Yvan Colonna : Agnès Pizzini et Ariane Chemin sont les invitées de Anne-Sophie Lapix
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Nous allons à présent vous raconter l'histoire d'un homme qui fut l'ennemi public numéro 1, celui qu'on appelait poétiquement le berger de Cargèze et qui fut condamné à perpétuité pour l'assassinat du préfet de Corse, Claude Erignac. J'ai nommé Yvan Colonna. Bonsoir Ariane Chemin. Bonsoir. Et bonsoir Agnès Pizzini. Bonsoir. Vous signez une mini-série documentaire en trois épisodes, Colonna, une tragédie Corse, diffusée ce soir à 21h10 sur France 2. Vous racontez le parcours du militant nationaliste et à travers lui l'histoire du nationalisme Corse. Ce qui vous a convaincu de réaliser ce doc, c'est l'émotion suscitée par la mort d'Yvan Colonna en 2022, assassiné en prison.
Oui, alors on nous a proposé de travailler sur le sujet ensemble, Ariane Chemin et moi. On ne se connaissait pas et c'est vrai qu'on s'est retrouvés sur cette même envie de raconter l'itinéraire d'un militant et à travers son parcours de militant qui s'est radicalisé et puis jusqu'à être assassiné, enfin détenu et puis assassiné en détention, de raconter 50 ans d'histoires, de malentendus, de maladresses, d'incompréhensions entre la Corse et Paris.
Mais Yvan Colonna, aujourd'hui, pour les Corses, c'est qui ? Est-ce que c'est un martyr, une icône ? Ce n'est pas un assassin ?
Ça a beaucoup varié en fait. Nous, on pense que c'est un symptôme d'une sorte de névrose qui agite, qui sépare Paris et la Corse. Parce que quand il assassine, quand il fait partie du commando qui assassine le préfet Erignac, on se souvient d'une manifestation monstre en Corse, il est détesté avec tout le commando. Il prend des motions après cet assassinat. Exactement. Et puis après, il disparaît en cavale. Alors là, ça devient une sorte de figure dont on voit uniquement le nom peint sur les rochers, les routes de Corse. Et puis on l'oublie un peu. Après, il est condamné. On a du mal à comprendre ce qu'il raconte pendant le procès parce qu'il ne veut pas en faire un procès politique.
Il dit « je n'y étais pas ». Et on l'oublie. Et tout d'un coup, effectivement, cet homme qui devait être le plus surveillé de France, il est assassiné en prison. D'ailleurs, dans le film, Nicolas Sarkozy dit « c'est une faute lourde ». Et là, je ne dirais pas qu'il devient un héros, mais en tout cas, il est bien ce symptôme de quelque chose qui ne va pas entre le continent et cette île.
Alors, vous racontez ce parcours dans ces trois épisodes. Son enfance, il a très vite un discours politique. À 15 ans, sa génération rejette les touristes, veut défendre la langue, la terre. Ce qui n'est pas le cas de la génération de ses parents qui étaient plutôt très favorables à la France.
Oui, en fait, c'est un conflit de génération aussi. Il y a un réveil identitaire dans les années 70 qu'on retrouve aussi dans le reste de l'Europe. Mais il y a aussi ce rejet de la figure du père, des traditions. Et il y a un de nos interlocuteurs qui nous dit « nous, le pastis et les boules, on n'en voulait plus ». Et donc, c'est ça aussi. C'est se démarquer de ça et revendiquer aussi une appartenance à une terre, à une identité, à une culture. Il se trouve qu'en plus, le père d'Ivan Colonna a été député socialiste. C'est voilà, c'est ça. Il était élu en 1980, avec la vague grosse qui suit l'élection de François Mitterrand.
Donc, en fait, dans sa révolte contre ce père, il y a la révolte d'un adolescent contre le père, c'est assez classique. Effectivement, comme Agnès le dit, un mouvement qu'on a connu davantage en 68 sur le continent, mais qui ébranle la Corse dans les années 70. Et c'est vrai que c'est peut-être la première fois qu'on essaye de faire un peu de psychologie. Parce qu'Ivan Colonna, comme tous les militants purs et durs, il ne veut pas qu'on parle de lui. Il avait refusé de le faire au procès. Et là, son père nous raconte ça.
Oui, c'est ça. Son père témoigne. Il est décédé juste après, je crois, ce témoignage. Mais c'est assez étonnant parce qu'il raconte un peu ce face-à-face. Et vous racontez donc les différentes étapes du nationalisme. D'abord, l'événement fondateur à Alleria, puisque justement les nationalistes s'insurgent parce qu'on distribue les terres à des pieds noirs. Et donc, ils vont occuper des caves et ça va dégénérer. Ça va être le début des attentats. Des attentats, on est à 700-800 attentats par an dans les années 80. On a oublié un peu l'intensité de ces attaques. Et Yvan Colonna s'engagent dans cette voie du terrorisme ou dites qu'ils croient que la violence est libératrice. C'est ça ?
