"Le commerce de mode relève la tête", assure le président de président de l’Alliance du Commerce
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« Le commerce de mode relève la tête. »
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« Il est en résilience parce qu'on a su s'adapter. »
- 4:00InvitéChiffre
« Le secteur a quand même perdu énormément d'emplois ces dernières années. Ce sont vos chiffres : 30 à 40 000 emplois ont été perdus en 5 ans. »
- 4:36PrésentateurPromesse
« L'arrivée de ces plateformes, c'est vraiment un risque systémique sur la fin du commerce classique en France, du commerce physique en France. »
- 6:11PrésentateurFait
« On a parmi les grandes enseignes que vous avez citées, on en a certaines qui remettent des usines en France. »
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France Info.
Bonsoir à toutes et à tous et bonsoir à vous Bernard Cherky.
Bonsoir Isabelle Raymond.
Invité éco de France Info ce soir, vous êtes à la tête de Mondial Tissus et président de l'Alliance du Commerce, organisation qui rassemble 16 000 magasins de vêtements et de chaussures en France, 150 enseignes au total, très connues des auditeurs et des auditrices de France Info. Je ne vais pas toutes les citer mais ça va des Galeries Lafayette à Etam en passant par Benetton, Jacques Adi, Petit Bateau, Uniqlo et Zara, des grandes enseignes françaises et étrangères donc qui ont des magasins physiques en France. Le mois dernier, les Galeries Lafayette annonçaient justement la fermeture de son magasin de Marseille, deuxième plus grande ville de France.
Quand l'italien Benetton annonce la fermeture de plusieurs centaines de magasins à travers le monde, on ne sait pas encore dans quelle mesure la France va être concernée. Mais tout de même, Bernard Cherky, est-ce que ce n'est pas la preuve s'il en fallait une ? que le magasin physique est encore et toujours menacé ?
Alors c'est une très bonne question parce que nous avons connu, nous, commerces de mode, des difficultés, la pandémie, les gilets jaunes, la crise de l'Ukraine. Donc on a connu quelques difficultés qui même, certains disaient que le magasin physique était remis en cause. Or, on s'aperçoit depuis un an ou deux, depuis la fin du Covid, que les gens ont du plaisir à retourner en magasin. Et nous, on considère que le commerce de mode, et on considère avec des chiffres, que le commerce de mode relève la tête.
Ainsi, en 2024, on a réussi à faire des chiffres d'affaires équivalents aux années précédentes, ce qui est dans un contexte, on peut le constater, assez contraint et assez difficile au pouvoir d'achat.
Donc c'est-à-dire que les Français continuent à aller dans les magasins et que vous vendez en gros le même volume de vêtements et de chaussures ?
Et plus qu'ils continuent, ils adorent revenir dans les magasins.
Ils ont arrêté pendant le Covid, et ils sont revenus.
Voilà, et ils sont revenus, et ils aiment ça.
Et malgré l'inflation aussi, qu'il y a eu ces dernières années.
Et malgré l'inflation, effectivement. Donc ils ont beaucoup de plaisir à avoir cet échange, à avoir ce lien, qui fait partie aussi de ce que recherchent les gens. Le commerce du mode, ça fait du bien.
Donc ça veut dire que vous n'avez pas un chiffre d'affaires qui s'est effondré. Mais tout de même, on voit donc des magasins, et pas les plus petits, pas les moins connus, qui ferment dans des grandes villes. Et on voit d'ailleurs, on n'a qu'à traverser Paris pour voir des magasins qui ferment. Donc c'est quand même une réalité, ça, Bernard Cherkin. Vous ne pouvez pas le nier.
Alors effectivement, quand on dirige un groupe, on doit faire à certains moments des ajustements, justement pour pouvoir avancer. Donc il peut y avoir des fermetures, mais il y a des ouvertures. Je vais donner un exemple qui est intéressant. C'est la chaîne Camailleux. Peut-être que nos auditeurs connaissent. C'est une ancienne qui a fermé ses magasins il y a à peu près deux ans, je crois. Exactement. Cette enseigne, le nom a été racheté par une autre enseigne, qui s'appelle Célio en l'occurrence. Et des magasins camailleux sont en train d'être réouverts. Donc en fait, ce qu'on dit, c'est que, je peux vous citer également le gars de Lahal, qui a connu exactement la même chose.
C'est qu'aujourd'hui, il y a une vraie appétence vers les magasins physiques. Et il ne s'agit pas de dire que tout va très bien. On a nos contraintes, on a nos enjeux qui sont importants, qui arrivent dans les prochaines années. Mais le commerce de mode relève la tête.
Parce qu'effectivement, il y a un certain nombre d'enseignes qui ont disparu. Et ce que vous dites, c'est que finalement, quand on a regardé quelques années plus tard, elles ont réapparu. Effectivement, il y a eu la vente d'André, de Nafnaf, de San Marina, de Carole. Tout ça, c'était le groupe Vivarté. Vous avez cité également Kamailleux. Donc en gros, ce que vous dites, c'est que le secteur, il est en résilience.
