là. Qu'est-ce qu'on peut tourner ? Qu'est-ce qu'on ne peut pas tourner ? Qu'est-ce qu'on peut dire ? Qu'est-ce qu'on doit taire ? Et ça, c'est dans le processus de création, c'est au centre. Et effectivement, représenter les terroristes, ça a été une question centrale.

Parce qu'on aurait pu très bien avoir la position assez confortable finalement de ne pas vraiment les voir, de les voir toujours un peu dans le fond, flou. Mais en même temps, très vite, on s'est bien rendu compte que les otages, ceux qui étaient dans ce couloir, deux heures et demie, c'est très long, à un moment donné, ils sont confrontés à ces regards, ils sont confrontés à ces visages. Et je pense que du coup, il fallait absolument que, puisqu'on est dans leur regard, que le spectateur soit confronté aussi.

Que le spectateur soit confronté, et puis qu'après, enfin, c'est tout ce que j'ai démontré depuis 15 ans dans les films que je fais, ou 20 ans, c'est que ce sont quand même des personnes humaines aussi. Et on le voit bien, ce qui s'est passé avec le téléphone d'une des otages, Marie.

11:00
Présentateur

Où elle découvre des messages qu'un des terroristes a envoyés à sa mère avant de mourir. Effectivement, ça aussi, c'est quelque chose qui peut faire débat, c'est humaniser effectivement le terrorisme. Mais vous dites, ce sont des hommes.

11:11
Invité

Ben oui, oui, ils viennent de quelque part. Eux aussi, ils ont une mère, ils ont une femme, quelque part. Et avant de mourir, ils pensent à elle. Et c'est quand même des hommes qui ont grandi en France. David Fritz-Göppinger, qu'est-ce que vous pensez de ça ? Justement, en effet, ça humanise, ça donne un visage, ça donne des sentiments à ces terroristes. Est-ce que ça vous impacte ? Et vous parliez de vos proches, eux aussi, quand ils ont vu ces scènes, cette série, qu'est-ce qu'ils vous ont dit ? Mes parents l'ont vu seulement, mon frère aussi, on n'a pas vraiment en discuté de tout ça. Encore une fois, je pense qu'on est dans quelque chose de la représentabilité.

Au moment où j'ai rencontré Jean-Xavier, je suis venu avec tout un tas de prérequis, de choses qu'il fallait qu'il coche ou pas, etc. Des lignes rouges. Des lignes rouges qu'il fallait peut-être pas dépasser. Et en fait, c'était presque décourageant. Et finalement, ça ne l'a pas été. Je pense que ce qui a bien marché dans cette série, c'est que Jean-Xavier arrive à, et pas seulement lui, toutes les personnes qui ont porté ce projet arrivent à rester, selon moi, dignes, en fait. Dans mon dernier livre, Il fallait vivre, je raconte mon processus dans le procès.

Salah Abdeslam, qui est un des accusés du procès V13, je dis dans ce livre que finalement, il faut le traiter comme un humain, non pas par humanisme, mais parce que le processus de justice juge des humains. Et finalement, montrer les terroristes aussi, montrer que c'était des humains. Est-ce que dire que c'est des humains, ça veut dire qu'on leur pardonne, qu'on comprend ou peu importe ? Pas forcément. On montre. Et je pense que ce n'est pas notre rôle d'aller derrière cette ligne.

12:39
Présentateur

Sandrine Larimendi, est-ce qu'il y a une frontière entre ce que l'on peut montrer, ce que l'on ne peut pas montrer ? Je le disais, la série ne montre pas, par exemple, les victimes qui ont été, les 90 personnes qui ont été tuées dans la fosse. Est-ce qu'il y a des images, des choses qu'on ne pourra jamais montrer de ces attentats ?

12:57
Invité

Oui, je pense que l'idée, c'était quand même de ne pas faire une série d'horreur, mais quand même, malgré tout, garder de la pudeur et de penser aussi aux familles qui souffrent et qui ont perdu des personnes endeuillées. Donc ça, je trouve que c'était plutôt bien que Jean-Xavier ne les mette pas à l'écran. Et l'idée, c'était aussi de ne pas figer les spectateurs dans la scène traumatique. Donc, je pense que c'était important de montrer, de dire, mais de permettre aussi au silence et puis aux projections de chacun pour pouvoir essayer de penser un peu au trauma. C'est important de garder un peu, je pense, ces espaces.

Et je voulais également dire, je pense que c'était important de montrer le visage des terroristes parce que, comme Jean-Xavier le disait, ce sont des humains et c'est une rencontre d'humains qui se passe malgré tout dans ce couloir-là. Et je pense que c'est important de se décaler des visages monstrueux qui sont souvent dépeints parce que ça éloigne nos capacités à pouvoir penser la prévention, justement, de ce type d'attaque.