Oui. Alors en fait, pour lui, c'était une fin et non pas qu'un moyen. Et c'est là aussi où finalement, certains camarades de lutte vont se désolidariser aussi de son combat. Comme lui va choisir une voie plus radicale, mais tout en restant attaché à l'idée originelle, comme ils disent, de la lutte, des revendications qui sont liées à une identité forte. Là où ces autres camarades de lutte du FLNC ont commencé à partir dans plusieurs dérives, on pourrait dire des dérives affairistes et autres, où on a perdu le sens du message.
Il y en a même un qui vous dit, j'ai quitté le FLNC pour une autre activité, le grand banditisme. Ça, c'est assez fou. Mais vous avez ces témoignages-là. Vous interviewez d'anciens militants, d'anciens bandits, des gens qui ont tué, qui ont fait de la prison. Ça a été difficile d'accéder à ces témoignages-là ? Je crois qu'avec Agnès, on est arrivé au bon moment.
La mort, c'est quelque chose de très compliqué en Corse. C'est la chose la plus difficile à raconter quand on est journaliste. Il se trouve qu'Ivan Colonna a été assassiné et qu'à partir de ce moment-là, certains ont voulu raconter. Je pense qu'arrivée après 2022, c'était le moment pour essayer de comprendre, effectivement, pour essayer de comprendre que ce militant qui croyait à ce qu'on appelait encore la lutte de libération nationale, après la mort de Claude Erignac, quand tout le monde voit que la Corse n'est pas du tout d'accord avec ça, c'est une sorte de bascule.
Et à partir de ce moment-là, ce que nous racontent, effectivement, ces amis militants, c'est que, eh bien, c'est par les urnes qu'au fond, le mouvement vers l'autonomie, puisqu'aujourd'hui, la Corse est largement autonomiste, enfin, en tout cas, elle vote plus qu'à la moitié pour l'autonomie, eh bien, va se mettre en place. Et c'est vrai que ces militants ont, pour la première fois, accepté de raconter leur désaccord avec Ivan Colonna. Lui, effectivement, tuer un préfet, c'était tuer le représentant d'État français. Et pour d'autres, eh bien, c'était quand même tuer un homme.
Vous racontez toutes les étapes. Alors, le procès, d'abord, des autres membres du commando. Vous vous rappelez aussi qu'il donne une interview alors que ces autres membres du commando l'ont accusé. Il n'est pas arrêté. Il donne une interview à TF1. Ensuite, il prend le maquis quand on veut l'arrêter. C'est complètement fou. On se dit comment on a pu laisser passer une chose pareille. Et vous avez rencontré le berger qu'il a hébergé, qu'il a caché. C'est complètement fou aussi. C'est la première fois qu'on l'entend comme ça témoigner à la télévision.
Oui, c'est vrai qu'on a eu la chance d'avoir effectivement des témoignages et des témoins qui n'avaient jamais parlé auparavant. Et c'est vrai que le berger, il était très touchant parce qu'il nous a raconté finalement deux ans de collaboration avec Yvan Colonna qui finissait par voir comme un camarade et qui l'aidait aussi dans ses activités de berger. Donc voilà, il y a beaucoup de témoignages très touchants. Et il y a aussi, je pense que c'est important de le souligner, beaucoup d'hommes politiques qui sont là aussi et qui racontent et qui acceptent de revenir sur leurs erreurs passées dans leurs relations avec la Corse.
C'est Nicolas Sarkozy qui revient sur une phrase malheureuse qu'il a prononcée ?
Phrase culte où il était à un meeting à Carpentras et il dit nous venons d'arrêter l'assassin du préfet Rignac. C'est-à-dire qu'il ne respecte pas la présomption d'innocence. Et ça pour le coup, ça a choqué la Corse. Et il dit, devant Agnès, il dit écoutez, en droit, j'avais peut-être pas tout à fait raison mais dans les faits, si. Et ça c'est la première fois qu'il fait ce semi-aveu. Et ce qui nous a frappé, c'est que les politiques qu'on a vues qui appartenaient soit à l'équipe de Lionel Jospin, soit à l'équipe de Nicolas Sarkozy, soit aujourd'hui Gérald Darmanin lui-même qui témoigne dans le film, en fait, la couleur politique n'a pas tellement d'importance.
Ils acceptent de raconter ce qui a été raté.
Et rappelons donc, la semaine prochaine, une loi sur l'autonomie Corse sera débattue à l'Assemblée. C'est une espèce de victoire post-mortem d'Yvan Colonna, je ne sais pas. En tout cas, merci beaucoup Ariane Chemin et Agnès Pizzini. Je rappelle que la série Doc en trois épisodes, Colonna, une tragédie Corse, est diffusée ce soir sur France 2 à 21h10. Merci encore. Merci. Dans un instant, on retrouve la petite bande d'RTL le soir. L'info spéciale Coupe du Monde qu'on a failli manquer concerne les chaussures de Mickaël Olizé, un triple buteur pour l'équipe de France hier soir. La tentation culture, c'est l'exposition Versace, haute en couleur.
Enfin, le petit phénomène, c'est le retour en force du café glacé. Une tasse sur deux est consommée froide par les jeunes. Préparez les glaçons, à tout de suite.
Tous les jours, toute la journée.