Il est en résilience parce qu'on a su s'adapter. Il a fallu, on a fait du digital pour le coup. On a beaucoup travaillé la relation avec nos clients. On a adapté nos offres. On s'est réinventé. On s'est remis en cause. Et aujourd'hui, on considère que ce commerce a vraiment de beaux jours devant lui. Parce que les gens aiment, encore une fois, ce contact, aiment l'expérience. On a du plaisir aussi à acheter des vêtements. Ce n'est pas juste un usage. C'est aussi un plaisir. L'estime de soi. On s'aperçoit quand on pose la question à des gens. On a plus de 60% des Français qui nous disent qu'ils vont en magasin de mode. Parce que ça leur fait plaisir.
Sauf que Bernard Cherky, le secteur a quand même perdu énormément d'emplois ces dernières années. Ce sont vos chiffres. 30 à 40 000 emplois ont été perdus en 5 ans. C'est énorme. Il en reste 150 000. Donc ça reste conséquent.
Comme je vous le disais, on a connu une crise. Mais elle est terminée. Elle est pour l'instant. Elle est terminée. Aujourd'hui, on s'aperçoit qu'on stabilise. Par exemple, vous posez la question de l'emploi. La question de l'emploi entre 2024 et 2023. Il n'y a pas eu de baisse significative d'emploi. Donc aujourd'hui, ça se stabilise.
Et donc, il reste un marché en France avec des Français qui aiment aller dans les magasins. Le danger, il vient d'où ? Il vient des grandes plateformes chinoises, Témou, Chine ?
C'est très important d'en parler. Il ne me faut qu'un seconde pour vous expliquer le problème. L'arrivée de ces plateformes, ce n'est pas juste l'arrivée d'un nouveau concurrent qui va nous faire fermer un magasin ici ou là. L'arrivée de ces plateformes, c'est vraiment un risque systémique sur la fin du commerce classique en France, du commerce physique en France. Alors, pourquoi ? Quel est le problème ? Le problème, c'est qu'aujourd'hui, ces plateformes bénéficient davantage énormes par rapport à nous. Concurrentielles. Concurrentielles. C'est des distorsions de concurrence qui sont absolument énormes. Et aujourd'hui, on ne peut pas se battre contre eux.
Alors, justement, une seule mesure concrète. S'il en fallait une, Bernard Cherky, puisque le temps passe vite.
Un exemple. Les droits de douane. On sait que les colis qui font moins de 150 euros n'ont pas de droits de douane à les payer. Or, ces colis en question, je rappelle qu'il y en a eu 4 milliards qui ont été quand même envoyés en Europe l'année dernière. Ces colis sont exonérés de droits de douane. Donc, c'est une distorsion qui est énorme. J'ai juste une petite anecdote à vous dire.
Non, mais du coup, en fait, ce qu'il faudrait, c'est qu'il y ait des droits de douane sur les produits chinois et notamment sur ces produits Chine et Témou qui viennent sur le marché français. J'ai une dernière question quand même. Si on veut maintenir le commerce physique en France, c'est pour vendre des produits qui ne sont pas fabriqués en France. On est allé tout à l'heure visiter la nouvelle usine du slip français qui disait que c'était extrêmement difficile et qu'aujourd'hui, sur 3 milliards de produits qui étaient vendus chaque année en France, il y en avait seulement 3% qui étaient fabriqués en France.
Donc, c'est un renoncement, il est réel et il est nécessaire et ce sera ma dernière question.
Alors, effectivement, on part de très loin puisqu'on part d'une économie totalement libérale de ce point de vue-là et aujourd'hui, on voit qu'il y a quand même un retour. On a parmi les grandes enseignes que vous avez citées, on en a certaines qui remettent des usines en France. Donc, il y a un mouvement. 3% ? Je sais, mais on part de très loin et effectivement, il y a beaucoup de travail à faire dans ce sens-là. Mais croyez-moi que les enseignes dont je vous ai parlé sont mobilisées autour de cette question.
Et donc, vous pensez que demain, il pourra y avoir un pourcentage qui soit plus élevé du Made in France ?
Bien sûr, on va avoir un pourcentage plus élevé, c'est certain, c'est le sens de l'histoire.
Donc, avec des droits de doigts dont vous avez parlé ?
Bien sûr, mais ne nous trompons pas, ça mettra beaucoup de temps. Parce que ce n'est pas qu'un problème de magasins qui ne veulent pas acheter en France, c'est un problème de tissu industriel qu'il faut recréer. Et aujourd'hui, ils n'existent pas, ou ils existent peu. Vous avez cité le site français, mais ce sont des exceptions aujourd'hui. Donc, effectivement, il faut que c'est un problème de politique industrielle générale, où il faut qu'il y ait beaucoup plus d'usines en France qui nous permettent d'avoir des produits compétitifs.
Merci beaucoup Bernard Cherky, directeur général de Mondial Tissus, président de l'Alliance du Commerce. Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir. Merci beaucoup.