Il faut se rapprocher des humains pour pouvoir un peu comprendre leur parcours et prévenir, en amont, au niveau du parcours scolaire, du parcours familial, tout un tas d'éléments qui pourraient aider à ce que des personnes soient prises en charge pour éviter ce type d'événement.

14:22
Présentateur

Votre personnage, Sandrine Larimendi, et les psys, en général, sont au cœur de cette série puisque le thème central, c'est l'après. Les jours d'après, les heures même d'après, les jours d'après, les semaines d'après, les mois d'après, et on voit que cette notion, elle est particulièrement complexe parce que, je le disais tout à l'heure, le pendant, ce qui s'est passé dans ce couloir, revient sans cesse en tête, en tout cas à la mémoire des victimes, alors que leurs proches leur disent « Allez, t'es vivant, tout va bien, passe à autre chose ». Même certaines victimes disent « Je suis vivant, allez, on tourne la page ». C'est cette complexité-là qui est intéressante, Sandrine Larimendi ?

14:58
Invité

Oui, elle est intéressante et c'est réellement ce qui se passe, quel que soit le type d'événement traumatique vécu, j'ai envie de dire, il y a vraiment une difficulté dans le rapport aux autres, à ses proches, mais à des autres, à des collègues, parce qu'il y a une incompréhension souvent. Et encore une fois, comme je le disais tout à l'heure, les proches se retrouvent vraiment face à l'impuissance, ils ne savent pas comment agir, et du coup, leur moyen, c'est souvent de dire « Mais vas-y, avance, tourne la page ». Et ce n'est pas possible, il faut du temps, il faut de l'espace et il faut permettre à ces personnes-là, ce temps-là, avec bienveillance et empathie, de les soutenir.

Bien sûr que ça prend beaucoup de temps et c'est vrai que ce n'est pas toujours évident, on le voit très bien, je trouve, dans la série. David Fritz Gepinger, ce qu'on voit bien aussi dans la série, c'est qu'en fait, le décalage, après ces attentats, il arrive tout de suite. On n'est tout de suite pas bien. Mais ensuite, le processus pour essayer de retrouver, si ce n'est, je vous allez nous dire si vous avez retrouvé votre vie ou en tout cas une vie, ça va être un très long chemin avec des hauts, des plus hauts et des grands bas. Ce n'est effectivement pas tout à coup « Ça y est, on guérit, hop, c'est fait ». Le changement, il est aussi brutal que le surgissement de l'attentat.

C'est-à-dire que moi, dix minutes avant, j'étais en train de boire une bière avec des potes, dix minutes après, j'étais plus en otage. Ce contraste, il perdure dans l'après. Il touche tout. Moi, j'ai été barman. Aujourd'hui, je suis photographe un peu par dépit. J'ai trouvé une psy qui, d'ailleurs, est avec nous en ce moment qui m'a beaucoup accompagné. Oui, on ne l'a pas dit, mais Sandrine Larimendi, elle suit encore certains des otages. On l'a dit, à part dans Célo. Oui, je l'ai dit au début. Vous ne s'êtes pas comme ça ? Et je pense que cet après, il est aussi construit avec ses épreuves et en même temps, ses rencontres aussi.

Je pense que les potages, on s'est soudés, on s'est rencontrés aussi parce qu'il y avait une nécessité de parler, de se regarder dans les yeux, de se dire, toi, tu as vu ça ? Oui, j'ai vu ça. Oui, mais qu'est-ce que ça t'a fait ? Et sortir du cabinet de la psy. Pardon, Sandrine, mais sortir de ça parce qu'il faut justement créer de l'humain, créer du vivant. Et je pense que c'est vraiment ce qui nous a portés dans l'après. Il y a eu les potages, il y a eu des rencontres, je pense aux associations, Life for Paris, 13-11-15, Fraternité Vérité.

Il n'y a pas que les potages, il y a toute une communauté de vivants qui entourent ces attentats et qui dénoncent en même temps la mission du terrorisme ce soir-là. C'était celui de viser la société, on a fait bloc contre, on continue de faire bloc contre. Et non, je n'ai pas encore récupéré ma vie, je pense qu'aujourd'hui j'en ai une autre, j'en ai une nouvelle et je pense que je deal avec celle qui me reste, on va dire.

17:32
Présentateur

Vous parlez de la complexité effectivement de l'après, encore une fois que montre particulièrement bien la série. Il y a un personnage qui devant le personnage de la psy, donc qui pourrait être vous, Sandrine Larimendi, dit, c'est le personnage de Grégory, dit qu'il déteste le mot résilience, qu'il n'a pas envie qu'on lui parle de ça. Est-ce que c'est votre cas d'abord à vous, David ?

17:53
Invité

Oui, oui, je pense que la résilience, c'est, à force d'injonction, à force d'en parler, pas forcément l'assigner aux victimes, pas forcément le dire, vous dites que oui, parfois les proches nous disent de passer à autre chose, à force d'en parler, les victimes peuvent se sentir visées et peuvent se sentir obligées. Je vais rappeler à ce micro qu'il y a un an et demi, Fred Deville, bédéiste, victime des attentats du 13 novembre au Bataclan, s'est suicidé.

Et je pense que c'est important d'en parler parce que ça raconte aussi un chemin qui n'est pas seulement celui de la résilience, qui n'est pas seulement celui de l'assignation de la société, de dire oui, être victime, c'est être héroïque, être beau, être, j'en sais rien, être belle, être plus fort, etc. Ce n'est pas forcément être ça. Vous pouvez peut-être parler de transformation ? Oui, exactement. Je pense qu'il y a une transformation et cette transformation, elle passe à travers plein de phases que j'essaie de décrire dans mon livre, dans les choses qu'on fait, que cette série aussi décrit.

18:42
Présentateur

Et ça, c'est votre métier, Sandra-Glalimendi, d'amener les patients, comme David, à essayer de faire quelque chose de cet événement impensable, de devenir quelqu'un d'autre mais pas de redevenir celui qu'on était après. Avant, pardon.

18:54
Invité

Oui, comme David disait, nous, notre but, c'est qu'ils sortent, au contraire, de notre bureau, le mieux et le plus vite possible. Et l'idée, c'est vraiment de les aider à transformer ce fégu qui est très brut et puis de soutenir une mise en mots et puis surtout une mise en sens de ce vécu qui est très particulier et essayer de rendre possible une reprise de la vie psychique et relationnelle qui a été très abîmée pendant toutes ces années. Jean-Xavier de Lestrade, il y a d'autres à qui la série donne des visages et des visages qu'on ne voit strictement jamais. Ce sont les hommes de la BRI, ce sont ceux qui ont donné l'assaut, mis fin à la prise d'otages.

Ça vous intéressait de montrer le lien, l'humanité entre des hommes qui sont formés pour laisser leurs émotions de côté et des victimes qui se battent pour ne pas se laisser étouffer par les leurs. Oui, c'est aussi parce que c'est totalement inédit et très singulier dans l'histoire des potages. C'est que, pour la première fois, les hommes d'une troupe d'élite, les hommes de la BRI, c'est eux qui ont donné l'assaut au Bataclan, et pour la première fois, ils se sont liés avec des personnes qu'ils ont sauvées.

Et ça, je voulais vraiment qu'on le montre dans la série, montrer ces hommes qu'on a l'habitude de voir cagoulés avec des armures presque de chevaliers et surarmés, de les voir sans cagoule, sans armes, et de les voir comme les personnes qu'ils ont sauvées. Et il y a une scène dans la série qui m'émeut profondément, c'est de voir cette rencontre et comment les hommes de la BRI se confient leur propre expérience aux otages parce que, comme ils ont vécu la même chose, ils ont été au même endroit, quelque part, ils ont vécu la même horreur. David, c'est vous qui avez tenu à les rencontrer.

Il y a cette scène dans la série où vous demandez un numéro de téléphone qu'on n'est pas du tout censé vous donner. Vous le notez sur un post-it, on vous dit t'appelles une fois et ensuite tu le brûles. Et vous allez le faire. Vous allez appeler une fois, laisser un message et brûler ensuite. C'est là où on voit que la réalité est parfois plus dingue que la fiction. C'est que oui, c'est arrivé. C'est arrivé vraiment ça. Et ensuite, pourquoi est-ce que vous vouliez les rencontrer ? Vous aviez cette urgence. Oui, il y a cette urgence de les remercier.

Moi, je me qualifie d'humaniste et donc j'avais besoin de leur serrer la main en leur disant les gars, personne ne pouvait rentrer dans ce couloir et nous délivrer.

Et quelque part, j'avais envie de leur rendre hommage comme Jean-Xavier leur rend hommage comme la société leur rend hommage il y a un petit regret que je vais exprimer aujourd'hui qui est celui de dire que les hommes de la Béry n'ont pas été médaillés après le 13 novembre, il y a eu des reconnaissances internes au service etc et ils n'ont pas eu de médaille et donc je suis content qu'ils soient à l'écran et qu'on parlait d'humanité tout à l'heure et qu'on montre aussi un regard humain derrière ces cagoules derrière ces casques, derrière ces armes et cet engagement ultime celui de nous délivrer

21:44
Présentateur

Justement Sandrine Larimendi, vous étiez avec ces hommes à l'extérieur du Bataclan juste avant l'assaut avec les négociateurs de la Béry c'est vous qui écoutez les terroristes et qui dites là on peut y aller, je crois qu'on peut donner l'assaut et la série montre cette scène incroyable et derrière vous avez donc suivi des rescapés comme David ça a été difficile pour vous d'être des deux côtés du miroir en quelque sorte ?

22:09
Invité

Oui et ça n'arrive jamais habituellement, là c'est vrai que je tiens quand même à préciser que la psychologue est associée au groupe négociation mais que ce n'est évidemment pas elle qui prend la décision de l'assaut Elle est consultée, on donne un avis on a travaillé avec les deux négociateurs qui étaient présents ce soir-là à essayer de penser au mieux à cette intervention mais évidemment la responsabilité elle reste au chef du service de la Béry Oui c'est compliqué d'être sur les deux plans c'est inédit j'en ai d'ailleurs parlé dans ma thèse que je soutiens le 14 novembre Oui le 14 novembre Il faut vraiment pouvoir travailler avec un superviseur pour prendre de la distance et puis ne pas mélanger ses propres ressentis avec ceux des patients De toute façon ça c'est le travail que le psy a à faire en général mais avec son analyste mais également avec un superviseur pour essayer de penser un peu cette place très particulière à cet endroit-là C'est vrai qu'on avait tellement de personnes à recevoir qu'on a...

Ils sont arrivés dans mon bureau un peu par hasard et puis finalement le lien s'est construit on a réussi quand même à faire je pense du bon travail ensemble donc c'est ça qui est important à garder aujourd'hui On est dix ans plus tard David Fritz-Guppinger Est-ce que vous avez peur que la société oublie ? Est-ce que c'est aussi une des raisons pour lesquelles vous acceptez ce projet ? Là on va avoir des grandes commémorations Oui Mais ensuite ou bien déjà parce que je sais que vous parlez à des classes Oui oui je ne suis pas le seul mais oui oui on parle à des jeunes Stéphane et moi allons en classe Est-ce que vous avez eu peur à un moment donné qu'on vous oublie ? Ou pas ?

Moi je n'ai jamais eu peur de ça En revanche quand malheureusement j'entends à la télé ou je vois des titres de journaux qui titrent les attentats du Bataclan je pense que ça ça parle d'un certain oubli le 13 novembre c'est quand même les terrasses c'est quand même le stade de France il y a une victime qui est décédée au stade de France qui s'appelle Manuel Diaz personne n'en parle je pense que c'est important de revenir à ça quand même dix ans après à cette conjoncture à tout ce qui s'est passé ce soir-là et là ça me fait peur moi qu'on m'oublie quelque part je le souhaite au fond

24:21
Présentateur

Oui parce que vous dites que vous avez envie que la société continue évidemment de se souvenir et que vous vous avez envie d'être une victime à la retraite une victime à la retraite c'est aussi la fonction de cette série Jean-Xavier Delestrade de leur permettre d'être des victimes à la retraite

24:36
Invité

Oui leur permettre un tout petit peu peut-être de se déposséder légèrement de cette histoire-là et de la rendre totalement publique enfin de la partager avec un très très vaste public et ça c'est aussi la fonction je pense de la fiction c'est très important parce que qu'est-ce que vous parliez de se souvenir oui on est dix ans après et moi je pense que ça c'est le rôle aussi de la fiction et de cette série c'est de pouvoir qu'est-ce qui lit les gens qu'est-ce qui fait socle commun c'est vraiment les histoires que l'on se raconte et les histoires que l'on se partage et cette histoire-là il faut la partager il faut se la raconter

25:18
Présentateur

c'est une série c'est un choc qui s'appelle des vivants à retrouver donc dès aujourd'hui sur la plateforme France.tv à partir du 3 novembre sur France 2 avec je les cite parce qu'ils sont tous encore une fois excellents Alix Poisson Benjamin Laverne Félix Moati Antoine Reinhardt Anne Steffen Cédric Ecoute et Thomas Goldberg qui interprètent Marie Arnaud Sébastien Grégory Caroline Stéphane et vous David David Fritz Goppinger votre livre Il fallait vivre vient de sortir chez Le Duc et votre thèse Sandrine Laramendi s'appelle La pratique du psychologue en police judiciaire en jeu et défi d'une clinique de l'extrême Merci à tous les trois et merci à ICPI Basque pour l'organisation du duplex avec vous Sandrine Merci à vous tous La revue de presse à suivre et merci à tous les trois

26:01
Locuteur

et merci à tous les trois et merci à tous les trois

Montrer "ces petites choses dans lesquelles se glisse le terrorisme" : la série “Des Vivants” raconte l'après-Bataclan · Pourquijevote